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LE CARDINAL MARCEL DURAZZO

Né à Gènes le 6 mars i63o, Marcel Durazzo était fils de César Durazzo, doge de la république de Gènes, et de Jeanne Cerveti. Tour à tour protonotaire apostolique, vice-légat de Bologne, gouverneur d'Ancône, de Viterbe et de Pérouse, visiteur de la sainte maison de Lorette, vice-légat d'Avignon^ archevêque de Chalcédoine, nonce apostolique en France, en Espagne et en Portugal, il fut créé cardinal-prêtre du titre de sainte Prisque,par InnocentXI,le2 septembre 1686, et nommé à l'évêché de Carpentras le 9 novembre de Tannée suivante.

11 prit possession de son siège, par procureur, dans les premiers jours de Tannée 1688, et, par un acte passé à Madrid le 5 février suivant, il nomma pour son grand

vicaire Antoine Barbe de Fogasse de la Royère, archidiacre de sa cathédrale.

Ses bulles ne purent être enregistrées au parlement de Provence que le 10 juin 1688 (i), et il ne vint luimême prendre possession en personne de son évêché que le 7 du mois de septembre i6go.

Il y avait près de soixante ans que Ton travaillait à la belle église du collège. Marie de Brancas, marquise d'Ampus, dame d'honneur de la reine-mère, Anne d'Autriche^ avait donné, en lôSy, une somme de dix mille écus pour aider à la construction de Tédifice. Le dôme, cependant, ne put être terminé que dans les premiers jours de mai 1687 (2).

Louis XIV s'empara une seconde fois de l'État d'Avignon et du comté Vénaissin en 1688 (3), et c'est probablement la cause du retard que mit Monseigneur Durazzo à venir résider dans son évêché.

Le 10 octobre, les commissaires du roi se rendirent à Carpentras pour prendre officiellement possession au nom de Louis XIV. Le lendemain, un lieutenant de la maréchaussée alla de leur part auprès du recteur, Jean Rasponi, pour le sommer de sortir, dans deux heures, du palais rectorial et de la ville.

Celui-ci répondit qu'il n'avait à recevoir des ordres que du pape, son maître, et qu'il se serait fait un devoir

(i) Les évêques de Carpentras étaient obligés de faire enregistrer leurs bulles au parlement de Provence, et de payer les frais de cet enregistrement. Cette formalité leur était nécessaire parce qu'ils avaient dans leur diocèse les terres adjacentes^ Sault, Murs, St-Lambert, etc.

(2) Cottier, Histoire des Recteurs, pag. 315.

(3) Ibid.^^dLg. 316.

de résister, s'il avait des forces suffisantes pour s'opposer par les armes à Tinjonction qui lui était faite.

Le recteur, le vice-recteur et les autres officiers pontificaux partirent bientôt pour se rendre à Nice, mais, le 3 novembre suivant, Louis XIV, voulant montrer à Alexandre VII, qui venait d'être élevé à la papauté, toute sa déférence, lui restitua ses États de France.

Le cardinal Durazzo fut transféré, vers l'année 1691, à Tévéché de Spolète, laissant dans notre ville le souvenir d'un homme de grand mérite.

Il mourut le 27 avril 1710^ à Tàge de quatre-vingts ans.

Armes : Fascé d'argent et de gueules de huit pièces, au chef d'a{ur chargé de trois fleurs de lys d'or (i).

(i) Guarnaci, tora. I". pag. 217.

XGIII LAURENT BUTI

Laurent Buti, patrice romain^ fut choisi par le pape pour succéder, en 1691, au cardinal Durazzo, transféré à Tévéché de Spolète. Il avait déjà occupé des charges importantes à la cour pontificale et notamment celle de préfet de la signature de grâce et de justice, lorsqu'il fut élevé à 1 episcopat.

Le 17 février 1691, il écrivit lui-même aux consuls de Carpentras pour leur annoncer sa nomination, et le 2 5 du même mois, il prit possession du siège par procureur.

Il se hâta de venir dans son diocèse, et le Père Justin, dans ses notes historiques, remarque la simplicité avec laquelle il fit son entrée publique dans la ville.

Son administration fut celle d'un homme de bien, fuyant Téclat des pompes humaines et tout entier à son œuvre. Bien que les lourdes charges qui pesaient sur lui ne lui permissent pas de faire des dépenses considérables, il confia au talent de Bernus (i)la belle gloire de St-Siffrein que nous admirons, et apporta de Rome, pour sa cathédrale, Texcellente toile représentant saint Laurent, son patron, dont l'original est de Pierre de Cortone.

Le chanoine Paul d'Andrée, malgré^son grand âge et ses infirmités, était encore à la tète de toutes les fondations pieuses de la ville. Après avoir relevé de ses ruines la chapelle de la Sainte-Famille, il eut la pensée d'établir, sous le titre de Notre-Dame de Sainte-Garde, une maison de refuge pour les domestiques sans maîtres et pour les filles repentantes qui voulaient demander au retour des pratiques religieuses la réhabilitation de leur passé.

Dieu ne permit pas qu'il vît le succès couronner ses efforts. Depuis longtemps déjà, brisé par les veilles et les jeûnes^ le vénérable chanoine souffrait d'une ancienne et douloureuse maladie.

Il vit sans crainte la mort approcher, et après avoir édifié I9 ville entière par sa touchante résignation et sa piété profonde, il s'endormit pieusement, le 29 juillet 1697, de son dernier sommeil.

La nouvelle de sa mort se répandit bientôt dans la

(i) Jacques Bernus naquit à Mazan le 15 décembre 1650, et s'est acquis une grande réputation comme sculpteur. II a trouvé, de nos jours, un biographe distingué en la personne de M. l'abbé Requin, vicaire à St- Symphorien d'Avignon.

ville, et de toutes parts on accourut pour contempler ses traits une dernière fois. Des gardes furent placés à l'entrée de sa demeure pour la protéger contre Tenvahissement de la foule, mais ce fut peine inutile, car le peuple escalade aussitôt les murailles, monte sur les toits et passe par les fenêtres, sans qu'il soit possible de le contenir.

Au moment des funérailles, un conflit s'éleva entre le chapitre et les religieuses de la Visitation. Les uns et les autres, se basant sur deux testaments différents, réclamaient l'honneur de posséder ses dépouilles. Monseigneur Buti donna gain de cause aux chanoines^, et l'inhumation fut faite dans la cathédrale. Les Dames de la Visitation en appelèrent à Rome de la décision de l'évêque, et obtinrent plus tard que le corps de leur fondateur leur fût rendu.

Les funérailles eurent lieu au milieu d'un concours immense de fidèles. A mesure que la foule voyait apparaître, reposant dans sa bière, le visage du vénéré défunt, transfiguré par la mort, c'étaient des manifestations indescriptibles.

Pour ne pas exposer le corps à de pieuses profanations, on fut obligé de tromper la vigilance du peuple et de le descendre dans sa tombe presque à l'improviste.

Mais quelques jours après la mort du chanoine Paul d'Andrée, on reprit l'œuvre commencée par ses soins, et on présenta, le 3 août 1697, à l'évêque une supplique, à l'elîet d'autoriser la maison de N.-D. de Sainte-Garde. Monseigneur Buti se hâta de donner son approbation et nomma pour gouverner la maison le chanoine Esprjt

d'Andrée, neveu du défunt, Joseph-François de Lantiany, chanoine-sacristain, Toussaint La Blache^ Paul Charvet, bénéficier, M. de Ste-Marie, Mesdames de St-Amant,de La Garde, de Lirac, de Thézan-Venasque^ de Lopis, de Piedfaucon^ de St-Roman, de Ranguisy, ainsi que Mesdemoiselles Martin, Aubert et Firmin. Ce conseil de surveillance devait choisir deux filles ou femmes irréprochables pour administrer la maison sous son autorité.

L'œuvre prospéra dans la suite, et M. de Joannis de Verclos, Anne de Thomé et Françoise Poly l'instituèrent pour leur héritière universelle.

Monseigneur Buti fit son voyage ab litnina au mois d'août 1699, et, le 25 mars suivant, le pape^ qui l'estimait, lui conféra le titre de prélat assistant au trône pontifical.

Le 8 décembre 1707, il donna encore une somme de mille écus à la maison de la Charité, dont nous avons raconté la fondation.

Le II mai 1708, il fit son testament en vertu d'un induit apostolique, et après avoir fait de nombreux legs au profit des œuvres de son diocèse, il nomme pour ses héritiers la marquise Prudence Bufi, sa nièce, Anne- Cécile Buù, son autre nièce, religieuse à Rome, et Charles Buti, son neveu (i).

Enfin, après un épiscopat de dix-neuf ans, l'éminent prélat rendit son âme à Dieu, le 22 avril 17 10, à l'âge de 72 ans.

On lui éleva, dans sa cathédrale, un magnifique tom-

(1) V. ce testament dans le manuscrit de Farel, fol. 225,

beau, que la Révolution a respecté jusqu'ici, et qui est dû au ciseau de Bernus lui-même. Au-dessus d'un sarcophage Renaissance, on voit la statue de Févéque, revêtu des insignes pontificaux, à genoux sur un coussin, dans Tattitude de la prière, et devant lui un ange tenant un livre ouvert. Au-dessus, la figure du Temps avec sa faulx soulève une draperie (f). Son épitaphe est ainsi conçue :

Hic jacet LaurentiusButius, PATRiTius Romanus,Epus Carpentoractensis,

SSmiDNI N^IPR^LATUS DOMESTICUS EJUSQUE SACRI SACELLI ASSISTENS,

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