XVIII
MORT DE JRAN-I'.APTISTK 928
(liqueiit nos récits. Mais Josèphe parle en historien suilisamment instruit de la politique liérodienne, tandis que la narration évang'élique se [)résente plutôt comme une lég-ende populaire où tout sexplique |>ar les relations mutuelles des personnes en cause. Le nouvel Elie a eu sa Jézabel '. On croira sans peine que Jean n'approuvait pas la conduite d'Antipas. Pour entrer dans Tesprit du récit. lOn doit admettre que la protestation du Baptiste ne s'adressa pas d"al)ord au prince, mais que le tétrarque lit arrêter Jean parce que celui-ci le blâmait ouvertement dans ses prédications. Une lois en prison et interrogé par Antipas, Jean ne se lit pas faute de lui répéter ce (pi il avait dit à ses auditeurs. Il sattira ainsi la haine d Ilérodiade. qui se promit de le faire mourir, afin de sauver .sa propre situation. Mais s(»u projet rencontrait un obstacle dans les sentiments de son mari à l'éj^^ard du prisonnier.
LEvan^ile représente Antipas comme un homme assez faible de caractère, superstitieux et capable de remords. Antipas « craig"nait » Jean, le considérait comme un saint dont le supplice pouvait attirer sur lui de grands malheurs, v[ > il le gai-dait », le protégeait contre la rancune d'Hérodiade ': il conversait même assez fréquemment avec lui, et il emportait de ces entretiens certains scrupules au sujet de ses désordres et des injustices qu'il avait commises. La leçon commune et plus facile : k après lavoir entendu, il faisait beaucoup de choses '■ >>. est moins bonne que la variante ancienne : <( et lavant entendu, il était fort indécis ' ». il avait la conscience grandement troublée. L évangéliste n"a pas voulu dire que Jean fût devenu le conseiller officieux dllérode ; autrement la conclusion : « et il lécoutait volontiers ' ». n'ajouterait rien ;i ce qui vient d'être dit. Marc insiste sin- ces détails, atin d'expliquer par avance comment le roi a ordonné malg'ré lui et avec regret la mort de Jean- Baptiste. Le vague de la tradition se reconnaît en ce que le roi et le prisonnier ont 1 air d'être en relations suivies, comme s ils habi-
\. MoLTZMANN, 77. (if. I Rois, xxi, )1-I().
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4. f,7:doc'. ixl^I-; pf- supr. p. 010, ii. 7 . r.rùJA est employé advci-hialemeiit. Cf. I, ir.; III. 12: V, 10, Ole.
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talent constamment ensemble, on ne dit pas où, et que le prince eût à cœur de jouir régulièrement de la conversation du captif.
Matthieu ne s'arrête pas à exposer les sentiments personnels dHérodiade et dAntipas à l'égard de Jean, il passe, pour ainsi dire, à travers les données de Marc, et, se servant d'une formule qu'il emploiera encore deux fois ', il dit qu Hérode aurait bien voulu faire mourir Jean, mais qu'il n'osait accomplir ce dessein, par crainte du peuple, qui vénérait le Baptiste comme un prophète '^. La situation est simplifiée : le fils de l'ancien Hérode est aussi cruel que son père, mais il tient plus grand compte de l'opinion populaire; le délai appointé à l'exécution de Jean-Baptiste n'est pas imputable à un bon sentiment de son persécuteur. Le changement introduit dans la mise en scène ne paraît pas seulement contredire Marc; il occasionne une certaine incohérence dans le récit même de Matthieu; car on ne verra plus pourquoi le tétrarque est si « affligé ' " de faire périr Jean, s'il souhaite ardenunent être débarrassé de lui. Il serait vain de vouloir expliquer les divergences des récits par les variations, d'ailleurs possibles en ellesmêmes, qui se seraient produites dans les idées et les intentions d'Antipas '. Au fond, Matthieu ne demande pas mieux ([u'on attribue k Hérode l'attitude que lui pi'ête Marc: mais il est moins soucieux de ce détail (|ue d'abréger la narration, el il se trouve avoir remplacé les indications circonstanciées de sa source par une formule stéréotypée (jui ne dit pas ce qu'il faudrait ; il a mêlé la volonté d'Hérodiade avec celle d'Hérode, et la crainte respectueuse que le tétrarque. d'après le second Evangile, éprouvait j)()ui' Jean, avec la crainte que les autorités de Jérusalem avaient du peuple qui regardait Jean comme un prophète '.
Cependant Hérodiade ne désespérait pas d'eu venir k ses tins, guettant une occasion favorable pour arracher au faible Antipas la condamnation de l'homme qu'elle détestait. Cette occasion lui fut donnée par une fête qui eut lieu au palais du tétrarque pour célébrer l'anniversaire de sa naissance ''. Antipas avait réuni dans un festin,