AVANT-PROPOS
// y a quelques années, j'eus la pensée, en publiant un premier travail sur les Évêques d'AplfiJ, de payer un tribut d'hommage à la mémoire des prélats illustres qui, durant dix-huit siècles, présidèrent à la naissance et à l'épanouissement de l'Église dans mon pays d'origine. En faisant aujourd'hui paraître /'Histoire des Évêques de Carpentras, c'est le même sentiment que m'inspirent les glorieux pontifes qui, durant tant de siècles, furent f honneur de mon pays d'adoption.
A r heure oit nous sommes, et quand souffle im vent de tempête menaçant d'emporter encore une fois l'héritage qu'avec tant de peine, nous étions parvenus à reconquérir sur le torrent dévastateur des révolutions, il fait bon remonter le cours des âges pour étudier ces lois inflexibles de l'histoire en vertu desquelles les mêmes causes, dans des conditions identiques, produisent toujours les mêmes effets. Il fait bon voir comment, au milieu de l'immense cataclysme du vieux monde romain, croulant sous le poids de sa propre corruption plutôt que sous la hache des Barbares, s'y prirent les premiers disciples du Christ et les héritiers des dou^e Pêcheurs du lac de Galilée, pour jeter les bases de la société chrétienne et préparer ini monde nouveau. Il fait bon voir avec quelle industrieuse activité et quelle patiente énergie, ces évêques gallo-romains, qu'un
(i) Les Évêques d'Apt, leurs blasons et leurs familles. Mémoire couronné par la Société littéraire d'Apt, vol. grand in-^", avec blasons et sceatix gravés, 140 pages. Avignon. Seguin, 1877.
vin AVANT- PROPOS
historien bien connu et peu suspect de partialité en notre faveur a comparés, dans une phrase désormais classique^ aux abeilles qui font leur ruche, ont façonné l'édifice naissant, corrigeant par la douceur de la sève chrétienne l'âpreté native du sang barbare^ relevant dans leur dignité la condition des peuples conquis, opérant peu à peu la fusion des races diverses, et faisant disparaître toute inégalité choquante entre vainqueurs et vaincus, en répétant à tous la grande parole de saint Paul : « 11 n'y a plus ni Juif, ni Grec, plus d'esclave ni d'homme libre, mais tous vous êtes un en Jésus-Christ (i). »
Ce spectacle du passé, que nous offre l'étude de Vimpartiale histoire, ne saurait être perdu pour la génération présente. Quel avenir nous est réservé ? Nous ne savons. Obéissant à la loi fatale des révolutions, allons-nous descendre de plus en plus la pente de cet abîme sans fond ou une nation, après avoir perdu ses croyances et ses principes, c'est-à-dire V essence même de sa force morale, en vient jusquà perdre son nom et à tendre le cou à toutes les tyrannies et les mains à toutes les chaînes ? Ou bien, en vertu de cette force mystérieuse quelle a trouvée dans sa constitution aux jours les plus mauvais de son histoire, notre patrie se relèvera-t-elle à la voix d'un sauveur prédestiné ? C'est le secret de Dieu. Quoi qu'il en soit., il n'est pas inutile de lui rappeler les leçons de son passé, et à l'heure ou elle semble se débattre dans les étreintes de l'agonie, de lui montrer les images de ceux qui veillèrent autour de son berceau. Kn voyant de quelle manière elle a été façonnée et comme pétrie au nom
(i) Gakt. III. 28.