LES ÉVKQUES ET ARCHEVÊQUES DE PARIS
n'était pas la lumière, mais il était celui qui suit la lumière ; c'est pourquoi il était placé au concile de Paris à la gauche du roi Chilpéric, et de toutes parts lui arrivaient des marques de déférence.
Mérovée, fils de Chilpéric, révolté contre son père, était allé chercher un refuge au tombeau de saint Martin de Tours. Le roi prétendit que Prétextât, évéque de Rouen, était l'instigateur de cette rébellion, et, après avoir rassemblé à Paris quarante-cinq évéques, il se porta son accusateur. Comment l'évêque de Rouen pouvait-il être compromis dans. cette affaire de famille? on n'a jamais su le motif de cette haine royale qui poursuivit ainsi le prélat jusqu'à sa mort.
Le prince demandait une déposition ignominieuse, il voulait que la robe du prélat fût déchirée, et qu'on récitât sur sa tête le psaume qui contient les malédictions lancées contre Judas. Les évéques refusèrent, et le malheureux Prétextât, traîné en prison, fut envoyé en exil à Jersey. En même temps, Frédégonde faisait procéder à l'élection de son successeur ; eUe devait plus tard le faire assassiner au pied des autels, victime mystérieuse d'une affaire plus mystérieuse encore.
Par une sorte de coïncidence que l'on peut observer maintes fois dans l'histoire, Ragnemode, ce prélat doux et tranquille qui ne quittait son diocèse que pour aller, durant quelques mois, à Braisne près de Soissons à la maison de campagne du roi, ou pour accomplir au
tombeau de saint Martin de Tours un de ses chers pèlerinages, n'eut pas un moment de paix et de repos.
Le 2 avril 584, Ragnemode était parrain d'un fils de Chilpéric et de Frédégonde, et quelques mois plus tard, Frédégonde, qui venait d'assassiner son mari dans la métairie royale do CheUes parce qu'il était informé de son adultère, venait demander asile à l'évêque.
Le droit d'asile était sacré, et ce n'est pas un des faits les moins caractéristiques de l'époque, que de voir la femme la plus criminelle des premiers siècles, trouver un asile inviolable dans la cathédrale de Paris, où elle se réfugie avec son fils et ses trésors, en même temps que ses sicaires poursuivent Prétextât et ses défenseurs.
Ragnemode assistait à tout cela en spectateur attristé et même un peu ahuri, priant pour sa terrible hôtesse qu'il ne voulait pas maudire , et en ne comprenant guère toutes ces intrigues qui se dénouaient infailliblement par le sang.
Tous les malheurs étaient réservés à Ragnemode : tandis qu'il revenait du concile de Mâcon, en 585, il trouve sa capitale brûlée entièrement, à l'exception des églises. On s'explique l'intensité d'un pareil incendie en songeant que les maisons étaient alors bâties en bois pour la plupart, et que la pierre était employée seulement pour les églises.
Un diacre de son diocèse chercha à répandre à Paris l'hérésie des sadducéens ; il se vit obligé de l'excommunier, et pendant que ce malheureux s'en fut mourir
à Angers en tombant du haut des murailles, un peu par imprudence et beaucoup par ivresse, un aventurier
— nommé Didier prétendit avoir le don des miracles et recevoir des correspondances de saint Pierre et de saint Paul.
Cette histoire est un véritable roman. Didier, que Ragnemode fait emprisonner, se sauve à Saint-Julienle- Vieux. Une nuit, Grégoire de Tours, de passage à Paris, vint à minuit chanter Toffice dans le chœur, selon son usage ; il aperçoit Didier, qui le reconnaît et le supplie d'obtenir sa liberté. Le lendemain Ragnemode fait venir l'imposteur et lui annonce qu'à la prière de Grégoire il lui accorde sa grâce ; en même temps l'évêque de Tarbes, Aurélius, qui se trouvait là, reconnaît en lui un de ses valets fugitifs.
Après quinze années d'épiscopat, Ragnemode mourut doucement, sans secousse, comme il avait vécu ; ce fut un bon prélat, de ceux dont on parle peu, parce qu'ils ont fait peu de bruit et tenu peu de place, mais dont la physionomie est sympathique et touchante.
Il était fait pour le demi-jour; il eût brillé dans le crépuscule ; un illustre voisinage et un jour trop ardent l'ont condamné à une obscurité relative.
De Ragnemode à saint Céraune, en passant par EusEBE II, marchand syrien qui acheta l'épiscopat mis à l'encan par la reine Frédégonde — triste récompense pour les successeurs de celui qui l'avait sauvée,
— par Faramonde, dont le plus grand titre est d'avoir