Cf. supr. p
1 1 . Cf. supr. p. 134.
1 2. (>f. supr. p. 133.
g-ile est, entre tous, un livre crédification. Ton pourrait même dire d'organisation ecclésiastique; le rédacteur a son idée de « justice' », c'est-à-dire de perfection chrétienne, et de bon ordre dans les communautés; lÉg'lise est pour lui le royaume des cieux déjà réalisé, avec le Christ invisiblement présent -; il a souci de sa pureté •', de sa paix intérieure ', des règles de la tradition apostolique et de ses org-anes permanents •• ; il utilise une expérience déjà longue de la prédication chrétienne ; sil a su tirer des faits de TEvang'ile, confrontés avec les prophéties anciennes, une démonstration de la foi, il a su également extraire des sentences et paraboles qu'il trouvait dans les Logla, moyennant certaines combinaisons et additions, une institution chrétienne des fidèles et de la communauté croyante.
On a |)u voir que les récits du second Évangile, qui constituent le fond du premier dans ses parties narratives, sont de nature assez variée: les uns tendent à prouver la dignité messianique du Sauveur; d'autres ont un caractère symbolique plutôt que démonstratif; il en est enfin, comme l'histoire de Harabbas, le récit de la sépulture et de la découverte du tombeau vide, qui ont un caractère purement apologétique et polémique. Cette diversité s'atténue chez Matthieu et s'évanouit pour ainsi dire, dans la préoccupation de montrer la puissance miraculeuse du Christ, et surtout la conformité de sa merveilleuse carrière avec ce qui avait été prédit du Messie dans les récritures anciennes. C'est le miracle ou le rapport du fait avec la prophétie qui intéressent lévangéliste, non les circonstances ou le détail de l'événement. C'est pourquoi Matthieu se complaît beaucoup moins que Marc aux descriptions. A cet égard, bien loin que Marc soit l'abréviateur de Matthieu, c'est plutôt Matthieu qui abrège Marc. Son procédé a pour résultat de donner plus de relief aux prodiges qu'il raconte; on peut dire néanmoins qu'il n'a pas, en général, l'intention de grossir le miracle, mais seulement de le montrer; il serait plutôt enclin à le multiplier. Ainsi les deux possédés de Gérasa '', les deux aveugles de Jéricho ' ne doublent que pour la quantité, non pour l'intensité du merveilleux, les deux guérisons racontées dans Marc, et si, comme il est pi-obable, les personnages sont doublés pour compenser l'omission du démoniaque de Capharnaûm et celle de l'aveugle de
t. V, 20; VI, t cf. III, 15).
i. XXVIII, 20 (cf. xviii, 20; xi, t2; xii, 28; xvi, 18-19 i
.{. Cf. XXII, 11-14.
'(-. (;t'. XVIII, l;j-17.
.">. Cf. XVI, 18-19; xviii, 18.
t>. Siipr. p. 126.
T. Su/)!-, pp. I2t) et 1.3!^.
Jéricho, il n y a même pas amplification sur le iiombi-e. Mais ranticipation du miracle des deux aveugles, dans la série placée entre le discours sur la montagne et le discours de mission, double réellement les données de Marc. Il en est de même pour le démoniaque sourd-muet, que Tévangéliste fait aveugle en le dédoublant ' . Le sourd-muet de Marc est remplacé par une foule de malades que Jésus guérit '-. En divers endroits, des guérisons en masse sont mentionnées pour le seul avantage de la mise en scène •'. J.a combinaison des dix miracles ' qui viennent après le discours sur la montagne atteste suffisamment le but de Tévangélisle et son insouciance de l'exactitude historique. Dans le cas de la fille de Jair ■', on ne voit pas bien si c'est pour couper au plus court, ou pour écarter ridée d'une syncope, que Fenfant est dès Fabord présentée comme morte.
Il va de soi que Facceptation d'un récit dans le premier Evangile ne lui donne pas plus de garanties d'historicité qu'il n'en possède dans le second. Les modifications introduites par Matthieu dans les récits de Marc n'étaient pas destinées à les rendre plus conformes à la réalité historique, et elles ont généralement pour eifet de les en éloigner davantage. Quant aux récits propres à Matthieu, ils ont plutôt le caractère de développements légendaires que de souvenirs véritablement traditionnels. Le scrupule que Jean témoigne avant de baptiser Jésus, et la réponse du Sauveur * sont une fiction qui répond à une difficulté : pourquoi Jésus, s'il était le Christ, a-t-il reçu de Jean le baptême de pénitence ? La tentation est racontée en preuve de la toute-puissance du Christ contre le démon ; quoique la retraite de Jésus au désert n'ait rien que de vraisemblable en soi, le tableau est symbolique au même titre que la transfiguration. L'histoire du centurion de Capharnaùm Fest aussi ; mais il serait téméraire d'affirmer qu'elle n'est fondée sur aucun souvenir particulier et authentique ; néanmoins, comme la tentation et d'autres récits de miracles, par exemple l'histoire de la Cananéenne et peut-être la multiplication des pains, elle pourrait bien n'appartenir pas à la première rédaction de la source, quelle qu'elle soit, oià elle a été insérée d'abord. Il est très douteux que l'identification du publicain Lévi à Fapotre Matthieu ' se fonde sur une tradition solide. Pierre marchant