CHAPITRE X
Le totnheau de Pierre de Nemours. — Le génie de la discussion au moyen âge. — Cy dit l'euirée solennelle du seigneur évoque de Paris. — Cy dit l'hommage prêté par ses vassaux, et comment il les reçoit. — L'évoque interdit à l'Université le droit d'avoir un sceau, et des troubles qui en ailviennent. — Comment force resta à l'évoque. — Des jugements de Dieu. — L'Epée, l'eau froide.
En 1219, on scelle dans le chœur de Notre-Dame une grande plaque oblongue de cuivre jaune ; les ciseleurs et graveurs mettent la dernière main à leur ouvrage; c'est l'image de Pierre de Nemours, évêque de Paris; le prélat est représenté couché; sa tête puissante, recouverte de la mitre de lin, repose sur un coussin de drap d'or ; à ses pieds sont des souliers de soie, à ses mains les gantelets, ornés sur le revers de cinq pierres précieuses; il porte la chasuble aux plis abondants, et sur la dentelle de son aube sont brodées, en fil d'argent, les armes de la maison de Nemours.
Le corps de Tévêque revenait de loin. Parti eu croisade à la délivrance des lieux saints, Pierre de Nemours était mort sur le sable de Damiette, frappé par la peste, ce lâche ennemi plus terrible que les Sarrasins, et il avait voulu reposer parmi ses ouailles, in patria sœpe servata.
C'était un tempérament guerrier ; il était fait pour la vie féodale, pour ces passions, ce point d'honneur, cet enthousiasme qui l'animent et l'embellissent.
Le moyen âge comportait une fixité extrême, ou un grand esprit d'aventures. Le voyage était inconnu. Le serf était attaché à sa seigneurie, le bourgeois, enfermé dans sa ville, croyait que le monde se terminait au bout de ses remparts, et l'habitant de Paris faisait son testament avant de partir pour Amiens.
Mais pour ceux qui n'avaient pas besoin des douceurs de la vie, il n'y avait pas de limites à l'audace. On partait alors pour Babylone, on allait oflfrir son épée à un roi de Thessalonique ; on ne savait pas où était Thessalonique, mais on rassemblait vingt, trente gentilshommes, et on se mettait en route.
Pierre partit ainsi pour cette guerre éternelle que le christianisme doit toujours livrer aux peuples barbares.
Aussi bien, avec son caractère, se trouvait-il mal à l'aise de lutter avec les arguties des théologiens, les rêves creux des philosophes et les propositions des hérésiarques, lesquels ne se donnaient pas un instant de repos.