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CHAPITRE VII

Visites épiscopales. — Publication d'un nouveau catéchisme, — Démission de Mir Briand. — Lettre à lord Hamilton. — Sacre de Msr Hubert. — Mort de Muyr d'Esglis et de Msr Bailly. — Dernière maladie de Mgr Briand. — Sa mort.

Fidèle à remplir tous les devoirs de sa charge: épiscopale, Mer Briand ne pouvait manquer d'’attacher une grande importance à la visite de son diocèse, et moins d’un an après sa prise de possession, il alla donner la confirmation dans un grand nombre de paroisses du gouvernement de Québec. D'après une lettre de M. Bailly de Messein, on est porté à croire qu'il se rendit jusqu’à Sainte-Anne, sur la rivière Saint-Jean, où il confirma piusieurs familles acadiennes. Les fidèles avaient été préparés à cette visite du premier pasteur par les exercices du jubilé, que l’évêque avait obtenu de célébrer diins son diocèse, en 1767, bien qu'il eût été accordé en 1758, à l’occasion de l’exaltation de

Clément XIII sur le trône pontifical. Touché des mal-

heurs qui avaient alors fondu sur la colonie et empèché les Canadiens de gagner l'indulgence plénière accordée à l'univers entier, le Saint-Père avait permis à Mgr Briand d’apporter avec lui les grâces extraordinaires de ce jubilé, afin que l’on célébrât dans la joie du Seigneur la bienheureuse arrivée de l’évêque, si longtemps et si ardemment attendu.

Mg" Briand, au témoignage de l'abbé Plessis, jeûnait tous les jours de la visite, faisait trois instructions par jour et donnait lui-même la communion à tous les confirmands. Malheureusement sa santé déjà faible ne pouvait supporter que difficilement les fatigues attachées

à des voyages longs et quelquefois bien pénibles. Le prélat revenait épuisé de ses visites épiscopales, mais heureux de s'être dépensé pour l'amour de Dieu et pour le salut des âmes. D'après les itinéraires qui ont été publiés ', le courageux évêque visita trois fois les paroisses de son immense diocèse,

En 1771, le cardinal Castelli lui demanda de vouloir bien aller, avec l'autorisation du gouverneur, donner la confirmation aux catholiques abandonnés du Maryland, de la Pensylvanie et de la Virginie ; mais M. Carleton était à Londres quand l’évêque aurait pu entreprendre de le faire, et les troubles de l'invasion américaine l’empêchèrent ensuite de remplir cette mission.

La dernière tournée pastorale de Mer Briand se fit en 1775, et l’on voit par une lettre qu'il écrivait à cette époque, aux habitants de Saint-Michel, qu'il ne l'avait pas terminée sans de grandes fatigues. Les infirmités le retinrent ensuite dans sa ville épiscopale et l'empéchèrent jusqu’à la fin de son administration de recommencer la visite de son troupeau.

Il apportait un grand soin à l'instruction religieuse des enfants : ses mandements pour la publication d'un nouveau catéchisme et les règlements qu'il fit pour le faire enseigner nous montrent clairement quelle importance il attachait à cette question; question importante en effet, à cette époque où les fanatiques de Londres et de Québec voulaient pervertir les populations en les laissant dans l'ignorance, pour les pousser ensuite vers l’apostasie |

Comme Mr Briand se sentait affaiblir par la maladie qui le minait depuis longtemps”?, il songea bientôt à

1 Mandements des évêques de Québec, volume deuxième. 3 Les Annales des Ursulines disent que Myr Briand souffrait de la goutte et que, lorsqu'il en subissait les accès, il en était saisi dans la poitrine et les bras, sans pouvoir agir. Dans une lettre de 1883, on lit ce qui suit : « Monseigneur notre très cher et vénéré prélat a été attaqué d'une violente

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donner sa démission, afin que Mer d'Esglis pût à son tour se choisir un coadjuteur, et que l'église canadienne ne fût pas exposée à n'avoir plus d'évêque pour la diriger. « Parvenu, dit l'abbé Plessis, à l'âge de soixante et dix ans, sentant croître ses infirmités, ayant pour coadjuteur un homme encore lus âgé que lui, et craignant que la mort de l'un et de l'autre ne privât encore une fois le diocèse de la succession épiscopale, il renonce à son titre, s'éloigne des affaires publiques, et se retire dans l'intérieur du séminaire pour ne plus songer qu'à Dieu et à son salut. »

Mais écoutons plutôt Mer Briand lui-même nous dire ses sages intentions et nous donner la mesure de sa vertu, dans une lettre qu'il écrivit au lieutenant-gouverneur, lord Hamilton, pour lui annoncer son dessein et le prier d'en favoriser l'exécution :

« Je me ferais un reproche, si je ne vous donnais avis d'une détermination fixe que j'ai prise et que je ne puis plus tarder d'exécuter. Une maladie de deux ans, à laquelle les médecins ne voient aucun remède, m'oblige de me démettre sans délai de mon titre de l'évêché de Québec entre les mains du digne coadjuteur que Sa très gracieuse Majesté a bien voulu me donner et que j'ai consacré moi-même, il y a douze ans, avec la permission de M. Cramahé, lorslieutenant-gouverneur. J'ai conservé depuis vingt-cinq ans les peuples de mon diocèse dans la fidélité au roi, en des temps bien critiques ; et de ce côté-là, j’ose ne rien craindre des jugements de mon Dieu, entre les mains duquel je sais qu'il est terrible de tomber. J'ai insinué partout, et

maladie que les médecins nomment spasmes. Les accès, qui sont fréquents et douloureux, donnent de grandes inquiétudes. » (Histoire des Ursulines de Québec.) Le 2 janvier 1875, Mor d'Esglis écrit au nonce du pape à Paris que « le prélat souffre depuis deux ans de violentes douleurs spasmodiques. Il a de plus un catharre opiniâtre avec tous les symptômes de la tympanite ».

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par écrit et de parole, qu'on ne peut être chrétien et, : plus forte raison, vrai catholique, sans être fidèle à ses serments et sans être soumis aux Puissances que la Providence de Dieu détermine par ses décrets. Mais il est un autre compte que je dois rendre à Dieu : ce sont les fonctions épiscopales que je n’exerce pas depuis deux ans; c’est le torrent du vice dans mes diocésains auquel je ne m'oppose pas; c’est, en un mot, le bien que je ne fais pas. Jusqu'ici je me suis rassuré sur l'espérance de ma guérison, mais enfin je sens que je n'ai plus droit de m'appuyer de ce prétexte. Il ne me reste donc plus qu'à me décharger de mon fardeau sur mon coadjuteur. Autre motif non moins urgent qui doit intéresser la bonté attentive du gouvernement: c'est de tranquilliser l'esprit de cent mille catholiques de cette province. Car ils voient d'un côté leur évêque, dont ils savent qu'ils sont tendrement aimés, réduit à sa dernière maladie; et de l’autre un coadjuteur qui doit lui succéder et qu'ils estiment, parvenu à sa soixante-quinzième année. Ce double péril de la perte simultanée de l’un et de l’autre les effraie. Le seul moyen d'apaiser leur crainte, c’est de me démettre entre les mains de mon coadjuteur, qui aura le droit que je n'ai pas de se pourvoir lui-même promptement d’un successeur. J'ose vous recommander cette affaire comme la dernière et la plus importante dont le succès puisse m'intéresser. » (24 nov. 1784.)

Lord Hamilton répondit à l'évêque qu'il transmettrait au plus tôt sa lettre au ministre d'État et qu'il l'appuierait de toute son influence. Il termine ainsi : « Souhaitant que vous puissiez jouir dans la retraite de cette tranquillité à laquelle vous avez tant contribué, j'ai l'honneur d’être, Monseigneur, avec la vénération la plus sincère et le plus profond respect, etc. »

Msr Briand signa son acte de démission le 29 novembre suivant, et son successeur, Mer d'Esglis, choisit, le lendemain, pour son coadjuteur, M. Jean-François

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Hubert, qui ne fut sacré que deux ans après, le 19 novembre 1786, à cause des lenteurs apportées par la cour de Londres pour reconnaître sa nomination et des difficultés des communications avec le Saint-Siège. Ce fut Mer Briand qui eut le bonheur indicible de consacrer le nouvel élu. Sa joie était si grande, qu'elle lui rendit assez de forces pour lui permettre de donner la plénitude du sacerdoce au premier lévite qu'il avait élevé à la prêtrise, vingt ans auparavant, le lendemain de sa prise de possession du siège épiscopal de Québec. C'était maintenant surtout qu'il pouvait chanter son Nunc dimittis, car son œuvre était de plus en plus assurée : il avait vu et consacré celui qui devait perpétuer l'épiscopat dans l’église de Québec ; il pouvait partir sans inquiétude, car il laisserait après lui un jeune évêque de quarante-cinq ans, aimé des fidèles, respecté par le clergé et rempli de talents et de vertus. Et qui sait? En jetant ses regards paternels sur un jeune secrétaire qui agissait comme maître des cérémonies et dont il connaissait si bien les talents et la sagesse précoce, le vénérable évêque entrevit-il la gloire que le jeune Plessis devait un jour faire rejaillir sur cette église de Québec, que l’auguste vieillard aimait tant et pour laquelle il avait tant souffert. Mais son humilité l'empêcha certainement de prévoir que le nom de Briand grandirait à travers les âges en même temps que le nom de Plessis, et que l’histoire bénirait un Jour ces deux noms, en les unissant, comme ceux de deux grands évêques également chers à la patrie et à l'Église.

Mer Briand vécut encore dix ans, qu’il passa dans la retraite, dans la prière et dans la souffrance. Bien qu'il ne prit, pour l'ordinaire, aucune part à l'administration, il ne refusait jamais de donner à Msr d'Esglis et à Msr Hubert, qui lui succéda bientôt, les secours précieux de sa sagesse et de sa longue expérience. « Du moment qu'il y était provoqué par une consultation,

dit l'abbé Plessis !, dès lors il développait, il étalait, il faisait toucher du doigt ses excellents principes, avec une présence d'esprit, une netteté, une fermeté qu'on n'aurait pas dû attendre d’un homme de son âge. Combien de fois, Monseigneur (l'orateur s’adressait à Mer Hubert), dans les temps nébuleux, a-t-il essuyé vos larmes, raffermi votre cœur abattu sous le poids de la tribulation, sugréré au zèle et à la piété de Votre Grandeur les moyens de se soutenir et de se satisfaire. J'aime, disait-il, l’église du Canada. Je me suis, depuis longtemps, sacrifié pour elle. Jusqu'à ma mort, elle aura droit à mes services, autant de fois qu'elle les exigera. »

Le vénérable malade, comme on l'avait prévu, survécut à son successeur, Mer d’Esglis, qui mourut, le 4 juin 1788, à l’âge avancé de soixante-dix-huit ans. Il vit ausci mourir, le 20 mai 1794, le coadjuteur de Mer Hubert, Msr Bailly de Messein.

« Cependant le temps arrive, s’écrie l'éminent panégyriste, où Dieu avait résolu d'appeler à lui son serviteur. Le mal redouble et avec lui la patience, avec lui la ferveur, avec lui l'amour de Dieu, avec lui la piété la plus affecineuse?. Je le vois étendu sur le lit qu'il ne doit plus quitter, attendant comme Moïse sur la montagne, ou cumme Jaccs au milieu de ses enfants et petits-enfants, le coup salutaire qui doit délivrer son âme de la prison où elle était enfermée... Enfin, muni de tous les secours de la religion, comblé d’années, de travaux, de vertus et de mérites, après onze ans de maladie, vingt-huit ans d’épiscopat et cinquante-cinq ans de prêtrise, après avoir vu mourir le coadjuteur du

! Oraison funèbre de Mar Briand.

3 Mgr Briand se confessait deux fois par semaine. Il fit preuve, pendant toute sa vie, d'une patience extraordinaire, et malgré bien des petites persécutions de la part de quelquesuns de ses prêtres, il souffrit tout sans se plaindre. Il eut pendant longtemps pour confesseur M. Jacrau, prètre du séminaire, qui cncourageait les marguilliers à lutter contre lui.

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coadjuteur de son coadjuteur, ce vénérable patriarche, digne de vivre encore des siècles, rend doucement sa belle âme à Dieu, à l’âge de quatre-vingts ans, et s’en va dans l’autre monde recevoir la seule couronne qui soit réellement désirable, celle de l’immortalité. » L'orateur ajoute que l'Église a perdu un époux fidèle, l'État un citoyen zélé pour sa défense, le clergé un chef inestimable, les vierges consacrées à Dieu un père infiniment respectable, les pauvres un appui, les affligés un consolateur, l'évêque de Québec un modèle, un confrère, un ami constant, le peuple un intercesseur puissant, dont les mains souvent élevées au ciel calmaient sa colère prête à fondre sur lui et à punir ses désordres.

Mer Briand mourut le 25 juin 1794; ses funérailles se firent avec une grande pompe, dans la cathédrale, où il fut enterré en avant et à droite de M£' de Laval et de Ms de Lauberivière.

M. J.-0. Plessis, alors curé de Québec, prononça l'oraison funèbre du vénérable défunt.

Cette tâche lui appartenait à plus d'un titre. Pendant longtemps secrétaire de Mgr Briand, il était resté son confident et son meilleur ami. Il comprenait, mieux que tout autre peut-être, la grandeur de l'œuvre accomplie par le prélat qui venait de mourir, nul autre ne pouvait mieux que lui rendre justice aux travaux immenses accomplis par Mgr Briand, et faire connaître les vertus aimables qu'il avait pratiquées pendant toute sa vie. Voici le jugement qu'il porte sur ce grand évêque, jugement qu'il fait précéder d’une appréciation de chacun de ses prédécesseurs :

« Vous verrez dans M. de Pontbriand un prélat recommandable par une connaissance profonde de la théologie et des lois de l’Église, par une régularité de vie et de conduite qui le rendaient infiniment cher à ses diocésains ; dans M. de Lauberivière, une jeune et tendre fleur que le même jour vit presque naître et

s'épanouir, et dont on eut à peine le temps de respirer la bonne odeur ; dans M. Dosquet, un évêque vigilant singulièrement attaché à la conduite des monastères et à la visite du diocèse; dans M. de Saint-Vallier, un homme ami de l’ordre, exact à tenir des synodes et à faire des règlements pour la conservation de la discipline. Mais comme dans le temps critique dont nous parlons, il ne s'agissait plus seulement d'entretenir, mais de régénérer, vous ne trouverez à vous arrêter qu'au fondateur de cette église, au premier de ses pontifes. Dans M. de Laval seul, vous rencontrerez ce courage infatigable, cette étendue de desseins, cette prévoyance habile, ce génie créateur que tout le monde a admiré dans M. Briand. »

Fabriqué en France.

42 476-1930, — Tours, impr. Mame.

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