‹ Les Évangiles; traduction nouvelle avec des notes, et des réflexions à la fin de chaque chapitre;Chapitre 93 sur 277 · Que celui qui a des oreilles qui entendent, entende · texte numérisé non relu

Que celui qui a des oreilles qui entendent, entende

24. Il leur disoit encore : Prenez garde à ce que vous entendez *. La mesure dont vous aurez usé pour les autres, on en usera pour vous, et en y ajoutant.

25. Car on donnera à celui qui a; et celui qui n’a pas, même ce qu'il a 2 lui sera ôté.

2(i. 11 disoit aussi : Le royaume de Dieu est comme si un homme jette de la semence en terre.

27. Qu’il dorme, qu’il se lève de nuit et de jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment :

28. Car la terre produit d’elle-même du fruit ; d’abord de l’herbe, puis un épi, et l’épi ensuite s’emplit de froment.

29. Kt quand elle a produit son fruit , aussitôt on y met lu faulx, parce que c’est le temps de la moisson.

30. 11 disoit encore : A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu? ou par quelle parabole le représenterons-nous?

31. Il ressemble au grain de sénevé, qui, lorsqu’on le sème, est la plus petite des semences qui sont dans la terre.

32. Et lorsqu’on l’a semé, il monte et devient plus grand que toutes les plantes, et étend si loin ses rameaux, que les oiseaux du ciel peuvent se reposer sous son ombre.

33. Il leur parloit ainsi en diverses paraboles, selon qu’ils pouvoient l’entendre.

34. Car il ne leur parloit qu’en paraboles * ; mais en particulier il expliquoit tout à ses disciples.

35. Or, ce même jour, sur le soir, il leur dit : Passons à l’autre bord.

3(>. Et ayant renvoyé le peuple, ils l’emmenèrent sur la barque où il étoit; et avee elle étoient d’autres barques;

37. Et il s’éleva une grande tempête, et le vent poussoit les flots dans la barque, do sorte qu elle s’emplissoif.

38. Lui cependant, à la poupe, dorinoit sur un oreiller; et ils

1 A ce que je vous dis eu ce moment.

* Saint Matthieu : ce qu'il semble avoir.

3 11 faut d'abord faire entrer la vérité dan» l'esprit par de» image* qui le frappent, après quoi elle germe et produit son fruit.

le réveillent et lui disent : Maître, n’avez-vous point de souci que nous périssions ?

39. Et se levant alors , il menaça le vent , et dit à la mer : Cesse de gronder, tais-toi. Et le vent s’apaisa, et il se lit un grand calme.

40. Et il leur dit : Pourquoi vous effrayer? N’avez-vous point encore la foi? Et ils furent saisis d'une grande crainte, et ils se disoient l’un à l’autre : Qui donc est celui-ci , que le vent et la iner lui obéissent?

Quiconque veut répandre la bonne parole, doit, s’oubliant lui-méme , ne regarder qu’une seule chose, l’accomplissement du devoir qu’il se croit appelé à remplir. Car, s’il se recherche à quelque degré, si, pour persévérer dans son œuvre, il a besoin d’en voir le fruit, il ne tardera pas à se lasser, il succombera bien vile au découragement. Lorsqu’on vient annoncer la vérité aux hommes, les presser d’obéir à la loi de l’amour, qui ordonne de renoncer à soi pour se fondre en autrui, et y retrouver une vie plus puissante et plus abondante, on rencontre d’abord toutes les passions humaines , qui se soulèvent contre cette loi et la repoussent violemment. Vous demandez au foiblc des efforts , au riche le détachement de la richesse, à l’ambitieux de s’effacer, à l’orgueilleux de se faire petit, au sensuel de vaincre scs convoitises, à tous un long et rude labeur; comment seriez-vous écouté? Ce qui étonne, ce n’est pas que la semence du vrai, du bien, soit étouffée dans le monde, ou s’y dessèche presque aussitôt, c’est qu’une partie de cette divine semence y trouve çà et là un peu de bonne terre où elle fructifie. Mais, dans ce peu de bonne terre, elle pousse des racines si profondes , que rien n’en sauroit arrêter la croissance. Elle élève sa tige, étend ses rameaux, préparant aux oiseaux du ciel, aux plus frêles créatures, un doux ombrage et un lieu de repos. Et ceci, ce n’est pas l’homme qui le fait; il ignore même comment s’est opérée cette

œuvre merveilleuse. Il a semé, voilà tout; et de jour, de nuit, par un secret travail, inconnu de lui dans ses voies, la semence a germé , s’est développée , est devenue ce qu’elle devoit devenir. Semez donc, mais en esprit de foi; semez, mais en sachant que vous semez pour un temps que vous ne verrez point. La plante céleste croîtra, mais son ombre ne recouvrira que vos cendres. Qui demande plus sème pour soi , et non pour Dieu , et non pour ses frères. La parole de Jésus, fructifiant de siècle en siècle, a changé le monde , et , dans l’universel abandon , sur la croix , son dernier mot fut : « Mon Dieu , mon Dieu, pourquoi m’avez- » vous délaissé? »

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