‹ Les Évangiles synoptiques (volume 4)Chapitre 83 sur 733 · Cf. HOLTZMANN · texte numérisé non relu

Cf. HOLTZMANN

distingue expressément du commun des fidèles ceux qui y ont autorité. Sans doute la communauté décide par ses chefs; en tout cas, elle ne décide pas sans eux; mais on ne conçoit pas plus les chefs décidant sans la communauté, que la communauté sans les chefs.

Matth. XVIII, 18. « En vérité je vous (le) dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel *? »

Gomme ces paroles ont été dites à Simon-Pierre, elles sont adressées maintenant aux apôtres ; et comme elles concernaient le rôle personnel de Simon-Pierre en tant que chef du collège apostolique, elles concernent le rôle des apôtres en tant que membres de ce collège, qui, dans son union avec Pierre, exerce la même autorité que lui. L'évangéliste ne considère pas ici les apôtres comme simbles croyants, car on ne peut raisonnablement supposer qu'il, attribue à chaque Adèle le droit d'émettre des jugements qui seront obligatoires pour tous les autres. Ce n'est pas au premier venu qu'il appartient de lier et de délier, mais à ceux qui sont établis docteurs et maîtres en Israël; dans la pensée de Tévangéliste, ce sont les apôtres qui sont constitués arbitres dans l'Eglise ; de plus, comme il a en vue la situation de son temps, derrière les apôtres il désigne ceux qui, actuellement, tiennent leur place, en sorte que la distinction qui ne se remarquait pas dans la sentence précédente est implicitement signifiée dans celle-ci, sans être mise en relief, parce qu'elle n'était pas très accentuée dans la réalité. Encore est-il que l'emploi du pluriel : « Je vous le dis », après le singulier : « Si ton frère a péché », est significatif. Le « tu » s'adresse à un croyant quelconque ; le « vous » s'adresse aux disciples, à qui est conférée une autorité en rapport avec leur mission apostolique.

Cette mission, au temps de l'Evangile, avait consisté à annoncer l'avènement du royaume; les circonstances étant changées, elle devenait pour ceux qui avaient pris la place des apôtres une mission de gouvernement, le droit d'ouvrir et de fermer les portes du royaume des cieux, en admettant dans la communauté ceux qui

1. olji.r]v Xé^to Ojiîv, oaa èàv ôtJotjtê iizl i7]ç yTJ; iaïai SgSsfjilva âv oopavto, xai 8aa làv XucjT)T6 67:ï Trjç Y^ç eaïai XgXujjiiva Iv oùpavû. Cf. xvi, 19 A ; supr. p. 11.

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étaient dignes d'en faire partie, en rejetant ceux qui se montraient indignes d'y rester après y être entrés, en statuant sur les cas de péchés commis par les membres de la communauté, et non seulement en général sur les choses permises et les choses défendues. Il s'agit donc d'un véritable pouvoir judiciaire et disciplinaire, qui appartient à la communauté pour sa sauvegarde, et qui réside particulièrement dans ses chefs, par qui il s'exerce.

L'exégèse protestante s'efforce d'attribuer ce pouvoir à la communauté^ non aux apôtres comme tels ^ Mais, outre que le • parallélisme de cette sentence avec la parole que Jésus a dite à Pierre contredit cette hypothèse, la nature de la chose ne s'y prête pas, un groupement acéphale ne pouvant être censé investi du pouvoir judiciaire ; et Tévangéliste, qui n'a pas songé à formuler une théorie sur le siège de l'autorité dans l'Église, avait en vue l'organisation des communautés telle qu'elle existait de son temps, où l'autorité paternelle des dpiscopes et des presby très s'était substituée à celle des apôtres.

Matth. xvni, 19. a Je vous dis aussi que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre au sujet d'une chose quelconque qu'ils demanderont, elle leur sera (donnée) par mon Père qui est aux cieux ; car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, j'y suis au milieu d'eux. »

On sent l'artifice du rédacteur dans la transition : « Je vous dis encore ^ ». Une pensée concernant la communauté chrétienne suit une autre pensée concernant la même communauté, et il n'y a pas lieu d'admettre que l'on mentionne ici la prière parce que le pardon que la communauté accorde à ses niembres pécheurs est imploré par elle auprès de Dieu ^, En parlant d'une « chose quelconque à demander ^ », l'évangéliste montre qu'il ne songe plus au pardon, et ce qu'il a dit du pouvoir de lier et de délier ne se rapportait pas uniquement à la rémission des péchés. De même que les jugements de la communauté sont ratifiés par Dieu, les prières qu'elle fait sur la terre sont exaucées dans le ciel. Les paroles précédentes ne convenaient qu'au Christ immortel parlant

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