Le. VI
toutes les situations analogues, la fortune du riche et l'infortune du pauvre.
Cette morale est suffisante pour un tel récit. D'autres leçons expliqueront l'impossibilité où sont les riches d'entrer dans le royaume des cieux. Pour le moment, Abraham n'enseigne pas au riche pourquoi celui-ci a dû aller en enfer ; mais pourquoi, y étant venu, il n'a plus de consolation à attendre, et pourquoi Lazare, au paradis, n'a plus rien à souffrir. Que le juste puisse avoir aussi de l'agrément ici-bas, c'est une hypothèse que Jésus n'envisage pas, indigence et douleur étant pour lui, et dans son milieu, les conditions normales de la vraie pénitence, de la bonté du cœur et de la religion sincère. Lazare devait paraître digne d'envie et d'imitation conune le bon Samaritain, le publicain, et le riche odieux comme le prêtre et le lévite insensibles, conmie le pharisien orgueilleux : pas n'était besoin d'avertir qu'ils ne fallait pas envier les ulcères de Lazare, la religion du Samaritain, ouïe métier du publicain ^
Cette bonne économie du récit et de l'instruction est obscurcie et dérangée par l'espèce de discussion théologique à laquelle se livrent en dernier lieu Abraham et le riche. 11 n'est plus réellement question du riche ni de Lazare, mais des conditions dans lesquelles certaines personnes, ignorées jusque-là dans la parabole, pourraient trouver le salut. Le cas est donc plus défavorable encore à l'hypothèse de Tauthenticité que celui de l'explication échangée, à la fin de l'histoire du Prodigue, entre le père et le frère aîné de celui-ci. Dans l'histoire du Prodigue, il n'est toujours question que de la manière dont il convient d'apprécier le retour du coupable. Ici l'attention se disperse sur des objets totalement di£Férents : d'un côté, la destinée finale du riche et de Lazare ; de l'autre, les chances de salut que peuvent avoir d'autres personnes. L'unité du récit n'existe pas, et aucune habileté exégétique ne peut l'établir. A ne considérer que la structure extérieure de la narration, la seconde prière du riche n'est pas naturellement amenée ; elle paraît soudée à la remarque d'Abraham touchant la distance infranchissable qui sépare le paradis de l'enfer : puisque Lazare ne peut venir apporter au riche le rafraîchissement d'une goutte d'eau, qu'il aille sur la terre prêcher à ceux que le riche y a laissés. La conclusion est pour le moins inattendue, et l'on a l'impression d'une combinaison artifî-