‹ Les evêques et archevêques de Paris depuia saint Denys jusqu'à nos jours: Avec des documents inéditsChapitre 100 sur 112 · LES ÉVÊQTTES ET ARCHEVÊQUES DE PARIS · texte numérisé non relu

LES ÉVÊQTTES ET ARCHEVÊQUES DE PARIS

copal, à lapogée de sa force et de sa puissance, durant tout le moyen âge ; nous allons maintenant assister à son déclin, en cette partie de Thisloire qui s'étend depuis l'érection de 1 archevêché jusqu'à la révolution française.

L'évéque , qui a travaillé à l'élévation du roi , à l'affranchissement du peuple, sera la première victime de l'un et de l'autre. L'autorité du clergé paraîtra lourde à la nation; on secouera ce qu'on appelle le joug de la foi ; mais comme il y a toujours un maître, il y aura toujours une autorité. Ce ne sera plus celle des Pères de l'Eglise, ni des jurisconsultes, moins encore celle des Conciles, mais celle des gendarmes, qui pour la vigueur en vaut bien une autre.

Les titres d'honneurs remplaceront pour le prélat les droits réels. Il ne sera plus évêque sous la dépendance du métropolitain de Sens, mais archevêque sous celle du roi; il ne sera plus vicomte de Paris et seigneur de fiefs, mais bien duc de Saint-Cloud sans duché, et pair de France quand des courtisans heureux commencent à obtenir le titre.

Il a le sort des grands seigneurs à qui l'on prodigue les titres de ducs et de princes à mesure qu'on leur enlève les baronnies et les comtés effectifs. On démolit ses châteaux, mais on lui donne le droit d'entrer au château du Louvre avec une impériale de velours rouge sur son carrosse.

Quand l'archevêque de Harlay posait la couronne à

Reims sur la tête de Louis XIV, le temps n'était plus où la vieille féodalité avec ses grands vassaux assistait au sacre. Il n'y avait plus ni ducs d'Aquitaine, ni ducs de Normandie, ni comtes de Toulouse, tous ces tiers barons égaux de la couronne étaient représentés par des seigneurs sans provinces , dont les titres n'étaient plus qu'un symbolisme de l'organisation féodale.

L'archevêque de Paris ne fut pas épargné dans ce nivellement de tous devant Versailles. Il eut son rang et sa place dans cette domesticité brillante, également sans pouvoir sur le trône et sur le peuple. Les abbés laïcs abondèrent, ainsi que les prélats sans résidence, auxquels les seigneurs disaient plaisamment :

^ Votre diocèse peut-il être mieux que sous la conduite de la Providence, w

En ce qui concerne l'Eglise de France, cet abaissement eut des causes profondes. Nous ne parlons pas de cette loi étemelle de l'humanité, de ce flux et reflux de la puissance qui tantôt s'avance sur vous, vous couvre tout entier et vous accable en quelque sorte, tantôt se retire et vous abandonne. Mais au milieu de ce travail incessant de la société fra^çaise, du peuplé qui se forme et qui se compte pour cette grande entreprise contre Y autorité qui sera la révolution française, du trône qui parait s'affermir par l'asservissement des deux ordres du clergé et de la noblesse, tandis qu'il ne fait que détruire ses plus fermes soutiens, au milieu

de tout cela, l'Eglise de France ne pouvait rester stationnaire.

Le concordat n'était qu'un premier pas dans la voie funeste où le pouvoir absolu du roi l'avait engagé visà-vis du clergé. Maître de nommer seul les évéques, il voulut seul les dominer, et cette prétention inavouée du cabinet de Versailles engendra une sorte d'erreur qu'on appela l'Eglise Gallicane.

Ingérence du roi dans les affaires spirituelles, prétention à de certaines portions de revenus et de bénéfices, volonté de participer à la nomination des cardinaux par ^ la promotion des couronnes » assemblées des évéques présidées par l'archevêque de Paris, qui n'était trop souvent qu'un lieutenant de Sa Majesté : tels sont les faits principaux qui dominent cette histoire.

Pour l'archevêque de Paris, les motifs qui amenèrent la perte de son influence, augmentèrent les difficultés de sa situation. Ce fut à tel point que, parmi les prélats nommés à ce siège, plusieurs, dans ces deux derniers siècles, refusèrent par trois fois de l'accepter. Paris était trop grand, trop plein d'éléments divers, les ennemis y étaient trop nombreux, les amis, trop puissants, pour n'être pas difficile à gouverner. Paris était d'ailleurs trop dans Versailles, et ce n'était pas une mince carrière que celle de pasteur de la cour.

Qu'était-ce toutefois que les embarras de cette époque en face de l'anarchie de la nôtre? Combien peu de

chose nous semblent aujourd'hui les entêtements de Port-Royal, le droit de régale, la signature du formulaire, la grâce efficace par elle-même et les appelants de la bulle Unigenitits ?

En ce moment et depuis bientôt cent ans, tous les fondements de la société , toutes les croyances de l'humanité sont remises à la fournaise et la génération actuelle attend, anxieuse et haletante, pour voir ce qui en sortira.

Depuis un siècle, chacun s'est appliqué à détruire et nul ne songe à édifier.

La lutte est plus ardente que jamais entre le droit et la force, entre le devoir et l'intérêt, entre la révolution et l'autorité, entre le spiritualisme et le matérialisme, entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal. . . .

Tout se tient pourtant dans l'esprit de l'homme, et la religion est le fondement des sociétés humaines. Comme l'écrivait au commencement de ce siècle un grand patriote d'Outre-Rhin : « Pour que l'amour de la patrie se répande, il faut ranimer l'esprit religieux de la nation. Si on nourrit et stimule les principes qui ennoblissent la vie, si on cultive avec soin ces instincts trop négligés et sur lesquels se fondent la force et la dignité humaines , nous pourroiis espérer de voir grandir une génération plus forte au physique et au moral, et de voir aussi s'ouvrir devant nous un meilleur avenir, w

Puisque ce siècle est un siècle de papier, il faut que

les braves combattent avec le papier comme autrefois avec ïépée. Puisqu'on essaie de représenter Paris et Rome comme deux courants qui entraînent la civilisation, l'un vers l'avenir, l'autre vers le passé, nous avons voulu les montrer réunies et marchant ensemble sous la bannière du Christ à la conquête de la vérité.

Le clergé avait fait la monarchie contre l'anarchie, il avait fait le peuple contre la noblesse.

La monarchie, une fois constituée, se défia du clergé et s'appliqua à l'absorber, c'est-à-dire à le détruire, et

le trône, privé de l'autel, se brisa comme verre.

Le peuple, une fois libre, se retourna contre le clergé, le traita en ennemi, et la nation privée de l'Eglise, se vit exploitée tour à tour par le despotisme d'en haut, ce qui est le césarisme, par la tyrannie d'en bas, ce qui est la révolution.

Heureusement la religion est immortelle, elle continue à travers les siècles, le rôle divin qui lui est assigné, sans se soucier ni des persécutions, ni du martyre, ni des injures des hommes, ni de l'indifférence des temps

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