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JEAN III ROGER DE BEAUFORT

Le siège épiscopal resta vacant quelques mois à peine, car au commencement de l'année i3dj, Jean Roger de Beaufort fut élu pour succéder à l'évêque défunt.

Le nouveau prélat appartenait à une famille illustre. Neveu du pape Clément VI et frère de Grégoire XI, il naquit au château de Maumont, au diocèse de Limoges, du mariage de Guillaume Roger, seigneur des Rosiers et de Beaufort^ vicomte de Turenne, avec iMarie du Chambon.

Un des premiers actes de son épiscopat {i35g) fut de ratifier la fondation pieuse qu'un noble gentilhomme du pays, Jean Blanqui, avait faite à Monteux quelques années auparavant {i354),d'un monastèrede religieuses de l'ordre de Saint-Benoît, sous le vocable de Sainte-

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Madeleine. Quelques années plus tard, en iSôy, ce monastère, qui passa dans la suite sous Tobservance de Cîteaux, fut transféré dans l'enceinte de la ville de Carpentras, avec l'autorisation du Siège Apostolique (i).

Le quatorzième siècle penchait déjà vers son déclin. Les premières années en avaient été tourmentées par les démêlés du pape Boniface VIII avec le roi Philippele-Bel, et bientôt par les troubles qui ensanglantèrent r Italie et qui provoquèrent la translation du Saint-Siège à Avignon. Au milieu des luttes qui divisaient alors l'Europe, TEglise continua à donner au monde les exemples de la sainteté, qui ont rendu à jamais célèbre le treizième siècle. Pour ne pas sortir du midi de la France^ c'est ce siècle qui vit naître saint Roch a Montpellier^ qui donna à Téglise d'Apt saint Elzéar et sainte Delphine, à Téglise d'Avignon le bienheureux Pierre de Luxembourg, sainte Roseline à Tordre des Chartreux et à l'église de Fréjus^ à l'Église universelle le bienheureux pape Urbain V.

Des monastères se fondent de toutes parts pour montrer une fois de plus que les époques de lutte ont toujours été pour rÉglise les plus fécondes, tandis que l'art, inspiré par la foi, élevait nos magnifiques cathédrales gothiques.

L'Église et ses évêques donnaient en même temps aux études une impulsion incomparable, et la fondation de la célèbre Université d'Avignon, en assurant au Comté Venaissin une large part dans cette renaissance littéraire et religieuse qui devançait de deux siècles la renaissance païenne du siècle de Léon X, eut pour effet d'y

(i) Voir le Gallia Christiana, tom. l. — Instrumenta ecclesiœ Carpentoractensis, VII, pag. 150.

produire un centre intellectuel fort important, dont le nom de Pétrarque fut une des gloires.

Nommé au siège épiscopal de Carpentras, au milieu de ce renouveau, Jean Roger de Beaufort, obéissant à l'impulsion générale, eut tout naturellement la pensée de relever sa vieille cathédrale, ébranlée par les injures du temps.

Mais l'entreprise était difficile, et le courageux prélat n'eut que la gloire d'en avoir conçu le projet. Le 29 novembre i363, avec Tassentiment de son chapitre, il établit officiellement Tœuvre de la reconstruction et lui assigna la quatrième portion des revenus de chacun des bénéfices de son diocèse, pendant Tannée qui suivrait leur vacance. Nous verrons tantôt avec quelle énergie ses successeurs se dévouèrent à cette oeuvre, qui produisit un des plus beaux monuments de l'architecture religieuse du midi de la France.

A cette même époque, la ville de Carpentras travaillait à la construction des magnifiques remparts, à Tabri desquels elle sut garder pendant des siècles son indépendance et sa foi.

Cette admirable enceinte, commencée sous le pontificat de Clément VI, en i356, et terminée en iSyy, comptait trente-six tours d'une incomparable beauté (i).

(l'Les voyageurs qui ont vu les remparts d'Aiguemortes peuvent à peine se faire une idée de ceux de Carpentras, de leur élévation et de leur solidité. On pourra consulter les intéressants détails que l'on trouve sur les murs de notre ville, dans la collection Tissot, Mélanges, n» 24.

En 1629, année de la peste, on fit vœu de donner à saint Roch un cierge qui ceignît les murailles : on les mesura alors et on trouva que l'enceinte des remparts avait 913 cannes au dedans et 1500 au dehors. Us furent fort utiles pour protéger la ville contre les huguenots en 1562 et contre les brigands de 1 791. — Le prix fait de la tour de la porte d'Orange, et de celle de Monteux, fut donné à Raymond Trevelle, le 23 mai 1389, au prix de 24 sous la canne carrée. (Archives municipales, E E 2, carton 10 pièces.)

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Les siècles l'eussent respectée longtemps encore, trop longtemps peut-être, au gré d'une administration peu soucieuse des gloires et des souvenirs du passé. Sa démolition fut votée en 1840^ et, dans le courant delà même année, le marteau sacrilège commença son œuvre. Nos beaux remparts avaient vécu 468 ans ! Seule, la tour de la porte d'Orange est encore debout, comme une protestation vivante, destinée à rappeler Tpour combien de temps encore ?) la majesté de nos remparts disparus.

Dans le courant de Tannée i363, un conflit s'éleva entre Tévêque et Philippe de Cabassole, recteur du Comté Venaissin,au sujet du viguier de Bedoin, Jacques Maurelli, accusé de divers excès commis dans l'exercice de sa charge. L'affaire fut jugée par le pape Urbain V lui-même, qui donna raison au recteur contre les prétentions de l'évêque.

Deux ans plus tard, une imposante cérémonie réunis sait dans la cathédrale d'Apt de nombreux et illustres prélats. Tout l'épiscopat des provinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun, rassemblé en concile, s'y était rendu pour décréter sur la discipline ecclésiastique vingt-huit canons qui nous été conservés (i ■.

Les archevêques d'Aix, d'Arles, d'Embrun, Philippe de Cabassole, patriarche de Jérusalem, et les évêques de Carpentras, d'Orange, de Marseille, de Vaison, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Toulon, de Digne, de

(i) On trouve les actes de ce concile, que Fleury appelle le Concile des Trois Provinces, dans le Trésor des anecdotes ecclésiastiques du P Martenne, et dans les Mémoires du clergé de France, de Du Temps. L'abbé Boze, dans son Histoire de l'Eglise d'Apt, donne la traduction des vingthuit canons qui y furent publiés. (Pag. 253 et suiv.)

Sénés, de Vence^ de Nice, de Riez, de Sisteronetd'Apt, y prirent part avec les abbés de Saint-Pons, de Nice, de Boscodon, de Valsainte et de Saint-Eusèbe.

Les décrets du concile furent publiés avec solennité, le 14 mai i365, dans la cathédrale^ en présence de tous les prélats réunis et au milieu d'un concours considérable de fidèles.

Déjà la veille, les Pères du concile avaient tenu à vénérer la relique insigne de la vraie Croix, que possède aujourd'hui encore l'église paroissiale de Saignon et à témoigner de son authenticité. Ils firent dresser, à cet effet, une attestation sur parchemin, à laquelle chacun d'eux apposa son sceau épiscopal. Celui de Jean- Roger de Beaufort y est encore assez bien conservé, et nous avons pu en reproduire la partie la plus essentielle.

Il porte, dans la partie du milieu, la seule qui nous soit parvenue, la Vierge debout, tenant l'Enfant Jésus dans les bras, l'un et l'autre nimbés, à gauche un évéque debout et mitre en tête, et à droite un personnage

debout et nimbé, tournés l'un et l'autre du côté de la Vierge.

Deux ans plus tard, en iSôy, Tévêque permit aux juifs de la ville de construire, dans le quartier qui leur était assigné, une synagogue dont il fixa lui-même les dimensions^ et d'établir à leur usage, en dehors des murs de la ville, un cimetière particulier, moyennant une redevance annuelle de six livres (i). Les juifs acquirent, à cet effet, en i3jo, au prix de trente-huit florins, de Pierre des Armands, un terrain sur lequel ce dernier se réserva le droit de pâture pour ses troupeaux.

Jean Roger de Beaufort eut, en iSôg, à faire acte d'autorité pour faire respecter la volonté des défunts. Il institua, à cet effet, un procureur spécial qui eut mission d'exiger le payernent des legs pieux, dont on s'affranchissait trop aisément à cette époque.

Le cardinal Pierre Roger de Beaufort, frère de l'évéque de Carpentras, fut élevé au souverain pontificat le 3o décembre iSyo, sous le nom de Grégoire XL Ce fut lui qui, au milieu de difficultés sans nombre, suivant l'exemple que lui en avait donné son prédécesseur, le bienheureux Urbain V, et d'après les exhortations de sainte Catherine de Sienne, qui vint le trouver à Avignon même, décida la translation du Saint-Siège à Rome.

Un des premiers actes du pontificat de Grégoire XI fut de transférer l'évéque de Carpentras, son frère, au siège archiépiscopal d'Auch, en 1 3 7 1 . Il y demeura peu,

(i) L'évéque ordonna que la synagogue n'aurait que 4 toises de hauteur sur 5 de long et 4 de large ; c'étaient les dimensions de celle qui fut démolie lors de l'expulsion des juifs par Jean XXII.

car le 6 des calendes de septembre iSjS, Jean Roger de Beaufort fut transféré à l'archevêché de Narbonne, où il mourut, en l'année i3gi.

Armes : d'argent à la bande da^ur accompagnée de six roses de gueules.

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