‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 264 sur 733 · Et Jésus leur dit · texte numérisé non relu

Et Jésus leur dit

« Je vous ferai une question; répondez moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais cela. 30. Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ?

Répondez-moi? » 31.

Et ils raisonnaient entre eux, disant : « Si nous répondons : u Du ciel », il dira : « Pourquoi donc n'avez-vous pas cru en lui? » 32.

Mais si nous disons : <* Des hommes?... » Ils

Matth. xxi, 23. Et quand il fut entré dans le temple, les chefs des prêtres et les anciens du peuple s'approchèrent de lui, pendant qu'il enseignait, et lui dirent : « Par quelle autorité fais-tu cela? Et qui t'a donné ce pouvoir?» 24. Et répondant, Jésus leur dit : « Je vous demanderai, moi aussi, un mot, et si vous me le dites, je vous dirai par quelle autorité je fais cela : 25. D'où était le baptême de Jean? Du ciel ou des hommes? >»

Et ils raisonnaient en eux-mêmes, disant :

« Si nous répondons :

« Du ciel », il nous dira :

« Pourquoi donc n'a vezvous pas cru en lui?»

26. Mais si nous disons : « Des hommes », nous avons à craindre .

Luc, XX, \. Et il advint, un jour qu'il instruisait le peuple dans le temple et annonçait la bonne nouvelle, que les prêtres et les scribes survinrent avec les anciens, 2. et dirent, s'adressant à lui : « Dis nous par quelle autorité tu fais cela, ou qui t'a donné ce pouvoir. »>

3. Et répondant, il leur dit : « Je vous poserai, moi aussi, une question. Dites-moi :

4. Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes? ». 5. Et ils raisonnèrent entre eux, disant : « Si nous répondons : « Du ciel », il dira : « Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui? » 6. Et si nous disons : « Des hommes », tout le peuple nous lapidera, car il est persuadé que Jean était

LA QUESTION DES PRÊTRES

craignaient le peuple, parce que tous regardaient Jean comme étant réellement prophète. 33. Et répondant, ils dirent à Jésus:

« Nous ne savons pas. »

Et Jésus leur dit :

« Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela. »

la foule; car tous regardent Jean comme prophète. ». 27. Et répondant, ils dirent à Jésus : « Nous ne savons pas. / Et lui aussi leur dit : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela. »

prophète. » 7. Et ils répondirent qu'ils ne savaient pas d'où (il était). 8. Et Jésus leur dit : « Moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais cela. »

Le parallélisme des trois relations est ici très remarquable. Il n'y a guère que Tintroduction où Ton trouve quelques différences qui méritent d'être notées. Dans Marc, le Sauveur, après avoir commenté à ses disciples le miracle du figuier desséché, arrive au temple et se promène dans les parvis. Les membres du sanhédrin, dont les trois catégories, prêtres, scribes, anciens, sont énumérées par l'évangéliste, et dont les mauvais desseins ont été précédemment signalés, viennent trouver Jésus. Il ne peut être question du sanhédrin tout entier, mais de quelques membres agissant quasi ofiBciellement pour le compte et dans l'intérêt de tout le corps. Ils viennent, avant que Jésus pousse plus loin son entreprise, lui demander raison de la conduite qu'il a tenue la veille dans le temple : « Par quelle autorité fais-tu ces choses, ou qui t'a donné le pouvoir de le faire * ? »

Cette question ne peut concerner la présence de Jésus dans la cour du temple, en ce moment, car une mission spéciale n'était pas nécessaire pour se présenter là ; ni le miracle du figuier, qui est raconté auparavant, puisque les membres du sanhédrin n'en ont pas été témoins, mais l'expulsion des vendeurs. Toutefois les sanhédristes ne sont pas censés s'occuper exclusivement de cet incident; ils disent « ces choses», et sans doute l'évangéliste veut entendre par là tout ce que Jésus a fait ^ dans le temple depuis son arrivée à

i.y, 28. iv tzoIt, èjoudia tauia tcoiéîç ; rj tiç aoi sôfoxgv ttjv Içouaiav taÛTTjv iva TaDia TîotfJ; ; Cf. AcT. iv, 7. Ss. et quelques mss. lat. omettent iva xtX.

2. B.Wbiss, Mk. 181, Tentend des usurpations possibles que ferait supposer l'expulsion des vendeurs ; mais le TaOxa répété ne peut guère viser qu'un ensemble de faits acquis.

294 LES ÉVANGILES SYNOPTIOtES

Jérusalem : manifestation tumultueuse, acte d^autorité inouï dans l'expulsion des vendeurs, prédication pour justifier cet acte. On dirait qu'ils demandent des explications sur l'attitude messianique du Sauveur. De quel droit s'est-il attribué la police du temple, et se comporte-t-il en chef et en docteur dans le lieu saint? Et Ton doit supposer qu'ils ont l'intention d'abuser de sa réponse contre lui. Mais il convient d'observer que la question n'est parfaitement intelligible que si l'on fait abstraction de Tincident qui est rapporté auparavant, ce qui confirme l'hypothèse précédemment émise, touchant le caractère adventice non seulement de ce qid a été raconté à propos du figuier, mais aussi du sectionnement chronologique dans lequel Marc a réparti les matériaux traditionnels *.

Le rédacteur du premier Evangile paraît avoir voulu expliquer la question des prêtres en disant que Jésus enseignait lorsqu'ils vinrent le trouver 2. Ce détail se rencontre aussi dans le troisième Evangile ; mais l'indication venait en quelque sorte d'elle-même, et a pu se présenter naturellement à l'esprit des évangélistes, les deux formes ordinaires de l'activité de Jésus étant les guérisons et la prédication. Il semblerait que Matthieu ait en vue renseignement ^ que Jésus donne à l'instant où les membres du sanhédrin l'interpellent. Cependant la teneur traditionnelle de la question : « Par quelle autorité fais-tu ces choses ? » réclame un objet moins déterminé. 11 s'agit toujours de l'autorité que Jésus s'est arrogée dans le temple depuis son arrivée, et dont l'expulsion des vendeurs a été l'affirmation la plus hardie. Grâce à la distribution des récits, cet incident se perd maintenant dans les choses que Jésus « fait », et ne paraît plus visé directement, puisque c'est pour le lecteur une chose faite, et que les prêtres ont eu déjà une explication avec

1. Cf. Jn. II, 18, où une question analogue est posée aussitôt après Texpulsion des vendeurs.

2. Me. 27. xal sv to) Ispto repiîraTOîîvTOç auToO EoyovTat Tipoç aùiôv oi àpyupEtç xtX. M T. 23. xal èXôdvTo; aùrou eî; lô îipov npoariXOov aOtw 8i8a<jxovTi oi atpyiepcîç xxX. Le otôaaxovTi pourrait être écho de Mo. 17, xai eÔiSaaxsv. Le. 1. xal i-^ivtzo Èv (j.iâ Tfov 7)|j.ip(ov (cf. V, 17 ; vni, 22) SiÔaoxovTo; auxoS tÔv Xaôv êv xtû tepoî xai EuaYYeXtÇo- ;j.£vou IzEJTYjgav 01 acpyiEpsî; xtX. Ss. Se. et plusieurs mss. lat. n'ont pas 8i8aaxovTi dans Mt. 23, et ce mot pourrait être une glose. Le début de Le xx, 1, peut s'expliquer par une sorte de reprise particulière de xix, 47.

3. A condition que le mot SiÔàaxovii soit authentique. Cf. n. 2.

LA QUESTION DES PRÊTRES 295

le Christ *. On ne peut guère songer aux miracles qui, d'après Matthieu 2, ont signalé Tentrée de Jésus dans le temple; car ces guérisons n'étaient pas des actes d'autorité; elles ont été ajoutées pour l'ornement du récit par le rédacteur, qui sans doute n'y pense plus en rapportant la question des prêtres.

Luc, après la conclusion générale qu'il a donnée au récit de l'expulsion des vendeurs, assigne une date vague à la question posée par les membres du sanhédrin. Jésus, dit-il, enseignait tous les jours dans le temple, et un jour qu'il enseignait, les prêtres, les scribes et les anciens, énumérés comme dans Marc, lui demandent « par quelle autorité il fait cela ». Si l'on tient compte du contexte immédiat, il ne peut être question que de l'enseignement donné par le Sauveur dans le temple, depuis qu'il est à Jérusalem. Et comme Luc a réduit le plus possible l'affaire de l'expulsion, qu'il la dissimule, pour ainsi dire, derrière une notice générale touchant la prédication de Jésus à Jérusalem, et qu'il attire l'attention du lecteur sur cette prédication comme occasion particulière de l'intervention du sanhédrin, il ne paraît pas douteux que, dans le troisième Évangile, la question des prêtres se rapporte à l'autorité que Jésus s'attribue, non précisément pour enseigner dans le temple, mais pour enseigner ce qu'il enseigne, à savoir « l'évangile » du royaume ^.

Les membres du sanhédrin demandent donc à Jésus quel titre personnel il peut faire valoir pour se comporter ainsi en maître ou en docteur souverain dans le temple, et, s'il n'agit pas en son propre nom, de qui lui vient l'autorité qu'il prétend exercer. Dans leur pensée, Jésus allait être obligé d'avouer qu'il était le Messie, ou tout au moins qu'il venait au nom de Dieu, puisqu'il n'avait aucune mission des autorités établies. Mais le Sauveur échappe à leur question par une autre, que lui-même leur pose. L'espèce de jeu dialectique dont il use en cette circonstance était conforme aux procédés habituels des rabbins. On en verra d'autres exemples. Jésus se déclare prêt à leur dire quelle autorité il s'adjuge, s'ils veulent répondre à la question ^ qu'il va leur poser de son côté.

i. XXI, 15-16.

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