‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 20 sur 733 · Mt.x, 32-33; I · texte numérisé non relu

Mt.x, 32-33; I

3. I, 896. On pourrait soupçonner, dans la sentence primitive, l'emploi hébralsant du mot « âme » pour le pronom réQéchi; et dans ce cas, le sens serait : « qui se sauve se perd, qui se perd se sauve », le jeu d'esprit roulant sur le double sens de « perte » et de « salut », non sur celui de « vie ». Cf. Wellhausen, 3/c. 72.

4. L'invitation à porter sa croix ne se trouve pas seulement dans Me. 34, Mt. 24, Le. 23; elle est aussi dans Mt. x, 38, et Le. xiv, 27; d'où l'on conclut qu'elle était dans les Logia. Mais ni Matthieu ni Luc, dans ces deux derniers passages, n'ont une couleur primitive. Me. 34 pourrait l'avoir en cette forme : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il se renonce lui-même », bien que tout le v. 34 puisse avoir été déduit du v. 35 ; et Me. 34 a pu influencer Mt. X, 38, et Le. xiv, 27, soit directement, soit par l'intermédiaire de leur source commune. Sur la mention de la croix, cf. I, 895.

aux épreuves continuelles du chrétien, dit qu'il faut porter §a croix « chaque jour ^. 11 est possible que les mots « à cause de moi » n'appartiennent pas à la sentence primitive *, qui signifiait simplement la nécessité de sacrifier la vie de ce monde à celle du royaume céleste, et que Tinfluence de Marc ait déterminé Taddition de cesmots dans les autres passages ; si l'addition peut être antérieure à Marc, les mots : « et à cause de l'Évangile ^ », lui appartiennent certainement; il a voulu faire entendre que la leçon s'appliquait aux disciples après la mort de Jésus; mais « à cause de moi n le signifiait déjà, et c'est peut-être pour cette raison que Matthieu et Luc ne font pas mention de l'Evangile ^.

L'abnégation de soi-même, poussée jusqu'au sacrifice de la vie, est la condition du salut éternel, par conséquent le parti le plus avantageux à prendre, pour l'homme qui a souci de ses véritables intérêts. Comme il a expliqué d'abord ce qu'il faut entendre par perdre la vie pour la sauver, Marc développe la sentence en montrant qu'on rie peut sauver sa vie éternellement, si on la cherche en ce monde. Celui qui gagnerait l'univers, tous les biens du temps,, et tout ce qui fait heureuse l'existence des hommes, ne gagnerait rien pour l'éternité ; à la mort, ce qu'il aurait amassé lui échapperait ; et ce n'est pas avec toutes les richesses de la terre, supposé qu'il pût les garder à sa disposition, qu'il achèterait la vie éternelle ^. Lé commerce de l'antiquité, notamment celui des esclaves,, se faisait par échange d'articles vendables; c'est pourquoi l'on parle de l'objet qui pourrait être éventuellement présenté comme équivalent à une vie d'homme. Nul ne peut racheter à Dieu la vie d'un autre, disait le Psalmiste ^. L'Évangile dit qu'on ne peut passe racheter soi-même, c'est-à-dire acheter à Dieu, moyennant les. biens du temps, la vie de l'éternité.

L'emploi du mot « âme » fait souvent citer ce passage en preuve

1. Cf. Le. XVII, 33, où ils sont omis; mais ce peut être à cause du contexte.

2. V. 35. oç 8*&v àîroXidEi trjv «fuy/jV auiou evexsv âjjiou xai tou EÙaY^iXtou^ aco^et auTTjv. Mt. 25. eôpTjasi, par influence de x, 39.

3. u L'Évangile est (ici) le Christ prêché par les apôtres. » Wellhausen,. Me. 73.

4. V. 36. Ti yàp (uçeXei àvôpwj:ov xipÔ^aat tÔv xovjxov oXov xal J^TijxKoÔT^^ai ir;/ «fu/riv «uToo ; 37. Ti Y«p Soi avôpwTcoç àvTaXXaffia ttjç <|»ux.'Î^ aùiou.

5. Ps. XLix, 8-9. où SoSïÊt Toi 6Et|> IÇiXa7{i.a au-ou xat ttiv -tarjv tt); XuipoSaso); tt)ç

de la valeur inappréciable que Jésus attribue à la personne humaine. Ce n'est pas dans ce sens qu est orientée la pointe du discours, et r« âme » représente ici la vie de l'individu \ non sa personnalité. On veut faire entendre que tous les biens de ce monde ne sont plus rien dès iqu'on les a perdus ; et on les perd inévitablement par la mort; la richesse est donc alors perdue pour le riche, et le riche pour la richesse ; ayant perdu la vie, le riche n'a rien à donner pour la regagner, rien pour se racheter luimême ; il reste acquis à la mort ; c'est donc le prix du renoncement, de la mort volontaire, par lequel on achète la vie éternelle, qui est mis en relief, et l'intérêt de la vie éternelle pour Thomme, non la valeur de l'âme humaine, de Tindividu humain comme tel; il est vrai seulement que le salut est présenté comme une affaire personnelle, le grand intérêt de chacun. Ces considérations ont l'air d'être une paraphrase de la sentence, au moyen du psaume ; elles sont moins claires que la sentence qu'elles veulent expliquer 2.

Le prix de la vie ne s^entendant pas absolument, mais par rapport à un rachat hypothétique au jour du jugement ^, jour qui se confond plus ou moins, dans la perspective, avec celui de la mort, l'évangéliste amène ici la parole concernant le témoignage que Jésus^ rendra devant Dieu, souverain juge, à ceux qui Tout connu. Cette parole parait avoir été associée déjà, dans la source, à la sentence de la vie perdue et gagnée. Sa forme primitive a dû être conservée par Matthieu, dans le discours de mission. Marc n'en retient que la partie négative, parce que, dans les réflexions précédentes, il a eu en vue le cas de Thomme qui, cherchant la vie en ce monde, perd en même temps par la mort le monde et la vie ; mais il commente cette partie de manière à fortifier la leçon du renoncement, ou plutôt la leçon de la croix, et à montrer combien Simon-Pierre a été répréhensible en ne la comprenant pas.

Jésus avait dit qu'il avouerait devant Dieu ceux qui l'auraient avoué devant les hommes, et qu'il renierait ceux qui l'auraient renié ; il menace maintenant ceux qui auraient honte de lui et de ses

1. Ou le pronom personnel, comme dans le ps. cité, p. 24, n. 5. Cf. p. 23, n. 3.

2. Le vocabulaire de Me. 36 est tout paulinien; l'idée du « monde » est à peu près étrangère à renseignement du Christ synoptique. Cf. Dalman, I, 136- 138. Noter la singularité de la construction, avec les trois y«P, vv. 36, 37, 38.

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