CHAPITRE I
Naissance de Mgr de Pontbriand.—Il étudie au collège de Laflèche, puis à Saint- Sulpice.—Il dessert un hôpital fondé par ses vertueux parents.—Vicaire général de l’évêque de Saint-Malo.—Réformes qu'il opère.—Il est choisi pour évêque de Québec.—Son sacre, son départ de France, son arrivée à Québec. :
Mgr de Pontbriand fnt le sixième évêque de Québec et le dernier des prélats qui dirigèrent l’immense diocèse de la Nouvelle-France. Lorsqu'il mourut, la Nouvelle - France allait changer de nom, un autre drapeau était déjà arboré sur les murs de Québec. Son épiscopat de vingt ans sera à jamais mémorable, parce qu’il vit les plus grands malheurs fondre sur notre église, et menacer de la détruire ; il fut aussi marqué par des actes de grande vertu ét de dévouements héroïques, sanctifiés par la religion. L’évêque partagea les douleurs et soutint le courage et la foi de ses diocésains, et il laissa à sa mort une église en ruines, il laissait à cette église des enfants qu’il avait formés, et rendus capables de la relever et de la rendre plus belle que jamais.
C'est à Vannes, en Bretagne, que naquit, au mois de janvier 1708, le succcesseur de Mgr de Lauberivière. Ses parents
se distinguaient autant par leurs vertus que par leur noblesse, et ils donnèrent à leur enfant les moyens les plus propres à développer toutes les belles qualités de son esprit el de son cœur. Placé, dès son enfance, au collège de Laflèche, où il eut pour compagnons d’études les fils des premières familles de France, le jeune de Pontbriand donna de suite des marques d’un esprit vif et pénétrant, autant que solide, propre aux hautes sciences et à l’état ecclésiastique qu'il devait embrasser. De là conduit au Séminaire de Saint- Sulpice, il s’'adonna avec le plus grand succès à l'étude de la philosophie et de la théologie, sciences pour lesquelles il eut pendant toute sa vie un attrait marqué, même au milieu des travaux les plus actifs du saint ministère. Avec ses talents et son application au travail, il obtint sans peine le degré de docteur en Sorborne, et força par son éloquence et par la puissance de ses argumentations. l'admiration de ses rivaux eux-mêmes.
L'abbé de Pontbriand était diacre, quand il perdit sa bonne mère, dont la vie sainte se lit avec édification dans les communautés de la Bretagne, (a) et ce fut lui qui exhorta à la mort celle qui lui avait donné la vie. Il commença à exercer ses prerhières fonctions sacerdotales dans un hôpital public, fondé par ses vertueux parents, et où ils étaient eux-mêmes les administrateurs et les serviteurs des pauvres qui y étaient entretenus depuis plus ‘le quarante ans. Dans ce célèbre château de l’Agaraye, converti en hospice, il fit l’apprentissage de la charité, vertu qu’il devait pratiquer pendant toute
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sa carrière d’une manière héroïque ; il y donna aussi les preuves de son aptitude pour la direction des âmes.
Instruit de sa prudence et de sa piété, l'évêque de Saint- Malo en fit son vicaire général, et, malgré sa jeunesse, lui confia la réforme d’une foule d'abus qui s'étaient 'glissés dans le diocèse et qu’il n’osait entreprendre de corriger luimème. Sa confiance ne fut pas trompée. L'abbé de Pontbriand fit une visite fructueuse en bons résultats : citons seulement le retranchement d’une foule de chapelles domestiques établies sans discernement et accordées à des seigneurs plus remarquables par leurs richesses que par leurs vertus, et la réforme d’une communauté de religieuses indociles à l'autorité de l’évêque.
La fermeté et la sagesse que le jeune vicaire général avait manifestées d’une manière si éclatante, pendant tout le temps qu’il passa dans le diocèse de Saint-Malo, ne manquèrent pas de faire connaître son nom à la cour ; rien de surprenant si, à la mort inopinée de Mgr de Lauberivière, l’on songea à lui pour en faire son successeur sur le siège de Québec. Le cardinal de Fleury lui écrivit de suite de la part du roi, que les intentions de Sa Majesté étaient de le nommer bientôt à un évêché de France, que celui du Canada lui paraissait plus en harmonie qu'aucun autre avec les goûts qu’il avait fait paraître pour les missions, qu’au reste il pouvait lui manifester ses sentiments avec confiance, sans crainte de rien diminuer de l’estime que la cour faisait de son mérite, ni rien perdre des grâces qu’elle lui préparait. L'abbé de Pontbriand répondit que, tout indigne qu’il se reconnaissait de l’épiscopat, si on lui laissait le choix parmi les évêchés de France, il donnerait volontiers la préférence à celui de Qué-
bec, parce qu’il pensait y avoir plus à travailler pour la gloire de Dieu. Il s’exprima dans les mêmes termes à l’un de ses frères : «quand je serais sûr, dit-il en le quittant, de trouver des millions en arrivant à Québec, rien ne serait capable de me faire embarquer, tant est grande la répugnance que j'ai pour la mer ; mais il est question de la gloire de Dieu et du salut des âmes, rien ne me retardera.» La conduite qu’il tint
pendant son épiscopat, prouva combien ces paroles étaient .
sincères et partaient d’un cœur apostolique.
Le Souverain Pontife approuva la nomination du roi, et signa, le 6 mars 1741, les bulles du digne évêque, qui fut consacré à Paris, le 7 avril suivant, par Mgr de Vintimille. Il ne fut pas lent à faire ses préparatifs de voyage, car il savait combien son église attendait avec hâte la venue d’un pasteur, combien les communautés surtout soupiraient après l'arrivée d’un père. M. René de Lavillangevin et l'abbé Maillard l’accompagnaient en Canada, ainsi que le jeune abbé Briand destiné à devenir le second fondateur de l’église et du Séminaire de Québec.
« L'illustre prélat, disent les annales des Ursulines, arriva à Québec le 29 août 1741, sur les sept heures du soir. Sa présence causa une joie universelle, et toute la ville le manifesta par le concert des canons et des c'ochés. La réception de Sa Grandeur fut remise au lendemain, afin de la faire avec plus de solennité. Plaise à Dieu qu’il vive de longues années pour le bonheur de ce pays ! »
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