JuLicHER, II, 396. Cf. Me. xiv, 58 ; I Pier. ii
Matthieu a pris ou voulu prendre pour une interrogation réelle le mouvement oratoire de Marc, et il a trouvé piquant de mettre dans la bouche des auditeurs la condanmation des vignerons meurtriers, c'est-à-dire leur propre sentence. Les sanhédristes en accentuent même la rigueur, déclarant que le maître « fera périr misérablement ces misérables * ». On peut croire que Tévangéliste songe aux horreurs du siège de Jérusalem, qui étaient pour lui un fait accompli. Les interlocuteurs de Jésus prophétisent sans le savoir, et ils ne se contentent pas de dire que le maître louera la vigne à d'autres ; ils ajoutent que ceux-ci rendront les fruits en temps voulu. Matthieu en est certain, parce qu'il pense aux chrétiens fidèles et aux élus du royaume; mais, selon le train ordinaire de la vie, s'il ne s'agissait que de vigne et de location, Ton ne serait pas autrement assuré que les nouveaux vignerons seront si différents des anciens. En faisant dire la fin de l'allégorie par les auditeurs, Matthieu a introduit une certaine incohérence dans le récit ; comme il ne veut pas laisser perdre la citation de Marc, il rend la parole à Jésus afin de rattraper le texte du psaume ; mais le lien étroit qui rattachait la citation à Tallégorie se trouve rompu. L'évangéliste y supplée en ajoutant à la prophétie une déclaration formelle touchant la réprobation des Juifs 2. Récit et prophétie se trouvent ainsi expliqués : le peuple chrétien doit succéder au peuple juif dans l'héritage du royaume céleste. Mais comme l'explication se rapporte directement au récit, non à la prophétie qui précède, la confusion de cette finale en est plutôt augmentée que diminuée. Sans compter qu'on ne voit plus pourquoi l'évangéliste prend la peine, après que Jésus s'est exprimé si clairement, de dire que les chefs des prêtres et les pharisiens comprirent que Jésus parlait d'eux dans ses paraboles. Le Sauveur les exclut formellement du royaume dans l'application de la précédente et de celle-ci.
Luc ne s'écarte pas autant de Marc. Il accentue un peu plus la distinction des anciens ^ et des nouveaux vignerons. Après que Jésus
1. V. 41. Xiyouatv aoToi* xaxoù; xaxcîjç àKokéiv. aùroû;. Ss. Se. ont lu xa/.w; xaxo>;.
2. V. 43. Le v. 44 manque dans D, Ss., plusieurs mss. lat. Ce doit être une glose importée de Le. xx, 18, et qui a été mal placée; car elle ne viendrait naturellement qu'après le v. 42, et elle fait double emploi avec le v. 43.