CHAPITRE Il
Joie causée par l'arrivée de l'évêque dé Québec, — Mandement d'éñitrée, — Visites de la cathédrale ét du chapitre: = Reconstruction de là cathédrale. = Difficultés et procès entre l'évêque, le chapitre et le séminaire.
Lé léndemain de son arrivée, Met de Pontbtiand prit soléennellément posséssion de sôn siègé épiscopal, et, les jours suivants, il visita les communautés religieuses dé la ville. Partout il répandit la consolation et la joie et guérit toutes les blessures. On savait qu'il apparte-
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nait à une famille de saints, et, en le voyant et en l'entendant pour la première fois, on comprit que l'église du Canada avait un homme de Dieu à sa tête, et qu'elle n'avait rien à craindre sous la houlette d'un te] pasteur,
Le 21 septembre suivant, le prélat adressa un mandement au clergé et aux fidèles du diocèse; c'est le premier mandement d'entrée d'un évêque de Québec. M£' de Pontbriand y mit pour ainsi dire toute son âme et l'écrivit avec cette onction qui distingue toutes ses lettres pastorales,
« Vous avez, dit-il, Nos Très Chers Frères, justement regretté la perte des illustres pontifes que la divine Providence, toujours attentive aux besoins des peuples, vous avait envoyés, La présence de celui que le ciel propice donna, l’année dernière, à ce vaste diocèse, arrêta vos soupirs ; les fidèles témoins de sa charité et de son zèle avaient prévenu son arrivée, déjà sa sainteté et s4 vertu avaient répandu dans vos cœurs Ja joie et la consolation, iorsqu'une mort aussi affligeante que précipitée vous replongea dans une nouvelle tristesse. Vous en donnâtes alors les preuves les plus sensibles, et vous n'avez cessé de solliciter le ciel de lui donner un successeur qui pût, s'il était possible, vous dédommager de la perte que vous fîites en sa personne.
« Revêtu ,-il est vrai, du même pouvoir, envoyé par la même autorité, nous vous portons tous écrits dans notre cœur, nous vous sommes aussi sincèrement, aussi entièrement attaché, et, nous osons le dire, aussi disposé à sacrifier notre repas, notre santé, notre vie même, pour concourir à la sanctification de vos âmes. Quelque sincères que soient ces dispositions, nous ne pouvons condamner vos larmes, nous en sentons nous-même toute l’amertume, et si elles sont inutiles
1 Il eut deux frères prêtres et deux sœurs religieuses visitandines, et on a vu que sa mère mourut en odeur de sainteté,
pour un pasteur que le ciel, qui couronne également les mérites et les désirs, aura sans doute récompensé au centuple, répandez-les pour nous, Nos Très Chers Frères, ces précieuses larmes, répandez-les devant le Dieu des miséricordes, afin d’en obtenir les grâces et les lumières nécessaires pour remplir dignement les fonctions du redoutable ministère auquel nous sommes appelé.
« La piété que nous remarquons dans le peuple, le zèle que nous avons admiré dans plusieurs missionnaires, les témoignages qui nous viennent des autres, les grandes idées que nous nous en formons, nous assurent, Nos Très Chers Frères, du succès de vos vœux et de vos prières ; cette confiance nous anime et nous fait espérer des secours puissants capables de suppléer à nos dispositions.
« Nous ne pouvons même différer plus longtemps à vous exprimer les tendres sentiments d’un cœur qui vous est et qui vous sera toujours inviolablement attaché en Notre-Seigneur. Quelle joie pour nous de trouver dans une terre étrangère et nouvellement soumise à l'empire de Jésus-Christ, des pasteurs dont les vertus retracent le zèle des ministres, que nous avons vu dans les églises les plus anciennes, et un peuple fidèle, imitateur des vertus de ceux qui sont préposés pour le conduire |
« Fasse le ciel, Nos Très Chers Frères, que les témoignages que nous nous trouvons ouugés de vous rendre, en arrivant dans ce diocèse, loin de s’affaiblir, se. confirment de plus en plus! Qui sanclus est sanctificetur adhuc, qui justus est justificetur adhuc ! »
Les protestations de dévouement que Mer de Pontbriand faisait à son peuple dans ce mandement n'étaient pas de vaines paroles : jamais évêque ne fut plus actif ni plus occupé de son auguste ministère. Il inaugura son œuvre par la visite de la cathédrale et du chapitre ; annoncée en décembre 1741, cette visite se fit l'année suivante et dans toutes les formes.
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L'église toute délabrée tombait en ruines, et l'évêque décida de suite qu'il fallait songer à la rebâtir. Les travaux commencèrent en 1744 : l'année suivante, ils furent interrompus à cause de la crainte que l'on avait de la guerre, et, dans cette prévision, tous les maçons furent employés à réparer les fortifications. En 1748, Mer de Québec écrivit un mandement pour faire appel à la charité de tous ses diocésains en faveur de sa cathédrale. « L'ouvrage est déjà avancé, leur dit-il, la dépense se monte à près de quarante mille livres. Nos fonds sont épuisés et nous ne voyons presque plus aucune ressource. » Le prélat avait contribué pour une bonne part dans les frais encourus jusque-là, et le chapitre avait donné huit cent soixante-douze livres. Quelques mois après, une circulaire demandait aux curés de travailler à la fondation de cent cinquante messes pour aider encore à la même œuvre; car les quêtes faites dans tout le diocèse n'étaient estimées qu'à dix mille livres. Le plan de cet édifice avait été confié à l'ingénieur de Léry, qui écrit, le 28 octobre 1748 : « La cathédrale qui sert de paroisse sera finie au 15 du mois prochain. Elle est deux tiers plus grande que l'ancienne; on a trouvé une inscription dans les fondements ; 1l y avait quatre-vingt-seize ans qu’elle était faite. Elle est faite comme celles de France avec nef, bas côtés et tribunes. » Cependant elle ne fut livrée au culte qu'en 1749. Pendant sept mois, les offices s'étaient faits dans l’église des Récollets.
Tout en s’occupant des affaires matérielles de la cathédrale, Me de Pontbriand compléta l’organisation de son chapitre, et pourvut MM. de Lavillangevin, Briand et Gosselin des canonicats vacants. Il eut à réformer quelques actes et à annuller quelques nominations faites par le chapitre, sede vacante, et contre toutes les règles canoniques. Quelques curés se plaignirent à la cour, et mis en demeure de se prononcer, même avant son départ pour le Canada, l'évêque écri-
vit au ministre, M. ae Maurepas, qui lui répondit par la lettre suivante :
« On ne peut que beaucoup louer votre façon de penser sur le parti que le chapitre de Québec a pris de fixer, depuis la mort de Mer de Lauberivière, quelques cures du diocèse. L'intention du roi n’est pas que cette fixation irrégulière subsiste, et j'écris par ordre de Sa Majesté à MM. de Beauharnois et Hocquart, d’engager le chapitre à retirer les lettres des curés qu'il a fixés... Si cependant il ÿ avait quelques difficultés du côté du chapitre ou de la part des curés, Sa Majesté désire que vous fassiez valoir vos droits, qu’elle est toujours disposée à soutenir, Sauf à pourvoir dans la suité à la fixation des cures qui vous paraîtront devoir être mises sur cc “ed » (20 avril 1741).
Si Mer de Pontbriand ne pouvait s'entendre sur toutes lés questions avec les prêtres de son chapitre, il ne laissait pas de rendre justice à leur régularité et à léur piété, et, dans une séance solennelle, « il les loua de leur assiduité à l'office divin, de la manière dont ils faisaient les cérémonies, et du bon exemple qu'ils donnalent tous dans la ville, »