Cf. Ps. I
4. V. 3. [i-azipio; oi "T'oyoî t(o Tiveu^pLaTi, on aùrtov ÈaTÎv tj jJaatXsi'a xwv oùpavtov. La tournure sémitique est : c Bonheur des pauvres », etc., ou : « Bonheur de vous, pauvres », etc.
A. LoiSY. — Les Evangiles synoptiques. 35
pauvres », comme Luc K et que l'addition : « en esprit », veut signifier que la pauvreté dont il sag-it n'est pas uniquement la privation réelle des richesses, mais une disposition de l'âme, un sentiment de pauvreté spirituelle, qui donne à la pauvreté réelle sa valeur morale et son mérite. « Pauvres d'esprit » est une locution parallèle à (( purs de cœur - » : l'esprit est le siège de cette pauvreté, comme le cœur de cette pureté. Les pauvres d'esprit ne sont pas des gens dépourvus d'intelligence, mais des pauvres qui ont conscience de leur misère, des humbles et des résignés. L'humilité et l'abnégation sont le fondement de la perfection chrétienne, comme l'orgueil et l'égoïsme sont le principe de la perversion morale. La pauvreté en esprit n'implique pas seulement l'absence de richesses, mais le renoncement intérieur aux biens terrestres, et le détachement de soi-même. Dans les Psaumes et les livres prophétiques de l'Ancien Testament, les pauvres sont à la fois des gens dénués de ressources temporelles, et les hommes pieux, les humbles serviteurs de Dieu. C'est ainsi que Jésus l'entendait, et la paraphrase de Matthieu, si elle n'a pas eu d'autre objet que de marquer expressément le caractère intérieur de la pauvreté évangélique, est tout à fait conforme à la pensée du Maître : c'est à ces vrais pauvres qu'appartient le royaume des cieux ; ils font dès maintenant partie de la société des saints, et ils auront part au règne glorieux de la justice éternelle. Si l'évangéliste a voulu insinuer que la pauvreté spirituelle est compatible avec une autre situation que la pauvreté de fait, il a introduit une nuance de pensée qui n'était pas dans le discours primitif, tout comme Luc, s'il a voulu attribuer à la pauvreté réelle une valeur morale indépendante : du point de vue de Jésus, les deux choses allaient ensemble, l'idée d'un riche humble et détaché se présentant comme contradictoire, et celle du pauvre impatient et révolté contre son sort étant radicalement opposée à l'idéal du pauvre évangélique. Matthieu tend à adapter l'idée primitive aux conditions pratiques de la vie, et Luc à un programme de socialisme ascétique qui est resté longtemps celui de l'Eglise. Le Christ n'aurait désapprouvé ni l'une ni l'autre de ces tendances.
1. V. 20.ijaxâpioi 0'. K-t<y/0'., o-i •jti.ETÉpa ètxiv f, j3aj;À£Îa zoj Ôeou. Sur l'équivalence des mots « Cieux » et « Dieu », voir supr. p. 229.
La plupart des anciens manuscrits ' et le texte reçu font venir en second lieu les afflig-és, en troisième lieu les doux. Tel doit être l'ordre primitif. La disposition contraire s'explique par l'analogie plus étroite qui existe entre les pauvres et les doux, peut-être aussi par le rapprochement qu'on aura établi entre les affligés et ceux qui sont affamés de justice, comme si la justice dont il s'agit était la rémunération des peines. Par « affligés "~ » Ion doit entendre ceux qui souffrent moralement, soit à raison de leurs infirmités spirituelles, soit plutôt à raison de leur double pauvreté et de toutes les épreuves qui leur viennent du dehors. Il n'est pas précisément question du regret des péchés. La situation des justes, des pauvres de Dieu, en ce monde, est celle d'opprimés ; c'est du dedans et du dehors que leur viennent les afflictions ; mais la consolation, c'està-dire le salut messianique, le royaume de Dieu, viendra aussi à son heure. On remarquera le caractère impersonnel de la promesse dans cette béatitude, comme dans toutes celles qui sont communes aux deux évangélistes. Ce n'est pas que l'idée de Dieu en soit absente, bien au contraire; mais peut-être évite-t-on de le nommer ■^.
A cette seconde béatitude, correspond la troisième de Luc ^ : « Bienheureux, (vous) qui pleurez maintenant, parce que vous rirez. » Les termes concrets de l'antithèse viennent-ils de Luc ou de la tradition qui le supporte, ou bien est-ce Matthieu, qui, selon sa tendance à intérioriser et moraliser la description, aura introduit les termes abstraits d'affliction et de consolation ? Luc a dû ajouter : « maintenant », pour relever l'antithèse du présent et de l'avenir, et peut-être aussi par une sorte d'application immédiate aux chrétiens de son temps. Il est beaucoup plus douteux qu'il ait substitué l'antithèse du rire et des pleurs à celle de la consolation et de l'affliction ; car, d'ordinaire, il ne cherche pas plus que Matthieu les images voyantes. On ne doit pas se hâter de dire qu'il a
1. nBC etc. Ss. L'ordre inverse est donné par D, mss. it. Vg. Se. Cette circonstance ne SLifTit pas à rendre vraisemblable l'interpolation du v. 4 ; et ce V. écarté, l'on aurait encore huit béatitudes et non sept, comme le voudrait Wellhausen, Ml 15.