‹ Les évêques de QuébecChapitre 48 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'église de Québec n'a pas assez de prêtres. — Le gouvernement refuse des prêtres français. — Arrivée de missionnaires parlant la langue anglaise. — Triste état des Acadiens. — Lettre pastorale de Mgr D'Esglis.

A cette époque de son histoire, l'église de Québec était en souffrance, par suite du manque de prêtres, surtout depuis 1780. Un grand nombre, comme l'on sait, étaient retournés en France après la conquête, mais un plus grand nombre étaient morts. C'est la remarque que faisaient les annales des Ursulines : « Mgr en a ordonné un bon nombre, mais les décès l'ont toujours emporté.» En 1782, on lit encore: « Quarante prêtres ne suffiraient pas pour remplir les cures des cam pagnes vacantes, par suite de la mortalité qu'il y a eu sur les ministres du Seigneur, depuis que nous avons changé de maîtres. On a remarqué, depuis ce temps, que pour trois prêtres ordonnés, il en meurt quatre. » Cependant la population augmentait, et il fallait trouver des pasteurs pour diriger le troupeau.

En 1784, MM. Adhémar et Delisle, citoyens de Montréal, se rendirent à Londres, pour demander à la cour de permettre à l'évêque de faire venir d'Europe des prêtres parlant la langue française. Ils représentaient dans leur mémoire, que le diocèse contenait cent trente mille fidèles catholiques romains, et que soixante-quinze paroisses étaient dénuées de curés : mais cette demande ne fut pas agréée.

MGR d'esglis 373

L'évoque fut plus heureux, quand il s'agit d'avoir des ecclésiastiques pour la desserte des missions anglaises.

esl ainsi que l'on vit arriver successivement MM. Jones. McDonnell, Burke et Phelan, qui rendirent de très grands services dans les différents postes qui leur furent confiés. Immédiatement après sa prise de possession, Mgr D'Esglis se mit ;'ii rapport à ce sujet avec M. Hussey, et, répondant à plusieurs questions que lui avait posées son grand vicaire à K Londres, il lui disait: « 1° L'évêquede Québec jouissant d'un revenu très modique, n'est pas en état de défrayer les missionnaires qui pourraient venir au Canada. 2° L'institut du Séminaire de Montréal n'est pas d'élever de jeunes ecclésiastiques, ni de les disposer aux ordres sacrés ; les prêtres de cette maison sont occupés uniquement à la desserte des âmes d'une paroisse de huit à neuf mille communiants. Seulement il y a dans leur ville un collège où l'on enseigne les humanités et la rhétorique, mais cet établissement n'est encore ni rente ni bien affermi. 3° Le Séminaire de Québec, dans les circonstances présentes, ne peut se charger d'une éducation gratuite pour les sujets Européens qui viendraient B'y présenter. 4° Je vous supplie de vouloir bien remercier de rna part Mgr l'évèque d'Edimbourg de l'intérêt qu'il prend au bien de mon diocèse; quoique je ne puisse recevoir 1'- -ii j»it< qu'il me propose, je n'en suis pas moins reeoniiaisi l. - pi igi \ le sont pas admissibles dans le centre du diocèse. 6° Quelques prêtres que vous enverriez avec les cautions nécessaires, dans la partie orientale de mon diocèse, comme à l'Ile Saint-Jean, au Cap-Breton, ou dans la Nouvelie-Ï pourraient y être fort utiles. Par les der-

nières let' M. Jones, missionnaire à Halifax.

j'apprends qu'il y a dans la Nouvelle-Ecosse beaucoup de catholiques, la plupart Irlandais fort pauvres et fort molestés par les protestants. Ils espèrent que la sagesse du général Garleton les délivrera de ces vexations, mais en attendant, ils souffrent. Autre inconvénient : répandus pour la plupart parmi les protestants, ils ont pris beaucoup de leurs préjugés. Ils n'estiment les missionnaires que quand ils sont prédicateurs insignes et versés dans toutes les sciences. Suivant M. Jones, il faudrait pour ces contrées des ecclésiastiques versés dans la langue irlandaise, remarquables par leur science et leur éloquence, et qui fussent assez riches pour se passer du secours temporel des peuples. Je sens qu'il est difficile de trouver des missionnaires de cette trempe. Si cependant vous pouviez leur en procurer quelqu'un, soit par vous même ou par le moyen de Mgr l'évêque de Cork,

je vous en aurais la plus vive obligation J'ai reçu avec

reconnaissance MM. les abbés Burke etMcDonnell, que vous avez eu la bonté de m' envoyer ; j'ai payé le passage du premier, suivant vos désirs. Il reste au Séminaire de Québec, pour enseigner la philosophie. L'autre rejoindra probablement, en qualité de missionnaire, la troupe écossaise qui va

s'établir à Gataracoui »

Les Acadiens étaient les plus à plaindre pour la desserte de leur pauvres missions. Après avoir subi une persécution sans parallèle dans les annales de l'Amérique, cette petite nation commençait à se réorganiser, et, grâce à la tranquillité relative qui suivit la guerre de 1775, des paroisses se formèrent à la Baie Sainte-Marie, à Memramcook et ensuite â Madawaska. Des groupes s'établissaient aussi à l'Ile du Prince-Edouard, aux Iles de la Magdeleine et au Cap-Breton.

m<ïr d'esglis ii7")

Mais il fallait îles prêtres pour consoler et encourager ces victimes de la cruauté anglo-américaine, et l'évoque n'en avait encore que quelques-uns à leur envoyer. Du moins fit-il tout ce qu'il put, pour qu'ils ne fussent pas abandonnés, en attendant tics jours plus heureux, qui ne devaient pas tarder à paraître. En 1785, l'on voit même qu'un monsieur Jean Doucette, laïque, fut autorisé par M. Gravé, au nom et de la part de Mgr D'Esglis, à baptiser, par toute l'Ile Saint-Jean, les enfants ou adultes, et à recevoir le consentement de mariage des personnes qui voulaient contracter, pourvu qu'il n'y eût entre elles aucun empêchement de parenté ou d'affinité. Ces pouvoirs devaient durer jusqu'à l'arrivée d'un missionnaire, ou jusqu'à la visite de M. Bourg, vicaire général, qui pouvait les lui continuer, s'il le jugeait à propos.

Pour prouver aux Acadiens et à tous les catholiques de la Nouvelle-Ecosse, qu'ils n'étaient pas oubliés par leur premier pasteur, Mgr D'Esglis leur écrivit, en 1787, une lettre pastorale, qui fait connaître l'embarras où se trouvait l'évoque et son grand désir de venir en aide à cette partie si intéressante et si malheureuse de son troupeau.

Cette lettre est adressée aux «catholiques Anglais, Irlandais, Écossais, Acadiens et autres établis à Halifax, au Cap-Breton, à L'Ile Saint-Jean, à Shelburn, Antigonish, à Digby, à M mramkoukq, au Cap-Sable, à la Baie Sainte-Marie, à Miramichi, à Annaréchaque, etc. »

Après avoir donné à tons l'assurance de son affection paternelle et du regret qu'il éprouve de ne pouvoir les

KHirir plus efficacement, le prélat donne en particulier à i bacun des groupes catholiques, les plus sages conseils pour la conduite qu'ils doivent tenir envers leurs missionnaires.

Les Acadiens surent profiter des conseils de leur évêque ; se confiant en la divine Providence, qui ne les avait pas abandonnés, même au milieu de leur plus grande détresse, puisqu'elle leur avait conservé la foi, ils continuèrent à pratiquer ces vertus modestes qui ont toujours distingué ce petit peuple, et assurèrent à leurs enfants ce développement et ces progrès admirables dont nous sommes aujourd'hui les témoins. Les quelques débris échappés au naufrage épouvantable de 1755 se sont réunis et ont formé une population compacte et homogène de plus de cent mille âmes. « Ce phénomène, dit l'abbé Casgrain, ne peut être attribué qu'à une seule cause : la puissance du sentiment religieux et national.» Ajoutons qu'il est dû aussi à la sollicitude pastorale des évêques de Québec et au zèle des ouvriers apostoliques qu'ils envoyèrent pour réparer les ruines de l'église acadienne.

Page 1