‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 3 sur 100 · NOTRE-DAME DE PARIS · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE PARIS

Il est environ huit heures du soir; le soleil vient de se coucher derrière le mont de Lutèce ; quelques lumières brillent encore dans les cours et aux abords du palais des gouverneurs ; le reste de la cité est enveloppé de ténèbres. La lune ne s'est pas encore levée, le silence et l'obscurité régnent dans la petite ville des Parisii, dans les champs, sur le Heuve, dans les bois qui l'environnent.

Cependant, non loin des ruines du temple de Jupiter, dont les voûtes et les cintres suivent parallèlement les arcs du ciel, et qui se fondent dans la teinte grise des nuages, quelques ombres discrètes apparaissent tour à tour, arrivant on ne sait d'où, pour disparaître un

iiioiiieiit après dans les entrailles de la terre. Peu à peu, à mesure que les ténèbres se font plus intenses et plus opaques, les ombres augmentent. De tous côtés on les voit surgir et se diriger silencieusement vers le même point , quelques barques arrivent d'amont et d'aval de la Seine ; elles abordent à la même place ; quelques hommes en descendent, puis elles reprennent leur course sans bruit, sans que les rameurs aient échangé un mot ou même un signe.

Parmi ces ombres, quelques-unes marchent lentement, d'autres précipitent leurs pas ; un grand nombre se retournent avant de s'engouffrer dans le souterrain, pour s'assurer qu'elles ne sont pas suivies.

Pénétrons à la suite de l'une d'elles dans cette crypte mystérieuse. L'entrée en était soigneusement dissimulée dans une carrière abandonnée ; après bien des tours et des détours, on poussait une porte et l'on s'engageait dans une sombre galerie , éclairée par quelques torches de résine fixées aux parois par des crampons de fer. Puis on pénétrait dans une large pièce de forme circulaire, assez pauvrement éclairée, et remplie d'hommes et de femmes chantant à mi-voix des cantiques.

Dans le fond était un autel, sur l'autel une croix et quelques vases d'or ou d'argent apportés exprès pour ]r cérémonie. Devant l'autel est un honane revêtu des

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ornements pontiticaux (](>s premiers siéeles; cet homme est l'évoque Denis.

Cette crypte souterraine, c'est la basilique de Notre- Dame de Paris.

Semez et vous récolterez : cette sainte cave était la graine, Denis semait; il semait pour ses successeurs, il semait pour l'Eglise, car il ne devait point récolter.

Les païens étaient les maîtres , et leurs temples avaient droit de cité au grand soleil ; mais leurs temples étaient en ruines , et ceux des chrétiens n'étaient pas encore sortis de terre : leur heure n'était pas venue....

Cette peinture de rp!]glise sous les empereurs, de la crypte qui se dissimule, des fidèles qui se cachent, des prélats qui prêchent et convertissent en cachette et ne se montrent que pour mourir, est la reproduction fidèle de ce que fut l'Eglise chrétienne jusqu'à la conversion de Constantin.

Saint Denis, traqué comme un malfaiteur, ne pouvait élever de temple ; mais la religion était puissante, et les puissants ont le temps d'attendre ; c'est pourquoi les églises descendaient sous terre et se fortifiaient en attendant.

Qui se souvient aujourd'hui, en face de Notre-Dame élevant vers le ciel ses tours hautaines et tranquilles et

sa flèche aiguë qui déchire les airs, qui se souvient de l'humble crypte de saint Denis?

Le chêne ne se presse pas de sortir de terre, aussi vit-il plus longtemps que les autres arbres.

C'était à peu près sur l'emplacement actuel du terrain, qu'était la crypte de saint Denis. Ce fut également à cette place que fut bâtie la première église parisienne.

Quoique l'ancienneté de Saint-Germain- des-Prés et celle de la petite église de Saint- Denis- du- Pas soient indiscutables , il est néanmoins certain qu'elles ne peuvent être opposées à celle de Notre-Dame de Paris.

Il y avait déjà longtemps que Cicéron avait dit que deux augures ne pouvaient plus se regarder sans rire ; Ovide avait raconté en vers légers la vie peu édifiante de Jupiter et de Junon, les jongleries de Mercure, les galanteries de Vénus, les malheurs de Vulcain : et les poëtes se jouaient ouvertement de la vieille religion païenne , et personne ne s'était montré scandalisé ; l'ancien culte des dieux de l'Olympe n'était plus , pour ainsi dire , que parce qu'il avait été ; il vivait sur le souvenir du passé, semblable à ces monuments qui résistent et se soutiennent encore par leur force d'autrefois.

Constantin, en se convertissant au christianisme, le consacra et lui donna dans tout l'empire romain ses

lettres de créance ; alors les églises s'élevèrent sans crainte de tous côtés, alors aussi fut bâtie à Paris, sur les débris de l'ancien temple païen et succédant à la crypte du premier évéque, la première cathédrale. Elle fut consacrée à saint Etienne, premier martyr.

On a fort peu de renseignements sur cette première basilique ; mais ce ne de\ait être qu'un bien modeste édifice, sans grande consistance, et sans élégance aucune.

Ce fut sous l'administration de Massus , troisième évêque de Paris.

Cette église de Paris fit peu de bruit dans l'histoire ; à peine les auteurs la mentionnent-ils. Encore n'est-ce que pour lui dénier le privilège d'église métropolitaine, où, comme on disait alors, de basilique.

A cette époque, où les cimetières étaient toujours hors des cités, il n'y avait rien d'étonnant à ce que les évêques de Paris n'aient pas été enterrés dans leur église. Les cimetières gallo-romains , où les tombes portaient cette inscription : Sta, viator, étaient généralement placés au bord des routes.

Moins de deux cent cinquante ans plus tard, sons le règne de Cliildebert , à cette basilique , devenue insuffisante, on enjoignit une seconde nommée dans le testament d'Erminetrude, basilique de dame Marie. Le roi Childebert avait fait élever, vers 555, cette seconde basilique à la sollicitation de saint Germain, évéque de Paris, qui transféra aussitôt le service divin de Saint- Etienne à Notre-Dame.

Dès lors, Paris avait véritablement une cathédrale digne de lui. Le pieux Fortunat, évéque et poëte, a célébré la munificence de Childebert et la beauté de la nouvelle église. Dans son enthousiasme, il la compare au temple de Salomon, tout en trouvant une infériorité notable à ce dernier.

« Le pieux roi Childebert a fait à son peuple ce présent qui ne périra point. Entièrement dévoué à l'honneur du culte divin, il a beaucoup augmenté les revenus de cette église. Ce Melchisédech français, prêtre et roi tout ensemble, éleva ce monument à la religion. r>

De si glorieux faits immortaliseront sa mémoire.

Non content de chanter ainsi la basilique de Notre- Dame, Fortunat en donne une description minutieuse.

Elle était soutenue, paraît-il, par trente colonnes de marbre, et ses vitres splendides étaient, au lever de l'aurore, d'un effet magnifique.

Cette basilique reçut pour legs un vase en argent en forme de conque d'une valeur de douze sols d'or, et une croix valant sept sols d'or. Elle reçut aussi un plat d'une valeur de cinquante sols.

La petite église de Saint-Etienne tombait en ruines vers l'an 700; elle fut rebâtie, et, chose curieuse, lors de l'invasion des Normands, elle fut seule épargnée par ces barbares, tandis que sa voisine Notre-Dame était presque complètement détruite.

Pendant plusieurs siècles, Paris offrit donc le spectacle étrange d'une ville ayant deux cathédrales en une seule, une grande et une petite, Notre-Dame et Saint-Etienne. Ce fut la plus petite qui résista le plus longtemps aux injures des hommes et du temps. On les appelait Saint-Etienne et Sainte-Marie, mère de Dieu.

C'était le destin de Notre-Dame de Paris d'être incessamment mêlée aux grands événements religieux ou politiques de Paris et de la France; événements plutôt tristes qu'heureux et dont elle n'eut toujours qu'à souffrir. Vingt fois Notre-Dame fut sur le point d'être ruinée ou détruite ; heureusement Notre-Dame de Paris ne peut pas périr.

Avant d'être détruite complètement, la vieille basilique de Cliildebert fut encore témoin, en 1108, d'une assemblée qui sera la gloire de celui qui l'a provoquée. Maurice de Sully et le chapitre de Paris décidèrent que le lit de l'évêque ainsi que celui des chanoines appartiendraient de droit après leur mort aux pauvres de l'Hôtel-Dieu.

Depuis le siège de Paris par les Normands, l'église de Saint-Etienne, couverte de blessures, menaçait ruine. Anschéric l'avait représenté en 908 au roi Charles le Simple, qui n'avait rien voulu entendre, et tout ce que put faire Louis le Gros, fut d'allouer une somme annuelle de dix livres pour la toiture de la cathédrale.

Les populations, persuadées que le monde finirait au bout de mille ans, ne songeaient pas à réparer les églises ; ce ne fut qu'après l'an 1000 que l'on se mit avec un véritable enthousiasme à bâtir les basiliques que nous admirons aujourd'hui, et que, selon l'expression bien connue d'un auteur du temps, ~ la France se couvrit d'un blanc manteau d'églises, r^

En 1103, vint le tour de Notre-Dame et fut commencée la merveilleuse cathédrale actuelle.

Quand la démolition de l'ancienne église fut décidée et que la nouvelle fut assez avancée, on transporta, dit la Chronique, à Notre-Dame de Paris, le trésor de la basilique de Cliildebert qui se composait de trois dents

de saint Jean, un bras de saint André, des pierres teintes du sang de saint Etienne et qui avaient servi à son martyre, enfin la tête de saint Denis. Notre-Dame était la troisième église élevée sur l'emplacement de la crypte de saint Denis, qui avait elle-même remplacé le temple de Jupiter.

En traitant de l'influence du christianisme dans les arts, dit Chateaubriand, il n'est besoin ni de subtilité ni d'éloquence ; les monuments sont là pour répondre aux détracteurs du culte évangélique.

Il suffit de nommer Saint-Pierre de Rome, Saint- Paul de Londres, Sainte-Sophie de Constantinople et Notre-Dame de Paris, pour prouver qu'on est redevable à la religion des chefs-d'œuvre de l'architecture moderne. Le christianisme a rétabli, dans l'architecture comme dans les autres arts, les véritables proportions. Nos temples du moyen âge, moins petits que ceux d'Athènes et moins gigantesques que ceux de Memphis, se tiennent dans ce sage milieu où régnent le beau et le goût par excellence.

Qu'est-ce que les cintres de l'architecture romane, les voûtes sans ornement et sèches dans leur simplicité, auprès de cet abondant, de ce magnifique et généreux

style gothique, avec ses arceaux hardis et gracieux à la fois, ses ogives, ses dentelles et ses fleurs!

On aurait vainement bâti des temples grecs bien élégants, bien éclairés, pour rassembler le bon peuple de saint Louis, il aurait toujours regretté sa vieille et splendide Notre-Dame, toute moussue, toute remplie des générations des décédés et des âmes de ses pères, et la tombe d'un saint archevêque ou d'un guerrier illustre sur laquelle il soûlait se mettre à genoux durant la messe, sans' oublier les sacrées fontaines où il fut porté à sa naissance.

Les générations passent, les églises restent.

Voilà pourquoi il \\y a rien de merveilleux dans un temple qu'on a vu bâtir, et dont les échos et les dômes se sont formés sous nos veux. Dieu est la loi éternelle ; son origine et tout ce qui tient à son culte doit se perdre dans la nuit des temps ; tel est le cas de Notre- Dame.

Il y avait trois ans en 1163 que Maurice de Sully occupait le siège épiscopal de Paris.

Maurice de Sully, homme d'une naissance obscure, se montra supérieur à son siècle. On était arrivé à ce temps où la foi faisait des prodiges ; l'enthousiasme pour les monuments sacrés était porté au plus haut point ; les églises surgissaient de toutes parts sous la protection puissante des prélats.

Le momenl était in^opice.

Malheureusement l'importance même de l'œuvre en rendait l'exécution difficile : Notre-Dame de Paris ne pouvait pas être un monument vulgaire ; l'église métropole du royaume devait être édifiée sur un plan grandiose, par des architectes habiles : Maurice de Sully l'avait bien compris.

Bâtir Notre-Dame de Paris, telle fut l'unique, la constante préoccupation de l'évêque; or, Maurice était un vertueux et intelligent prélat ; c'était surtout un homme d'une indomptable énergie. Il s'était juré à lui-même de réussir : il réussit.

Quand une idée s'incarne dans un homme, elle le tue, ou il l'exécute ; ce fut ainsi que la postérité attaclia le nom de Maurice de Sully à la basilique dont il fut l'ouvrier, l'instigateur, le père.

En juillet 1163, sous le règne de Louis le Jeune, sur l'emplacement déjà consacré par la prière des siècles précédents, le pape Alexandre 111, alors réfugié en France pour fuir la persécution de l'empereur Frédéric et de l'antipape Victor, posa la première pierre de Notre-Dame.

Ce fut une rnoult belle cérémonie, et le soir, quand le pape se retira dans la maison de l'évêque, qui voyait s'accomplir son vœu le plus cher, le peuple de Paris s'en retourna joyeux dans ses demeures.

L'évëque avait à cœur d'avancer rapidement l'exécution de son hardi projet ; aussi les travaux furent-ils commencés avec une incroyable activité.

Le mercredi 10 mai 1182, le grand autel fut consacré par Henri de Cliâteau-Marcay, légat du Saint- Siège, au moment où l'on achevait le chœur et où l'on connnenrait les nefs. Trois ans après, la construction de l'église était assez avancée pour qu'il fût possible d'y célébrer l'office divin, et le 17 janvier 1185, Héraclius, patriarche de Jérusalem, venu à Paris pour prêcher la croisade, y célébra la messe en présence de Maurice de Sully et de son clergé.

- Il y a longtemps, écrivait Robert du Mont, sous le règne suivant, que Maurice, évêque de Paris, travaille à bâtir son église ; le chœur est achevé, il n'y manque que le toit; quand cet ouvrage sera terminé, il n'y aura pas d'édifice en deçà des monts qui pourra lui être comparé, r.

Malgré son ardeur et son enthousiaste entraînement, rillustre fondateur mourut le 11 septembre 1196, sans avoir la consolation de voir achever sa cathédrale. Maurice, en mourant, ne laissa d'imparfait que la partie du portail méridional et une partie de l'intérieur de l'église , entre autres , les ornements et les chapelles.

Notre-Dame était donc à peu près terminée, et

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copcndaiit jamais on n'en put iaii'c la dédicace , et au xv" siècle , le roi Charles VII allouait encore des sommes considérables pour l'achèvement de la basilique.

Autant Maurice était de pauvre et basse extraction, autant son successeur était de haute et noble race.

Odon de Sully était parent de Philippe-Auguste et du roi Henri d'Angleterre : il devait obtenir facilement les sommes qui lui étaient nécessaires ; aussi lit-il continuer activement les travaux jusqu'en 1208, époque de sa mort.

Maurice avait été inhumé dans le choeur de l'église de Saint-Victor, et son successeur eut la consolation d'être enterré dans son église sous une tombe de cuivre où l'on voyait sa ligure en relief.

Les guerres, les discordes intestines, les malheurs publics paralysèrent les etïbrts des évéques qui succédèrent à Odon de Sully, si bien que plus de deux siècles après l'ouverture des travaux, les derniers couronnements n'étaient pas encore posés à l'œuvre.

Commencée sous le règne de Louis le Jeune et l'épiscopat de Maurice de Sully, la basilique ne fut achevée que sous Charles VII et sous l'épiscopat de Guillaume Chartier.

Une fois terminée, la cathédrale parut si belle à nos pères et produisit sur eux tant d'effet, qu'ils la regar-

daient comme le plus majestueux édifice de la chrétienté. Elle territîait et pénétrait de respect , au dire des chroniqueurs ; quœ mole sua incutit spectcmtihus.

Robert Cœnalis, comparant Notre-Dame de Paris à ce fameux temple de Diane à Ephése, tant acclamé par les anciens païens, et qui a immortalisé Erostrate, trouvait la cathédrale gauloise plus excellente en longueur, largeur, hauteur et structure.

Et, chose étonnante, malgré les variations du goiit et des principes dans l'art, durant son édification, cette grandiose basilique présente aux yeux de l'observateur une surprenante unité. Toutes les parties sont dans des rapports harmonieux et otï'rent un accord frappant.

A l'intérieur, Notre-Dame a bien ce cachet indéfinissable de grandeur divine, de majesté sereine et même un peu triste, qui pénètre profondément le visiteur. On n'y peut entrer sans éprouver une sorte de frémissement et un sentiment vague de la divinité ; tout à coup reporté à ces temps, où les cénobites, après avoir médité dans les bois de leurs monastères, venaient se prosterner à l'autel et chanter les louanges du Seigneur dans le calme et le silence de la nuit. L'ancienne France semble revivre ; on croit voir ces costumes singuliers , ce peuple si difi'érent de ce qu'il est aujourd'hui.

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Devant ces mominients immenses et pour ainsi dire éternels , on est saisi de la rapidité de l'existence humaine.

« Notre-Dame de Paris, a dit Victor Hugo dans sa description de la basilique, n'est pas ce qu'on peut appeler un monument complet, défini, classé. Ce n'est plus une église romane, ce n'est pas encore une église gothique. Cet édifice n'est pas un type. Notre-Dame de Paris n'a point, comme l'abbaye de Tournus, la grave et massive carrure, la ronde et large voûte, la nudité glaciale, la majestueuse simplicité des édifices qui ont le plein cintre pour générateur. Elle n'est pas, comme la cathédrale de Bourges, le produit magnifique, léger, multiforme, touifu, hérissé, efflorescent de l'ogive, r

Et cependant Notre-Dame est restée l'église gothique par excellence; ces voûtes ciselées en feuillage, ces jambages qui appuient les murs et finissent brusquement comme des troncs, les passages secrets, les portes abaissées, tout en fait sentir la religieuse horreur, les mystères et la divinité ; tout cela était le type de Notre-Dame.

On a longtemps pensé que l'église Notre-Dame de Paris, voisine de la Seine, était bâtie sur pilotis; on racontait même à ce sujet, jusqu'au xvii*' siècle, les plus étonnantes histoires.

On allait jusqu'à décrire ces pilotis ; on prétendait qu'on allait en bateau entre les rangs de bois, que, à de certaines époques, on en faisait la visite par troupe de dix ou douze personnes ; on commentait les dangers de ces visites.

Bien plus, on voyait des gens affirmer de bonne foi qu'il se trouvait dans ces eaux vertes et croupies des monstres épouvantables, et un auteur du siècle dernier vit un ouvrier - qui lui soutenait avoir travaillé dans cette espèce de souterrain et qui, s'il l'eût laissé dire, lui aurait narré les dangers auxquels il y avait été exposé. -

Au mois de mai 1756, lorsqu'on lit la fouille pour les fondations du bâtiment du trésor, on reconnut que celles de l'église reposaient sur un gravier ferme. Elles étaient formées de quatre assises de pierres de taille excessivement dures. Dessous étaient de gros moellons posés sur un mortier de chaux et de sable formant un corps continu et sans vide, plus solide que la pierre elle-même.

L'histoire de Notre-Dame, de 1400 à 1789, est plutôt l'histoire de ses restaurations successives, restaurations qui ont plutôt beaucoup nui à la grandeur du monument, qu'elles n'ont ajouté à sa beauté. Une oeuvre comme Notre-Dame se dégrade parfois, mais jamais ne se restaure.

Victor Hugo, amoureux, ajuste titre, de la Notre-

Dame de Phili])pe-iVuguste, de Charles V et de saint Louis, déplore les changements que la Renaissance, puis le siècle 'de Louis XIV y ont successivement apportés. Et ces myriades de statues, dit-il, qui peuplaient tous les entre-colonnements de la nef et du chœur , à genoux , en pied , équestres , hommes , femmes , enfants , rois , évêques , gens d'armes , en pierre, en marbre, en or, en argent, en cuivre, en cire même, qui les a brutalement balayées?

Et qui a substitué au vieil autel gothique, splendidement encombré de châsses et de reliquaires, ce lourd sarcophage de marbre à têtes d'anges et à nuages? N'est-ce pas Louis XIV accomplissant le vœu de Louis XIII l

Le temps, les hommes et les révolutions se sont ligués contre Notre-Dame. Cet art magnifique que les Vandales avaient produit, les académies l'ont tué.

Durant la guerre de Cent ans et l'occupation étrangère, Notre-Dame fut respectée par les Anglais; les évêques ne l'abandonnèrent pas, ils veillèrent sur leur troupeau et sur leur église.

Sous la Révolution, après la promulgation de la constitution civile du clergé (I79I), un clergé constitutionnel, guidé par un évêque intrus, prit possession de Notre-Dame.

Le 10 novembre 1793, la Convention nationale

change le nom de l'église Notre-Dame de Paris en celui de temple de la Raison. Qiios vult 'perderè,^-'Deus dementat prius.

Une sorte de montagne avait été construite dans la nef, et à sa cime s'élevait un temple d'une architecture grecque. De chaque côté de ce temple étaient placés les bustes des principaux coryphées de la philosophie, et sur le fronton étaient écrits ces mots : A la Philosophie.

vSur le penchant de la montagne, un rocher servait de base à un autel circulaire garni de guirlandes de chêne. A un signal donné, une misérable fille, vêtue d'une draperie blanche et d'un manteau bleu céleste, le bonnet phrygien en tête, sortit du temple et alla s'asseoir sur un banc de gazon pour y recevoir les hommages impies de ses adorateurs, tandis que l'on chantait des hymnes en son honneur.

0 Philosophie ! que de crimes on commet en ton nom !

Durant la révolution, la Terreur du moins, l'église fut convertie en un magasin de vins. A peine y célébrat-on encore une nouvelle fête en réjouissance de l'abolition de l'esclavage des nègres.

Il en est des chefs-d'œuvre comme des romans, comme de bien des choses, comme de la vie elle-même : ils ne se recommencent pas. Ce sont de merveilleux

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bouquets auxquels il ne faut pas toucher et qu'il ne faut pas refaire, sous peine de voir les Heurs tomber une à une.

Les restaurations de Notre-Dame lui ont toujours porté malheur ; de telles œuvres naissent toutes grandes, à leur plus haut point de perfection ; changer pour elles, c'est descendre et diminuer. Le premier empire et la Restauration ne firent aucun changement dans la vieille basilique.

Napoléon lui donna la fameuse Vierge des Carmes, que l'on voit encore aujourd'hui et qui avait eu, depuis son arrivée à Paris, de bien romanesques aventures. Raggi le Lombard l'avait sculptée d'après Bernin, et le cardinal Barberin, qui l'avait payée 18,000 francs, en fit don aux Carmes de la rue de Vaugirard. A la Révolution, elle fut portée au Louvre après bien des pérégrinations, et enfin donnée à Notre-Dame. Le premier consul aussi dota la cathédrale de son magnifique lutrin en bois sculpté. Sous Louis-Philippe, les murs et les piliers furent englués de cette couleur jaune , contre laquelle s'indigne si vertement le romantisme.

Sous le second empire, on restaura Notre-Dame. MM. Lassus et Mollet-Leduc furent chargés de la direction de ces travaux, du reste sans grande importance artistique.

Lors de la Commune de Paris , comme autrefois en 93, Notre-Dame ne dut sa vie qu'à la solidité de ses constructions.

Le vendredi -saint, après l'exposition des saintes reliques, vers quatre heures de l'après-midi, un délégué de l'ex- préfecture de police se présenta à l'église Notre-Dame pour en ordonner la fermeture. Il n'éprouva aucune résistance, plusieurs ecclésiastiques étaient déjà en prison , on venait d'arrêter r Archevêque. C'était le commencement de la Terreur.

MM, Soumard, sacristain, et Durrieu, huissier du Chapitre, furent emprisonnés pendant qu'on emballait le trésor.

On en avait déjà mis une partie dans des fourgons du chemin de fer du Nord, et ce fut par suite d'un cas fortuit qu'il ne fut pas enlevé ce jour-là. Le 27 avril, Raoul Rigault et Protêt vinrent perquisitionner l'église, sous prétexte d'y chercher des armes.

Le 4 mai, le trésor fut transporté au Garde-meuble, et s'il n'a pas été vendu, cela tient uniquement à ce qu'il n'y avait personne à Paris, à ce moment-là, en état de consacrer dix ou douze millions à l'acquisition de ces richesses. Quelques pièces furent endommagées, entre autres le reliquaire donné par Napoléon P''; mais ce dégât a pu être réparé, et le trésor est aujourd'hui ce qu'il était avant le 18 mars.

Le vendredi 19 mai, il s'y tint une assemblée fort tnmultueuse, d'environ cent cinqnante personnes, qni se termina aux cris de : Mort aux Versaillais ! Quelques jours plus tard , les incendiaires essayèrent de brûler la vieille basilique. Ils entassèrent à l'entrée du chœur chaises et bancs de bois et mirent le feu à cette sorte de bûcher. On sait comment ce projet avorta.

Néanmoins, les dégâts ont été considérables. Les balustrades en bois sculpté entièrement carbonisées ; le maître-autel, don de Louis XIV, détruit, on dut en construire un autre, le troisième, dont la tablette est de marbre rose. La statue de la Vierge des Carmes, dont nous parlions, a été mutilée. Enfin une lampe en argent massif, de très-grande dimension et d'un travail exquis, fut tordue et presque coupée en deux ; elle avait été donnée à l'église par Charles X.

Mais ce qu'il est impossible de remplacer, c'est la mosaïque du sanctuaire , représentant les armes de France, et que la première révolution avait conservée. Cette mosaïque, curieux spécimen de l'art français au xyii*" siècle, a été calcinée et comme anéantie par le feu. Les dégâts subis par Notre-Dame ont été évalués à plus de 300,000 francs. Quel sera le sort de la basilique durant les révohitions futures \

Si on voulait avoir une impression profonde, une idée précise, une vision sérieuse du moyen âge et du siècle de Philippe- Auguste , il faudrait fermer tous les livres, excepté peut-être quelque recueil de noëls, et s'en aller, le matin ou le soir, à l'heure où Notre- Dame est encore déserte , errer aux alentours de la vieille cathédrale. Tout est là. Le moyen âge s'y retrouve tout entier avec sa profondeur et sa naïveté, sa simplicité, sa bizarrerie, sa grâce, sa grandeur et sa piété. Devant Notre-Dame on revoit la place du Parvis, telle qu'elle était au temps de saint Louis, avec ses cuves baptismales placées à l'entrée de l'église , ses douze marches que le temps a fait disparaître en élevant d'un progrès irrésistible et lent le niveau du sol de la Cité, ses dix-huit bornes en fonte de fer, et son échelle patibulaire, où fut lu jadis, en présence de Mgr le roi Philippe, le décret de condamnation des Templiers. On pense à ces trois églises que l'on appelait les tilles de l'évêque, qui s'étaient bâties à son ombre, dans la Cité.

Tout est légende, tout a son histoire à Notre-Dame.

Le Vent et la Discorde passaient un jour sur la place du Parvis à l'angle de Notre-Dame et de l'Hôtel-

Dieu où il fait aujourd'lmi grand vent. La Discorde demanda au Vent de l'attendre ; elle avait à entrer un moment au Chapitre ; depuis ce temps la Discorde n'est pas encore sortie du Chapitre, et le Vent se morfond à la porte et attend toujours.

Et la légende de Biscornet, qui sent son moyen âge d'une lieue. Tout le monde connaît les admirables ornements en fonte de fer qui garnissent les portes des portiques latéraux. Un garçon serrurier, qui se présentait pour obtenir maîtrise, fut chargé de ferrer les portes de Notre-Dame ; regardant ce travail comme au-dessus de ses forces, il était en proie au désespoir, quand un homme lui apparaît et promet de ferrer les portes à condition qu'il se donnera à lui corps et âme. Le pacte est signé, et dès le lendemain les deux portes latérales étaient ferrées. Satan n'osa pas ferrer celle du milieu, car c'était par là que passait le Saint-Sacrement. Le fait au reste est indiscutable, car le diable a mis son portrait sur les bandes de fer qui ornent ces portes. Aujourd'hui le diable est tout simplement le serrurier Biscornet.

Il y a cinq cents ans, l'alchimie se mêlait un peu de tout , et un gentilhomme chartrain avait trouvé au portail de Notre-Dame l'explication la plus grotesque aujourd'hui , et la plus accréditée jadis. Le Père éternel, par exemple, tenant un ange de chaque main,

c'était Dieu tirant du néant le soufre incoynbustible et le mercure de la vie.

Nous ne viendrons pas, après beaucoup d'autres, donner par le menu la description de Notre-Dame, que du reste nous avons tous été pieusement admirer. Quelle plus belle page architecturale que cette façade, où successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogives, le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l'immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales, la haute et frêle galerie d'arcades à trèfle qui porte une double plate-forme sur ses fines colonnettes, enfin les deux noires et massives tours avec leurs auvents d'ardoises, hautes de plus de soixante-dix mètres et séparées de la terre par trois cent quatre-vingts marches, attendant toujours les flèches aiguës qui devaient les couronner. Les sculptures de la porte Saint-Marcel au midi, celles de la porte rouge ou du cloître, celles du grand portail, se développent à l'œil en foule et sans trouble, ordre dans le désordre, unité dans la variété, avec leurs innombrables détails de statuaire et de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de l'ensemble.

Merveilleuse symphonie de pierre, a dit un poète. Il faudrait une vie entière pour bien connaître Notre- Dame, parce qu'il a fallu bien des vies pour la construire.

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Sur l'aile méridionale, on lit une inscription qui montre à quelle époque cette partie fut bâtie :

- L'an du Seigneur mil deux cent cinquante-sept, le second des ides de février, ce portail fut commencé en l'honneur de la sainte Mère du Christ, pendant la vie de maistre Jehan de Chelles, maçon. -

Les architectes, en ces temps de simplesse et de naïveté , s'appelaient maçons , tandis qu'aujourd'hui , les maçons

Sur la croisée de ZSotre-Dame s'élevait jadis une flèche élégante et hardie; la révolution la détruisit, pour en avoir le bronze. Dans cette flèche on trouva des reliques, usage fort répandu alors pour éloigner la foudre des lieux saints.

Notre-Dame avait autrefois deux gros bourdons, Marie et Emmanuel, dans une tour, dans l'autre huit cloches fort harmonieuses données par des particuliers. Il fallut dix -huit hommes avec une machine pour casser le bourdon Marie, le second subsiste encore. Il avait été donné par Jean de Montaigu, frère de l'évéque de Paris. Il fut refondu et augmenté en 1686 ; Louis HW et Marie- Thérèse furent ses parrains, et son poids fut porté à 18,000 kilogrammes; son ton est fa dièse, et il a ;2,50 de diamètre. Sur ses parois on lit l'inscription suivante, empreinte d'une pieuse poésie :

Je loue le vrai Dieu ; j'appelle le peuple ; je réunis les clercs ; Je pleure les morts; je fais fuir la peste; j'embellis les fêtes.

Dans la tour du cloître, les cloclies ont eu le même sort que l'un des bourdons.

Le toit de plomb de Notre-Dame est soutenu pa des poutres en châtaignier, si nombreuses qu'on les appelle la Forêt.

Si nous entrons dans l'intérieur de l'édifice, nous serons frappés des cinq nefs de la cathédrale, de la hardiesse de ses cent vingt-trois piliers, qui reproduisent les feuilles du chêne et de l'acanthe, de ses gracieuses et riches galeries où, sous les anciens rois, pendaient les étendards pris sur l'ennemi, ce qui avait fait surnommer Luxembourg , le tapissier de Notre- Dame.

Mais aussi combien nous regrettons ce « colosse de Saint-Christophe v proverbial parmi les statues, au même titre que la grand'salle du Palais parmi les salles, et ces vitraux hauts en couleur représentant nos principaux évéques , remplacés par de froides vitres blanches, et dont il reste à peine trois roses magnifiques du xiii'' siècle.

Si tu veux savoir comme est ample De Notre-Dame le grand temple,

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disait une poésie naïve de l'époque ; nous nous garderons cependant d'en donner les dimensions. Pourquoi analyser, et mesurer ce dont l'immensité nous émeut? Nous ne parlerons pas non plus dos jubés aujourd'hui détruits , et de la grille du cliœur , un chef-d'œuvre de serrurerie, du pavé de la nef, en marbre de Boulonnais, de lorgne, merveille du siècle dernier, avec ses quatre mille tuyaux de tout genre, de toutes formes, de toutes dimensions ; nous ne décrirons pas la cave, dans laquelle donnaient accès trois trappes de chêne, revêtues de plaques de cuivre, et où on enterrait les enfants de l'église , depuis les chanoines jusqu'aux chantres et aux enfants de choeur ; les caveaux où reposaient les prélats et où avaient été placées les entrailles de Louis XIII et de Louis XIV, et les nombreuses chapelles latérales, si difficilement achevées jadis et aujourd'hui en réparation ; nous ne pouvons cependant passer sous silence , le trésor de la métropole.

11 consiste en un morceau considérable du bois de la vraie croix , la sainte couronne d'épines du Sauveur, déposée à la Bibliothèque nationale pendant les troubles révolutionnaires, un des clous qui servirent à tenir le Christ attaché sur la croix, une châsse de cuivre doré contenant une relique de saint Denis , donnée par Mgr de Talleyrand, une croix ayant

appartenu à saint Vincent de Paul, une crosse d'Eudes de Sully, des ciboires et des calices du xiii" siècle, et un morceau de la colonne vertébrale de Mgr Affre, ainsi que la balle qui causa sa mort.

Nous avons dit que Notre-Dame avait été incessamment mêlée aux plus grands événements de notre histoire. En 1239, saint Louis, pieds nus et vêtu d'une simple tunique, apportait à Notre-Dame la couronne d'épines ; quelques années plus tard (1221), on y célébrait pour lui un service funèbre. Ce fut à Notre-Dame que Philippe le Bel convoqua, en 1302, les Etats généraux du royaume. Le roi Jean (1360) vint y remercier Dieu d'être délivré de sa captivité. Isabeau de Bavière, le mauvais génie de la France, la femme du roi Charles VI, y fut sacrée en 1389. Plus tard, quand Notre-Dame gémissait toujours sous la tyrannie anglaise, Henri VI, roi d'Angleterre, s'y fit sacrer roi de France. Henri IV y fat marié avec Marguerite de Navarre, et quand il entra vainqueur à Paris, il vint droit à Notre-Dame assister au Te Deum. Sa fille Henriette, dont Bossuet devait faire plus tard l'oraison funèbre, y épousa le roi d'Angleterre, Louis XIV s'y maria, Louis XV y fut baptisé ; après chaque traité de paix, un Te Deum d'actions de grâces y était chanté.

En novembre 1793, eut lieu la fête de la Raison; en 1798, un conciliabule de l'Eglise constitutiomielle

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s'ouvrit à Notre-Dame, puis un concile national, où Grégoire parla de la caducité des trônes et du courage des fondateurs de la liberté.

A l'occasion du Concordat, les trois consuls se rendirent à Notre-Dame, et une messe solemielle y fut célébrée ; après l'évangile , les archevêques et les évêques prêtèrent serment entre les mains du premier Consul, tandis que le cardinal Caprara entonnait le Te Deum de Paesiello. Le couroimement de Napoléon P'', le baptême de son fils, plus tard le mariage du duc de Berry, le baptême du duc de Bordeaux par Mgr le cardinal de Talleyrand, puis le baptême du comte de Paris, le service du duc d'Orléans, les obsèques de Mgr Affre, tels furent les événements dont la basilique fut le théâtre.

Aujourd'hui Notre-Dame, cette aïeule de nos églises, reste seule sur sa large place ; elle a vu passer bien des rois et bien des grands hommes ; elle a vu les gloires du monde venir tour à tour s'agenouiller sous ses voûtes ; elle a assisté impassible à nos révolutions, et si on l'interrogeait, elle n'exprimerait pour nous autres du xix" siècle, qu'un sentiment de pitié profonde. Les momunents , ses contemporains du moyen âge, sont tombés lentement sous les coups des révolutions et du temps; elle seule a survécu, magnifique et altière, son front s'est assombri, mais elle est tou-

jours immuable, et si elle jette sur le Paris actuel un furtif et mélancolique regard, elle doit sentir, en son cœur, une douleur amère de lui survivre et un profond regret du passé.

Depuis saint Denis jusqu'à Mgr Guibert, cent dix évêques et dix-huit archevêques ont gouverné l'Eglise de Paris. Parmi ces prélats, huit sont révérés comme Saints par l'Eglise : saint Denis, saint Marcel, saint Germain, saint Céraune, saint Agilbert, saint Théodulphe, saint Mellon, saint Landri; treize ont été faits cardinaux, quatre ont été revêtus de la charge de chancelier de France, six furent grands aumôniers.

Au moyen âge, les évêques de Paris étaient seigneurs d'un tiers de la cité; ils avaient le titre de vicomtes de Paris et siégeaient de droit au parlement. Plus tard, ils furent qualifiés par le roi de ducs de Saint-Cloud et jouirent de toutes les prérogatives et droits des ducs et pairs de naissance.

Dans l'ancienne juridiction, quand la France était divisée en huit parlements, ceux de Paris, de Toulouse, de Bordeaux, de Rennes, de Rouen, de Dijon, d'Aix et de Grenoble, le parlement de Paris comprenait six archevêques, et, naturellement, celui de Paris, qui avait huit suffragants.

Dans les premiers âges, il y avait peu d'archevêques. La dignité épiscopale , aussi ancienne que l'Eglise et

qui dérive du mot grec ïmav.o-noz , était presque seule conférée. Les évêques étaient qualitiés du titre d'coiciens, de Monseigneur, et le plus souvent de révérendissùnes Peines en Dieu ; leur élévation se faisait alors publiquement par le clergé et le peuple assemblé, et cet usage ne fut aboli en France qu'en 1516, lors du concordat de Léon X et de François P'".

Le gouvernement du diocèse appartenait à l'évéque, de concert avec tout le clergé; toutefois, il ne pouvait y avoir dans chaque ville qu'un seul évêque.

La juridiction des archevêques s'est établie par l'anciemieté sur les évêques. Chaque pays avait son premier évêque. Ainsi saint Athanase fut le premier évêque, ou l'évéque des Gaules. On donnait aussi ce titre à ceux qui avaient le pallium. C'était un manteau impérial dont les empereurs honoraient les prélats de l'Eglise durant le iv® siècle. Il était en laine, descendait jusqu'aux talons et couvrait tout le corps ; il ressemblait aux chapes actuelles, avec cette différence qu'il était fermé par devant. Aujourd'hui, le pallimn est une simple étole.

Enfin le titre devint propre au seul métropolitain, et la capitale fut ordinairement le siège de l'archevêché dans la province.

HISTOIRE

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