PREMIÈRE PARTIE
talent le rochet des chanoines, le peuple envahissait le matin Notre-Dame de Paris, les plus remuants montaient sur l'autel, et proclamaient le nom d'un étudiant connu pour ses bonnes farces à la prévôté, ou d'un archer célèbre par galantes prouesses, ou d'un marinier qui ne naviguait le plus souvent qu'entre deux vins, voire même d'un clerc renommé pour son indiscipline envers nosseigneurs les chanoines.
« Noël, Noël, criait le peuple, massé sur le parvis, hissé sur les colonnes, sur les degrés de la chaire ou sur le haut des pénitenciaux. Et les lazzis de courir, les chansons de s'échapper en cascades discordantes, et les huées, les injures, les jurements de s'entremêler.... 7»
Mais silence...
L'évéque des Fous va officier. Il est entouré d'un clergé de fantaisie, le plus grotesque qui se puisse imaginer. Tous sont] revêtus d'ornements sacerdotaux mais tournés à l'envers, et souvent déchirés, l'un tient une mitre, l'autre une crosse en bois doré, ornée d'arabesques folles ; l'évéque des Fous porte à la main un livre renversé et à rebours, où il fait semblant de lire avec des lunettes dont il a ôté le verre, et où il a agencé des écorces d'orange.
Les diacres et sous-diacres qui l'entourent portent des masques difformes, se font voler de la cendre au visage en soufflant dans les encensoirs qu'ils tiennent en mains et s'en couvrent la tête les uns des autres.
ce qui, dit un chroniqueur, les rend si épouvantables, qu'il faut l'avoir vu pour le croire.
Pendant ce temps les enfants de chœur, les minorés de l'évéché, se carrent dans les sièges en bois sculpté des chanoines, et chantent à tue-tête, quinze fois de suite, le verset du Magnificat :
Deposuit patentes de sede.
D'autres leur répondent par le refrain de la chanson de VAne :
Orientis Partibus AJventabit Asinus Pulcher et fortissimus, Sarcinis aptissimus.
Hè I sire Ane! hèl
« De l'Orient viendra un âne, beau et vaillant, merveilleux porteur de fardeau, hè, sire Ane, hè. ! »
Enfin, peuple et clergé jouent aux dès et aux cartes sur les dalles de la nef, mangent saucisses et boudins, brûlent dans des encensoirs des morceaux de vieilles savates, et attendent que l'évêque monte dans le tombereau d'ordures qui l'attend sur le parvis ; ordures qu'il devra libéralement distribuer à la populace , laquelle, à son tour, jette du son aux yeux des passants en les forçant de danser autour de la charrette.
Les choses allaient si loin, qu'un historien contemporain s'écrie tristement que si « tous les diables de l'enfer avaient à fonder une fête dans nos églises, ils