‹ Les evêques et archevêques de Paris depuia saint Denys jusqu'à nos jours: Avec des documents inéditsChapitre 2 sur 112 · LES ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES DE PAKIS · texte numérisé non relu

LES ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES DE PAKIS

Université de Paris, à qui Ton a tenté de faire renier sa mère.

Le peuple de Paris a toujours vénéré ses évêques, car Notre-Dame était un asile, comme la maison de l'évêque était une hôtellerie.

Il fallait que la grande ville devînt cosmopolite, pour que ses archevêques y périssent assassinés. La barbarie est à la fin comme'au commencement de l'histoire des peuples. Serait-ce pour cela que Mgr Darboy et saint Denis sont morts tous deux martyrs?...

PARIS EN i/aN de GRACE 250.

Cécrops fut le fondateur d'Athènes, Romulus fut celui de Rome ; quel fut le fondateur de Paris?

Et cependant Paris ne s'est pas fondé tout seul.

Nos pères, plus crédules et qui pensaient que l'antiquité était pour une ville un titre de noblesse, font remonter la création de Paris jusqu'à la prise de Troie par les Grecs, quelques-uns même jusqu'à un petit-fils de Noé.

Quoi qu'il en soit, en 250 après Jésus-Christ, Paris n'était guère qu'un gros bourg, sans grande importance commerciale, sans aucune importance politique.

Paris est né, comme on sait, dans cette vieille île de la Cité, qui a la forme d un berceau. Cette île, moins grande autrefois qu'aujourd'hui, parce qu'on y a ajouté à l'ouest deux petites îles, à l'est un monticule factice qui est aujourd'hui le terre-plein du Pont-Neuf, n'était pas même à cette époque entourée de murailles. La grève de son île fut la première enceinte de Paris, la Seine fut son premier fossé.

Toutefois Paris avait déjà son histoire, car Paris ne fut jamais une ville heureuse. Les villes sont comme les peuples et les hommes : elles n'achètent la gloire qu'au prix de la paix. Il y avait de cela longtemps, il n'en restait plus de témoins oculaires ; mais la tradition était encore toute vivante chez les Parisiens, et le récit s'en transmettait fidèlement de génération en génération.

Un jour Labiénus, le lieutenant de César, était venu avec une armée nombreuse et avait assiégé la ville. Les Parisiens étaient Gaulois et ils étaient braves, parce que leur nation le voulait ainsi.

Camulogène, leur chef, les assembla, et ils jurèrent de se défendre. Les ponts furent coupés, et les hommes allèrent à la rencontre des Romains. Labiénus, ne pouvant passer la Seine devant Paris, fit descendre ses troupes jusqu'à Sèvres, et la bataille s'engagea dans les plaines d'Issy. Elle dut être terrible.

Mais le soir les Gaulois étaient battus et Camulogèno était mort. Alors ceux qui restaient, rentrèrent dans leur capitale et y mirent le feu. Ce qui n empêcha pas leurs compatriotes de se soumettre. L'honneur était satisfait.

Dès lors, la cité des Parisii était devenu une petite ville; elle s'appela Lutèce, se rebâtit plus belle, et se repeupla en un clin d'œil.

Au reste, les habitants n'étaient que très-imparfaitement policés. « On n'entendait que des chansons qui paraissaient plutôt des cris de guerre que des sons mélodieux ; on voyait des tables qui annonçaient des ivrognes et non des convives. Un repas ne finissait guère sans qu'il y eût du sang répandu. La bonté n'était qu'une stupide bonhomie, et lorsqu'on l'avait en partage, on demeurait éternellement oublié, r

Les notables de Paris étaient les nautœ, ou bateliers, ou, comme on les appelait au moyen âge, les marchands de Veau. Paris devenu grand s'est souvenu de son humble origine, et a placé un vaisseau dans ses armes.

Les monuments du culte gaulois consistaient, avant la conquête, soit en pierres brutes ou obélisques gros-

siers, plantés en terres et nommées pierres fixes, soit en un groupe de pierres dont lune, plus large, était élevée sur deux autres qui lui servaient de soutiens, ce qu'on appelait pierres levées.

Les bateliers parisiens étaient avant tout attachés à leurs intérêts; à une époque où les routes de terre étaient rares et impraticables, le commerce se faisait presque exclusivement par les fleuves et les rivières ; leur position était donc des plus avantageuses, et ils songeaient à en tirer parti. Ils n'étaient que médiocrement attachés à leur dieu Tentâtes ; en se soumettant, ils bâtirent un temple à Jupiter, dont ils ne se souciaient guère, et tout fut dit.

Ce temple de Jupiter, à peu près le seul monument qui nous reste de cette époque, n'a pas longtemps survécu à ceux qui l'avaient élevé, mais en 1711, en creusant sous le chœur de Notre-Dame de Paris un caveau destiné à la sépulture des archevêques, on découvrit un certain nombre de bas-reliefs, et une pierre sur laquelle était gravée l'inscription suivante :

TIB. C-^SARE AUa. 10 VI OPTVMO

MAXVMO

NAUTAB PARISIACI

PVBLICE POSVBRVNT

^ Sous Tibère César Auguste, à Jupiter irés-bon, très-grand, les mariniers parisiens ont publiquement élevé ce monument. »

Cette inscription a fourni matière à des dissertations sans fin, comme sans intérêt; le temple des bateliers s'est écroulé et à sa place même s'est élevée Notre- Dame de Paris.

Le territoire des Parisiens était alors, dans sa plus grande dimension, d'une dizaine de lieues ; plus grand que le département actuel de la Seine, plus petit que celui de Seine-et-Oise. 11 était habité par environ quatre mille hommes. Au sud de Lutèce, ce qui est aujourd'hui le quartier latin, ce qui fut l'Université au moyen âge, était le mont de Lutèce.

C'était là que les gouverneurs, puis les empereurs romains, s'étaient fait bâtir un palais que Julien agrandira et auquel il donnera son nom. Ce palais descendait jusqu'à la Seine ; ses jardins , ses cours , ses dépendances de toute sorte s'étendaient sur un espace fort grand, depuis la rive du fleuve jusqu'à l'emplacement actuel de la Sorbonne. De l'autre côté étaient des bois, entre autres les hois des charbonniers, où s'élèvent aujourd'hui les Tuileries,

Lutèce était donc une petite île entourée de bois, de marais, de prés et de vignes ; deux ponts la réunissaient à la terre ferme.

A droite, le grand pont, aujourd'hui Pont- au - Change; à gauche, le petit pont, aujourd'hui pont Notre-Dame, Les deux ponts ne se correspondaient pas, et l'ancienne rue étroite et tortueuse de la Calande conduisait de l'un à l'autre.

A cette époque, les villes gauloises étaient, comme Lutèce, placées sur la lisière des bois ou sur le bord des fleuves. L'extrême légèreté de leurs constructions obligeait les habitants à chercher de cette manière un refuge contre l'ardeur du soleil, qu'ils redoutaient plus que la rigueur du froid.

« Les maisons, selon l'expression pittoresque d'un auteur du siècle dernier, étaient petites et rondes en forme de guérite et de moulins à vent, sans cheminées, bâties de bois et de terre, couvertes de paille et de roseaux. ?9

En effet, les habitations étaient moitié de bois, moitié de pierres brutes, jointes avec de la terre glaise et surmontées d'un toit conique. Elles n'avaient pas de fenêtres. Les maisons riches pouvaient avoir jusqu'à une quarantaine de mètres en largeur, celles du peuple ressemblaient assez aux huttes que nos charbonniers se construisent dans les bois.

Pour gagner de la hauteur, on creusait à une profondeur de plusieurs mètres en terre , de telle sorte qu'au lieu de monter, on descendait da^us les maisons.

Aussi Vitruve dit-il avec dédain des Gaulois, ^ qu'ils ne construisent d'édifices qu'avec des branches d'arbres, des roseaux et de la boue. »

Julien, qui vint, un siècle plus tard, passer les hivers dans sa chère Lutèce, en fait la description suivante : « Elle est bâtie dans une île de médiocre étendue, sur un fleuve qui fournit toujours aux habitants une eau très-agréable et qui paraît toujours pure. L'hiver y est moins rigoureux qu'ailleurs, aussi ce pays possède-t-il d'excellents vignobles. >»

Les vignobles s'en sont allés comme les bois, comme le palais des Thermes, comme Julien lui-même et sa philosophie. Toutefois, en 250, Lutèce méritait déjà le nom de cité, civitas, que lui donnaient ses habitants. Sans parler du temple de Jupiter, déjà en ruine à cette époque, ni du palais des gouverneurs, elle avait sa place destinée au commerce, sur l'emplacement actuel de la place du Palais; sa prison, connue sous le nom de prison de Glaucin et située non loin du quai aux fleurs ; ses deux ponts, et de plus, quelques maisons de notables habitants.

Ce fut à cette époque que Denis vint dans les Gaules, envoyé par le Souverain-Pontife. Ce que César avait commencé, Denis allait le consommer pour Lutèce. La foi pour Paris, c'était la vie et la civilisation. Mais l'œuvre de Denis devait être plus durable <jue celle de

César ; où le conquérant avait répandu le sang des autres, Tapôtre devait donner tout le sien.

Il arriva à pied, accompagné du prêtre Rustique et du diacre Eleuthère, deux compagnons qui secondaient son zèle et n'inspiraient pas moins de respect que leur maître, par leur air simple et majestueux.

L'arrivé de saint Denis à Paris, cette arrivée simple, inaperçue du vulgaire, n'est-ce pas la vraie fondation de Paris ?

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