‹ Les évangiles synoptiques (volume 3)Chapitre 79 sur 726 · vu, 1-5 ; I · texte numérisé non relu

vu, 1-5 ; I

des situations, le point de vue du discours étant purement moral dans ses éléments constitutifs, et en rapport avec la situation de l'Evangile au temps de Jésus, tandis que le point de vue de notre passage est disciplinaire et en rapport avec la situation des communautés chrétiennes au temps de lévangéliste.

Les trois degrés de la correction ne sont pas sans quelque analogie de forme avec les trois tribunaux auxquels ressortissent, dans le discours sur la montagne ', les propos injurieux. La première monition doit être secrète, tout se passant entre celui qui connaît le péché, qu'il soit ou non offensé, et celui qui a commis la faute. Non seulement le coupable est ménagé, mais le scandale est ainsi évité; si le coupable se repent, il est gagné pour la vie éternelle. L'évangéliste n'a souci que du repentir intérieur, et ne voit pas la nécessité d'une pénitence extérieure, ni d'une absolution ecclésiastique, pour la faute dont il s'agit ''. Si le coupable, résistant à la remontrance, s'obstine dans son péché, que l'on ne conçoit pas comme un seul acte ni comme un dommage causé à autrui, mais comme une habitude ou un état indignes d'un chrétien, celui qui connaît la faute doit renouveler son avertissement, en prenant avec lui deux ou trois personnes, alin d'obtenir, par ce commencement de procédure juridique, la soumission du réfractaire. On se conformera ainsi à la Loi, qui réclame deux ou trois témoins pour autoriser une déposition devant les tribunaux. L'esprit quelque peu scolastique de ce développement apparaît dans la citation du Deutéronome 3. Ce n'est pas sans doute pour écarter de celui qui fait la réprimande tout soupçon de parti pris et d'intérêt personnel 4, que ces témoins sont requis, mais plutôt parce que l'évangéliste est préoccupé du tort que le péché d'un de ses membres fait à la communauté. De là vient qu'un fidèle a le droit et le devoir d'intervenir auprès du pécheur, que trois ou quatre s interposeront avec plus d'autorité, si un ne suffit pas, et que la communauté elle-même décidera, si les trois ou quatre n'ont pas gain de cause. Les témoins pourront garantir, en tant que besoin sera,

2. Les interprètes anciens limitaient volontiers les espèces de péchés visés dans ce passage. Cf. Maldonat, I, 364.

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