‹ Les Évangiles; traduction nouvelle avec des notes, et des réflexions à la fin de chaque chapitre;Chapitre 99 sur 277 · Et tous mangèrent et furent rassasiés · texte numérisé non relu

Et tous mangèrent et furent rassasiés

43. Et des fragments restés et des poissons, ils remportèrent douze corbeilles pleines.

44. Or, ceux qui mangèrent étoient au nombre de cinq mille hommes.

45. Et aussitôt il fit monter ses disciples dans la barque, pour aller, devant lui, de l’autre côté de la mer, à Bethsaïde , pendant que lui-méme il renverroit le peuple.

4(5. Et après l’avoir renvoyé, il s’en alla sur la montagne pour prier.

47. Et le soir venu, la barque étoit au milieu de la mer, et lui seul à terre.

48. Et les voyant qui se fatiguoient fl ramer (car le vent leur étoit contraire), vers la quatrième veille de la nuit, il vint à eux marchant sur la mer; et il vouloit les devancer.

49. .Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’étoit un fantôme , et jetèrent des cris.

50. Car tous le virent , et ils furent troublés. Mais aussitôt il leur parla, et leur dit : Rassurez-vous, c’est moi, ne craignez point.

51. Et il monta avec eux dans la barque, et le vent cessa. Et leur stupeur en devint plus grande.

52. Car ils n’avoient pas compris ce qui s’ étoit fait à l’égard des pains, parce que leur cœur étoit aveuglé *.

53. Et après avoir traversé la mer, ils vinrent eh la terre de (léncsftreth , et y abordèrent.

54. Et lorsqu’ils furent sortis de la barque, les gens du pays le reconnurent.

1 Comment s'expliquer que les disciple* n’eussent point compris que cinq pains n’avoient pu suflire pour nourrir cinq mille hommes? Parce que leur cœur, dit l’Kvangilc, etoit Airuglé. Mais leurs yeux du moins avoient vu les pains se multiplier à mesure qu'ils étoient distribués au peuple. N’y a-t-il pas ici comme l'indication d’un sens mystérieux caché sous la lettre du récit?

E VAX G ILE

55. Et parcourant toute la contrée, ils commencèrent à lui apporter de tous côtés, dans des lits, les malades, où ils entendoient dire qu’il étoit.

56. Et partout où il entroit, dans les hameaux, dans les villages, on dans les villes, ils mettoient les malades sur les places publiques, et le prioient de les laisser seulement toucher la frange de son vêtement ; et tous ceux qui le touchoient étoient guéris.

Après l'esprit de dévouement et de foi , d’inébranlable foi, la première condition de l’apostolat est l’indépendance, et la mesure de l’indépendance est celle du détachement de soi et de tout ce qui se rapporte à soi. Quiconque craint, ou désire quelque chose de la terre, n’est pas libre ; il y a en lui un point où l’on pourra toujours sceller une chaîne. Toute possession lie l’àme, tout ce qu’on recherche au delà du simple besoin présent , l’entrave , dans l’ordre de l’apostolat ; et les besoins mêmes doivent être réduits aux strictes nécessités de la nature, sans quoi l’apôtre tombera plus ou moins dùns le servage de ceux au-dessus desquels il doit s’élever pour accomplir son œuvre. Celui qui se soumet aux hommes s’est auparavant soumis aux choses, selon la remarque profonde d’un ancien. C’est pourquoi Jésus veut que scs disciples, en allant annoncer la parole qui doit renouveler le monde, s’affranchissent de tout ce qui les rendrait, à quelque degré, esclaves du monde. Des sandales, une tunique, un bâton, il leur défend de prendre rien de plus, ni sac, ni pain, ni argent dans leur ceinture. Le reste leur sera donné comme aux oiseaux du ciel, qui trouvent chaque jour la pâture de chaque jour, que leur a préparée le Père céleste. C’est ainsi qu’ils doivent apparaître au milieu des peuples, et c’est à ce signe que les peuples les reconnaîtront. S’ils ne confirmoient pas leur enseignement par leur exemple, s’ils viraient de la vie de la chair en appelant les hommes à celle de l'esprit, qui les écoulerait? Cour puis-

SELOX SAIXT MARC.

s.ince est dans le renoncement à tout ce que les sens convoitent; car les convoitises, ce sont les maladies qu’ils viennent guérir, les démons qu’ils viennent chasser, et, pour guérir les autres, il faut d’abord s’être guéri soi-même; pour chasser d’eux l’esprit mauvais, il faut n’êtrc pas soimémc sous son empire. Sachez donc, vous qui vous croyez investis de l’apostolat, à quelles conditions il porte son fruit ; et vous, peuples, sachez comment on discerne les vrais apôtres de ceux qui en usurpent le nom. Partout où vous verrez, au lieu de l'oubli de soi, des pensées personnelles, au lieu du zèle désintéressé et de l’abnégation sévère, l’amour des richesses et des jouissances que procurent les richesses, dites : Dieu n’est pas là ; son envoyé n’est pas venu encore, et priez pour qu’il vienne bientôt.

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