PREMIÈRE PARTIE
sons entre les peuples qui se font de longues guerres. La guerre est une espèce de commerce qui lie ceux même quelle désunit. Le fait fut remarquable au XV* siècle, et produisit cette variété que la chronique désigne négligemment sous le nom de Français- Anglais. On s'explique ainsi que le roi d'Angleterre n'ait pas eu de peine à remplir de ses affidés tous les postes, même les postes ecclésiastiques, et en particulier l'évôché de Paris.
La cérémonie de Saint-Denis eut pour corollaire le couronnement du roi d'Angleterre.
L'évéque était ce Du ChateUier que le duc de Bedfort avait proposé, soutenu et nommé, malgré le clergé diocésain ; c'était l'ami de Pierre Cauchon, l'évéque de Beauvais, un des bourreaux de Jeanne d'Arc.
Or, tandis que la Pucelle d'Orléans avait fait sacrer Charles VII à Reims, selon le magnifique cérémonial de France, le roi Henri VI fut sacré à Notre-Dame par le cardinal-anglais de Beaufort-Lancastre, et trèspiteusement. Dans le festin royal, qui devait être célébré au palais, la populace de Paris, entrée dès le matin, occupait les meilleures places et les grands seigneurs, les gens de l'Université, du Parlement et de l'hôtel de ville, se placèrent comme ils purent , et se retirèrent fort mécontents. Le peuple ne le fut pas moins malgré la liberté qu'on lui avait laissée, parce que le nouveau roi quitta Paris sans avoir diminué les impôts, distribué des aumônes et toutes autres faveurs
qui suivaient d'ordinaire les grands couronnements.
Le même évêque, qui avait vu à son apogée la puissance anglaise, eut à chanter le Te Deum d'actions de grâces, quand Charles VIT rentra dans sa capitale.
A partir de cette époque, les évoques de Paris ne cessèrent d'avoir leur place au conseil royal, quoique parfois ils payèrent chèrement cet honneur.
L'un deux , Guillaume Chartier , « le premier escholier « dont le roi Charles VII avait protégé l'éducation, —
Le bon feu roi, esmeu de bonne cole Tenait des clercs et boursiers à l'école, Et fut jadis son escholier premier Le bon évoque de Paris Chartier.
Guillaume Chartier, d'abord conseiller de Louis XI, fut, dit-on, empoisonné par ce prince pour avoir trempé dans la ligue du Bien Public,
Un de ses successeurs, François de Poncher, pendant la captivité du roi François V à Madrid, entra dans un complot destiné à déposséder de la régence la mère de ce prince, et lorsque François P% revenu en France, fit commencer une instruction contre lui, il n'échappa à la prison perpétuelle, que par la mort qui le surprit sur ces entrefaites dans le donjon de Vincennes.
Conseillant les princes comme Etienne de Poncher, protégeant les lettres comme Louis de Beaumont, se défendant comme Guillaume Chartier des entreprises