HOLTZMANN
du royaume de Dieu réalisé sur la terre. Car ce n'est pas le culte du temple, en tant qu'édifice, qui a inspiré Texpulsion des vendeurs, c'est le respect du nom divin et de la majesté divine. La destruction du temple, du moment qu'elle doit être suivie de reconstruction, ne serait qii'une purification plus radicale, que Jésus a pu dès Tabord déclarer nécessaire et même prochaine.
Marc, xiii, 3. Et quand il se fut assis sur la montagne des Oliviers, en face du temple, Pierre, Jacques, Jean et André lui demandèrent en particulier : 4. « Dis-nous quand cela sera, et à quel signe (on reconnaîtra) que toutes ces choses sont sur le point de s'accomplir. »
Matth. XXIV, 3. Et quand il se fui assis sur la montagne des Oliviers, les disciples s'approchèrent de lui en particulier, disant :
« Dis-nous quand cela sera, et quel sera le le signe de ton avènement et de la consommation du siècle? »
Luc, XXI, 7. Et ils rinterrogèrent, disant:
« Quand donc cela sera-t-il, et à quel signe (reconnaîlra-t-on) que cela va venir ? »
La curiosité des disciples est censée avoir été excitée par la prédiction de Jésus contre le temple. D'après Marc, Jésus étant sorti de Jérusalem, et s'étant assis sur la montagne des Oliviers, à un endroit d'où l'on voyait la ville et le temple, les quatre plus anciens apôtres prient le Sauveur en particulier de leur expliquer plus longuement ce qui doit arriver. Ils ont compris que la ruine du temple se rattache à la série des bouleversements qui précède- . ront l'avènement du royaume des cieux. C'est pourquoi ils ne se bornent pas à demander quand le temple doit être détruit, — et cette circonstance pourrait donner à penser que l'auteur sait fort bien quand la chose est arrivée, — mais ils désirent savoir à quel signe on reconnaîtra que vont arriver « toutes ces choses * », c'est-à-dire l'ensemble des faits qui doivent servir d'introduction immédiate au grand avènement. Jésus commence alors son discours apocalyptique, sans répondre directement à la question posée, et il le poursuivra sans faire aucune allusion à la ruine du temple.
1. V. 4. eiTcôv ^(xtv, TCOTÊ TaCta laxai; xai t{ tÔ aY){JL6Îov oxav (JLiXXrj rauia ouvie- XsîaOat Tiavxa ;
Mise en scène suspecte et qui fournit déjà un argument contre lauthenticité générale du discours. On peut dire premièrement que Jésus n'a pas dû prononcer ce grand discours prophétique dans la journée où, selon Tordre indiqué par Tévangéliste, il aurait eu affaire aux prêtres, aux hérodiens, aux sadducéens, aux pharisiens, où il aurait condamné ces derniers et raconté la parabole des Vignerons. Mais cette difficulté n'est que secondaire : Tordre dans lequel s'enchaînent faits et discours étant logique plutôt que vraiment chronologique, on ne serait pas obligé d'admettre que Jésus ait annoncé la ruine du temple quelques instants après qu'il eut fait ses réflexions sur le liard de la veuve, et le jour même où il maudit solennellement les pharisiens. Bien plus grave est le soupçon que suggère le cadre esquissé par le rédacteur pour le discours qu'il veut amener. La grande apocalypse qu'on va lire, la plus longue instruction que le second Evangile attribue à Jésus, aurait été prononcée seulement devant quatre disciples, pris les premiers sur la liste des Douze. N'est-ce pas que Tévangéliste a conscience de prêter au Christ un discours, qui, pour le principal, était inconnu de la tradition primitive ? Si on ne le connaissait pas, c'est qu'il avait été tenu seulement devant Pierre, Jacques, Jean et André. L'artifice des entretiens particuliers, pour amener des leçons étrangères à Tenseignement de Jésus, s'est déjà rencontré dans Marc *, et Ton peut croire qu'il a été encore employé ici. Pour le fond, le discours n'a rien d'une conversation, ni même d'une allocution aux disciples en général, ni d'une prédication publique. C'est une description faite pour être lue ^, et dont le premier auteur ne peut être qu'un écrivain. Marc n'a pas osé, du premier coup, en faire un discours du Christ ; il 'se contente d'en faire une communication privée. Les' deux autres évangélistes ont senti Tinsuffisance de ce procédé.
Matthieu suit encore Marc d'assez près ; mais, ne voyant pas pourquoi un discours aussi considérable n'aurait été adressé qu'à quatre personnes, après avoir conduit le Sauveur sur le mont des Oliviers, il le fait interroger par tous les disciples 3, c'est-à-dire par les Douze. Il serait arbitraire de dire que les quatre ont posé la
1. IV, 10; VII, 17; ix, 2, 9; I, 739, 963; et supr. pp. 31, 40.