Et il préchoit dans les synagogues de Galilée
Demandez à ces millions d’hommes qui s’appellent chrétiens ce que c’est que le christianisme , ils vous répondront que c’est adhérer à une certaine doctrine, sur laquelle d’ailleurs nul accord entre eux, les uns disant qu’il faut croire ceci, les autres cela, et, à cause de ces dissidences, se condamnant et se haïssant mutuellement, quelquefois même de cette haine horrible qui engendre les persécutions et ne s’apaise que dans le sang. Si c’étoit vraiment là le christianisme, comment Jésus auroit-il été le libérateur, le sauveur des peuples, celui qu'attendoit le genre humain? Mais lui-même il nous donne de sa mission une idée tout autre. Il est l’oint du Seigneur, envoyé pour porter la bonne nouvelle aux pauvres , pour les relever de leur déchéance , les remettre en possession de l’héritage que la force inique leur avoit enlevé? Et pourquoi encore? Pour guérir les cœurs brisés par la souffrance, par les maux que partout multiplie l’oppres-
1 I.e peuple se précipite à la suite de Jésus ; il est malade et veut être guéri, il a faim et soif de sa parole, et s’en nourrit, et s’en abreuve. Les Docteurs au contraire, les Scribes, les Pharisiens, ne vont à Inique pour le tenter, pour lui dresser des pièges. Dette opposition est marquée presque à chaque page de l'Kvangile.
sion : pour annoncer aux aveugles qu’ils verront, qu’ils cesseront d’étre privés de la lumière que leur refusent les dominateurs, afin qu’abrutis par l’ignorance ils supportent plus patiemment le joug : pour délivrer les captifs, ceux qu’écrasent leurs fers , pour substituer la liberté à l’universel esclavage : pour publier l’année du Seigneur, le jour de la rétribution, jour où, justice étant faite à tous, il y aura parmi les puissants de la terre une grande terreur, et une grande joie parmi les foibles. Voilà quelle fut la mission de Jésus : est-ce là ce qu’on enseigne en son nom? Ce que devoit accomplir le Désiré des nations , est-il en effet accompli ? Les pauvres ont-ils entendu la bonne nouvelle ? Les cœurs brisés sont-ils guéris? Les aveugles ont-ils vu? N’y a-t-il plus de fers à rompre et de captifs à délivrer? Je vous le dis, le Christ est encore sur la croix , attendant ses apôtres. Qu’ils viennent, qu’ils viennent vite, car l’angoisse est grande, et les yeux se lassent de regarder à l’horizon pour y découvrir l’aube qui annoncera le commencement de l’année du Seigneur.