JOSEPH DE BÉNI
Joseph de Béni, naquit à Gubbio, dans le duché d'Urbin, en l'année 1729, de la famille patricienne des comtes de Castiglioni-Aldobrandi. 11 était auditeur de la nonciature à Ferrare, lorsque le pape Pie VI le nomma le 29 septembre 1776 pour succéder à Mgr Vignoli.
Il réorganisa, en 1779, l'œuvre de la Miséricorde fondée en 1736 par Mgr d'Inguimbert, et fit un mandement à cet effet par lequel il ordonna que le bureau de l'œuvre serait composé désormais de quinze membres : un chanoine, deux curés, six dames et six demoiselles ; que Ton donnerait des secours aux pauvres honteux aussi bien qu'aux convalescents sortant de l'hôpital, et qu'un secret inviolable serait gardé sur les familles honteuses secourues par ses soins.
Il voulut encore laisser à sa cathédrale un monument de sa généreuse largesse, et fit faire à ses frais la belle chaire de St-Siffrein qui existe encore, ainsi que les placages en marbre de la chapelle des âmes du Purgatoire.
Son épiscopat s'écoula dans des temps difficiles. Les idées nouvelles commençaient à agiter et à troubler les masses, et déjà on pouvait prévoir les ruines que la Révolution allait accumuler sur notre malheureux pays.
Mais en présence des difficultés des temps^ Mgr de Béni n'eut pas un instant d'hésitation pour accomplir son devoir.
Tandis qu'il apporta, dans la règle des religieuses de Tabbaye de St-Bernard, des réformes devenues nécessaires, il obtint le 9 août 1780 un bref pontifical qui diminuait les droits et le contrôle que la ville exerçait sur le collège.
Enfin il obtint une bulle du pape prononçant la sécularisation des chanoines de Notre-Dame-du-Grès.
Ces réformes lui valurent une opposifion acharnée de la part des Bernardines et de la ville, lorsqu'il fut appelé à remplir momentanément la charge importante de recteur du Vénaissin. On put croire un instant que son administration serait une source de conflits, mais il y apporta un tel esprit de modération qu'on l'a accusé de s'être trop livré jusque-là aux inspirations du comte Zollio, qu'il venait de remplacer à la rectorie.
Son administration fut si paternelle pendant les deux années qu'il eut à exercer sa nouvelle charge, qu'un historien contemporain a] pu dire que jamais les États
pontificaux n'avaient été soumis à un gouvernement plus doux et plus paisible (i).
On a de lui un règlement relatif au bon ordre des prisons de Carpentras et aux fournitures que la confrérie des Pénitents noirs était dans l'usage de faire aux prisonniers.
Il eut encore, pendant son rectorat, à lutter contre le tribunal criminel qui siégeait à Avignon et qui reprochait aux officiers de la rectorie de commettre des irrégularités graves dans les pièces de procédure. Aussi fut-il heureux d'apprendre que le pape venait, le lo mars 1787, de lui donner pour successeur dans cette charge Mgr Christophe Pieracchi, alors internonce à la cour de Versailles, et de voir ainsi la fin de tous ses désagréments administratifs.
L'hiver de 1789 fut extrêmement rigoureux et devint un nouveau prétexte d'agitation. En vain Pie VI fit-il acheter du blé dans toute l'Italie pour venir au secours d'Avignon et du Comtat en proie à la plus grande misère ; l'œuvre des sociétés secrètes cheminait dans Tombre^ et, sous le fallacieux prétexte de demander la réunion des États du pape à la France, les novateurs poursuivaient le pillage et le renversement de l'ordre social.
Le 3 septembre 1789, l'émeute gronda pour la première fois à Avignon. L'attitude énergique, du Vicelégat, Mgr Casoni, sembla déconcerter un instant les meneurs -, mais cette accalmie fut de courte durée.
De leur côté, le recteur Pierracchi et le vice-recteur Ignace Nicolas de Barcilon luttaient au poste périlleux qui leur avait été confié pour le triomphe de l'ordre et
(1) Cottier, Les Recteurs.... pag. 415.
de la saine liberté. Aussi Carpentras fut-il bientôt dénoncé aux vengeances des forcenés comme le repaire de l'aristocratie.
L'archevêque d'Avignon, xMgr Giovio, le Vice-légat, Mgr Casoni et Jean Celestini, délégué spécial du St-Siège pour pacifier les esprits, étaient venus, en effet, se réfugier dans notre ville, restée fidèle jusque-là au Souverain Pontife, son maître.
Les révolutionnaires avignonais prirent dès lors le parti de punir la ville et de la convertir par les armes aux principes nouveaux. Mais les Carpentrassiens fidèles jurèrent de défendre, à l'abri de leurs remparts, l'intégrité de leur foi et la liberté de leurs demeures, et repoussèrent les bandes de Jourdan Coupe-tête.
Cependant le parti de l'annexion gagnait chaque jour du terrain et toute Téloquence de Maury, qui défendait pied à pied à l'Assemblée nationale les droits du St- Siège, ne put prévenir la réunion de notre pays à la France.
Le pape protesta solennellement auprès de toutes les cours de TEurope contre le décret de l'Assemblée nationale, du 14 septembre 179 r, qui avait prononcé l'annexion, au mépris de tous ses droits.
Déjà Mgr de Béni avait adressé, le 17 mars précédent, à tout le clergé de son diocèse une courageuse lettre dans laquelle il flétrit la constitution civile du clergé de France^ que l'on voulait imposer aussi au clergé des États pontificaux. C'est là une des pages les plus tristes de notre histoire religieuse que la lutte engagée par le pouvoir séculier pour bâillonner la liberté de l'Église et soumettre les consciences de force. Mais il faut le reconnaître à la gloire du clergé persécuté : à part quel-
ques défaillances regrettables, les courageux pasteurs, animés par l'exemple de leurs évêques, résistèrent à l'orage et préférèrent pour la plupart perdre leur repos et leurs biens plutôt que de trahir par une lâche apostasie^, la religion, dont ils étaient les ministres.
« Qu'aucune crainte humaine, — leur disait Mgr de « Béni, dans cette admirable lettre^ digne des âges hé- « roïques, — ne vous fasse trahir la vérité. Loin de nous « cette sagesse de la chair, réprouvée par TEvangile, « qui cherche à s'accommoder aux circonstances et sa- « crifie lâchement ses devoirs. Montrons, s'il le faut, « qu'un évêque, qu'un prêtre ne craint que le péché^ et « que si, dans ces temps de calamité, l'Eglise a des enfants « rebelles qui la persécutent, elle a aussi des ministres « courageux qui la défendent. »
Cependant le parti de la violence prenait le dessus à Avignon et à Carpentras ; l'heure du deuil et de la persécution sanglante avait sonné pour l'Église, pour ses ministres et pour ses fidèles enfants. Mgr de Béni, cédant à son tour devant l'orage qu'il était désormais impuissant à conjurer, quitta Carpentras le 3 mai 1792 : il se rendit à Aix et de là à Pesaro, dans les États pontificaux, dont le pape Pie VI lui confia l'administration provisoire.
Je n'ai pas à raconter l'histoire de l'Église de Carpentras aux heures néfastes de la Révolution, Qu'il me suffise de dire que M. l'abbé Roux, prêtre de St-Sulpice, ancien supérieur du Séminaire d'Avignon, administrateur apostolique des diocèses d'Avignon et de Cavaillon, fut également chargé par Pie VI de l'administration du diocèse de Carpentras pendant ces années de troubles et d'angoisses, et que, grâce à sa prudence et à sa fermeté,
quelques prêtres courageux et fidèles purent continuer à travailler au salut des âmes, au péril de leur propre vie, jusqu'au retour de l'ordre et de la paix.
Quand se leva sur le monde l'aurore du dix- neuvième siècle, l'Eglise de Carpentras avait disparu dans la tourmente : le concordat de 1801 supprimait le diocèse de Carpentras pour en réunir le territoire au diocèse d'Avignon, réduit momentanément au rang de simple évêché. Mgr de Béni fut alors transféré au siège de Pesaro qu'i administrait déjà et où il mourut le 12 janvier 1806.
Armes : d'argent à la bande (Taïur chargée de quatre losanges, deux d'argent, i et 3, deux d' or, 2 et 4, au chef d'or à l'aigle éployée de sable couronnée à l'antique de même.
Sceau de Monseigneur de Béni.