‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 647 sur 733 · Jn. III, 1. Cf. QÉ · texte numérisé non relu

Jn. III, 1. Cf. QÉ

8. pouXcuTiîç {supr, p. 701, n. 3). L'emploi d'un mot nouveau n'est pas étonnant, si le récit de la sépulture appartient à la rédaction finale de TÉvangile, et s'il ne procède pas de la même tradition ou de la même main que les récits du jugement. Le lecteur de Marc n'est pas obligé de penser que la pouXiJ dont fait partie Joseph soit le ouv^Sptov de xiv, 55; l'épithète ÊÙa/Tjpwov serait presque de nature à l'orienter dans un autre sens, car elle vise plutôt la qualité que le mérite de la personne (cf. Act. xiii, 50 ; xvii, 12, et même I Con. vu, 35, XII, 23-24, que B. Weiss, Mk, 240, allègue en sens contraire).

coutume d'employer quand il parle du sanhédrin. Luc dit la même chose, mais pour écarter entièrement l'objection, il observe que ce conseiller ne s'était pas associé aux mesures que les autres avaient prises contre Jésus. Les termes dont il se sert feraient supposer que Joseph assistait aux délibérations, et s'était abstenu d'émettre un suffrage défavorable au Sauveur. Mais Luc connaissait-il les détails de ce qui s'était passé dans les réunions du grand conseil ? Ce qu'il paraît savoir, il le déduit de ce qu'il voit faire à Joseph : le membre du sanhédrin qui a enseveli Jésus n'était pas un ennemi de Jésus. Le rédacteur du premier Evangile a supprimé radicalement la difficulté, en transformant le conseiller en « homme riche ». Il a pu s'aider, pour cette substitution, d'un passage d'Isaïe ' où il est dit que le Serviteur de lahvé sera' enterré « avec le riche » ; et c'est probablement encore d'après ce texte qu'il fait donner par Joseph son propre tombeau, circonstance omise dans les autres Évangiles canoniques, et soigneusement relevée dans l'Evangile de Pierre * .

En fait, Joseph d'Arimathée aurait pu ne pas être de la réunion qui eut lieu chez Caïphe, et n'avoir connu que par la rumeur publique l'arrestation et la condamnation de Jésus. Le silence que l'histoire apostolique a gardé sur ce personnage ne prouverait pas qu'il n'ait pas été membre du sanhédrin, et qu'il n'ait pas habité

i. LUI, 9, hébreu (car le grec a une autre signification) : « Et il (Dieu ?) a mis avec les méchants son tombeau, et avec les riches son sépulcre. » Brandt, 309, observe d'ailleurs avec raison que ce n est pas ce passage qui a pu suggérer le fond même du récit.

2. V. 23. « Et les Juifs se réjouirent (cf. supr. p. 679, n. 1), et ils donnèrent son corps à Joseph, pour qu'il Tensevelît, puisqu'il avait vu tout ce que (Jésus) avait fait de bien. 24. Prenant donc le Seigneur, il le lava et l'enveloppa d'un suaire, et il l'emporta dans son propre tombeau (eîç i$iov td^ov), qu'on appelait le jardin {xf^izow ; cf. Jn. xix, 41) de Joseph. » Dans l'apocryphe, la demande de Joseph se place entre le lavement des mains de Pilate et la scène de dérision : V. 3. « Et Joseph, ami de Pilate et du Seigneur (noter qu'on ne dit rien de sa situation officielle), vint là, et, sachant quïls devaient le crucifier, il alla trouver Pilate et lui demanda le corps du Seigneur pour l'ensevelir. 4. Et Pilate envoya vers llérode lui demander le corps. 5. Et Hérode répondit : u Frère Pilate, quand môme personne ne Taurait demandé, nous Taurions enterré, — car le sabbat approche, et il est écrit dans la Loi que le soleil ne doit pas se coucher sur un homme mis à mort, — avant le premier des Aiymes, leur fête. » Cf. Jn. xix, 42 {QÉ, 898), et Deut. xxi, 23, supr, cit., p. 701, n. 1.

70 i LES ÉVANGILES SYNOPTUjLES

j^. Jérusalem. Arimathée était son lieu d'origine. L'acte de pieux res-

I)ect qu'il est dit avoir accompli envers Jésus n'aurait pas eu d'autres suites, ou bien Joseph, s'il a survécu longtemps au Sauveur, aurait conservé, à l'égard de TEglise naissante, la disposition qu'il avait eue à regard de Jésus, une sympathie qui n'allait pas jusqu'à Tadhésioiî complète et au sacrifice de sa position sociale *. Les évangélistes ne s'intéressent à lui qu'à raison du rôle qu'ils lui attribuent dans l'ensevelissement du Christ.

Joseph, à qui sa qualité donnait accès près du procurateur, aurait donc eu le courage - d'aller trouver Pilate pour lui demander le corps. D'après Marc, Pilate, étonné que Jésus soit déjà mort, fait appeler le centurion et s'informe depuis combien de temps la chose est arrivée; s'étânt assuré de la mort, il fait donner gratuitement le corps à Joseph-*. Ces détails attestent chez le narrateur la préoccupation de montrer que la mort du Christ, qui avait été un fait public, avait été de plus dûment constatée par Pilate lui-même, sur le rapport du centurion qui en avait été le témoin officiel. Le rédacteur du premier Evangile a passé sous silence l'enquête de Pilate ^. Luc en a fait autant, et il va même jusqu'à sousentendre le consentement du procurateur. Serait-ce que ces évangélistes n'auraient pas trouvé dans Marc tout ce qu'on y lit maintenant ^ ? Il est [plutôt à croire qu'ils n'ont pas vu l'intérêt de ces-

i. Cf. Jn. XII, 42-43; (?E. 698.

2. Me. 43. ToXa7[(jfliç. Les autres évangélislcs et le pseudo- Pierre suppnment ceUc nuance. Brandt, 311, trouve à ce détail un cachet d'historicité, vu que^

5J si Pilate avait eu les bonnes dispositions qu'on lui prêle, et si Joseph avait été

^ sanhédriste, Pacte de Joseph ne réclamait pas un courage particulier. Mais-

l'ail t-il chercher tant de logique dans ces récits ? Le défaut d'harmonie entrecelui de la sépulture et celui du jugement s'expliquerait d'ailleurs sans difliculté, si celui-ci est antérieur à celui-là. Cf. supr. p. 702, n. 8. Du point de- Yuc de Marc, il y avait quelque hardiesse à Joseph de réclamer auprès de Pilate le corps d'un supplicié dont il n'était point parent. Cf. Brandt, 307-308.

3. V, 44. 6 8s netXàro; iôa-JjjLaasv el ffij\ riôvr^xs/, xal Tcpo^xaXsaipicvoç tov xivryptwva iKTjptoTTjgiv auTOv £Î ::aXat (BD, ffir\ ; mais TiiXai, qui s'oppose à »cti, est préférable, car il ne s'agit pas seulement de savoir si Jésus est mort, mais si le

^' fait est bien certain ; Ss. n'a ni jziKT. ni ^$r, i irsOavcv 45. xai po!*; ànô tou xîvtv-

^ ffojvo; £5(opr[aaT0 tô TtTWfxa Tto *lfoar|ç.

4. V, 38. TOTÊ ô riciXàTo; âxiÀEujcv ànoooO^va'.. fÊ'.K J . Weiss, AE, 340. 1

Informations, à moins qu'ils n'y aient flairé plutôt une objection qu un témoignage pour la foi.

Joseph achète un linceul, sans doute une pièce de toile dont il se propose d'envelopper le corps de Jésus détaché de la croix*. D'après Marc, la toile est neuve; d'après la rédaction du premier Evangile, -elle est u propre », ou « pure », c'est-à-dire qu'elle n'avait jamais servi. Ce détail semble introduit par une raison de convenance théologique. Luc mentionne simplement le linceul ; mais, pour le jfnotif qui a suggéré au rédacteur du premier Evangile et à Marc l'idée d'une toile neuve, il dit que personne n'avait encore été mis ^ans le sépulcre où le corps de Jésus fut déposé. Matthieu insinue la la même chose en disant que le sépulcre avait été creusé tout récemment pour Joseph lui-même. On se rappelle que, d'après Marc et Luc, le Sauveur lit son entrée à Jérusalem sur un ânon que nul n'avait encore monté 2. De telles données procèdent d'un sentiment moral plutôt que de la tradition historique.

On remarquera que les indications de Marc sont extrêmement vagues : il faut un sépulcre pour que Jésus en sorte ressuscité ; mais où était ce sépulcre, et comment il se fait que Joseph en dispose, l'évangéliste n'en sait rien, ou ne songe pas à le dire, et il pense à signaler im détail sans portée, à savoir que le sépulcre était taillé dans la pierre, indication qui n'a guère de raison d'être, à moins qu'elle ne corresponde, dans la pensée du narrateur, à quelque prophétie^. La circonstance de la pierre roulée^ ne vient que pour faire

1. Me. 46. xai àfopaaa; aiv^dva xoiOiXcov (D, Xa^aSv) autov evfiiXïjaev ttJ ^ivSovi xa\ eOvjxey auiôv iv ^v7j{xaTt 0 r)v XgXaropiTipiyov éx nh^ctç, xai TcpoaexuXiacv X(Oov lizl ty^v Oupav xoZ pT){i.£{ou (D, ajoute xai àju^XOcv, d'après Matthieu). Mt. 59, xal Xa^oiv tô ao)[Aa ô 'Iwarjç âveiuXi^gv «ùtô Iv (hACL n*ont par iv) aivôovi xaOapa (Ss. « neuf » 60. xallOr^xe^^ auto ev toj xatvâ au cou [XVT][Xiib) 8 IXatTd{x.r)9Ev iv Tfj ^£Tpa, xal TcpooxuXCaa; Xt6ov {i^yav TfJ 6upa to0 (jivT){i.s{ou ûcTtriXOgv. Le. 53. xal xaOcXcùv IvetiSXiÇcv auxo aivSdvt, xotl l&TjxEv auTÔv iv {ivTÎjxaTi XaÇcuTfo ou oux ^vouSeï; outto) xei{jlcvo(. D, ajoute, xai Oivio; auTou iîciOTjxev tw {avïjjxsuo XiOov, ov fioftî fifxofft ixuXtov ; de même lat. c : « et cum positus esset in monumento, posuerunt lapidem quem vix viginti volvebant » ; sah. : « cum vero posuissent eum, posuit lapidem in porta sepuicri quem viginti homines volvere possent ».

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