‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 256 sur 733 · Cf. xxiii · texte numérisé non relu

Cf. xxiii

Marc, xi, 12-14, 20-26. MArrn. xxi, 18-22. Luc,(xiii, 6-9) xvii, 3-6.

Marc, xi, 12. Kl le lendemain, comme ils sortaient de Béthanie, il eut faim; 13. Et voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla (voir) s'il y trouverait quelque chose ; et s'en étant approché, il n'y trouva rien que des feuilles; car ce n'était pas le temps des figues. 14. Et prenant la parole, il lui dit :

« Que personne à jamais ne mange fruit de toi ! » Ht ses disciples entendaient (cela) 20. Et en passant, le matin, ils virent le figuier (qui était) devenu sec depuis les racines. 21 . Et Pierre, se souvenant, lui dit : (« Maître, vois, le figuier que tu as maudit est devenu sec. »

Matth. XXI, 18. Et le matin, en revenant à la ville, il eut faim. 19.

Et voyant un figuier sur le chemin, il s'en approcha, et il n'y trouva rien que des feuilles, et il lui dit :

(Luc, XIII, 6. Et il dit une parabole : o Quelqu'un avait un figuier planté dans sa vigne, et il vint y chercher du fruit, et n'en trouva pas. 7. Et il dit au vigneron : « Voilà trois

« Il n'y aura plus fruit ans que je viens cherde toi jamais !» Et à cher du fruit à ce

l'instant le figuier devint sec. 20. Et voyant cela, les disciples s'étonnèrent, disant : * Gomment le figuier est-il devenu sec en un instant? »

figuier, et que je n'en trouve pas. Coupe-le.

Pourquoi rend-il auss la terre stérile ?» 8. Et (le vigneron), répondant, lui dit : « Laissele encore cette année, pour que je creuse à l'entour et que j'y mette du fumier. 9. Peut-être portera-t-il du fruit à l'avenir; si non, tu le couperas. »)

Le rapport de Marc et de Matthieu, dans cette histoire du figuier, montre une fois de plus la liberté que les évangélistes prennent à regard de la chronologie, même quand celle-ci paraît tenir à la substance de la narration. D'après Marc, Jésus était revenu à Béthanie le soir de son entrée à Jérusalem, après s'être contenté d'observer ce qui se passait dans le temple. Le lendemain, retournant à la ville sainte, pour l'expulsion des vendeurs, il aurait éprouvé subitement le besoin de manger. Un figuier verdoyant se remarquait

à quelque distance. Jésus s'en approche, pour voir s'il y trouverait quelque fruit; mais il n'en trouve pas, ce qui, observe Tévangéliste, n'était pas très surprenant, vu que « ce n'était pas la saison des figues ». Cependant Jésus se fâche et maudit Tarbre qui Ta déçu dans son espoir : que nul ne cueille jamais une figue sur ce figuier ^ ! La parole avait été dite assez haut pour que les disciples pussejat l'entendre, et c est ainsi qu'ils furent à même d'en vérifier 1 effet. Jésus a continué sa route vers Jérusalem, sans qu'on sache comment sa faim s'est apaisée ce jour-là, et il a chassé les vendeurs du temple; il est revenu le soir à Béthanie; de nouveau, le lendemain matin, il passe avec ses disciples devant l'arbre, et les disciples s'aperçoivent que le figuier, si plein de sève la veille, est maintenant desséché depuis la racine jusqu'au faîte. Pierre en fait la remarque, comme pour constater et pour signaler à Jésus luimême le résultat de la malédiction 2.

Matthieu, qui a mis le même jour l'entrée solennelle à Jérusalem et l'expulsion des vendeurs, a dû renvoyer après ce dernier fait la malédiction du figuier, et il a trouvé plus simple de supprimer l'intervalle que Marc avait mis entre la malédiction et la vérification de son effet. Le figuier se dessèche u à l'instant », et les disciples aussi le remarquent « tout de suite » 3. La répétition de l'adverbe dans le discours des disciples laisse voir que l'évangéliste a modifié consciemment la donnée de Marc ; mais peut-être a-t-il été moins préoccupé de grossir le miracle que d'unifier la narration. Toujours est-il que, dans le premier Evangile aussi, Jésus a faim, voit un figuier sur le chemin, s'en approche et le maudit, parce qu'il y trouve seulement des feuilles, et pas de fruit. Matthieu s'abstient de dire que ce n'était pas la saison des figues; il laisse plutôt entendre que le figuier aurait pu avoir des fruits aussi bien que des feuilles, et ainsi s'explique la malédiction.

1. V. 44. jxyjxiTi eiç TÔv aîwva Ix aou jiTj^eîç xapjtov çàtyoï. Mt. 19. oO {jtTjxéxi ex aou xfltp;iôç Y'VTjTai tîç tÔv aîcova.

2. Il y a subtilité à dire que Dieu a exaucé le désir de Jésus, mais que ce n*est pas la volonté de Jésus qui a causé la mort de Tarbre (B. Weiss, Mk. 179). La malédiction n'est pas un simple désir, et il est sous-entendu qu'elle ne pouvait manquer d'être exaucée. Et si on la prend pour une malédiction symbolique d'Israël {id. 177), le Christ aurait ainsi voué lui-même son peuple à la destruction.

3. V. 19. xal IJyjpavOT) 7:apa-/^pTjULa î] aux^. 20. xai 1^6 ntç oi [xaOTjTat lOauaajav Xi^ov- Tcç* 7CWÇ Kapa/^pTjfxa efTjpavOif] fj œuxtj ;

il'

284 LES ÉVANGILES SYKOPTIQLES

Le rédacteur du premier Evangile a librement traité un récit qui, dans Marc, paraît avoir été librement conçu. Considéré en soi, le fait est étrange et invraisemblable. Les évangélistes le présentent certainement comme réel; mais ils y rattachent une leçon morale. Par malheur, la leçon ne s'adapte pas bien au fait, et paraît avoir été importée d'ailleurs. On ne peut donc blâmer les critiques qui ont supposé derrière le récit une parole ou une parabole qui se serait matérialisée dans Thistoire du figuier desséché.

Les commentateurs se sont ingéniés à expliquer et à justifier comme réels tous les détails de la narration. Il n'est pas étonnant que Ton pût voir beaucoup de figuiers du côté de Bethphagé, a la maison des figues ». Le récit évangélique se place vers le milieu du mois de mars. Jésus aurait vu un figuier, plus avancé que les autres, qui était déjà tout couvert de feuilles; mais cet arbre n'avait ni fleurs ni fruits, parce que c'était un figuier stérile. Comme la Loi permettait de prendre quelques fruits en passant, la démarche de Jésus n'a rien d'insolite ni de choquant. Sans doute, «ce n'était pas la saison des figues », mais puisque le Sauveur avait faim et cherchait des figues sur Tarbre, c'est qu'il avait quelque chance d'en trouver. On se demande si les figues sur lesquelles il aurait pu mettre la main auraient été des figues précoces, ou bien, au contraire, des figues tardives. Les premières, dans les environs de Jérusalem, ne sont pas mûres avant le mois de juin ; mais on dit qu elles mûrissaient peut-être avant cette date aux environs du lac de Tibériade, et que Tapparence de l'arbre pouvait faire croire à une précocité extraordinaire, il n'aurait pas dû avoir de feuilles, et il en avait ; il pouvait bien avoir aussi des fruits ^ Les interprètes qui préfèrent les figues tardives observent que ces figues peuvent rester sur l'arbre après que les feuilles sont tombées. Mais il faudrait ici qu'elles eussent passé l'hiver et se fussent conservées dans les feuilles nouvelles. Des personnes au courant des choses palestiniennes estiment, avec Marc, que Jésus ne pouvait alors trouver sur le figuier ni figues tardives ni figues précoces^. Marc aurait-il changé la date de l'incident? Quant au miracle, Jésus l'aurait fait à cause de la leçon qu'il voulait donner à ses disciples.

Rien de moins satisfaisant pour le sens commun, et l'on peut

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