‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 221 sur 829 · X. Mt. XIX. 2k Le. xxii · texte numérisé non relu

X. Mt. XIX. 2k Le. xxii

A. Lois\ . — Les Eiangiles xynopLiqiies. 16

semble pas s'être attribué de fonction spéciale : Dieu seul est juf;e souverain des vivants et des morts. Tout au plus le Christ se présentet-il en témoin qui reconnaît au besoin ceux qui, par leur conduite à son ég-ard, ont mérité la récompense ou le châtiment éternels'. Il est évident que ce rôle n'a rien d'indispensable : c'est un propos figuré, iiii moyen oratoire, non une intervention caractéristique du Messie.

Selon la mesure où la conception du règne de Dieu est spirituelle, la conception de la royauté messianique l'est également: selon la mesure où l'idée du règne est nationale, celle 'du Christ l'est aussi. C'est pourquoi Jésus se dit roi des Juifs : il ne s'est pas dit roi de l'humanité*, quoique d'ailleurs l'institution du règne et l'intronisation du Messie soient des faits qui importent au genre humain, et non aux seuls enfants d'Israël. Quant aux spéculations apocalyptiques sur la lutte personnelle du Christ avec Satan, et aux spéculations philosophiques sur la Sagesse divine et ses manifestations, on peut les dire étrangères à la pensée du Sauveur.

Comme roi messianique, Jésus sera vicaire de Dieu ; tant qu'il prêche l'avènement du royaume, il n'est pas encore entré dans sa fonction providentielle, ni par conséquent dans le rapport où cette fonction doit le mettre à l'égard du Créateur'. Il va de soi que sa propre condition devait changer tout autant, à proportion, que celle de tous les prédestinés au royaume ; lui-même, en vérité, n'était pas plus Christ que ceux qui croyaient à sa parole n'étaient actuellement citoyens du royaume céleste : aussi bien qu'eux, il espérait du Père l'accomplissement des promesses ; en attendant, il se comportait en fils , pratiquant lui-même l'absolue confiance qu'il recommandait à ses disciples comme le premier et l'on peut dire l'unique devoir envers Dieu. Prise en soi, cette confiance ne constituait pas un privilège du Messie, ni le titre spécial de la filiation messianique ; c'est, à dire le vrai, l'esprit de l'Evangile, souverainement actif et dominant dans l'âme de celui qui apportait l'Évangile à Israël ; lui aussi méritait sa place dans le royaume céleste par sa foi au Dieu tout-puissant et miséricordieux. Cette confiance faisait le caractère purement religieux et moral de sa vocation dans le présent, puisqu'elle excluait l'emploi de tout moyen humain pour en procurer la manifestation et l'accomplissement. Elle fait ainsi partie de la conscience messianique, et l'on peut dire qu'elle lui est essentielle, bien qu'elle ne soit |)as le trait proprement messianique et personnel de cette conscience.

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