A. supr. j). 14.5, et le commentaire
H. Sur le vocabulaire de Luc et ses a-xÇ À£-'fJa=va, voir Jacqiier, ii, 451. Dai.- MAN, 29, écrit : « Les purs hébraïsmes sont presque exclusivement particularités de Luc. (".'est chez lui surtout qu'on ti'ouve employée la formule zaî Èysvsxo » (variant avec hfvn-o oi). Les hébraïsmes sont plus nombreux dans les deux premiers chapitres: mais il y en a un peu partout dans le reste de l'Évangile, aux endroits où le rédacteur a le plus travaillé, par exemple pour le ressuscité de Naïn (vu, 11-17), pour Zachée (xix, 1-10), pour les disciples d'Emmaûs (xxiv, 13-35). Luc emploie volontiers îooj, xan looj, des formules comme Ipyàxat àSixtaç (xiji, 27; XIV. 9j, Ào'yoç xf,; yàptxoç (iv, 22), oîxovcîaoç xt;; àSi/ia; (xvi, 8), utô; îîprjvTjç IX, 6), uîol xo2 aîô)voç xouxou (xvi, 8; xx, 34^, uioî x% àvaaTocTcfoç (xx, 36), yeip xuptou (i, 66), oaczx'jÀo; ôeoù (xi, 20), oialoyi^za^ai Iv x^ xaooîa ou iv xaïç /.apotat; (m, 15; v, 22; cf. XXIV, 38), asyaXuvciv ou r.oisï'j "iXsoç (i, 58, 72), etc., etc.
7. Se rappeler la complexité de l'évolution rédactionnelle, supr. p. 199.
un travail individuel de rédaction qui les a constitués dans leur forme relativement définitive, ce n'étaient pas, à proprement parler, des œuvres personnelles, mais la propriété des fidèles et des communautés qui s'en servaient pour leur édification. Il paraît certain que, pendant assez loni;lemps, les copies se firent avec un médiocre souci de l'exactitude et de la conformité rigoureuse aux rédactions originales. Ce souci est né dans les écoles savantes, là et quand il y en eut. On peut nommer Alexandrie, puis Césarée de Palestine, et Antioche. Le besoin de textes sûrs pour les controverses, et de textes immuables poui" l'usage liturgique, contribua aussi à limiter la liberté de la transcription, quoique, d'autre part, l'intérêt théologique et l'adaptation à la lecture publique aient exercé quelque influence sur la Iradition du lexte.
On sait que le texte reçu depuis le xvi'' siècle, antérieurement aux éditions critiques, représente la recension officiellement admise dans TP^glisc grecque à partir du vi'^ siècle, j)ar l'intluence de Constantinople, héritière de la tradition d'Antioche '. L'étude des plus anciens manuscrits connus a ébranlé lautorité de ce texte, et l'on a vu se succéder des éditions qui s'écartaient de |)lus en plus du texte reçu, jusqu'à ce qu'enfin l'on en soit venu à prendre décidément pour base le manuscrit le plus ancien, qui semblait aussi le plus autorisé, le fameux Codex Vaticaniis'^. Mais d'autres témoins existaient, différents du manuscrit \ atican et du texte reçu. On avait pu prétendre que le texte du manuscrit Vatican était un texte neutre, non iniiuencé, non altéré, non glosé, fidèlement gardé depuis le commencement, ou recouvré sur de bons originaux. La question a paru plus complexe à mesure que Ion a connu ou étudié plus attentivement un plus grand nombre d'anciens témoins. Tel de ces témoins qui semblait presque extravagant, le Codex Bezae "\ a gagné en importance quand on a eu constaté sa parenté avec les anciens écrivains latins et les manuscrits de l'ancienne version latine, antérieure à la recension de saint Jérôme. La forme de texte représentée par ces témoins avait été dite occidentale : il se trouve que les plus anciennes versions syriaques, la version dite de Cureton, et la version dite sinaïtique, ont avec lui de
1 . Pour ce qui regarde en général la critique textuelle du Nouveau Testament, consulter les prolégomènes des éditions critiques de Tischendouf-Gregokv (1869-1894, repris partiellement dans Gregory, Textkritik des Neuen Teslainrnfes, I-II, 1900-1902), et de Westcott-Hort (1881); la partie de l'article Texf and Versions (F. C. Burkitt | qui concerne le Nouveau Testament dans EB. IV, 4981-5012 ; Nestlé, Einfiihrunfj in das griechische Neue Testament'^ (189'.)) ; indications sommaires dans Jacquuîr, ii, 486-496 ; Wellhausen, E. 3-9.
2. Ms. B, dans les éditions critiques précédemment citées, attribué au iv*^ siècle. Patrie incertaine.
3. Ms. D, grec et latin, attribué au vi'' siècle, copié sans doute en Occident.
grandes alliiiités, el que Clémcnl frAlexandrie s'accorde avec lui sur certains points. On accepte le sullVage des témoins dits occidentaux quand ils s'accordent avec le manuscrit ^ atican contre le texte reçu : le rejettera-t-on, sans autre forme de procès, quand il ne s'accorde pas avec le témoin prétendu hors pair ?
Il l'aut avouer que, à première \ue, létat du texte dit occidental ne plaide pas beaucoup en sa laveur '. Outre que ses témoins ont entre eux des divergences notables, il a un air des plus négligés. Si l'on met à part quelques omissions qui ne laissent pas d'être sig'nifîcatives, il est caractérisé surtout par un grand nombre d'additions plus ou moins étendues; par d'innombrables variantes ou transpositions de mots, par la contamination des textes parallèles. Combien plus sobre et plus coi-recte est la tenue du texte Vatican? Des critiques très autorisés continuent à penser que les particularités du texte occidental résultent uniquement de la liberté de transcription qui a régné pendant longtemps dans la plus grande partie de l'Église. Peut-être ne tiennent-ils pas sutfisamment compte de ce que le laisser-aller a dû être partout le régime normal pendant un certain temps, et que l'absence, d'ailleurs relative, de ce caractère dans le manuscrit Vatican n'est pas un trait primitif, mais bien une marque correspondante à son âge, qui est celui des correcteurs et des recenseurs. D'autre part, le texte occidental a ses avocats plus ou moins décidés. (]omme les variantes du Codex Bezae sont surtout considérables dans le troisième Évangile et dans les Actes,. on a pu soutenir- que
i. " \a' lait est que l'expression « texte occidental d a été mal choisie. Les documents k occidentaux » ne l'eprésentent pas une recension unique, comme le texte antiochien, ni même un ensemble de variantes, mais l'état du texte non révisé et progressivement détérioi'é dans tout le monde chrétien, durant la période anténicéenne. Il s'ensuit que les leçons occidentales sont de genres très différents, depuis l'original inaltéré jusqu'aux formes extrêmes de Finterpolation et de la paraphrase... La mauvaise réj)utation des textes « occidentaux » tient en grande partie à ce que l'on s'est habitué à regarder le Codex Bezae comme en étant le principal représentant.... On se ferait une idée plus juste en prenant, d'une part, les fragments latins dits Cod. Bobiensis (k), comme le uicilleur type des textes qui avaient cours anciennement en Occident, et d'autre [)art le j)alimpseste du Sïnaï Ss. ; comme le meilleur type des textes qui avaient cours anciennement en Orient. Selon l'opinion ordinaire, ces deux documents seraient à considérer comme « occidentaux » ; mais jusqu'à présent l'on n"a point prouvé qu'ils aient une source commune plus récente que l'ai'chétype de tous les témoins existants. » BtTRKtTT. 49H0. Le ms. k a beaucoup d'affinité avec les citations de s. Oyprien.
2. Blass, Acta apostoloriini, cd. pliilologica (1893; Acla aposl necunduni
f'ormam ijuae vidc/iir rom.iuam (t896>; Ev. sec. LiicRm sec. f'orniam qiiae
videfiir roiu.iii.'iin I SUT .
l'auteur de ces deux livres avait fait lui-même deux éditions successives de ses ouvrages. A moitié défendable pour les Actes, où le texte oriental et le texte occidental semblent s'opposer comme deux recensions distinctes, dont aucune peut-être ne nous représente exactement la forme orif^inale du livre, la thèse paraît inadmissible pour le troisième Évangile, où les divergences ne sont pas de même nature. On n'a pas essayé de rappliquer à Marc et Matthieu : pour celui-ci, on allègue la liberté des copistes ; pour celui-là, on a mis en avant Fidée d'une double traduction d'un original araméen, conjecture qui parait manquer de hase.
Autant que l'on peut se permettre d'en juger maintenant, il semble que le manuscrit Vatican et la plupart des manuscrits plus récents procèdent de recensions plus ou moins heureusement pratiquées sur les textes qui étaient en cours auparavant. Il est probable que le manuscrit Vatican représente une recension alevandrine qui a été faite dans des conditions aussi satisfaisantes que le temps le permettait, cesl-à-dire sur des manuscrits anciens, et avec la préoccupation très réelle de n'accepter dans le texte que ce qui était primitif et autorisé par une tradition solide. Mais il était déjà impossible d'atteindre le primitif et d'instituer, quand même on eût voulu le chercher, un critérium infaillible pour le retrouver. Il semble que, pour certains détails linguistiques, on ait établi l'uniformité en se réglant sur ce qui aurait dû être, et l'on a pu éliminer ainsi quelques éléments accessoires qui étaient réellement primitifs, bien qu'ils ne fussent pas au goût des grammairiens d'Alexandrie. Au demeurant, ce texte alexandrin doit être celui qui représente le plus lidèlement dans l'ensemble, mais non dans tous les détails, la forme des Svnoptiques à l'époque où le canon des Evangiles fut constitué.
Les textes dits occidentaux, dans leur variété, ne peuvent avoir la même prétention. Mais leurs variantes ne sont pas à rejeter en bloc. On doit se souvenir qu'un très grand nombre de leurs témoins sont plus anciens que la recension alexandrine, ou représentent des textes antérieurs à cette recension. Dans la confusion des variantes engendrées paila liberté des copistes, des éléments primitifs ont pu se conserver que la recension alexandrine a éliminés. Beaucoup de cas sont à examiner en particulier. Il n'est pas impossible que, dans ce chaos apparent, aient survécu des traits précanoniques, c'est-à-dire des exemples qu'on a justement appelés de non-interpolation ,en des endroits où la pluparl des témoins et l'irréprochable manuscrit Vatican contiennent des fragments que n'ont pas les meilleurs témoins occidentaux ', et aussi des exemples contraires, des passages où un développement inconnu au texte oriental a chance d'avoir été supprimé dans les recensions ofHcielles qui ont préludé à l'uniformité
I. Tel pounait être le cas de Le. xxii, l9/>-2(). Voir le commeiilaiic.
ultérieurement acquise par la difFusioii du texte constantiiiopolitain '. Certaines formes de langage plus ou moins correctes, soit au point de vue littéraire, soit au point de vue théologique, pourraient appartenir à la même catégorie. En un sens, la canonisation du texte a été progressive, et à ce progrès de la canonisation correspond un travail de rédaction officielle qui implique une certaine mesure d'additions, suppressions et retouches sur les textes auparavant reçus. Que ce travail ait toujours eu pour effet de ramener le texte évangélique à sa pureté primitive, il suffit d'énoncer une telle opinion pour en faire sentir T invraisemblance, disons rinanité.
Une discussion sur Fauthenticité de tel ou tel passage ne serait point ici à sa place, les principales variantes des anciens témoins devant être signalées el appréciées dans le commentaire. Il suffit de marquer la signification de certains faits importants, tels que l'absence de finale dans les plus anciens manuscrits du second Évangile, celle des versets relatifs à la sueur de sang- chez plusieurs témoins du troisième, l'attribution du Magnificat à l'iisabeth par quelques témoins latins -^ Les deux premiers exemples ont beaucoup d'analogie avec celui de l'Adultère dans le quatrième Evangile^'. Le dernier montre également, sur un point de détail qui est de conséquence pour l'économie des récits de la naissance dans Luc, la flexibilité de la tradition non seulement textuelle mais réelle des Évangiles. S'il a été possible à la finale de Marc, qui manquait encore dans la plupart des manuscrits grecs au commencement du iv«" sièele, peutêtre même au commencement du v", de s'imposer à loute l'Église, la fortune d'interpolations de moindre étendue, et que le sentiment chrétien favorisait tout autant sinon davantage, comme serait l'addition, dans Luc, des paroles concernant la consécration eucharistique du vin"', n'aurait pas de quoi surprendre à une époque plus ancienne. Si un trait comme celui de la sueur de sang^ a pu être longtemps ballotté dans la tradition, c'est qu'une certaine incertitude y régnait, dont on s'est dégagé moyennant d'énergiques partis pris qui se justifiaient par de tout autres principes que ceux de la critique moderne. Ne pourrait-on pas dire que les contours de la tradition évangélique, toujours flottants depuis le commencement, se sont arrêtés dans la rédaction des Évangiles, se sont précisés ensuite en même temps que se formait la doctrine chrétienne.
t. t^'esl [leut-èLiv le cas de l.c xxii, 43-44.