Les évêques et archeveques de Paris
Quand, le soir, à la tombée de la nuit, vous entrez dans une grande salle, vénérable débris d'un vieux manoir du moyen âge, toute garnie des portraits des aïeux, ne vous semble-t-il pas que ces héros d'un temps qui n'est plus, que ces nobles dames et ces gentilshommes à la mine hautaine, vont descendre de leur cadre et venir converser ensemble , à mi-voix et le sourire aux lèvres, sur les raoult belles prouesses du passé?
Ainsi à Notre-Dame de Paris , quand un silence profond règne dans la vaste nef, quand les lourds piliers sont enveloppés de ténèbres, il semble que les illustres prélats qui se sont succédé dans la vieille basilique, vont soulever la dalle de leur tombeau et se
ranger , muets et graves , devant le large autel de granit.
Ils sont là tous, la mitre en tête et la crosse à la main. Saint Denis est à leur tête ; et ils portent empreinte sur le visage cette immuable sagesse que l'on doit avoir de l'autre côté du tombeau.
Ici est Saint Marcel, là Saint Germain, puis Saint Landri ; plus loin est Gozlin, le saint prélat, l'évêque patriote, le défenseur de Paris. On distingue Maurice de Sully, qui posa la première pierre de Notre-Dame, et Guillaume Chartier, qui en posa la dernière ; Jean de Courtecuisse , l'ennemi des Anglais , et le bouillant cardinal de Retz, et Mgr de Harlay, et de Noailles, et Christophe de Beaumont, et la grande et fine figure du cardinal de Talleyrand, et Mgr Sibour, le pardon aux lèvres , et Mgr Darboy , héritier du courage de ses prédécesseurs, héritier aussi de leur martyre. ■
Illustre et mémorable galerie que celle de ces évêques et archevêques de Paris ; bienfaiteurs et pères de la capitale dont ils ont été si longtemps les rois, ils nous apparaissent avec une auréole de gloire, grandioses, hardis et transfigurés. Quelle noblesse ! Quelle grandeur! Il y en a d'humbles et de grands, d'obscurs et d'illustres, de doctes et de simples; mais il y en a peu qui n'aient été à la hauteur du poste éminent auquel ils étaient élevés.
L'histoire des archevêques de Paris, c'est à la fois l'histoire de Paris et l'histoire de l'Église, c'est presque l'histoire de la France. Paris a eu ses rois, ses prévôts, ses lieutenants, ses préfets et ses maires : mais il a toujours eu des évêques. Les rois ont parfois déserté leur ville, les prévôts maltraitaient souvent le bon peuple, et les préfets ne s'en souciaient guère. Heureusement, les évêques étaient là, consolant et combattant, plaidant les intérêts de la capitale et la défendant contre les Normands, contre les Anglais, contre le roi de France lui-même.
Eux seuls étaient vraiment les « pères du peuple. r> Le premier évêque de Paris fut son véritable fondateur ; c'est par ses évêques que Paris était gouverné, domination douce et patiente entre toutes.
Durant toute cette période barbare du moyen âge, à côté du jjalais des comtes, en face de la Grève et de ses pendaisons, s'élevait la maison de l'évêque, adossée à la maison de Dieu.
C'était la douceur religieuse opposée à la force brutale. Quand les rois, après Charlemagne, fixèrent leur résidence à Aix-la-Chapelle, les évêques remplacèrent les rois, comme ils avaient remplacé les gouverneurs romains, comme ils avaient remplacé les généraux.
C'est dans le sein de l'évéché qu'est née cette fameuse
.s I.KS KVÉQUES ET ARCHEVEQUES DE PARIS.
Université do Paris, a qui ion a tenté de l'aire renier sa mère.
Le peuple de Paris a toiijottrs vénéré ses évéques, car Notre-Dame était tm asile, comme la maison de l'évoque était une hôtellerie.
Il fallait que la grande ville devint cosmopolite, pour que ses archevêques v périssent assassinés. La barbarie est cà la fin comme au commencement de l'histoire des peuples. Serait-ce pour cela que Mgr Darbov et saint Denis sont morts tous detix martvrs l...