PREMIÈRE PARTIE
fut la véritable et dernière victime des combattants, qui échangèrent leurs coups sur son dos. Ces remparts, élevés par le dernier évéque de Paris, de la porte Saint-Antoine à la porte Saint-Honoré, — devenus aujourd'hui les boulevards, — se virent sans cesse battus en.brèche. Celui-ci, assiégeant hier, sera assiégé le lendemain, et son vainqueur sera à son tour débouté, par un troisième, de la cité conquise la veille.
Jamais Thistoire de Paris ne fut telle, en aucun autre moment; jamais l'avenir n'apparut sous des couleurs plus sombres, et les évêques de Paris n'eurent une tâche plus rude à remplir.
Le 7 octobre 1409 avait été jour de grande liesse dans la -capitale. Messire Gérard de Montagu avait fait son entrée, selon toutes règles et coutumes; on avait en cet honneur représenté des spectacles d'animaux, comme la procession du Renard; dans plusieurs carrefours, on avait joué les mystères des confrères de la Passion. Ici les peines des damnés dans l'enfer, là les récompenses des élus dans le ciel.
Le soir venu, un silence profond régnait dans la ville. Le nouvel évéque, précédé de ses pages portant des torches, suivi d'une escouade d'hommes d'armes, avait quitté l'évêphé vers sept heures, passé le Grand- Pont, et s'était dirigé du côté de la rue des Prouvaires.
Dans la cour, peuplée d'oiseaux rares, d'un vaste hôtel récemment construit, se pressaient les chevaux harnachés en cérémonie, les litières et les chars. C'est là que demeure monseigneur messire Jean de Montagu, vidasme de Laon, grand maistre d'hostel du roi, surintendant des finances, lequel, pendant seize à: dix-sept ans , a presque gouverné le royaume de France. Jean de Montagu est le frère de Gérard , l'évêque de Paris.
Brillante et nombreuse compagnie était réunie ce soir4à, dans les salons du premier ministre de Charles VI. Il y avait Pierre de Lesclat, maître Gonge, l'évêque de Chartres, l'archevêque de Sens et toute la cour.
Depuis quelque temps, la ville était aux mains de Jean-sans-Peur, l'ennemi juré du surintendant; de sombres menaces bourdonnaient à ses oreilles:
Pour montrer qu'il n'en prenait nul souci, autant que pour célébrer l'avènement de son frère, Jean de Montagu donnait un superbe banquet. Cette fête surpassait en éclat, en opulence, tout ce qu'on avait vu jusqu'alors, même au palais du roi de France.
Ces magnificences amenèrent la conversation sur les lois somptuaires, édictées par Philippe le Bel, et déjà tombées en désuétude.
Un gentilhomme, vêtu à la dernière mode d'un pourpoint de cendal écarlate, dit qu'il était ridicule de fixer la longueur des souliers poulains, ainsi qu'on