liii.icuEK, II
^. .Ii'sus (lit, V. 4."i : xz, 'y,: £Î7r,/.0ov, parce que c'est à l'arrivée que le baiser aurait \m lui être donné par son hôte. La leçon HÎarjÀÔîv (Ly mss. lai. Vg-. etc.) parait venir de ce qu on a trouvé l'autre inexacte, parce que la l'emme n'est entrée «(u'après Jésus, quand il était à table. Mais le discours conqjorte exagération et ne concerne pas le moment précis où la l'emme est entrée.
risieii n'a pas fait, et pouvait ne pas faire, la femme la fait ; ses larmes ont remplacé l'eau pour le lavement des pieds, et ses cheveux ont tenu lieu de linge pour les essuyer ; pareillement, au lieu du baiser au visage, que l'hôte aurait pu donner, et du parfum qu'il aurait pu verser sur la tête de Jésus, elle a baisé les pieds qu'elle avait essuyés, et les a oints de baume. Si la femme fait preuve d un si grand amour, c'est qu'il lui a été beaucoup pardonné ; sa reconnaissance est en proportion de la grâce qu'elle a reçue.
Du moins est-ce l'idée qui ressort de la parabole et de l'ensemble du discours. On a pu discuter le sens de la formule : « C'est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été remis, parce qu'elle a beaucoup aimé '. » L'amour est-il la conséquence, ou bien la cause méritoire du pardon? Pour n'être pas obligés d attribuer à l'amour la rémission des péchés, les théologiens protestants ont voulu traduire : •< Ses nombreux péchés sont pardonnes, puisqu'elle aime beaucoup », ce qui est conforme au sens de la parabole, et au contexte immédiat : « mais celui à (jui on remet peu aime peu », quoique la construction grammaticale favorise plutôt l'autre hypothèse. La plupart des interprètes catholiques tiennent pour celle-ci. afin d'écarter la justification par la foi seule. Aucune théorie de la justification n'est émise ni supposée en cet endroit. 11 est évident que la parabole et le fond primitif de l'histoire, si la parabole a été dite à l'occasion indiquée par Luc, tendent à montrer dans l'amovir la preuve du pardon accordé, et les termes mêmes de la conclusion, nonobstant l'équivoque de l'assertion principale, en témoignent encore, car la rémission des péchés est censée acquise au moment où Jésus parle, et antérieurement aux témoignages de charité signifiés par les mots : <( elle a aimé beaucoup - ». L'amour n'a donc pas mérité le pardon ; il en est la conséquence ; et l'asser-
i. V. 47. oj yâoiv, Xjyw aot, àçÉwvTai ai à[j.apTÎai ajT/i; a'. -oÀÀa;', oti riyarTjjîy TtoÀû' «) OE oÀi'Yrjv àçîïtai oÀîyov àya7:a. D lit simplement : oj /âv.v oî, Àîyt» jot, àçtcjvTat ajTr] -oÀXâ. On croira difRcilement que la conclusion du discours ait pu être formulée en tei'mes aussi brefs. S. Cyprien [Ti^slirn. III, 110) paraît, au contraire, avoir eu un texte plus développé que le nôtre : « In evangelio cata Lucam inquit : Cui plus dimitlitur, plus diligit cf. Irénée, Hakh. III, 20, 2); et cui minus dimittitur modicum diligit. » Omission et addition sont à expliquer sans doute par la difficulté que présente le texte ordinaire.
2. Le parfait àçâo/rat \ise le pardon acquis absolument ; Taorisie riya'Tji^v les actes dont Jésus cl le pharisien sonl lémoins. Julicmkr, II, 298.
LA IM'CIIKRllSSE 689
tion secondaire : « celui à qui on remet peu aime peu », correspond à l'idée qui est au fond de la première.
Mais il ne semble pas que Luc ait voulu retenir cette idée, car il va faire entendre que la rémission des péchés n'était pas accomplie avant les paroles que Jésus adresse directement à la femme : « Tes péchés sont remis ' ». Pour les assistants qui se scandalisent de ce propos, et pour l'évang-éliste qui le leur prête, la rémission des péchés suit le témoig'nag-e de la charité. Jésus semble pardonner au nom de Dieu, à raison de ce que la femme vient de faire, tandis que la parabole conduisait à la conclusion opposée. Le conflit des interprétations théologiques se trouve donc correspondre à un conflit, qui existe dans le texte même, entre l'application primitive de la parabole, et l'adaptation qu'en fait l'évangéliste. Celui-ci a reproduit la parole que Jésus est censé avoir adressée au paralytique de Capharnaûm, et il attribue aux assistants le scandale que les pharisiens éprouvèrent dans cette occasion -, afin d'attribuer à Jésus lui-même le pardon de la pécheresse. Le mot de congé que le Sauveur adresse à la femme est pris dans l'histoire de l'hémorroïsse •■ . Toute la finale présente ainsi un caractère artificiel, qui autorise le critique à distinguer entre l'application primitive de la parabole et le sens qui résulte de la combinaison rédactionnelle.
Il est possible que Luc n'ait pas eu conscience de la contradiction, ou qu'il n'en avait pas été frappé. Une incohérence analogue se rencontrera entre la parabole du Samaritain et le contexte qu'il lui a donné ^. Onn'est donc pas fondé à supposer qu'il admette un double rapport entre l'amour de la pécheresse et la rémission de ses péchés,
1. V. 48. àcpiwvtaî aoj ai àaxpTÎa'.. CÂ. v, 20; siipr. p. 47(1.
2. V. 49. xa-. fJpÇavTO o': auvavax£Î;j.£voi. ÀÉYJtv h èay-oiç" -i; o-jxoç idT'.v, o; v.i.\ i'j.ap- Tia; 'v^iffsvi. Cf. v,21. "/.ai T)'pÇavTo O'.aXoyiÇsjÔxt... XÉyovTs;" tic ïrsvM o'jtciç x.tX.
.3. Cf. vin, 48 (Me. v. 34). Il ne s'agit aucunement de relever la foi au dessus de l'amour, comme principe de la justification (J. Weiss, 413). La foi de la femme s'oppose à l'incrédulité des assistants ; salut et paix sont assurés à cette dernière dans le royaume (cf. v. 28), tandis que Simon et ses pareils, grands hors du royaume, anéantissent pour eux-mêmes le dessein de Dieu (v. 30 ; au moyen de cet appendice, Luc a rattaché l'histoire de la pécheresse à la péricope précédenle, vv. 18-3."), spécialement aux vv. 29-30. 3V-3r> i JiiLit:HEH, loc. cit.).
4. X, 2S-37. Ce qui ne permet <;uère de voir i avec Wki.i.hausen, Le. 32) dans Le. ^)0 une trace de paulinisme.
A. LoisT. — Les Evnnçfiles synopticfiies. Ai
l'amour étant à la fois effet et cause du pardon. Le défaut d'harmonie entre la parabole et son application pourrait plutôt induire k soupçonner qu'il n'aurait pas seulement combiné l'histoire d'une pécheresse avec celle de l'onction dans Marc, mais qu'il aurait construit toute l'histoire de la pécheresse avec la parabole et l'histoire de l'onction ^ Luc a pu attribuer la rémission des péchés à Jésus lui-même ; mais ce n'est pas ce que supposait la parabole. Dans l'application primitive, Jésus ne pouvait se comparer au créancier; aux deux débiteurs devaient correspondre deux pécheurs inégalement coupables, et dont la reconnaissance envers Dieu était proportionnée à la quantité et à la gravité des fautes remises. Or la conduite du pharisien et de la pécheresse à l'égard de Jésus n'est pas en rapport nécessaire avec le pardon que Dieu a pu leur accorder. Car il n'est pas dit que le pharisien soit pécheur, ni qu'il ait eu à témoigner de la gratitude à Jésus pour la rémission de ses péchés. On doit tenir compte néanmoins de ce que la conclusion : « beaucoup d'amour pour beaucoup de péchés remis, et un peu d'amour pour peu de péchés pardonnes - », est en rapport avec la parabole et avec le cas de la pécheresse. Le pharisien n'est pas visé comme pécheur, et Jésus ne pouvait le désigner comme tel; l'application concerne directement la femme pour les nombreux péchés pardonnes, et subsidiairement tout pécheur vulgaire qui, ayant eu moins à se faire pardonner, ne produit pas non plus des témoignages extraordinaires de charité '. Le lien de la parabole avec l'histoire de la pécheresse peut donc subsister; mais il faut admettre que Jésus envisage les manifestations de la charité envers
- 1. Cf. JuLiciiEB, II. 301-302; Welluausen, loc. cit.
2. V. 47. Wellhausen, loc. cit., le considère comme rédactionnel, pour l'ajustement de la pai'abole au récit.
3. Noter l'emploi du présent àœitTai, à-fix-.à, dans la dernière partie du v. 47. Le pardon ne peut se rapporter aux péchés du pharisien, que celui-ci ne regrette pas, et dont sa conduite envers Jésus ne saurait attester la rémission. Le cas de moindre amour pour moindre pardon est éventuel, celui de la pécheresse est i-éel. Mais la conclusion, v. 47, se rattacherait beaucoup mieux au v. 43, et l'on peut croire que les vv. 44-46, qui tournent en i-équisitoire contre le pharisien, ont été ajoutés 'par l'évangéliste. Et serait-il bien téméraire de supposer que la source de Luc lisait, au v. 47 : ozi àcpÉtoviat ai àaaptîai..., f,ya7:r]!7£v Tiokû'f Les vv. 44-46 tendraient, comme la finale, vv. 48-o0, à montrer, à côté de la pécheresse pardonnée, le pharisien réprouvé.