LE PARDON. L'ÉGLISE
Matth., xvni, 15-35; Luc, xvii, 3-4.
Le discours sur le scandale est complété, dans le premier Évangile, par des instructions sur la conduite à tenir envers les pécheurs, et sur le pardon des injures. Les deux sujets, le scandale et le pardon, sont aussi traités ensemble dans le troisième Évangile, bien que l'on trouve seulement dans Luc l'idée fondamentale des discours contenus dans Matthieu. Celui-ci, aidé par Marc à traiter la question du scandale au point de vue des intérêts présents de la communauté, a voulu compléter la leçon, non par une simple invitation à la paix, comme Marc, mais par une monition sévère contre ceux des Gdèles qui induiraient leurs frères à pécher ; à cette fln, il a transposé la parabole des Cent brebis, en en modifiant la conclusion et l'application primitive. Dans Luc, la leçon du pardon contenait un simple avis sur la conduite à tenir envers le prochain dont on a eu à se plaindre. De cette petite instruction, d'ordre purement moral, Matthieu a fait deux morceaux, transformant la première partie en im petit traité de l'Église et de la discipline ecclésiastique.
Entré dans cette voie, le rédacteur ne s'arrête pas : il justifie la sentence ecclésiastique par une déclaration formelle touchant les pouvoirs de TÉglise. L'idée de la communauté »jugeant appelle ridée de la communauté assemblée pour prier, et l'évangéliste émet ime déclaration touchant l'efficacité de la prière collective. Ensuite il rejoint Luc et reprend la seconde partie de la sentence concernant le pardon ; mais, après le grand écart qu'il a fait, il a besoin d'une transition ou d'une entrée en matière ; c'est pourquoi il fait poser par Pierre une question, que rien ne prépare, touchant le nombre de fois où un frère doit exercer la pardon envers celui qui l'a offensé. La première partie de la sentence ayant été complètement refondue et développée en dehors de sa signification primitive, U se trouve que Pierre demande combien de fois il faut par-
donner, sans que Jésus ait parlé de pardon entre frères pour offenses personnelles.
Finalement le premier Evangile complète la leçon du pardon par une parabole, qui offre toutes les garanties d'authenticité, mais qui a pour objet le devoir général du pardon, et qui se rattacherait beaucoup plus naturellement à l'instruction qu'on lit dans le troisième Evangile. Luc a pu l'omettre parce qu'elle ressemblait à celle de rÉconome infidèle *, et qu'il n'a pas, comme Matthieu, le souci de mettre en relief l'obligation du pardon réciproque. Toujours est-il que la comparaison des deux Evangiles autorise à supposer, avant plus ample examen, que le recueil primitif des discours du Seigneur contenait la leçon du pardon telle que la présente le troisième Evangile, probablement avec la parabole du Serviteur impitoyable, et que les considérations ecclésiastiques de Matthieu sur la réglementation disciplinaire du pardon et l'efficacité de la prière en commun appartiennent à une couche secondaire de la rédaction.
Marc, xviii, 15. « Et si ton frère Luc, xvii. 3. « Prenez garde à a péché, va lui faire ta réprimande vous. Si ton frère a péché, reprendsen particulier, entre toi et lui : s'il le; et s'il se repent, pardonne-lui. >» t'écoute, tu auras gagné ton frère. 16. Et s'il n'écoute pas, prends encore avec toi un ou deux (autres), afin que tout soit établi par l'avis de deux ou trois témoins. 17. Et s'il ne les écoute pas, dis-le à l'Église. Et s'il refuse d'écouter l'Église même, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain. »
On ne voit pas la raison d'être de Tavertissement : « Prenez garde à vous- ». Peut-être Luc l'a-t-il formulé par une sorte de compensation pour la sentence omise à la fin de l'instruction sur le scandale ^, et afin de ménager une transition quelconque entre 1:\ parole touchant le scandale et la leçon du pardon. On peut d'ailleurs conjecturer, d'après la place assignée par Matthieu * à la parabole des Cent brebis, que cette parabole, avec celle des Dix drachmes, se trouvait dans la source entre les paroles concernant le scandale et celles qui regardent le pardon des injures. Matthieu,