V. 13. oi ht KOLkiy IxpoÇav* oraupwjov aCrov
5. Toutefois le jroiXivdu v. 13 pourrait viser simplement la réponse impliquée dans le V. 11 (n. 2), de même que celui du v. 12 (n. 3) se réfère à la piemière proposition de Pilate (v. 9 ; p. 643, n. 1).
peuple redouble ses cris K Dans le temps où ce récit fut conçu, on avait déjà vu des Juifs, en certaines occasions, par exemple dans le cas de Paul, demander avec cet acharnement la mort des chrétiens.
Pilate cède, n'étant pas censé pouvoir refuser la grâce de Barabbas, ni mettre obstacle à l'exécution du Sauveur ; il accorde la liberté du criminel, et livre l'innocent pour qu'on le crucifie ^. Il fait d'abord flageller Jésus suivant l'usage, la flagellation servant de préliminaire au crucifiement. Les faits semblent se passer très rapidement, et l'on dirait que Pilate ne prend même pas le temps de prononcer la sentence dans les formes légales. C'est que l'évangéliste, en effet, a évité de dire que la condamnation avait été rendue par Pilate ; il veut faire entendre que Pilate a été contraint par les Juifs, après avoir usé en vain du moyen de grâce qui était à sa disposition, de laisser exécuter l'arrêt de mort prononcé par le sanhédrin. Le lecteur peut croire que Pilate abandonna Jésus aux Juifs, bien que la suite du récit montre clairement que l'exécution a été conduite par les soldats romains.
Tous les évangélistes ont fait ressortir avec complaisance les hésitations de Pilate, et glissé rapidement sur la condamnation que lui seul a juridiquement formulée. Au fond, Pilate ne prenait pas grand intérêt à la personne de Jésus, et il ne se fit pas scrupule de décider sa mort. Avait-il remarqué cependant que le fanatisme juif était seul en cause dans cette affaire, et s'était-il fait d'abord quelque scrupule d'accorder la tête d'un homme jugé par lui inoffensif, à des gens qu'il méprisait et détestait? A-t-il senti ensuite que sa résistance pourrait provoquer des troubles à Jérusalem, et lui susciter des difficultés à Rome? A-t-il pris son parti avec cette indifférence calculée des hommes politiques chez qui la raison d'Etat et l'intérêt personnel priment toute considération de justice? Vu le caractère des textes, il serait bien téméraire de l'affirmer. La prétention messianique entraînait une équivoque dont Jésus n'est sorti que parla mort, et dont on ne peut guère supposer que Pilate ait le premier trouvé l'explication. La distinction du règne spirituel et du grand
1. V. 14. 6 8e IIctXaTo; IXrfev autoi;* xi fàp Iwo^Tjasv xotxov; oî ô« luipiaaâ; IxpaÇav 9Ta6pct>90v aùxâv.
2. V. 15. 6 Se IleiXaTo; PouXojjlevo; x& ^x^^ '^^ txavôv nôiTJaai (D, deux mss. la t. ometlent pouX(^(uyoc... Tcotvj^ac) àrciXu^iv auroi; xôv Boipa^^àv, xal ;:apéBu>xcv rôv *Ii}90uv fpacfgXk(a9ai tva orotupcaOfj.
avènement résulte de la situation créée par la mort du Christ. Le Sauveur ne Ta jamais formulée; Pilate n'a pas cherché à la deviner, et il ne Ta pas soupçonnée ; le gouverneur se trouvait en face d'un cas d'agitation populaire dont l'étiquette, pour le moins, était inquiétante, et dont la portée réelle ne pouvait manquer de lui échapper ; il aura prononcé la sentence capitale, foncièrement^injuste, par principe d'ordre public ; les circonstances ne lui permettaient guère d'apprécier la hauteur morale de Jésus, et Ton peut douter d'ailleurs qu'il eût été en état de la comprendre assez pour concevoir l'idée d'arracher le Sauveur au destin que son titre messianique lui faisait nécessairememt encourir.
Le rédacteur du premier Evangile diffère quelque peu de Marc dans la manière de présenter les faits. Il semblerait, d'après lui, que Barabbas était non seulement en réputation, mais en faveur auprès du peuple. La formule : « Ils avaient un prisonnier * » , insinue, en effet, que les Juifs avaient en la personne de Barabbas im candidat pour la grâce que le gouverneur leur accordait à l'occasion de la pâque : façon d'atténuer ce que le récit de Marc présente d'incroyable pour un lecteur dont l'attention est quelque peu éveillée sur la crédibilité des choses. C'est pour le même motif, et afin de laisser place à un temps de délibération pour le peuple, à un temps d'action pour les ennemis de Jésus, afin aussi de ménager un intervalle pour l'intervention de la femme de Pilate, que celui-ci, dès que le peuple est venu, au lieu de proposer directement la grâce de Jésus, suggère lui-même l'alternative du choix 2, comme si, dans l'occur-
1. V. i5. xa-i ^l lopiTjv EÎwÔei 6 f,Y£{xwv a::oXu£iv evat tu> oy(\M Set^iiov ov {6cXov. 46. eT/ov (quelques mss. lat. Vg. « habebat ») 5è tote Sé^jaiov Itiijtjjiov Xe^djuvov Bapa,3pîv. Ss. S. hier. arm. et quelques mss. min. (1, 118, 209, 241, 299) lisent ici : « Jésus Barabbas ».
2. V. 17. oyvTJYULcVtov ouv aÙTûv eItiev aiiotç ô IlEiXaTOç* tiva OeXete ànoXùjw 6{aîv, Bxpa^^îv (les témoins cités n. 1 ont ici encore : « Jésus Barabbas ») tj 'Iiïooîv Tov Xeyojievov Xpiarov ; On suppose volontiers que la leçon Jésus Barabbas est venue de ce qu'un copiste aura lu YMININ, pour YMIN, IN étant abréviation de IHSOrN. Comme le nom de Jésus ne revient pas dans les vv. 20, 26, il n'est probablement pas original dans Matthieu; mais on peut douter qu'il y soit entré par méprise ; ce serait plutôt par l'influence d'une tradition légendaire. La leçon « Jésus Barabbas » paraît avoir été très répandue au temps d'OniGÈNE, qui écrit à ce propos : « In multis exemplaribus non continetur quod Barabbas etiam Jésus dicebatur, et forsitan recte, ut ne nomen Jesu conveniat alicui iniquorum. In tanta enim multitudine scripturirum neminem scimus Jesum pec-
rence, il n'avait à proposer que ces deux noms, et devait les proposer tous les deux. Matthieu corrige « le roi des Juifs )) en « Jésus <ju'on appelle Christ » *, formule de convention qui lui a paru rentrer mieux dans la couleur locale. En réalité, Jésus n'était surnommé Christ par personne avant sa mort. L'explication : « Car ils savaient qu'ils le lui avaient livré par jalousie ^ », se trouve moins bien amenée que dans Marc. Elle rend compte des bonnes dispositions de Pilate pour Jésus; mais ces bonnes dispositions ont l'air d'être contredites par le fait que Pilate lui-même propose la grâce de Barabbas. En voulant remédier aux difficultés de Marc, Matthieu s'est jeté dans d'autres embarras.
Le message de la femme de Pilate est introduit de façon à remplir l'intervalle que le procurateur est censé accorder aux Juifs pour délibérer sur la proposition qu'il vient de leur faire. En attendant, Pilate est assis à son tribunal, qu'on doit se représenter comme une sorte d'estrade en plein air, suivant la coutume romaine, soit devant le palais d'Hérode, soit dans une cour de la forteresse Antonia. A ce moment môme, sa femme lui envoie un message pour le prier de n'endosser pas la responsabilité de la mort du juste dont on sollicite auprès de lui la condamnation. Elle donne pour raison les angoisses qu'elle a éprouvées en rêve, la nuit précédente, au sujet de Jésus ^. L'évangéliste montrera plus loin le procurateur, fidèle à cet avertissement, rejetant sur les Juifs les conséquences de la mort du Christ. Les deux traits qui sont propres au premier Evangile, Tavertissement donné à Pilate par sa femme, et l'acte du procurateur se lavant les mains pour décliner toute responsabilité
<:alorein... Et pulo quod in haeresibus taie aliquid superaddituni est ut habeant «liqua convenientia dicere fabulis suis de similitudine nominis Jesu et Barabbae. » Il ne semble pas que Ton puisse déduire du texte de S. Jérôme, •cité plus haut (p. 642, n. 3), que la leçon « Jésus Barabbas » soit autorisée par rÉv. des Hébreux.
1. « Jésus dit Christ » ne signiûe pas « Jésus que Ton regarde comme Messie », mais Jésus que Ton surnomme Christ, bien que la pensée de l'évangéliste aille du surnom à Fidée qu'il représente. Cf. Dalman, I, 248.
2. V. 18. riÔci Yflip OTi 8ià ç6<ivov naplôtoxav auxdv. Cf. supr, p. 644, n. 1.
3. V. 19. xa6T](Aivou 81 aùtou iizl tou ^Tj^AaToç (cf. Jn. xix, 13; Act. xviii, 12, 16 ; XxVy 6, 10, 17) àjCETTCiXcv ;:pOî autov f) pvTj aOrou X^Y^uaa* (A7]dèv oroi xal tw 8ixata> (xEivo) (cf. VIII, 29; Jn. ir, 4)* zoXXà yàp £;:aOoy a7[a£cov xa^'ovap (cf. i, 20: ii, 12, 13, 19,22) Si'avrôv.
dans Taffaire, sont corrélatifs. Si Ton compare le récit de Marc et celui de Matthieu, les traits dont il s'agit paraissent bien plutôt avoir été ajoutés par le rédacteur du premier Evangile dans le récit de Marc, ou un récit tout semblable, que supprimés par Fauteur du second Évangile dans une relation plus étendue.
Rien d'étonnant, d'ailleurs, à ce que la femme de Pilate se fût trouvée à Jérusalem. Auguste avait ordonné que les femmes des magistrats romains suivissent leurs maris en province*. Mais d'où vient l'intérêt que celle-ci portait à Jésus? D'après l'Evangile de Nicodème 2, la femme de Pilate aurait été une prosélyte juive. La légende ne s'est pas arrêtée en si beau chemin ; elle a connu le nom de cette femme, Claudia Procula, elle l'a convertie au christianisme, et l'Église grecque la mise au rang des saintes. Fiction construite sur une donnée déjà très fragile. L'évangéliste suppose plutôt que la femme de Pilate est païenne. Les deux époux figurent, jusqu'à un certain point, la gentilité appelée à recueillir les fruits de la mort de Jésus, tandis que les Juifs, qui l'ont causée, tombent sous le coup de la réprobation divine. Le songe qu'a eu la femme du procurateur n'est pas un simple cauchemar, occasionné par les circonstances, mais un songe révélateur comme ceux que l'évangéliste a placés dans les récits de l'enfance. C'est un avertissement du ciel; la femme de Pilate et Pilate lui-même le comprennent ainsi 3. Dans la pensée de Tévangéliste, l'insistance que Pilate va mettre à vouloir sauver le Christ est causée par la communication de sa femme. Pilate a proposé la grâce de Jésus parce qu'il savait que les accusateurs étaient inspirés par la jalousie; il insistera pour obtenir cette grâce, parce que le ciel lui a fait connaître, dans le songe de sa femme, que l'accusé est un juste, et que, s'il décrète sa mort,