‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 493 sur 733 · Cf. J. Weiss, Hupr. cit. p · texte numérisé non relu

Cf. J. Weiss, Hupr. cit. p

3. Dans Tétat des témoignantes, il est arbitraire de supprimer (avec Blass, Andersen; Wellhausen le commencement du v. 19, comme n'appartenant pas au texte primitif de Luc : celui-ci pense, comme les autres évangélistes, expliquer la cène chrétienne par le dernier repas de Jésus ; il ne peut avoir oublié la bénédiction du pain ; mais la formule : « Ceci est mon corps », n'a de sens que dans la conception de Paul.

4. Andersen, op, cit., restitue le texte comme il suit (p. 129) : ivaxEtasvtov aÙTO)v Xa^wv 6 'iTjaouç otptov EÙXovr^Œaç ixXaae xai loroxsy auToi; xal gtTce 'Xa^eTS, çdEyeTs* Xi^to yàp Ojxîv on ouxiiioù (jir; çayo* iÇ outou, eeoçJoTOu xatvôç PpwOf} ev TiJ ^aai- Xdi lou 0*ou.

tiennent à ce que la mention du corps et du sang a été introduite après coup dans un récit où il n'était question que de pain et de vin relativement au festin messianique.

Quant à Thypothèse d'une double parabole * que le Christ aurait émise dans son dernier repas, elle est en contradiction avec la véritable nature des paraboles évangéliques. Les paroles : « Ceci est mon corps » et : « ceci est mon sang », ne sont pas des comparaisons, mais des expressions figurées, de véritables allégories, qui n'ont aucune affinité avec les paraboles authentiques, et qui auraient été inintelligibles pour les disciples, dans les termes oii elles sont présentées, et dans la circonstance à laquelle on les rapporte. Il paraît impossible de les concevoir comme une consolation adressée aux apôtres, et ce n'est pas ainsi, d'ailleurs, qu'elles sont proposées. On essaie vainement de chercher une préparation logique au discours de Jésus. La perspective du festin messianique exclut le mémorial de la mort, et il paraît évident que c'est le fait même de la mort, la foi au Christ ressuscité, la fondation de l'Eglise, qui ont, pour ainsi dire, interpolé, en cet endroit comme ailleurs, le mystère de la mort rédemptrice entre l'Evangile du royaume et le grand avènement. En cet état de choses, la difficulté, insurmontable pour l'exégèse critique, de trouver une signification aux paroles : « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang », qui corresponde à la fois au texte et à la vraisemblance historique, est résolue, puisqu'elle s'évanouit.

11 s'agirait donc d'expliquer comment les adieux du Christ et le rendez-vous au royaume céleste ont pu contribuer à l'institution de la cène chrétienne. Les paroles de Jésus ne laissent entrevoir ni la fondation de l'Eglise ni l'organisation du culte chrétien. Elles peuvent sous-entendre la mort et la résurrection du Christ, mais elles ne les annoncent pas. Comme tous les enseignements authentiques du Sauveur, elles maintiennent la perspective du prochain avènement messianique. On voit très bien comment cette perspective a été brisée par les événements ; on saisit avec moins de clarté la façon dont la foi sut, après la passion, tirer des paroles eucharistiques le sacrement chrétien. L'historien ne peut chercher cette explication que du côté des faits. On verra, par Texamen des récits de la résurrection, que la foi au Christ ressuscité est intimement

IIoi.TZMANN, 100, 174, après Jûlicher, supr. cit. p. 535.

liée à la conception primitive de l'eucharistie. Jésus était déjà le Christ dans la gloire du royaume, et, en même temps, il était avec les siens; il y était surtout dans le repas commun qui rassemblait ses fidèles, et qui était déjà le festin du royaume, où il avait convié les disciples. C'était bien avec lui et en mémoire de lui que se tenait la réunion. Durant son ministère, le repas commun était déjà le lien sensible du groupement des disciples ^ Saint Paul n'a fait qu'interpréter le souvenir apostolique selon sa propre conception du Christ et du salut, de façon à voir dans le repas eucharistique, symbole effectif de l'union des fidèles dans le Christ toujours vivant, le mémorial du Crucifié, de celui qui avait livré son corps, versé son sang pour le salut du monde. Ce doit être lui qui, le premier, a conçu et présenté la coutume chrétienne comme une institution fondée sur une volonté que Jésus aurait exprimée et figurée dans la dernière cène. 11 y a peut-être lieu de noter que le quatrième Évangile ne veut rien savoir de cette institution, et ne dit rien de cette volonté. En relevant le caractère de nourriture, qui appartient à la chair et au sang du Christ, Jean rejoint la conception primitive, que le symbolisme de Paul n'avait pas supprimée, et il fait la synthèse que Paul avait ébauchée, sous la même influence des idées communes de sacrifice et de communion qui régnaient dans le monde ancien 2. H ne faut pas chercher dans le Nouveau Testament les précisions dogmatiques des âges plus récents, mais on y trouve, associée au symbolisme inhérent à toute coutume passée en rite liturgique, l'idée ou le sentiment d'une communion réelle et mystérieuse au Christ mort et ressuscité pour ne plus mourir.

Dans quel rapport la dernière cène se trouvait-elle avec le festin pascal? C'est ce qui est maintenant difficile à dire. Rien n'empêche que la bénédiction du pain et du vin soit le rite usité dans la pâque, et même il semble plus naturel de l'admettre. On doit avouer cependant que la circonstance de la pâque est accessoire, et pourrait n'être qu'une hypothèse symbolique de la tradition. Si Ton considère Marc comme primitif relativement à Paul, on est plutôt tenté d'affirmer

1. C'est tout ce qu'on peut retenir des hypothèses de Renan ; supr. p. 535. Ce repas, ordinairement frugal, ne comportait pas toujours l'usage du vin. De là vient le nom de « fraction du pain », qui est la désignation primitive de la cène.

2. Voir F. CuMONT, Les religions orientales dans le paganisme romain^ 83- 85, 251.

que Paul a détaché Teucharistie de la pâque, et de trouver dans le texte ordinaire de Luc une distinction que Paul a préparée *. Mais le véritable rapport des témoins traditionnels parait tout autre. Paul, en efTet, ne marque pas de lien historique entre la pâque juive et l'institution de la cène 2; mais il a enseigné que le Christ était, dans sa mort, la victime pascale des chrétiens ^ ; pour lui, la cène eucharistique, mémorial de la mort du Christ, était la vraie pâque. Il ne serait donc nullement inconcevable que Marc, introduisant dans le récit du dernier repas la conception paulinienne de Teucharistie, eût voulu préciser la signification du rite chrétien en en faisant coïncider l'institution avec la dernière pâque du Christ, tout comme Jean, partant de la même idée, fait coïncider la mort du Sauveur avec l'immolation de l'agneau. Mais comme il est certain que la passion eut lieu dans les solennités pascales, et comme il n*est pas autrement évident que le dernier repas du Christ ait été un repas ordinaire, il peut sembler plus sage d'admettre que la dernière cène a été vraiment le festin pascal, et que Paul n*a pas mentionné ce détail parce qu'il ne s'intéresse pas à la pâque juive ni aux circonstances historiques de la dernière cène. 11 parle de la nuit <( où le Christ fut livré », en songeant à la mort du Sauveur, et sans se préoccuper autrement de ce qu'était cette nuit dans le calendrier israélite. Cependant il reste possible, et même probable, que la date de Fonction ait été primitivement celle du dernier repas : dans cette hypothèse, si l'on tient pour certaine la donnée traditionnelle touchant le jour de la mort, un vendredi, le festin pascal n'aurait eu lieu que le samedi soir, ou peut-être le vendredi, ce qui permettrait de penser que Jean a été aidé par la tradition primitive dans la combinaison symbolique par laquelle il écarte la donnée de Marc, suivie par les autres évangélistes. Les prières de bénédiction que Jésus a prononcées sur le pain et sur le vin seraient celles qui étaient usitées dans les repas ordinaires, ou plus spécialement celles qui étaient et qui sont encore de coutume chaque vendredi soir ou chaque veille de grande fête, avant le repas *.

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