‹ Les evêques et archevêques de Paris depuia saint Denys jusqu'à nos jours: Avec des documents inéditsChapitre 89 sur 112 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

le suivit qui affirma qu'entre le ix® et le xvi® siècle, il s'était trouvé des hommes bien vêtus et point dénués de génie. L'élan était donné et l'on convint que les architectes de l'époque eurent assez honnêtement de savoir, que les belles étoffes étaient plus belles qu'aujourd'hui et qu'il y avait eu des politiques avant Richelieu.

Mais de civilisation, point. Tous ceux qui ont approfondi l'histoire ont reconnu la fausseté des jugements portés sur ces temps ; pour les juger, il les faut comprendre, pour les comprendre, il faut vivre de leur vie, entrer dans leur peau, s'identifier avec eux, partager leurs passions, avec eux, haïr les juifs, s'exalter à la parole de Pierre l'Ermite, craindre les sortilèges du démon, se faire sacrer chevalier, être nommé député aux Etats-Généraux, suivre le cours d'Albert le Grand, et rendre la justice entre ses vassaux.

Une certaine littérature affirme par la presse, le roman , le théâtre, que notre vieille France ne se composait que d'opprimés et d'oppresseurs, nous en venons à mépriser nos traditions et à renier nos origines nationales. A en croire certains, les seigneurs auraient abusé de leur pouvoir pour s'attribuer le fruit de l'intelligence de leurs vassaux ; ils auraient eu soin, pour faire mesure exacte, de se partager le corps même de leurs paysans, dans la division des domaines. « Sous ces influences, dit M. le Play, le public se persuade de plus en plus qu'avant la révolution de

1789, la nation ne se composait guère que de victimes ou de bourreaux, v

Or, dès le onzième siècle, le servage a disparu des campagnes, les redevances et services personnels sont attachés à la jouissance de la terre, et acquittés sans répugnance. Le paysan sait qu'ils sont le prix de la terre qui nourrit sa famille, il sait aussi qu'il peut compter sur l'aide et la protection de son seigneur. Souvent les paysans établissent sans contrôle les taxes relatives aux dépenses locales, ils élisent leurs magistrats municipaux, qui parfois rendent eux-mêmes la justice.

Le service militaire, si dur aux habitants des campagnes, était à peu près nul ; il n'était pas rare de voir dans les guerres générales ou particulières, des milices bourgeoises ou rurales quitter le seigneur parce que le temps de service qu'ils lui devaient et qui ne s'élevait en moyenne qu'à une huitaine de jours, était expiré. Dans les contrats, on voit que les tenanciers du moyen âge donnaient au seigneur une redevance bien moindre pour leurs terres, que ne donnent aujourd'hui les fermiers aux propriétaires.

Dans les pays où existe encore l'ancien état féodal, en Russie, en Hongrie, en Pologne, on peut constater la solidarité des classes extrêmes, et l'attachement du faible au fort. On s'aperçoit enfin en l'étudiant, que le moyen âge a été une époque d'organisation sociale.

L origine de ces biens était rapportée avec raison à

l'Eglise, incarnation vivante de ce principe, par moments méconnu, mais éternel, que le droit prime la force.

En l'Eglise, on trouvait le frein, le régulateur des choses humaines, la garantie du pouvoir royal dit de droit divin : le principe d'autorité fondé sur le respect.

Depuis qu'on a proclamé cette suprême injustice : l'égalité, la France a perdu le respect et l'Eglise, son rempart, est en butte aux attaques universelles.

On ne gouverne une chose qu'avec des moyens qui lui sont extérieurs. C'est toujours le mot d'Archimède :

— Donnez-moi un point d'appui, et je soulèverai le monde.

A plus forte raison pour un homme et pour un peuple, faut-il un point d'appui hors d'atteinte. Une monarchie, depuis Sésostris, n'a jamais subsisté sans droit divin, ni une république sans religion.

Depuis un siècle, nous voyons que le lien politique se relâche et que le lien moral ne se resserre pas, et les plus éternelles vérités ont besoin d'être prouvées et les plus grands principes soutenus, si bien que rien ne subsiste plus dans la patrie, car, une chose qu'on soutient est une chose qui tombe.

Il a suffi d'un siècle, pour détruire ce que quinze siècles avaient fait ; selon le mot de Louis XVIII : le mal a des ailes, le bien a la goutte.

On se demande alors, si ce n'était pas une belle époque, celle où le clergé ramenait par la trêve de

Dieu une paix relative dans cette société militaire, par la seule force de la religion, où les seigneurs français disaient à l'empereur d'Allemagne, répondant à l'offre qu'on avait faite de l'empire à Robert, frère de saint Louis : « Nous croyons que notre seigneur le roi de France porté sur le trône par la noblesse héréditaire de son sang, est bien au-dessus d'un empereur, qui ne doit son élévation qu'à une élection qu'on lui pouvait refuser. Il suffit au comte Robert d'être le frère d'un tel roi. »

Combien paraissent petites ces disputes théologiques du moyen âge auprès des questions sociales d'aujourd'hui. « Il y a dans le naturel des hommes et des peuples, quelque chose de querelleur. Quand cet esprit de justice et de contestation s'exerce sur des minuties, pourquoi gémir? Ce sont là les siècles heureux, y*

Le mal à craindre est celui qui attaque et qui dérange ce qu'il y a de fondamental dans l'ordre de la société.

On parle de la barbarie du moyen âge ; il est bon de dire que nous jugeons barbares les moeurs des temps et des pays qui ne sont pas conformes à notre coutume actuelle, et c'est^« une violente et traîtresse maîtresse d'école que la coutume, » qui établit en nous insensiblement le pied de son autorité.

Il est aujourd'hui connu, que les oubliettes servaient généralement de prison et que le pilori servait à faire amende honorable. La justice était cruelle, c'a été le cas de tous les pays nouveaux, celui de l'Amérique,

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