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P LES EXCENTRICITÉS

Grenouiller : Boire beaucoup d'eau.

Griller itne (En) : Fumer une cigarette. — « Passemoi du tabac que j'en grille une. » — Lem. de Neuville.

Grixche, cbisseur : Voleur. — « Après avoir choisi l'écrin, le grinche paie le joaillier. » — Paillet.

Grinchir : Voler (Vidocq). — V. Turbinons ni, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage ■ Vol. V. Parrain.

Grispis : Meunier. — Du vieux mot griper : prendre. — Les meuniers ont souvent passa pour des accapareurs.

Gris : Vent froid (Bailly). — Mot de langue romane. V. Roquefort. — La bise est la sœur du gris. On dit encore souvent : un froid noir.

Grises (En faire voir de) : Se jouer de quelqu'un, lui faire voir des choses qu'il ne peut démêler. — « Ma tante Au relie qui disait l'autre jour à maman qu'elle t'en ferait voir des grises... » — Gavarni.

Grive : Garde, patrouille (Bailly). — Grivier : Soldat. — Dans le vieil argot, grive signifiait armée comme on le voit ici. — « Les drilles ou les narquois, en revenant de la grive, en trimardant, quelquefois basourdissent les ornies. » — Vidocq. — Grive est donné par Roquefort comme synonyme de méchante, fâcheuse (on dit encore Griève). — Mot à mot, un grivier est donc pour les voleurs un vrai fâcheux. V. Cigogne.

Corps de grives ; Corps-de-garde. — Harnais de grives : Equipement militaire. — On sait qu'au moyen âge. harnais signifiait armure.

Grognard : Le grognard d'aujourd'hui et le vieux grognard d'autrefois, ce vieux de la vieille^ comme on dit encore en pariant des nestors de la garde impériale. » — M. Saint-Hilaire. — Allusion h l'humeur grognonne des vétérans.

Groom : Petit valet. — « Savez-vous ce que c'est qu'un petit groom? Eh bien! c'est%un petit bas des reins qu'est pas plus haut que ma botte, et qui trotte comme une ablette. » — Festeau.

Grouciiy (Petit) : « Article arrivé en retard à l'imprimerie. » — Balzac. — Allusion à la tradition populaire, mais contestable, qui impute à Grouchy le retard de sa marche sur Waterloo.

Grue : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres, aux gros yeux à fleur de tête, à l'intelligence épaisse, on dit : C'est une grue. » — Scholl. — « Mmc Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Râpatriage, parade du dix-huitième siècle.

Guêtres (Tirer ses) : Détaler. — « Cadet, tire au loin tes guêtre?, au lieu de m'approcher. » Cabassol. — « Fuyons, lirons nos guêtres. » — Le Rapatriagc.

Gueulard : Braillard. — Gueulard : Gourmand. — « La gourmandise a aussi une place d'honneur dans le cœur de l'écolier; mais comme c'est un vice réclamé par les moutards, la honte de paraître gueulard comme eux en arrête la manifestation. » — H. Rolland. — Gueulardisc : Friandise. — Gueulard : poêle (Vidocq). V. Goulu. — Gueulard : Sac (id.). — Du vieux mot guexdlc : gibecière, bourse (Roquefort). — Ce dernier sens confirme encore ce que nous avançons pour than~* ter. Y. ce mot. L'homme qui chante ouvre sa gueule.

Gueule : Bouche. — « Il faudrait avoir une gueule de fer-blanc pour prononcer ce mot. » — P. Borel, 4833. — Gueule fine : Palais délicat. — « Un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine. »

— Balzac. — Fort en gueule : Insulteur. — Sur sa gueule : Friand. — « L'on est beaucoup sur sa gueule. »

— Ricard. — Faire sa gueule : Faire le dédaigneux. — Casser, crever la gueule : Frapper à la têle. — « Tu me fais aller, je te vas crever la gueule. » — Alph. Karr. — Gueuler : Crier. « Leurs femmes laborieuses, De vieux chapeaux hères crieuses, En gueulant arpentent Paris. » — Vadé, 1788.

Gueuleton : Repas plantureux, dont on a plein la gueule. — Guculetonner : Faire un gueuleton. — « Je ne vous parle pas des bons gueuletons qu'elle se permet, car elle n'est pas grasse à lécher les murs. » — Yidal, 1833. — « Chacun d'eux suivi de sa femme, À limage de Notre-Dame, firent un ample gueuleton. »

— Vadé, 1788.

Gueusard : Petit gueux, amicalement parlant. — « Appelle-moi gueusard, scélérat, lui dis-je. » Amours de Mathieu, chanson, 1832. — « Et vous flânez souvent, gueusard! » — E. Sue. — Pris aussi en mauvaise part : « Les gueusards! ils n'ont pas seulement le courage défaire leurs mauvais coups. » — E. Sue.

Gueux : « Que j'en ai gagné de c'te gueuse d'argent! » — H. Monnier. — Pris en bonne part.

Gueux : « Les dames des halles se servent toutes de chaufferettes et de ces horribles petits pots en grès qn'on nomme des gueux. El es les posent sur leurs genoux pour se réchauffer les doigts. » — P. d'AngleinonL

Guibolle, Guibbe : « Guibolles, c'est ce que vous nommez jambelles, petites jambes. » — Mélesville. — Du vieux mot guïber : se débattre des pieds.

Guchemar : Guichetier (Vidocq;. V. Mar.

Guimbarde : Vieille voiture, grosse voiture à quatre roues. — « Monsieur, pourquoi votre guimbarde n'estelle pas prête? » — Cormon.

Gojgnolant : Malheureux. — « Ce n'est t'y pas guignolant, Rien qu'en balais Je me ruine en Trais. » — Ch. Voizo, Chanson. — Vient de Guignon.

Guinal : Juif (Vidocq). — Mot à mot : circoncis. — Guinaliser : Circoncir. — Du latin ingucn. inguinis : partie située entre les deux aines. — Allusion à l'opération de la circoncision.

Guitare : Rengaine. — Terme inventé par les romantiques qui voulurent réagir contre l'école des troubadours classiques de 1820. Chaque volume de vers était alors précédé du portrait de l'auteur drapé dans un manteau à grand collet et faisant vibrer son luth (guitare classique) au milieu de ruines éclairées par la lune. — « On désigne au théâtre sous le nom de guitare une sorte de plainte incessante, revenant comme une mélopée, le son monotone d'une guitare modulant un rhythme triste et sans fin. » — Duflot.

Gy, Girolle : Oui, bien, très-bien (Vidocq). — Il est à noter qu'autrefois giz voulait dire non. V. Roquefort.

Habit rouge : Anglais. — Allusion d'uniforme. — « Les habits rouges voulaient danser, Mais nous les

avons fait sauter. Vivent les sans-culottes ! » — Maurieault, Chanson, )793.

Habin, Happin : Chien. — De happer : saisir. — Roquefort donne happelopin : chien âpre à la curée. — Happin cngamé : Chien enragé. — Happincr : Mordre.

Halènes : Outil de voleur. — Allusion aux alênes de cordonnier? — « Crois-moi, balance tes halènes, fais-toi gouépeur. » — Yidocq.

Haria, Aria : Embarras. — Du vieux mot arrie : obstacle. — « C'est un haria que de chasser si loin. » — Balzac. — « J'ai eu bien des arias avec la douane à cause de mes malles. » — Monselet.

Haricots (Etre condamné aux) : Être condamné à la prison pour manque de service de la garde nationale. — « A midi, j'arrive à la prison de la garde nationale, hôtel Darricaud, vulgairement appelé des haricots. » — Villemot. — M. Albert de Lasalle a publié en 1864 une histoire de l'hôtel aujourd'hui démoli.

Hariadan Barberousse : Christ. — Allusion à la barbe rousse de Jésus-Christ. — « Il rigolait malgré le sanglier qui voulait lui faire bécoter Hariadan Barberousse. » — Yidocq.

Harpe: Barreaux de fenêtre (Yidocq). — Ils garnissent une fenêtre de prison comme les cordes d'une harpe.

Haussier : Boursier jouant à la hausse des fonds. — « Deux grandes catégories qui distinguent les spéculateurs, les haussiers et les baissiers. » — Mornand.

Halte (La) : La partie riche de chaque classe sociale. 11 y a des bourgeois de la haute, des lorettes de

ia haute, des voleurs de la haute. — L'homme du peuple qui se trouve en fonds dit eu plaisantant : Je suis de la haute. — « Pour les menus plaisirs d'un monsieur de la haute. » — Ricard. — « Jamais aussi le sporlman n'a couru les salons et la haute, comme on d.t au club. » — Rod. d'Ornano. — « Des dames de la haute? — Non, des étudiantes. » — Carmouche.

— « Il y a lorette et lorette. Mlle de Saint-Pharainon était de la haute. » — P. Féval. — « Si nous ne soupons pas dans la haute (dans un restaurant fasbionabie), je ne sais guère où nous irons à cette heureci. » — G. de Nerval.

Homme de bois : Nom qu'on donne dans les imprimeries à celui qui rajuste les planches avec des petits coins en bois. — Cabarets de Paris, 1821. — Jeu de mois.

Homme de lettres : Faussaire. — Jeu de mots.

Homme de paille : Homme couvrant de son nom des actes, des écrits qui n'émanent pas de lui. Le journalisme et la finance emp. oient fréquemment l'Homme de paille. — « Ce Claparon fut pendant six ou sept ans l'homme de paille, ie bouc émissaire de deux de nos amis. » — Balzac. — « Quoi qu'il arrive, M. Bitterlin aurait été... son homme de paille, son gérant, son compère. » — About.

Hommelette : « Homme sans force et sans énergie. » — 1808, Dhautel. — Jeu de mots.

Horreurs : Propos libertins. — « Quand les bégueules ont des masques, Elles raffolent des horreurs. »

— Festeau.

Faire des horreurs ; En venir des paroles à Faction.

— « Puis, sur un lit je ia jette, Et nous faisons des

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horreurs. » — Les Amours de Mahieu, chanson, 4832.

Hoteriot ; « On nomme ainsi la hotte des chiffonniers. » — P. d'Anglemont. — Diminutif de hotte.

Hôpital : Prison (Vidocq). — On concevra le mot en voyant Fièvre cérébrale et Malade.

Huile: Argent (Vidocq). — Tout ce qui est gras symbolise l'argent. Y. Beurre, Graisse. — Huile : Soupçon (id.). — Il pénètre et s'étend comme une tache d'huile.

Huile de bras : Vigueur corporelle. — Huile de cotterets : Coup de bâtons (Dhautel, 1808).

Huître : Graillon, imbécile. — Huitrifier : Abrutir.

— « 11 poursuivit de tant de plaisanteries ce qu'il appellait le parti des huîtres. » — L. Reybaud.

Humanitaire : «L'humanitaire est le zélateur d'une secte récente née du dégoût de nos troubles politiques... L'humanitaire est le radical par excellence. Petites ou grandes, à ses yeux, toutes les réformes se tiennent. » — M. Raymond.

Humecter (S') : Boire. — « 11 me demande si je veux m'humecter. Je lui réponds : J'ai mon casque. »

— Monselet.

Huit ressorts : Voiture très-suspendue. — « Jamais Anna Deslion, Julia Barucci, Adèle Courtois, n'ont dans le huit ressorts promené de mine aussi noble. » — Les Cocottes, 1864.

Hussard a quatre roues : Conducteur d'artillerie, soldat du train des équipages — « Aussi partagent-ils avec le. train des équipages militaires le sobriquet de hussards à quatre roues. » — La Bédollière.

Hussard de la guillotine : « Le gendarme a différents noms en argot : quand il poursuit le voleur, c'est un marchand de lacets; quand il l'escorte, c'est une hirondelle de la Grève ; quand il le mène à l'échalaud, c'est un hussard de la guillotine. » — Balzac.

Icicaille. Icigo : V. Dardant, Go.

Idée (Une) ■ On dit une idée, ou un soupçon, ou un scrupule, ou une larme, pour dire quelques gouttes de liquide.

Donner des idées : Inspirer d'amoureux désirs.

Illico : De suite. — « En se promettant bien de l'envoyer illico. » — Balzac. — Latinisme.

Illico : Grog d'alcool, d'eau et de sucre en usage dans les pharmacies d'hùpital. — Allusion à un terme du formulaire.

Imbécile Galon d') : Galon de soldat de première classe. Il est donné à l'ancienneté et non au mérite. — On rencontre l'équivalent de ce mot dans les autres grades. — « 11 passa capitaine à l'ancienneté, à son tour de bête, comme il disait en rechignant. » — About.

Impériale : Bouquet de poiis plus grand que la mouche et moins grand que la bouquine. — « Il avait six pieds six pouces, L'impériale au menton. » — Festeau.

Impossible : Impossibles figurer. — « Avec son col exorbitant et ses lunettes impossibles. » — Delvau.

Ls'conséquent : « Lorsque, dans le monde, une jeune dame n'a pas très-bien su étendre le voile par lequel

une femme honnête couvre sa conduite, là où nos aïeux auraient rudement tout expliqué par un seul mot, tous, comme une foule de belles dames à réticences, vous vous contentez de dire : Ah! oui, elle est fort aimable, mais... — Mais quoi? — Mais elle est souvent bien inconséquente. » — Balzac.

Inexpressible : Pantalon. — « Au sortir des bancs du collège, où nous avions usé, tous deux, pendant huit mortelles années, ce que la pruderie anglaise exprime par inexpressible. » — Mornand.

Infect : Laid. — L'infection n'est prise qu'au figuré. — « Viens-tu voir la petite nouvelle? — Pardieu! et si elle n'est pas trop infecte, nous l'emmenons à la Maison-d'Or. » — Ces Petites Dames, 4862.

Inglichmanw : Anglais. — « Avec ça que l'amiral l'avait fait habiller en inglichmann. » — L. Desnoyer.

Ingriste : Peintre de l'école d'Ingres. — « A vous Lehmann, Ziegler, Flandrin, Romain, Cozos et autres ingristes. » — Ch. B'anc.

Inodores : Latrines. — « Fournier aux inodores Présente le papier. » — Revue anecdotique. — Y. Cahne.

Intime : Claqueur. — C'est un intime pour le théâtre. — « Adolphe allait en intime au Théâtre de Madame. » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris. Paris, 1830, in-8.

Jaboter : Causer. — « Asseyez-vous donc un peu... nous jaboterons. » — Ricard. — On trouve jaboteir avec ce sens dans Roquefort.

Jacqueline ■ Fille de mauvaise vie. — On dit de même une Margot. — « Noire Jacqueline le fouille. Empoigna la grenouille, Laissa là mon nigaud. » — Chanson du jeune Picard partant pour Paris.

Jambe (Faire une belle), Rendre la jambe mieux faite : Donner un avantage illusoire. — « Tu as maudit (on père de t' avoir abandonné? — Ça m'aurait fait une belle jambe. » — E. Sue.

S'en aller sur une jambe : Ne boire qu'une seule tournée. — « Dès l'aube, on s'offre la goutte, on s'offre le canon, on s'offre le rhum, on s'offre l'absinthe ou le bitter, et l'on ne veut jamais s'en aller sur une jambe. »

— La Bédollière.

Lever la jambe : Danser le cancan (haute école). — « Elle levait la jambe avant Rigolboche. » — Les Étudiants, 1860.

Jar : Argot (Vidocq). — Abréviation du vieux mot jargon : langage. Y. Roquefort.

Jardiner : Parler en se moquant. — Vient de Jar, Y. Eseracher.

Jaspîner : Parler, causer. — Diminutif de Jaser. — « Ils jaspinaient argot encore mieux que français. » — Grand val, 1723. — « Aile voulut jaspiner avec moi. »

— Yadé, 1788. — « Je lui jaspine en bigorne : N'astu rien à morûller? a — Vidocq.

Jaune : Eau-de-vie. — « Estaminet dit poétique, espèce de paradis perdu dans le jaune et le petit bleu. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert. — « Lapin blanc, que me veux -tu? Avec ton jaune et ton camphre, Tu déranges ma faible vertu. » — Id.

Rire jaune : Rire forcément. — Aimer avec un jaune

d'œuf: Tromper. — Allusion à la couleur jaune qui est celle du cocuage.

Jainet : Pièce d'or. — « Un seul regret, celui de n'avoir pu débarrasser les pigeons de leurs jaunets. » — Paillet.

Javanais : « La Crécy parlait le javanais, cet argot de Bréda où la syllabe va, jetée après chaque syllabe, hache pour les profanes le son et le sens des mots, idiome hiéroglyphique du monde des filles qui lui permet de se parler à l'oreille — tout haut. » — Goncourt. — Ex. : Jaunet, javaunavet; jeudi, javeudavi; etc., etc.

Jeanfesse, foutre : Coquin, misérable. — « Ça, c'est un jeanfesse. » — Ricard. — « Grande colère du père Duchesne contre les jeanfoutresde chasseurs qui ont voulu faire une contre-révolution. » — 1793, Hébert.

Je ne sais quoi : Qualité indéfinissable. — « Le savoir-vivre, l'élégance des manières, le je ne sais quoi, fruit d'une éducation complète. » — Balzac.

Jean-Jean : — « On qualifie de Jean-Jean en France le jeune indigène que la conscription a arraché à l'âge de vingt ans d'un atelier du faubourg, de la queue d'une charrue, etc. Le Jean-Jean est reconnaissablé à sa tournure indécise, à sa physionomie placide. » — M. Saint-Hilaire.

Jeanneton : « Servante d'auberge, fille de moyenne vertu. » — 4 808, Dhautel.

Jésuite : Dindon (Vidocq). — C'est aux jésuites qu'on doit l'acclimatation du dindon.

Jésus : « Jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomistes que veut exploiter le chanteur. » — Canler.

Grippe-Jésus : Gendarmes. — Le jésus n'est ici qu'un homme garrotté comme le Christ, lorsqu'il fut conduit devant Pilate.

Jettard : Cachot (Bailly). — Mot à mot : endroit où l'on vous jette.

Jeudis (La semaine des quatre) : La semaine qui n'arrivera jamais, puisqu'elle n'existe pas. — « C'est comme la robe que vous m'avez promise. — Tu l'auras. — La semaine des quatre jeudis. » — H. AI on nier.

Jeune (Tu es trop) : Tu n'as pas l'intelligence nécessaire à l'accomplissement de telle ou telle chose. — Gela peut se dire à un octogénaire.

Jeune France : « Les romantiques se divisèrent en Bousingots et en Jeune France. Les Jeune France conservèrent longtemps leurs pourpoints, leurs barbes fourchues, leurs cheveux buissonneux. » — P. d'Ànglemont. — « Ils ont fait de moi un Jeune France accompli. J'ai un pseudonyme très-long et une moustache fort courte; j'ai une raie dans les cheveux à la Raphaël. Mon tailleur m'a fait un gilet... délirant. Je parle art pendant beaucoup de temps sans ravaler ma salive, et j'appelle bourgeois ceux qui ont un col de chemise; déplus j'ai faitacquisition d'une mignonne petite dague en acier de Toscane, pas plus longue qu'un aiguillon de guêpe. » — Th. Gautier, Préface des Jeune France, 1833.

Avoir son jeune homme : Être gris. — Allusion à la forte mesure de liquide qui dans les brasseries a reçu

le nom de jeune homme, et qui vaut deux moos. — « Chaque fois qu'il rentrait avec son jeune homme. » — P. d'Anglemcnt. — « Un individu en hlouse qui semblait avoir son petit jeune homme. » — G. de Nerval.

Jeunesse : Fillette. — «Une jeunesse d'Orléans, une marchande de cols. » — Cormon.

Job : Niais. — Àbrév. du vieux moi job clin. V. Roquefort. — « Si j'étais assez job pour croire que vous me donnez toute une fortune. » — E. Suc. — Jnbarcler : Duper. — «Je ne veux pas être jobarde.» — Balzac. — Jobcrie : Niaiserie (Vidocq).

Jocko : Pain long dont Ja forme fut sans doute inventée lorsque le singe Jocko était à la mode. — « Des gens qui appellent un pain jocko un singe de quatre livres. » — Bourgct.

Joli : Jeté dans une position critique. — « Nous v'ià jolis garçons ! » — Désaugiers.

Jonc : Or (Vidocq). — Allusion à la couleur jaune du jonc. V. Bogue.

Jorne : Jour. — Vieux mot de langue d'oc. V. Roquefort. — V. Baite, Poisser.

Joseph (Faire son) : Affecter un air chaste. V. Puti pharder.

Jouer de : Faire ce qu'on veut. — « Nachelte, en un mot, joua parfaitement du baron. » — De Goncourt.

Judacer : Trahir. — Judaccrie : Trahison (Vidocq). — Allusion biblique.

J:geotïe : Jugement, avis. — « Dis-moi z'un feu

franchement, Là dessus ta petite jugeotte. » — Léonard, parodie, 1363.

Jus de batox : Coup de bâton. — « Pour passer votre rhume, j'ai du jus de bâton. » — AuberL Chanson, 1813.

Juste-Milieu : Partisan du statu quo politique, en opposition à la gauche qui représente le côté radical ou avancé, et à la droite qui se retranche dans le maintien des anciens principes. Y. Certifier. — « Luc riait comme un républicain qui voit le juste-milieu recevoir un soufflet. » — Ricard.

Juste-Milieu : Derrière. — « M aveu x envoya la pointe de sa botte dans le juste-milieu de M1,e Justine. » — Ricard.

Kaïserlick : Autrichien. De l'allemand tfatserftch impérial. — « Les Kaiserlieks ont été étourdis du coup. » — Balzac.

Koxnoff : Y. Chocnoso*

La-bas : Maison du correction de Saint-Lazare. — cf Julia à Amandine : Comme ça, cette pauvre Angèle est là-bas? — Ne m'en parie pas. Elle était au café Coquet à prendre un grog avec Anatole. Voilà un monsieur qui passe, qui avait l'air d'un homme sérieux avec des cheveux blancs et une montre. Il lui offre une voiture, elle acceple, un cocher arrive, et... emballée! Le monsieur était un inspecteur. » — les Cocottes, 1864.

Lacet : Poucette. — V. Marchand.

Lâcheur : Homme sur lequel on ne peut compter.

— Mot à mot : qui lâche ses amis. — « Le lâcheur est Jalorette de l'amitié. » — A. Scholl, 1858. — Se lâcher de : Se payer. Y. Rotin.

Laine : Mouton (Vidocq).

Lait a broder : Encre (id.) — Allusion ironique à la couleur de l'encre. V. Broder.

Laïus : Discours — « Dans le dialecte de l'École polytechnique, tout discours est un laïus, depuis la création du cours de composition française en 1804. L'époux de Jocaste, sujet du premier morceau oratoire traité par les élèves, a donné son nom au genre. Les députés à la Chambre, les avocats au barreau, les journalistes dans les premiers-Paris, piquent des laïus. »

— La Bédollière. — « Pour les officiers sortant de Saint-Cyr, le laïus est un broutta, du nom d'un professeur de l'École, doué d'une certaine facilité d'élocution. Ce qui a fait le verbe broutasser et le substantif broutasseur. » — De Vailvineux.

Lampion : Chapeau à cornes. — « Je passe le pantalon du cipal et je coiffe le lampion. » — Bourget.

Lampion : Œil. — Allusion à la flamme. — « Si j' te vois faire l'œil en tirelire A ton perruquier du bon ton, Calypso, j' suis fâché d' te 1' dire, Foi d'homme! j' te crève un lampion. » — Chanson populaire.

Lance : Eau (Vidocq). — Pour désigner l'eau, on a fait allusion à son extrême fluidité; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s'écoule l'eau surabondante d'un moulin. V. Mourir. Trembler.

Lancé : Gris. — « Patara, au moins aussi lancé que le cheval, tapait sur la bête à tour de bras. » — Phys, du Matelot, 1843.

Lancé : Rapide projection de la jambe. — « Paul a un coup de pied si vainqueur et Rigolette un si voluptueux saut de carpe! Les admirateurs s'intéressaient à cet assaut de lancés vigoureux. » — 1847, Yitu.

Lanciers (Danser les) : «Quant à cet inévitable quadrille des lanciers, je ne vous dissimule pas qu'il commence à m'agacei* cruellement le système nerveux. » — Âlb. Second, 1857. — V. OEil! (Mon).

Langue (Avaler sa) : Mourir. V. Claquer.

Donner sa langue aux chiens, aux chats : Renoncer à deviner. — « Je donne ma langue aux chiens, dit Jérôme, je renonce. » — E. Sue.

Lansq : Partie de lansquenet. — ce Cette espèce de cornichon qui l'a dansé de 4,500 fr. hier au lansq. » — Jaime.

Lansquiner : Pleurer. — De lance ; eau. — « Bien des fois on rigolle qu'on devrait lansquiner. » — Vidocq.

Lanternes de cabriolet : Yeux fort saillants. — « Oh ! c'est vrai ! t'as les yeux comme les lanternes de ion cabriolet... » — Gavarni.

Lanturlu : Tient de l'ancien mot enturlé qui signifiait Fol, étourdi. V. Du Cange,. — On aura dit V enturlé, puis lanturlu.

Lapin : Bon compagnon. — « Ils ont appelé dans leurs rangs Cent lapins quasi de ma force. » — Festeau. — « C'est un fameux lapin, il a tué plus de

Russes et de Prussiens qu'il n'a de dents dans la bouche. » — Ricard. — « L'homme qui me rendra rêveuse pourra se vanter d'être un rude lapin. » — Gavarni.

Au collège, on appelle lapins des libertins en herbe, pour lesquels Tissoteût pu écrire un nouveau Traité.

Lapin a aussi sa signification dans le monde des messageries. — « Et puis le jeune homme était un lapin, c'est-à-dire qu'il avait place sur le devant, à côté du cocher. » — Couailhac.

Lapin : Apprenti compagnon. — « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti. » — Biéville.

Larbin, bine : Domestique (Vidocq). — «Le faux larbin va se poster sous la porte cochère. » Paillet. — Larbinerie ; Valetaille. V. Garçon, Pieu.

Larcottieb : Paillard (Vidocq). — Mot a mot : lar guotier : amateur de largues.

Lard (Faire du) : Engraisser. — « La femme ronfle et fait du lard. » — Festeau.

Larder : Percer d'un coup de pointe. — Lardoire : Épée. — « Vous verrez si je manie bien la lardoire. » — Ricard.

Large des épaules : Avare. — Équivoque sur le mot large. — V. Dauthel, 1808.

Largue : Femme. — « Si j'éprouve quelque malheur, je me console avec ma largue. » — Vidocq. — ^ . Coquer, Momir.

Lartif, Lartif, Lartox : Pain. — On devrait dire Vartie, lartif, l'arton. — Au moyen âge, artuit signifiait Repas. V. Roquefort. — 11 est à remarquer qu'apxoç en grec, veut dire Pain. — Larton brutal : Pain noir.

Dt LANGAGE 183

— Larton savonne : Pain blanc. — Brutal est im diminut f de brut. Savonné s'explique de lui-même. V. Tremblant. — Lartonnier : boulanger.

Lascailter : Pisser (Vidoeq). — De lance. On dit encore : Lâcher de l'eau. Y. Lansquincr.

Lascar : Fantassin. — « Aient de l'arabe cl-askir qui a la même signification. Date sans doute de l'expédition d'Egypte. » — De Vauvineux. — « A-t-il du toupet, le vieux Lascar ! dit l'invalide dans son langage pittoresque. » — Balzac.

Lavabes : « Les lavabes sont ceux que l'on fait entrer au parterre des théâtres, en ne payant que quinze sous par place, a — Chiquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — « Gustave achetait un lavabc pour les Variétés. » — Id.

Lavage, Lessive : Vente, à gros rabais, d'objets ayant déjà eu un premier propriétaire. — « Les quatre volumes in- 12 étaient donnés pour cinquante sous... Barbet n'avait pas prévu ce lavage. » — Balzac. — A la Bourse, une Lessive est une opération désastreuse, qui vous nettoie. V. Nettoyer.

Laver, Lessiver : Vendre, ironiquement envoyer ses effets mobiliers à une lessive dont iis ne reviennent pas. Même allusion dans Passer au bleu etXcttoycr. — « Comm 3 ce n'était pas la première fois que j'avais lavé mes effjts sans savon. » — Vidal, 1833. — « 11 a lavé sa montre, ses bijoux, pour dire qu'il les a vendus. » — 18U8, Dhautel.

Lazagxe : Lettre (Yidocq). — Allusion aux lazagnes, longues bandes de pâtes d'Italie, ressemblant assez à des morceaux de papier. V. Balancer.

18i LES EXCENTRICITES

Lègre : Foire (Vidocq). Y. Servir.

Lève-pieds : Escaliers, échelle (Vidocq). — Effet pris pour la cause.

Lem (Parler en) : Soumettre chaque substantif à l'emploi d'une même syllabe finale et à la transposition de deux lettres. On peut ainsi parler un français inintelligible pour les profanes. Ce système consiste : 1° à ajouter la syllabe lem à chacun des mots qui viennent à la bouche; 2° à troquer la lettre l de lem contre la première lettre du mot qu'on prononce. — «Et alors que tous les trucs seront lonbem (bons).» — Patrie du 2 mars 1832.

On parle en luch comme en lem. On combine quelquefois les deux.

Levage : Opération qui consiste de la part d'un homme à faire sa maîtresse d'une femme, ne fût-ce que pour un jour. De la part d'une femme, c'est amener un homme à lui faire des propositions. — Terme de chasse.

Y a-t-ildu levage? Y a-t-il moyen de faire un levage.

Lever : Faire un levage. — « Tiens, Xavier qui vient d'être levé par Henriette. » — Monselet. — « J'irai ce soir à Bullicr, et si je ne lève rien... » — Lynol. — Y. Flanelle.

Lever : Capter, empaumer. — « Il lève un petit jeune homme. Yous verrez qu'il en fera quelque chose. » — De Goncourt.

Être levé : Signifie dans l'argot des débiteurs et des créanciers qu'on a à ses trousses un recors, qui vous a vu dans la rue ou déterré quelque part. » — Montépin.

DU LANGAGE iSo

Lever : Voler. — « Robert dit : Je suis levé et il nous appelle filous. » — Monselet. — « Tiens, dit le voleur, voici un pantre bon à lever. » — Gauler.

Lice : Bas de soie (Vidocq). — Les bas de soie sont plus lisses que les autres.

Lichârd, Licheur : Gourmand. — Mot de langue romane. Y. Roquefort. — « Je vois que tu es toujours un fameux licheur. » — E. Sue.

Liche, Lichette : Régal. — Être en liche : Faire bombance.

Licher : Aimer les bons plats, faire débauche. — Jadis, on disait licharder. — « Je liche chez le mannezingue, motus! » — Paillet. — « Buvons plutôt bouleille. En lichant, nous ne penserons pas à toutes ces bagatelles. » — Chanson poissarde, 1772.

Licher : Boire. — « Puis il liche tout' la bouteille. Rien n'est sacré pour un sapeur. » — Houssot. — Y. Béquiller.

Lignard : Officier ou soldat des troupes de ligne.

Ligne (Tirer à la) : Écrire des phrases inutiles dans le seul but d'allonger un article payé à tant la ligne.

Vive la ligne! «Je rapporte un petit magot. Ah! quelle chance! Vive la ligne! » — Léonard, parodie, 1863. — Ce vivat, poussé fréquemment aux jours d'émeute £Ù Ton veut gagner le cœur des troupes de ligne, est devenu proverbial et s'applique ironiquement à tous les cas d'enthousiasme.

Ligote : Lien, corde. — Mot de langue romane. V. Roquefort. — Ligoter : Lier.

Lillois : Fil (Yidocq). — On en fait beaucoup en Flandre. V. Lyonnaise.

Limace, Lime : Chemise. — Mot de langue romane. Du Cange donne le même sens au latin limas. — Limacier : Chemisier. V. Gouêpeur.

Limande : Homme nul et plat comme le poisson de ce nom (Vidocq).

Limer : Aller lentement en affaire.

Limonade : Assiette (Vidocq). — Comparaison de l'assiette à une rouelle de limon.

LiMousiNEURs : « On donne le nom de voleurs au gras double ou de limousineurs à des ouvriers couvreurs qui volent le plomb des couvertures, en coupent de longues bandes avec de bonnes serpettes, puis l'aplatissent et le serrent à l'aide d'un clou. Ils en forment ainsi une sorte de cuirasse qu'ils attachent, h l'aide d'une courroie, sous leurs vêtements. » — Petit Journal. — Allusion à leurs vêtements de plomb, non moins imperméables que les gros manteaux nommés limousines.

Linge (Avoir du) : Avoir une garde-robe bien montée. — « Et Bovarine! qu'est-ce que c'est? Ça a-t-il du linge? » — Lem. de Neuville.

Lingre : Couteau (Vidocq). — Lingrcr : Frappera coups de couteau. — Lingrerie : Coutellerie. — Lingriot : Canif. — Quadruple allusion à Langres, ancienne capitale de la coutellerie. •

Lion : « Depuis que nous avons attrapé ce mot anglais, qui s'applique, à Londres, à toutes sortes de notabilités, nous en avons fait abus comme du calicot et du fil d'Ecosse. Il ne se fait pas un vaudeville, un feuilleton, un roman de mœurs contemporaines, qui ne parle des lions de Paris. Aujourd'hui, pour être

lion, la moindre chose suffit : avec un paletot jaune, un chapeau neuf, des moustaches, vous êtes reçu lion d'emblée. » — Roqueplan. 1841. — Deriège a fait la Physiologie du Lion. — Un lionceau est un lion ridicule.

Lionne : « C'étaient de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval comme des lanciers, prisaient fort la cigarette, et ne dédaignaient pas le Champagne frappé. » — F. Deriège.

Lionncric : Monde des lions. — « Nous étions installés dans un restaurant cher à la lionnerie. » — Mornand.

Ltquid : « Liquid est mis ici pour liquidation. Le coulissier, facétieux et ami de belles manières, se plaît à abréger ses formules comme la jeunesse dédorée de l'époque, et elle dit liquid comme on dit d'autor, d'achar, soc ou démoc. » — Mornand. — « Les ventes et achats de chemins' de fer se liquident tous kis quinze jours et la rente à la fin de chaque mois. Si vous êtes acheteur de 3,000 fr. de rente (in du mois à 72 fi\. que la rente baisse à 71 fr.. votre perte s'élève à 1,050 fr.. courtage compris. Vous pouvez continuer votre opération en vous faisant reporter. On ajoute alors au cours de 71 fr. le prix du report, plus un nouveau courtage. La cherté des reports tempère souvent les dispositions à la hausse. Il est en efLt très-onéreux pour un acheteur de rente de payer 70 c. de report, ce qui, sur 3,000 fr. de rente, augmente de 700 fr. le prix d'achat. » — De Mériclet.

Lisette : Gilet long. Y. Tirant. — Doit avoir la même racine que Lice.

Pas de ça, Lisette : Formule négative due sans doute à la vogue de cette chanson connue : Non! non! vous n'êtes plus Lisette, etc. — « Un jeune drôle fait la cour à ma nièce... pas de ça, Lisette! » — Ricard.

Litrer : Contenir, posséder. — Ce terme a une forme aussi régulière que cuber. — « J'avais balancé le bogue que j'avais fourliné et je ne litrais que nibergue en valades. » — Yidocq. — V. Fourgat.

Locandier : « Le locandier est une des nombreuses variétés des voleurs au bonjour. Sous prétexte d'examiner un logement à louer et en dépit de la présence du concierge, il vole avec dextérité. » — A. Monnier.

Loche : Oreille. — Locher : Écouter (Yidocq).

Lofât : Aspirant au grade de compagnon. — «C'était pour le baptême d'un lofât... On devait le baptiser à la Courtille; j'étais le parrain. » — La Correctionnelle.

Loffiat : Maladroit, imbécile.

Londres : Cigare de la Havane. — « Je me rejetai dans le fond de la voiture et j'allumai unlondrès. » — Mornand.

Longchamp : « D'autres font une excursion au longchamp, cour oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons deviner la destination. Comme c'est ie seul endroit où, pendant les heures d'étude, les élèves de l'École polytechnique puissent aller humer l'air, filer, causer, chercher des distractions, le lonchamp a acquis une grande importance. » — La Bédollière.

Longe : Année (Yidocq). — Forme de longue. Une année est souvent longue à passer.

Lophe : Faux. — V. Fafiot.

Loques : « Le gamin de Paris a sa monnaie à lui, qui se compose de tous les petits morceaux de cuivre façonné qu'on peut trouver sur la voie publique. Cette curieuse monnaie, qui prend le nom de loques, a un cours invariable et bien réglé dans cette petite bohème d'enfants. » — Y. Hugo.

Lorette : « C'est peut-être le plus jeune mot de là langue française; il a cinq ans a l'heure qu'il est, ni plus ni moins, l'âge des constructions qui s'étendent derrière Xotre-Dame-de-Loretle, depuis la rue Saint- Lazare jusqu'à la place Bréda, naguère encore à l'état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures.

« Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier Baissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l'humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. Ces locataires d'un nouveau genre, calorifères économiques à l'usage des bâtisses, reçurent, dans l'origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d'essuyeuses de plâtres. L'appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs.

« A force d'entendre répondre « rue Notre-Damede-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous? » si naturelle à la fin d'un bal public, ou à la sortie d'un petit théâtre, l'idée est sans doute vc-

nue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a été lithographie pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmanls croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main.

« Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d'abord pour ambition d'être chanteuse, danseuse ou comédienne; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de fpiano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques plies dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l'Opéra; elles ont toutes manqué d être premiers sujets. Cela a tenu, disent- elles, aux manœuvres d'un amant évincé ou rebuté; mais elles s'en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans d,;s verres plus grands que nature, et l'on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis à la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l'on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n'a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l'asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger; l'autre, elle n'a pas de quoi avoir du pain, alors elie achète de la pâte .d'amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins

capable d'amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l'amuse comme il veut l'être; son esprit est un composé de l'argot du théâtre, du Jockey- Club et de l'atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si Ton peut s'exprimer ainsi, l'innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde; elle trouve tout simple d'avoir une collection d'Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c'est ainsi qu'elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords chargés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d'épargne; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Lorgne : Borgne (Vidocq). — Abréviation de Caîorgne. — Lorgne : As (id.).

Loubion : Bonnet. — Loubionnier : Bonnetier.

Loucher (Faire) : Faire changer de manière de voir, d'opinion. — « Avec qui lu veux que je soye? Est-ce que ça te fait loucher? » — Monselet.

Louche : Main. — Comparaison de la main à la grande cuiller appelée de temps immémorial louche. V. Roquefort.

Louloutte : Petite dent. — Allusion aux dents du Joup dont on effraie toujours les petits enfants. —

Loulou, loulouttc : Mot d'amitié. — «La louloutte à son chéri. » — Montépin.

Loup : Dette criarde, créancier. V. Dhautel, 1808.

— Au théâtre, c'est une scène manquée.

On dit faim de loup et froid de loup! pour dire grande faim et grand froid. — Ces deux causes font en effet sortir les loups du bois.

Loupe : Fainéantise, flânerie. — « Ma salle devient un vrai camp de la ioupe. » — Decourcelle, 1836. — Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder. — « Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice. » — Le Gamin de Paris, ch., 1838. — Loupcur .» Flâneur, rôdeur. — « Que faisaicnt-elîes au temps chaud, ces loupeuses? » — Lynol.

Lourde : Porte. — On ne les faisait pas légères jadis et pour cause. V. Bocson, Tremblant. — Lourdier : Portier. Y. Lordant.

Louviers : Habit de drap de Louviers. — « La veste de petite tenue avait remplacé le fin louviers. » — Ricard.

Lucarne : Lorgnon monocle. — « Du malheureux monde comme ça, ça n'y voit que d'un œil et encore pas sans lucarne. » — Gavarni.

Luch (Parler en). Y. Lcm.

Lune, Pleine lune : Derrière. — Allusion de forme.

— « J'ai pincé n'importe quoi, j'ai cru que c'était dans la figure. — En voilà une bonne ! il a pris la lune de Pétronille pour sa figure. » — P. de Kock. — Y. Cadran.

Luisant, Reluit : Jour. — Allusion à la lumière. — « Pitanchons pivois chenâtre jusques au luisant. » — Grandval, 1723.

Luisante : Lune. — Luisard : Soleil.

Lustre (Admirateur du) : Claqueur posé au parterre sous le lustre. — « Les admirateurs du lustre donnèrent, mais le public resta froid. » — L. Reybaud.

Lyonnaise : Soierie (Vidocq). —Lyon est le grand centre de la fabrication des soieries.

Mac, Macque, Macchoux : Maquereau. — Maca : Maquerelle. — Macchoux est une corruption du mot maquereau. — Mac et maca sont deux abréviations. — Par un hasard singulier, la première de ces abréviations donne la clef même du mot. Au moyen âge, le mot maquc signifiait : vente, métier de marchand. V. Roquefort. — De là sont venus maquillon ou maquignon etmaqucrel ou maquereau. Le maquereau n'est qu'un maquignon de femmes. Pendant tout le moyen âge, on a écrit maquerel ou maqueriau. Ce dix-neuvième siècle a oublié la véritable source du mot qu'il a confondu avec celui du poisson, d'où les synonymes de poisson et de barbillon. — « Le métier de mac autrefois n'était guère exercé que par des voleurs et des mouchards... maintenant les prêtresses de Yénus Gallypige ont pour amants des jeunes gens de famille. » — 1837, Vidocq. — « Le macque est le souteneur des filles de la plus basse classe. Presque toujours c'est un repris de justice. » — Canler, 1863. — « Une vieille

maca : Entremetteuse, femme vieillie dans le vice. »

— 1808, Dhautel.

Macaire : Malfaiteur audacieux, spirituellement cynique, affectant en toute occasion les manières d'un homme bien élevé. — Ce type étrange date, comme l'on sait, du drame de V Auberge des Adrets; il doit toute sa fortune à Frédérick-Lemaître qui, en créant le rôle de Macaire, a caractérisé pour toujours une classe particulière de criminels. — « Ils se croyaient des Maca ires et n'ont été que des filous. » — Luchet.

Macaron : Dénonciation. — Du vieux mot maque : vente. V. Roquefort. — Un dénonciateur vous vend à la police. — « Dans le nez toujours tu auras macarons et cabestans. » — Yidocq. — Macaroner : Trahir.

Mac-fàrlane : Long pardessus sans manches, avec grand collet tombant sur le devant. — « Us portent des mac-farlanes. » — Les Étudiants, 18G0.

Machabée : « On appelle Machabée tout être, homme ou animal, qui est privé de vie, et que l'on rencontre flottant sur un cours d'eau ou échoué sur le rivage. » — - Va!. Dufour. — Machabée : Juif. — Allusion biblique.

Mâcher (Ne pas le) : Parler franchement sans murmurer entre ses dents. — « Quand j'ai lieu d' vous en vouloir, Ah! n'ayez pas peur que j' vous 1' mâche! »

— De Longcaamps, C/i., 1809.

Machin : L'homme ou la chose dont on ne peut se rappeler le nom. Y. Chose. — « M. Machin, pardon! je ne me rappelle jamais votre nom. » — H. Monnier, 1840. — Dans la Gàbrielle d'E. Augier, l'avoué Cha-

hrière prie sa femme de faire un « machin au fro mage. »

Mâchoire : Suranné ■ « L'on arrivait par la filièr d'cpithètes qui suivent : ci-devant, faux toupet, ail. de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l'épithèle îa plus infamante, académicien et membre de V Institut. » — Th. Gautier, 1833. — « Vieille mâchoire : Personne sans capacité, ignorant, soî. » — 1808, Dhautel. — V. Ganache.

Main chaude (Jouer à la) ■ Être guillotiné. Y. Raccourcir.

Major : « Le chirurgien, le tambour-major, îe sergent-major, enlin le gros et inévitable major, sont dénommés in distinctement majors. » — L. HuarL

Mal (Faire) : Faire pitié. — « Qu'on vienne bai- - r son vainqueur. — Comme tu me fais mal! » — Gavarni.

Malade : Prisonnier. — Maladie : Emprisonnement (Vidocq). V. Hôpital.

Malade du pouce: Fainéant dont la paresse constitue la seule infirmité. — Malade du pouce : Avare. — « Il est malade du pouce. Ça empêche les ronds de glisser. » — Monselet. — C'est-à-dire : ses doigts ne peuvent se résoudre à laisser échapper la moindre monnaie.

3Ial blanchi : Nègre. — «Ta donc! mal blanchi, avec ta figure de réglisse. » — Bourget.

Maungrer : Souffrir vVidocq). — Malingre se dit encore pour souffreteux.

Malle (Gh-r dans la) : Faire affront. — Mot à mol :

chier dans la poche d'autrui. — « On se torche à pré sent delà foi conjugale. Quoi qu'il en soit, Léandre a chié dans ma malle. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Maltais : Cabaretier. — Beaucoup de Maltais exercent cette profession en Algérie, d'où vient le terme.

Maltouze : Contrebande. — Maltouzicr : Contrebandier.

Manche de veste : Jambe arquée comme une manche d'habit. — « Mosieu Belassis, moi j'ai pas des jambes en manches de veste. » — Gavarni.

Etre manche à : Avoir fait autant de progrès qu'un adversaire. — Mot à mot : être manche à manche. Au whist, la manche est une des parties liées qui compose le robber. — '(Ça nous met manche à manche. A quand la belle? » — E. Sue.

Manette (M,,e) :'Mallc (Vidocq). — Diminutif de manne : malle d'osier.

Manger, Manger le morceau : Dénoncer, avouer. — « Le morceau tu ne mangeras de crainte de tomber au plan... — Paumé tu ne mangeras dans le talîe du gerbement. » — Vidocq.

Manger sur : Dénoncer. — « François a mangé sur vous. » — Canler.

Mangeur : Dissipateur. — Mangeur de galette : Fonctionnaire vénal (Vidocq). — Mangeur de blanc : Homme se faisant entretenir par une femme. Y. Dhautel. — Mangeur de blanche serait plus juste. — Mangeur d>e bon Dieu, de messes : Dévot. — « Quittez vos tanières, antiques comtesses, Mangeuses de messes. » — Départ de la Cour, ch., 1830.

Manière (lre, 2e, 3e) : Ligne de conduite ou manière de faire son rapport avec l'âge, les progrès, ou les calculs d'un artiste, d'un écrivain, d'un intrigant, etc»

— « Faustine en était encore au désintéressement, sa première manière, ainsi qu'elle disait elle-même, en empruntant le langage des artistes, » — dit M. Amédée Achard, dans ses Petits-Fils de Lovelace, d'une fille qui joue le désintéressement afin de mieux enlacer ses victimes.

Manières : Air d'importance. — «Ça fait des manières et ça a dansé dans les chœurs... » — Gavarni.

Maxxesixgue, Minzinguin : Marchand de vin. — Mot à mot : homme fmannj vendant à boire fzu trin- JienJ. On a dit d'abord Mannestringue, puis manncsingue. Minzinguin est un diminutif corrompu. — « Quel est celui-là? — Un ami, un vrai, un marchand devin...

— Un mannezing? » — G. Bourdin. — « Le roi est un boa zigue qui protège les minzinguins. » — Cabassol. — Y. Licher.

Maquillage : Le maquillage est une des nécessités de l'art du comédien; il consiste à peindre son visage pour le faire jeune ou vieux, le plus souvent jeune. — « Dans certains théâtres on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu'aux oreilles et des veines d'azur du corset jusqu'aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels. Cette première catégorie de grues s'appelle les maquillées. » — Joachim Duflof, Dict. des Coulisses.

Maquiller ; Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

Maquiller : Agir, machiner. — « C'est par troplongtemps boire; Il est, vous le savez, heure de m:«quiller. » — Grandval, 1723. — Maquiller un suarje : Se charger d'un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle ; Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. Y. Momir. — Ce verbe parait venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. Y. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c'est, en effet, machiner n'importe quoi, pourvu qu'on y gagne.

Mar : Désinence arbitraire. — « Quant au reste de la langue, on se bornait (en 1830) à retrancher la dernière consonnance pour y substituer la syllabe mar. On disait Épicemar pour épicier, Boulangemar pour boulanger, Cafemar pour café, et ainsi de suite. C'était de l'esprit dans cj temps-là. Il est vrai que nos pères ont tous ri à se tordre en mettant le mot turlurette à la fin de chaque couplet de chanson. Que signifiait mar? Que voulait dire turlurette? Absolument la même chose. Personne n'a jamais pu le savoir. » — I\ d'Angicmont. — « Méfie-toi... Le jeune épicemar est très-fort au billard et au piquet. » — Champfteury. — - Y. Rama.

Marcaxdier : Marchand. — On trouve dans Roquefort mercadier. Y. Solir, Farre.

Marchand d'hommes : Agent de remplacement militaire, négrier. — « D'un marchand d'hommes je vois l'enseigne. » — Léonard, parodie, 1863. — « Détestable anglais! ajouta le marchand d'hommes. » — L. Desnoyer.

Marchand de lacets : Gendarme.— Il offre aux mal-

faiteurs des lacets (poucettes) que ceux-ci trouvent toujours trop chers. Y. Hussard.

Marchand de soupe : Maître de pension qui spécule sur la nourriture de ses élèves. — « Style universitaire! Les marchands de soupe doivent être bien fiers. » — L. Reybaud.

Marche A terre : Fantassin. — « Quand tu étais dans la cavalerie, tu n'étais pas dans les marche à terre. » —Vidal, 1833.

Marcher, Marcher au pas : Être contraint à obéir. — « Empereur Nicolas., Les Français et les Anglais te feront marcher au pas. » — Layale, Ch., 1855.

Marcheuse : « La marcheuse est un rai d'une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa jeunesse, elle n'en pouvait pas prendre d'autre. Pour qu'un rat devienne marclicuse, c'est-àdire figurante de la danse, il faut qu'elle ait eu quelque attachement solide qui l'ait retenue à Paris, un homme riche qu'elle n'aimait pas, un pauvre garçon qu'elle aimait trop. C'est un débris de la fille d'Opéra du dixhuitième siècle. » — Balzac.

Marcheuse : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe e;l d'une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d'appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu'elle représente, où, d'après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes.» — Béraud. — «Enfin arrivent les marcheuses... Elles marchent pour les filles demeu-

rant en hôtel garni; celles-ci n'ont qu'une chaussure et un jupon blanc. Faut-il qu'elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux. » — 1783, Mercier.

Marécageux (Œil) : Œil voluptueux, à demi-noyé de langueur. — « Mais que tu danses bien la galope, Avec ton œil marécageux. » — Chans. populaire.

Margauder : Décrier la marchandise. — Corruption du mot marchander. — « Madame trouve moyen de margauder. » — La Correctionnelle.

Margot, gotox : « Nom fort injurieux donné à une courtisane, à une femme de mauvaise vie. » — 1808, Dhautel. — « Nous le tenons. Nous savons où demeure sa margot. » — E. Sue. — On dit aussi sa Jacqueline (V, ce mot). — Dans son Vieux Cordelicr, Camille Desmoulins apostrophe ainsi Hébert : « Le banquier Kocke, chez qui toi et ta Jacqueline vous passez les beaux jours de l'été. »

Margoulette : Bouche. — Diminutif de marge. Les lèvres forment la marge du palais. Peut être aussi diminutif corrompu du vieux mot g ar goule : bouche.

Margoulin : Débitant, dans la langue des commis voyageurs. — « Parfois le margoulin est fin matois. *» — Bourget.

Marlou : Souteneur. — Corruption du vieux mot marUer; sacristain. — Les souteneurs étaient de même appelés sacristains au dix-huitième siècle. On en trouve plus d'une preuve dansRétif delaBretonne. — «Un marlou, c'est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant la chahu

et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers éminents... » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — « Par extension, on appelle marlou tout homme peu délicat avec les femmes, et môme tout homme qui a mauvais genre. »

— Cadol.

Marmite : Fille publique nourrissant un souteneur.

— Allusion facile à saisir. — « Uii souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage. » — Canler. — Marmite déterre : Prostituée ne gagnant pas d'argent à son souteneur. — La Marmite de fer gagne un peu plus. — La Marmite de cuivre rapporte beaucoup. —

Dict. d'argot, 1844.)

Marner : Voler. — « Il y a des cabrioleuses trèshabiles qui, feignant une erreur, s'élancent dans les bras du voyageur qu elles veulent marner : « C'est toi, mon loulou, s'écrient-elles, viens donc que je t'embrasse! » On prétend que ces donneuses de bonjour sont rarement mises à la porte par le provincial, affriolé par des caresses de haut goût. » — Alb. Monnier.

— Du vieux mot marronner : pirater.

Marottier : Marchand ambulant.

Marqueur : « On appelle marqueur, dans le langage des estaminets de Paris, l'individu chargé de faire la partie des habitués, quand ces derniers manquent de partenaires. La plupart donnent des leçons au cachet. » — Montépin. — Appelés ainsi parce qu'ils se chargent de marquer les points.

Marron : En flagrant délit de vol ou de crime. — Du vieux mot marronner : faire le métier de pirate, de

corsaire. V. Roquefort. — Marron serait en ce cas une abréviation du participe marronnant. — Paumer marron, Servir marron : Prendre sur le fait. — « J'ai été paumé marron. » — La Correctionnelle. — Y. Servir, Eslourhir.

Marmonner : Bouder, murmurer. — C'est, selon Dliautel, une corruption du mot marmonner : marmotter. — « J' peux pas voir ça, moi! je marronne tout haut. » — Cognard, 1831.

Marseillaise : Pipe courte et poreuse fabriquée à Marseille. — « Et tout en parlant ainsi, il chargeait et allumait sa marseillaise. » — LuchcL

Mastroqiet : Marchand de vin?.. Mot à mot : l'homme du demi-seticr. — Vient de demi-stroc : demisetier.

Matelot : « Tous deux amis et se nommant mutuellement mon matelot : ce qui est le plus grand terme d'affection connu sur le gaillard d'avant. » — Phys. du Matelot, 1843.

Ma yeux : Bossu. — Un p.eu avant 1830, d'innombrables charges, parmi lesquelles on distingua celles de Traviès, eurent pour objet un bossu du nom de Mayeux : c'est le type d'un homme ridiculement contrefait, vaniteux et libertin, mais brave et spirituel à ses heures. De là son nom donné à tous ceux qu'afflige îa même infirmité. — « Ici d'affreux petits mayeux. »

— De Banville.

Matin, Mâtiné : Personne déterminée, brusque, peu commode. — Terme emprunté à la race canine.

— « Kléber, un grand mâtin qu'a descendu la garde, assassiné par un Égyptien. » — Balzac. — « Ah! mâtine de Turquie. » — Remy, €&., 1 85 1-.

Mauvaise (Elle est) : Celte histoire n'est pas bonne, cet acte est déplaisant. On dit dans le même sens : Je la trouve mauvaise. — « Quant à exiger qu'elles comprennent ce qu'elles disent, n'y pensez pas. — Elles la trouveraient mauvaise. » — Les Cocottes, 1864.

Màzaro : Prison militaire qu'il ne faut pas confondre avec la salle de police (ours). Dans celle-ci l'homme puni passe seulement la nuit sur une paillasse; dans l'autre, il reste jour et nuit couché sur la planche.

Mécaniser : Ennuyer. — Mot à mot : réduire à un rùlc passif, mécanique. — « Malgré qu' ça vous mécanise, Ça vous demande encore crédit. » — Chansons, Clermont, 1837. — « Et... Canalis regarda fixement Dumay qui se trouva, selon l'expression soldatesque, entièrement mécanisé. » — Balzac.

Méchant (Pas) : Encore une expression éminemment parisienne, dont la portée est plus grande qu'on ne pense. On dit d'une toilette mesquine, d'un homme inepte, d'un livre sans valeur : Ça n'est pas méchant, ça ne mord pas! — comme on dit d'un homme zélé : C'est un féroce, — « Achetez un caloquet plus méchant, votre tuyau de poêle n'est pas trop rup. ■ — Lem. de Neuville.

Mèche (Il y a mèche, il n'y a pas) : Il y a moyen, il n'y a pas le plus petit moyen d'aboutir. Le mot fait image. Quand on a la mèche, on a bientôt fait de tirer la corde à soi. — « En termes typographiques, lorsque les ouvriers proposent leurs services au prote de l'imprimerie, ils demandent s'il y a mèche, c'est-à-dire : .si on peut les occuper. » — 1808. Dhautcl. — « Mais

il te fera pincer. — Pas si bête! il n'y a pas mèche. »

— E. Sue.

Mèche : Moitié. — A six plombes et mèche ; A six heures et demie. Y. Momir. — Être de mèche : Être de moitié (Vidocq).

Méchi : Malheur (id). — Abrév. du vieux mot méchief. V. Roquefort.

Médaille : « La jolie voix! dit Schaunard en faisant chanter les pièces d'or. — Comme c'est joli, ces médailles! ajouta Rodolphe. » — Murger.

Médaillon : Derrière (Vidocq). — Allusion de rondeur.

Médecin : Avocat (id). — Ne soigne-t-il pas les malades à Yhôpital? V. ces deux mots. — De là le mot médecine : bon conseil.

Médium : Homme qui prétend servir d'intermédiaire entre ses semblables et certains esprits plus ou moins infernaux. — Ses évocations sont désignées aussi par un adjectif nouveau : médianymique.

Meg, Mec : Maître. V. Chique. — Du vieux mot Mège . chef, souverain. V. Roquefort, au mot megedux.

— Mec des mec : Dieu. y. Rebâtir.

Mêlé : Mélange d'eau-de-vie et de cassis, ou moins souvent de toute autre liqueur. « Aimez-vous l'eaude-vie? Dame! on vend ytout du mêlé. » — Vadé, 1755. — « Coquelin, des verres de mêlé pour ces dames. » — 1845, P. d'Anglemont, le Prado.

Melon : Niais, élève de prenVière année à l'École Saint-Cyr. — «Vous êtes si melons à Châtellerault. »

— Labiche. — « Qui viennent me brimer, moi, malheureux melon. » — Souvenirs de Saint-Cyr.

On dit aussi Cantaloup. — « Ah ça! d'où sort-il, ce cantaloup? Sur quelle couche monsieur son papa Ta-t-il récolté, ce jeune légume? » — Ricard.

Même Mettre à : Tromper. V. Emblème. — On dit aussi Faire au même, Refaire au même.

Ménesse : Femme, maîtresse {Dlct. d'Argot, 1844).

Méquard : Commandant. — Méqucr : Commander.

— De mec : maître.

Mercadet : Faiseur. Y. ce mot.

Merde . « Mot ignoble et grossier dont le bas peuple se sert dans un sens négatif. » — Dhautel, 1808. — Y. Cambronnc. — Merde : Homme mou, sans consistance. — Merde alors! Exclamation destinée à peindre une situation critique, un accident funeste. Elle peut se traduire ainsi : Alors, voici le moment de crier merde.

Merdeix : « Terme injurieux qui se dit d'un poltron, d'un fat sans esprit. » — 1808, Dhautel. — « Bâton merdeux : Homme qui brusque tous ceux qui s'adressent à lui. » — Id.

Merlan : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits. » — Dhautel, 1808. — La Peyronie est chef de perruquiers qu'on appelle merlans parce qu'ils sont blancs. » — Journal de Barbier, 1744.

Œil de merlan frit : Œil pâmé. — « Enfin cet homme de brelan A les yeux faits comme un merlan. »

— Troisième Suite du Parlementburlesque de Pontoise,

Métal : Argent. — « Et t'as pas de métal. » — Ricard.

Métier : Habileté d'exécution. — « Vois toutes cesesquisses : il y a de la main, du métier; mais ouest la conception, ouest l'idée? » — L. Reybaud.

Faire du métier : Écrire, peindre ou sculpter dans le seul but de gagner de l'argent et non de la gloire.

Mettre avec (Se) : Vivre maritalement. — «En se mettant avec Lise, le général aurait dû nous dire : J'ai ça et ça à payer; il ne l'a pas dit, et ce n'est pas délicat, w — Ricard.

Le mettre à quelqu'un : En faire accroire, tromper.

Meuble (Vieux) : Personne usée, incapable de service. — « Prends garde à toi, vieux meuble, affreuse bohémienne! » — Les Folles Nuits du Prado, 1854.

Meulard : Veau (Vidocq). V. Pavillonner. — Allusion au mugissement du veau.

Mezières : Bourgeois. — Corruption du vieux mot Messires. V. Rcgout.

Mezigue : Moi (Vidocq). V. Pavillonner.

Miche : Homme payant l'amour d'une femme. — Peut venir des vieux mots michon : sot (V. Roquefort) ou michon : argent de poche (V. Dhautel). — « On appelle miche Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchonnetle. » — Mérard de Saint-Just, 4764. — Dans une Protestation des filles de Paris, 4790, nous lisons : « Ce pourfendeur deMars avait bien affaireaussi de se présenter pour nous enlever nos miches. » — « La biche étudiante qui avait levé un michet quelconque. » — 4860, les Étudiants du Quartier latin.

On disait aussi micheton: « AU' me dit : Mon fiston, Étrenne ma tirelire. Je lui réponds : Ma poule, tu

m' prends pour un mich'ton. *> — Le Bâtonniste à la Halle, Àubert, 1813.

Outre le miche proprement dit, il y a le miche sv'vieux et le miche de carton. — « 1° Le michet sérieux équivaut à V entreteneur... Dans un lieu déplaisir où les femmes sont nombreuses, les jeunes gens se disent souvent, comme un mot d'ordre : Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici arec son michet sérieux. Le même individu se désigne aussi par ce mot : Ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des jeux, vient du verbe Ponter (V. Ponter . — 2« Le michet de carton est un jeune homme bien élevé, qui fréquente les femmes entretenues. Il ne va jamais coucher chez elles, sauf durant les interrègnes des michets sérieux. En tout autre cas, sa maîtresse vient chez lui. Il ne donne que des cadeaux, paie à souper, à dîner dehors, à déjeuner chez lui. 11 conduit aux courses en voitures et au théâtre en petites loges de baignoires. Il ne Fort point dans la rue avec les femmes. Il les salue au bois d'un petit geste. » — Cadol. — 11 y a longtemps que le carton symbolise une apparence trompeuse. Saint-Simon appelait déjà le due du Maine un roi de carton % c'est-à-dire : un roi de caries. V. Carton, Miïel.

Midi (Il est) : Il n'est plus temps. — Date du temps où midi était l'heure du repas, celle où cessait toute affaire.

Mie de pain : Vermine (Vidocq . — Allusion à la démangeaison causée par une mie de pain égarée.

Miette (Une) : Un peu. — «Minute! je me chauffe les pattes une miette. » — Gavarni.

Mikel : Dupe •Vidocq . — C'est le nom de Michel,

dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Milord : On donne moins ce nom aux Anglais qu'à ceux dont les largesses rappellent l'opulence britannique. Au moyen âge, milourt avait déjà le même sens, avec une acception plus ironique encore. C'est, comme Anglais, un fruit de nos anciennes guerres.

— « Ce sont milourdz qui ne voulsissent point d'hosles avoir. » — Crétin, Épttre à Charles VIII. — « Et je vous attise un beau feu au dessoubs et vous flambons mon milourt comme on faict les barencs sorets h la cheminée. » — Rabelais, C7i., 14. — « Le gros tailleur se dit négociant. A sa tournure il n'est pas milord russe. » — Sénéchal, Ch., 1832. — « Être sur le boulevart de Gand, se donner un air milord. » — Ed. Lemoine.

Milord est souvent synonyme du miche sérieux décrit plus haut. Exemple : — « Le notaire est son milord. » — Balzac.

Milord : Cabriolet à quatre roues. — « On vote vingt-deux sous à Clémence pour un cabriolet milord. »

— Méry.

Mince : Papier à lettres (Vidocq). — Allusion d'épaisseur.

Minette : Mot d'amitié. Y. Chat. — « Oui, minette, je me calme. » — De Courcy.

Minotaure, risé : « Quand une femme est inconséquente, le mari serait, selon moi, minotaurisé. » — Balzac.

Minuit : Nègre (Vidocq). — Allusion à la couleur sombre de la nuit.

Minzinguin : « Le roi est un bon zigue qui protège les ininzinguins. » — Gabassol. — Y. Mannezingue.

Mioche, Mion : Bambin. — Mion est un mot de langue romane (Y. Roquefort) dont mioche serait le diminutif. — « C'est à moi que reviendra le droit d'être le parrain de tous les mioches. » — Bourget. — Y. Dardant.

Miradoi : Miroir (Yidocq). — Mirauder voulait dire autrefois regarder.

Mirette : Œil (id). — L'œil est un petit miroir.

Mirobolammext : Merveilleusement. — « A meubler mirobolamment sa maison. » — Balzac.

Mirobolant : Merveilleux. — « La cravate mirobo lante. » — Ed. Lemoine. — « Je me sens d'une incapacité mirobolante. » — Balzac.

Mirzale : Boucle d'oreille (Yidocq;. — Même construction que dans cabe, combrc, calvin. Une mirzale est mot à mot : ce qui mir-oite zà V oreille.

Misérable : Petit verre. Y. Monsieur.

Disloque : Comédie (Yidocq). — « Je joue la mislocq pour un fanandel en fine pégrenne. » — Balzac.

Molaxche : Laine (Yidocq). — Diminutif de molle.

Mitraille : Monnaie de cuivre. — On disait autrefois mit aille. V. Roquefort.

Mitre : Cachot (Yidocq). — Au moyen âge le mitre était le bourreau.

Mobile : Garde mobile. De 1848 à 1850, on a dit souvent la mobile, un mobile. — « Qui sait comment cela eût fini si la mobile ne s'en fût mêlée. Brave mo-

bile! « — L. Reybaud. — A la révolution de juillet on donnait déjà ce nom aux volontaires de la Charte.

— « Pour m'engager dans la mobile j'avons quitté veste, tablier. » — Patriote Bntcux, 1830.

Moka (Fort de) : V. Café.

Mollard : Graillon, expectoration laborieuse. Du vieux mot mollev : s'efforcer. Y. Roquefort.

Mome, Momignard, Momaque : Petit enfant. — Du vieux mot momme : grimace. Les petits enfants en font beaucoup. — On dit encore momerie. En ce sens momaque et momignard sont les diminutifs dont le second seul est pris en bonne part. — « Les rats dont nous voulons parler sont des mômes. » — Paillet. — « Elle entre avec un enfant dans un magasin et en faisant semblant de poser son momignard à terre. »

— Id.

Tire-momcs, momière : Sage-femme.

Momir : Accoucher d'un môme. — « Ma largue aboule de momir un momignard d'altèque qu'on trimbalera à la chique à six plombes et mèche, pour que le ratichon maquille son truc de la morgane et de la lance. » — Yidocq.

Monacos : « Honoré Y, mort de dépit en 1841, de» n'avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos, qui ne valaient qu'un sou. » — Yillemot. — Y. Coller.

Monant : Ami (Yidocq).

Monnaie! (Plus que ça de) : Exclamation admiratique équivalant à Quelle bonne fortune! — « Mon homme a la croix d'honneur. Pus que ça d' monnaie! »

— Ricard.

Monarque : Roi de cartes. — « Ou si c'est un roi qu'elle relève, elle s'écrie : Je pince le monarque. » — M. Alhoy.

Monarque : Pièce de monnaie. — Allusion à l'effigie royale. — « Il va nous donner quequ' vieux monarque pour y boire à la santé... » — Garanti.

Monocle : Lorgnon simple. — «Adapte donc un monocle à l'arcade de ton œil gauche J » — 3Iontépin.

Monseigneur : Pince à forcer les portes. — Jeu de mots. — Quelle est la porte ne s'ouvrant pas lorsqu'on annonce monseigneur? — Si, comme l'affirme M Fr. Miche!, on a dit autrefois Monseigneur Je Dauphin et par abréviation Dauffe, nous voyons encore là un calembour sur le dos fin de la pince qui permet son introduction. V. Caroubleur.

Monsieur : Entreteneur. V. Amant de eœur. — On ne peut pas parler à mademoiselle. Et le mosieur... n'y est pas? » — Gavarni. — « En argot de galanterie, le mot d'époux désigne l'entreteueur ; mais il n'est pas le seul. Suivant le degré de distinction d'une femme elle dit : mon époux, — mon homme, — mon monsieur, — mon vieux, — monsieur chose, — mon amant, — monsieur, — ou enfin monsieur un tel. — — Sauf dans la haute aristocratie où Ton dit : Monsieur un tel, ce mot mon époux est général, il se dit dans toutes les classes. » — Cadol.

Faire le monsieur : Trancher du maître, du fashionable. — « Sa suffisance le fait haïr, il l'ait le monsieur. » — Hilpert.

Monsieur : Mesure de capacité. — « Il existe de plus une certaine eau-de-vie dont le prix varie suivant la

grandeur des petits verres. Voici ce que nous lûmes sur une pancarte : Le monsieur, quatre sous; la de~ moiselle, deux sous; le misérable, un sou. » — G. de Nerval.

Monstre : Détestable, monstrueux, au figuré. V. Crapaud. — « J'en ai assez de vos monstres de concerts. » — P. de Kock, 1845.

Monstre : Colossal. — « Elle lui apporte un bouquet monstre. » — M. Alhoy.

Monstrico : Petit monstre. — « Ce petit monstrico! »

— Balzac.

Mont : Mont-de-Piété. — Abréviation. — «Elle tient comme qui dirait un petit mont bourgeois... elle prête sur gages et moins cher qu'au grand mont. » — E. Sue.

— V. Tante.

Montant : Pantalon. . — Le mot a été fait pour les anciennes culottes qui montaient assez haut. — V. Tirant.

Montmorency : A Paris, on appelle ainsi les cerises du nom de l'endroit où elles sont réputées. On dit de même Montreuil pour pêche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence pour orange. — Qi>i n'a entendu crier : « Vlà des mémorenci, trois sous la livre! »

Moquer comme de l'an 40 (S'en) : Sous-entendu, de l'an 40 de la République, c'est-à-dire d'un an qui n'arrivera point. Expression due sans doute aux royalistes. — « Je m'en moque comme de l'an 40 » — Jaime.

Monter le coup : Tromper. Y. Coup.

Monteur de coups : Faiseur. — « Je serai le seul

monteur de coups A qui tu r'pass'ras en arrière Tes gros sous, » — Festeau.

Monter sur la table : Avouer ses crimes et ceux de ses complices (Vidocq). — Il paraît y avoir une certaine relation d'origine entre manger le morceau et monter sur la table.

Monter des couleurs : Mentir. — « As-tu fini? Pour m'éprouver, tu veux monter des couleurs, belle Zaïre, mais cela ne va pas. » — Decourceile, 1840.

Morasse (Battre) : Crier à Fassassin. — Y. Battre.

Mordre (Ne pas) : Elre sans force, sans esprit ou sans talent. Y. Méchant.

Mort (Faire le) : Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu d'un quatrième partenaire imaginaire. — « Mais nous ne sommes que trois! — je ferai le mort. » — Achard.

Morgane : Sel (Vidocq). — DeMorganer. Y. Momir.

Morganer : Mordre (id.). — Mot de langue romane. Y. Roquefort (Mordant) .

Morfiller : Faire, manger. — Du mot de langue romane morficr : manger. Y. Du Cange. — Morfûlante : assiette. — « Calvi morfile sa dernière bouchée. » — Balzac. — V. Che'nc, Jaspincr.

Moricaud : Broc (Vidocq). — Allusion à la couleur noire que lui donne le vin.

Morillo : Chapeau à petits bords, l'opposé du bolivar. V. ce mot. — « C'était le temps de la lutte des républiques de l'Amérique méridionale contre le roi d'Espagne, de Bolivar contre Morillo. Les chapeaux à petits bords étaient royalistes et se nommaient des morillos; les libéraux portaient des chapeaux à larges bords qui s'appelaient des bolivars. » — V. Hugo,

2t4 LES EXCENTRICITES

Morne : Mouton (Vidocq). — Du vieux mot moraine ; laine. Y. Du Gange.

Morue : Femme abjecte. — « Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu'on vous fait trois francs ; j'en offre un franc, moi, et la mirchande m'appelle...

— Oui, madame, elle vous appelle., morue!» — Gavarni.

Mots (Avoir des) : Échanger des reproches. — « En rentrant du bal avec ton amant, vous avez eu des mots, et il t'a flanquée a la porte. » — Montépia.

Mouchailler, Moucharder : Espionner, dénoncer.

— En 1455, les gueux ou coquillards de Dijon disaient déjà mouschiér à la marine, pour dénoncer à la justice.

Mouchard, Mouche : Espion de police. — On connaît l'indiscrétion des mouches; elies se fourrent partout. — Dans une brochure de circonstance qui parut en 1625 fie Marchand arrivé sur les affaires du temps), on enjoint aux cabaretiers de frauder les droits de perception en ayant du vin chez leur voisin et n'allant en chercher que la nuit « pour nestre pas veuz des mouches de ce pais icy qui valent pire que des guespes d'Orléans. » — Dans ses Politiques, Vincent Cabot (Toulouse, -1636) traite, en son chapitre II, ce Des mouschar ds et escou te urs desquels les princes et les républiques se servent pour sçavoir les nouveautés et les entreprises. »

Moucharde : Lune. Y. Cafarde. — « Mais bientôt la patraque au clair de Ja moucharde nous reluque de loin. » — Vidocq.

Mouche : a Mouche, pour ceux qui ne compren-

draient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le môme sens. Y. Toc.

Faire mouche : Tirer assez juste pour que la balle s'applatisse sur un point noir (mouche), au centre de la cible. — « Eiles font mouche à tout coup et tuent les hirondelles au vol. » — A. Second.

Tuer les mouches au vol : Avoir une haleine infect?. — Si vous aviez le pouvoir de faire croire que la soubrette tue les mouches au vol, vous seriez joué demain. » — Balzac. — Y. Couper la gueule.

Xon, c'est que je me mouche, que je tousse : Réponse ironique faite à celui qui demande ia cause d'un bruit ou d'une chose qu'il aurait dû deviner. Dans cet exemple de Monselet : « Et maintenant regarde comment je me mouche! » on fait aussi entendre à l'interlocuteur que sa pénétration est en défaut.

Xe pas se moucher du pied : Agir grandement. — Mot à mot : en personne qui sait vivre et non comme le voyou qui se mouche dans ses doigts, pour effacer avec le pied la trace de la déjection qu'il a rejetée à terre. — « Mais c'est des artistes... qui ne se mouchent pas du pied. » — Désaugiers. — « Ce petit vin colorié Xe se mouche pas du pie. » — J. Moineaux. — « Quoi! ton amour contrefait déjà l'estropié. Crois-tu que je sois femme à me moucher du pie. » — Le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle.

Moucher : Boucher. Y. Esbrouffer. — Moucher : Corriger, remettre les gens à leur place. Mot à mot : éteindre leur insolence. — Moucher : Tuer, c'est-àdire éteindre la flamme de la vie. — « Aussi ne se passait-il guère d'heures qu'il n'y eût quelqu'un de

mouché, a — Mém. de Sully, seizième siècle. — « Je Tenfile par un coup droit. Encore un de mouché. » — Randon. — Du vieux mot muchicr : cacher, couvrir. V. Roquefort.

Moucheron : Enfant. — « La portière et son moucheron. » — Léonard, parodie, 1863.

Mouchettes (Des) : Non. — « Tu m'as volé! tu vas rendre! — Des mouchettes. » — Léonard, id.

Mouillante : Soupe (Vidocq). — Mouillante : Morue. — On sait que la morue trempe ordinairement dans des baquets d'eau.

Moule de gant : Soufflet. — La main est un moule de gant. — « Ne faut pas avoir un air, sans ça j' te repasse un moule de gants qui ne t'en restera pas une dent. » — 1844, Cat. poissard. — « Je lui donnai sur sa face un moule de gant. » — Rétif, 1783.

Mousse : — Excrément. — On s'injurie fréquemment dans le peuple par ces mots : Vent et mousse pour toi !

Mouscailler : Aller à la garde-robe (Vidocq). — De mousse.

Faire mousser : Louer immodérément. — « Celuici commande de longs articles dans lesquels il faut faire mousser les modistes en dix lignes. » — Roqueplan. » — Mousser : Écumer de rage. — « Ne moussez donc pas comme ça. » — Labiche. — Mousseux : Faisant de l'effet redondant. — « J'estime et j'honore celui qui est un peu mousseux dans sa façon de parler. » — La Bédollière.

Mouton : « En prison, le mouton est un mouchard qui paraît être sous le poids d'une méchante affaire et

dont l'habileté consiste à se faire prendre pour un ami. » — Balzac. — Allusion ironique à la fausse candeur de ces compères. — Moutonner : Dénoncer. V. Coqueur.

Moyambine : Y. Panama.

Muette : Conscience (Vidocq). — Mot inventé pour les hommes qui n'ont pas de conscience.

Muette : Exercice dans lequel, par espièglerie ou par antipathie pour un chef, les élèves de Saint-Cyr ne font pas résonner leurs fusils. — « Lorsque vient le tour de commandement d'un gradé ou d'un chef détesté, on convient de lui donner une muette. » — De la Barre.

Mufle, Miffe, fetox : Homme mal élevé, grossier. — Allusion au mufle d'un animal. — « Eh ! dis donc, la belle blonde, tu vas quitter ces deux muffles et t'en venir avec moi. » — E. Sue. — «Vois-tu, muffeton? lui disait la dame. » — G. de Nerval. — V. Balancer.

Musardine : Habitué femelle des Concerls-Musards, de 1858 à 1860. — « On dit une musardine, comme jadis on disait une lorette. — A. Second.

Musette : V. Piper, Couper.

Musicien : Dénonciateur. — Allusion au bruit de la musique. V. Coqueur.

Musiciens : Haricots. — Allusion au bruit des vents qu'ils forment dans les entrailles.

Nageoir : Poisson (Vidocq).

Nageoire : Favori large s'écartant de la joue comme

une nageoire de poisson. — « L'ampleur de ses favoris qu'il persiste à appeler des nageoires, a — M. Saint-Hilaire.

Naturalibus (In) : Dans l'état de nature, nu. — « Mon Joseph eut avec elle un tête-à-tête in naturalibus. » — Beaufort, Elle et Moi, Troyes, an VIII. — « L'autre regardant à l'horizon in naturalibus. » — Commerson.

Navets (Des) : Non. — « Est-ce que j'en suis? — Toi, mon bonhomme, beaucoup de navets! » — Montépin. — « M'exposer à Saint-Lazare pour ça... Des navels ! » — Jaime.

Naze, Nazicot, Nazaret : Nez. — Mot de langue romane. V. Dariole.

Nèfles (Des) : Même signification. — « Souper avec vous, des nèfles ! Les panés, il n'en faut pas. » — Les Cocotes, 1864.

Négociait : « Allons nous promener, faisons les négociants. — Terme suprême du matelot pour exprimer un homme qui n'a rien à foire. » — Phys. du Matelot, 1843.

Négresse : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Négresse : Punaise. — « Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu'i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers. » — Lecart, CJi., 1851. — Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu'on appelle grenadiers des soldats d'élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Xéxais, Nénet : Sein. — « Tenez, mon cœur, voilà le corset, ajustez-moi ça sur mes nenets. » — Ricard.

— « Petite maman s'est fait des nénais avec du coton. »

— Gavarni.

XÉo-cATHouçuE, TsÉo : « Je passai ensuite en revue les diverses sectes de néo-chrétiens dont Paris était inondé. Il y avait les néo-chrétiens du journal V Avenir, les nêo-chretiens de M. Gustave Drouineau, les néo catholiques et une foule d'autres, tous possédant le dernier mot du problème social et religieux. »

— L. Reybaud, 1843.

Xep : Voleur brocantant de fausses décorations (VIdocq)..

?>i:ttoyer : Ruiner, voler. Y. Li:agc.

Xez (Faire son) : Montrer son désappointement. — « Nous nous sommes payé le billard, j'en ai rendu vingt- €inq de trente à Lahure, qui faisait un nez aussi long que sa queue de billard. » — Yoizo, Ch.

Se rougir, se piquer le nez : S'enivrer. — Un nez piqué rougit, et on sait qu'un nez rouge pronostique souvent l'ivresse. — « Elle prend sa volée Pour se rougir le nez. De la Californie elle revient pompette. »

— Chansons, Guéret, 1851. — « Qui ne s'est pas piqué le nez une pauvre fois dans sa vie? » — Grevai.

Nez qui a coûté cher à mettre en couleur : Nez dont la teinte rubiconde atteste que son porteur a payé plus d'une bouteille.

Avoir dans le nez . Détester quelqu'un. — Mot à mot : être infecté par ses actes, par ses manières. — C'est ainsi qu'on appelle puant un homme qu'on ne peut supporter. V. Macaron.

Saigner du nez : Rester sans combattre. — Mot à.

mot : saigner du nez au !ieu de saigner du bras. — « Sa grande colère de voir que les sans-culoltes saignent du nez quand il faut frapper. » — 1793, Hébert.

Se casser le ntz : Trouver porte close.

Nirergue, Niente : Rien. — Ce dernier est un mot de langue romane. Y. Roquefort. — La négation Bernique paraît avoir fourni un anagramme dans Nibergue. V. Litrer.

Ni code me, Nicdouille, NiGAUDiNos : Nigaud. Le dernier mot vient du nom d'un personnage du Pied de Mouton, féerie de Marti nvi lie, 1806. — « Vous vous êtes en allé fâché, désespéré, nigaudinos. » — Balzac. — « Tais-toi donc, nicdouille. » — Phys. du Matelot, 1843. — « Va-t'en, grand nicodème, avec ton air dindon. » — Decourcelle, 1832.

Nini, c'est fini : Formule négative, dont on épelle pour ainsi dire le premier mot. — « Ne me parlez plus de rien.., n, i, ni, fini. >; — Rousseliana, 1805. — « N, i, n, i, c'est fini, plus de Malvina. » — L. Reybaud.

Nini, Niniche ■ Mot d'amitié. Diminutif d'Eugénie.

— « Quand maman aime bien petit papa, elle appelle petit papa ma niniche. » — Gavarni.

Niolle, Niolleur : « Un niolle est un chapeau d'homme retapé. Les niolleurs sont les marchands de vieux chapeaux. » — Mornand.

Niort (Aller à) : Nier. —Jeu de mots. — « Je vois tien qu'il n'y a pas moyen d'aller à Niort. >x — Canler.

— V. Flacul

Nisco, Nix : Non. — Nisco est un diminutif du vieux mot nis : pas un. Y. Roquefort. — Nix est un

germanisme. — « Nisco, mon Jésus. » — Festeau. — « Fût-il un phénix, Nix. » — Désaugiers.

Noce : Débauche. — Allusion aux excès qui accompagnent les noces de campagne. — « Vlà deux jours que je fais la noce. » — H. Monnier. — « Pour y refaire leur santé délabrée par la noce. » — De Lynol.

Pfocer : Faire la noce. — « Est-ce que tu as noce aujourd'hui? — Noce! ah bien oui! » — E. Sue. — -

Être de la noce : Avoir de l'argent, c'est-à-dire les moyens de faire la noce. — N'être pas à la noce : Etre dans une position critique. — « Il y a eu un moment où je n'étais pas à la noce. » — E. Sue. — Noceur : Débauché. — « Ce grand noceur de Louis XV. » — La Bédollière. — « Chaque aimable danseur m'appelle la noceuse. La noce est mon bonheur. » — Aubry,

Noeud (Filer son) : Partir. Terme de marine. — « Viens-tu! ou je file mon nœud. » — H. Monnier.

Noir : Café. — Allusion de couleur. — « Je paie le noir et je m'enfile de douze sous. » — Monselet.

Nom d'un! Nom d'un nom! Nom d'une pipe! Nom d'unpetltbonhomme! nom d'un tonnerre! — Juronsinnocents chargés d'exprimer la colère, la surprise ou l'admiration. — « 86,000 fr. par an! Nom d'un petit bonhomme! c'est joli. » — L. Reybaud. — Nom d'un petit bonhomme est une allusion aux statuettes qui représentent le Christ. — « Nom d'une pipe! si vous m'approchez... » — Mélesville, 1830.

Nonne (Faire) : Faire un attroupement simulé pour aider à un vol (Vidocq). — Mot à mot : faire le neuvième. — Du vieux mot nonne. V. Roquefort.

Nonneur : Compère de voleur à la tire.

Nourrir : Préparer de longue main. — « Ce garçon qui devait avoir nourri ce poupon (complotté ce crime) pendant un mois. » — Balzac.

Nourrïsseur : « Les nourrisseurs préparent et nourrissent une affaire; ils savent le moment où le rentier touche sa rente et les jours de rentrée du négociant; ils étudient la maison et les habitudes des gens qu'ils veulent faire voler. » A. Monnier. — Y. Cambriolleur.

Noyaux : Les pièces de monnaie. — Du vieux mot noiau : bouton d'habit. V. Roquefort. — « Le sacré violon qu'avait joué faux, Voulut me demander des noyaux. » — Vadé, 1760. — « Tu jouis des noyaux du défunt banqu'rout'mard. » — Festeau.

Numéro un, Premier numéro : Premier par ordre de mérite. — « C'est de la folie à l'état de numéro un. » — Janin. — « Une lanterne premier numéro et d'un tel reflet qu'on dirait un phare. » — Deslys.

Bon numéro : « Deux papas très-bien, ce sont deux papas d'un bon numéro. Comprenez- vous? — Pas trop.

— Deux pères parfaitement ridicules en leur genre. »

— Th. Gautier.

Aller au numéro cent : Se rendre aux lieux d'aisance.

— Calembour. C'est le numéro qui sent le plus. Connaître le numéro de quelqu'un : Etre fixé sur sa

valeur morale. — « Je sais d'où tu viens, je sais par où tu as passé, je connais tous tes numéros. » — Ces Dames, 1860.

Numéro sept : Crochet de chiffonnier. — Allusion de forme.

Obéliscal : Merveilleux. — Date du transport de l'obélisque de la place de la Concorde. — « Admirable! pyramidal! obéliscal! » — 1&45, Almanach de la Polka*

Objet : Amante, objet de la flamme amoureuse. — « Il apprend que le cher père A cloîtré son objet. » Désaugiers. — « Quand on aime, on aime tout de son objet. )> — Balzac.

Occase : Occasion. — « Deux francs cinquante de bénef, profitez de l'occase. — A. Second.

D'occasion : De mince valeur. — Allusion. — On dit : une vertu, un héros d'occasion, — « Ces Desgrieux de carton, ces Lucien de Rubempré d'occasion. » — Delvau. — « Maria, qui se case, Au mois, Fait sa tête d'occase, Parfois. — Ce couplet, extrait du Prado, de P. d'Anglemont . 1846, peut se traduire ainsi en langue vulgaire : Maria, à laquelle un amant paie chaque mois son entretien, fait parfois sa tête d'occasion, c'est-à-dire sans avoir de quoi légitimer cet orgueil.

Ocréa : Soulier. Les élèves de l'École de Saint-Cyr font seuls cet emprunt au grec. — « Le pauvre Saint- Cyrien portant des ocréas. » — Souvenirs de Saint- Cyr.

Œ\t : Crédit. — Noté comme terme d'argot dans le Dictionnaire du Cartouche de Grandval, 1827. — « Je vous offre le vin blanc chez Toitot; — j'ai l'œil. »

— Chenu. — « La mère Bricherie n'entend pas raillerie à l'article du crédit. Plutôt que de faire deux sous d'œil, elle préférerait, etc. s — P. d'Anglemont. — «En m'achetant à l'œil ma plus belle marée. » — Ricard.

— Ouvrir Vœil : Accorder du crédit. — « La fruitière

n'a jamais voulu ouvrir d'œil : elle dit qu'elle a déjà perdu avec des artistes. » Chamfleury. — Fermer Vœil : Ne plus vouloir accorder de crédit. — Donner dans Vœil : P;aire, fasciner. — « Ma personne avait peine à te donner dans l'œil. « — Le Rapatriage, dix-huitième siècle. — Avoir de Vœil, Tirer Vœil : Produire de l'effet. — Terme d'impression. Qn dit aussi en parlant d'un tableau à effet qu'il a de Vœil. — « La chose a de l'œil. C'est léger, mais c'est trop léger. — A. Sclioll. — « Aux provinciaux que l'œil de son ouvrage a attirés chez lui. » — P. Borel. — Faire Vœil : « Le faiseur d'œil n'a pas de prétention positive. II promèn sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux; il a toujours l'air d'un Européen lâché au milieu d'un sérail... Pourtant aucune femme n'est le point de mire de cette fusillade de regards. C'est au sexe entier qu'il en veut. Il fait l'œil, et voilà tout. » — Roqueplan. — V. Américain. — Ouvrir Vœil : Surveiller attentivement. — Se battre Vœil, la paupière : Se moquer. — « Gilles. Ah! fussiez-vous elle! — Isabelle. Ton maître s'en bat l'œil. » — Le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle. — « Que Condé soit trompé par le duc d'Anjou, je m'en bats l'œil! » — A. Dumas. — Mon œil ! Synonyme de Des fadeurs ! Des navets! V. ces mots. — « Quand le démonstrateur expose la formation des bancs de charbon de terre, mon voisin s'écrie avec un atticisme parfait : Oui ! mon œil! Au système du soulèvement des montagnes, il répond triomphalement : « Oui ! Garibaldi! » — E. VilJetard. — Cette expression est typique. Dès qu'une chose est à la mode au point d'accaparer toutes les conversations, les Parisiens procèdent eux-mêmes contre leur engouement, et font de son objet une dé-

négation railleuse essentiellement variable. C'est ainsi qu'après les événements d'Italie, on a dit : Oui! Garibaldi! — Auparavant, on disait : Oui! les lanciers! parce que cette danse avait envahi les salons. — Taper de l'œil : « Dormir profondément. » — D haute!, 1808. — « Monsieur, faites pas tant de bruit, je vais taper de l'œil. » — Vidal, 1833. — « Si nous tapions de l'œil? Ma foi! j'ai sommeil. » — L. Gozlan. — Tourner, tortiller de Y œil : Mourir. Y. Dhautel, 1808. — « J'aime mieux tourner la salade que de tourner de l'œil. » — Commerson. — « J' voudrais ben m'en aller, dit le pot de terre en râlant. Bonsoir, voisin, tu peux tortiller de l'œil.» — Thuillier, Ch. — Pas plus que dans mon œil. V. Braise. — OEil de verre: Lorgnon. — « Ces mirliflors aux escarpins vernis, Aux yeux de verre. » — Festeau. — Quart d'œil : Commissaire de police.

Œuf (Plein comme un) : Soûl. — Casser son œuf : Faire une fausse couche.

Ogre : Agent de remplacement. Allusion à leur trafic de chair humaine. — Ogre : Usurier. — Ogresse : Marchande à la toilette (Vidocq). — Allusion à leur avidité. — Ogre :« Les chiffonniers donnent ce nom à celui qui leur achète le produit de leurs recherches nocturnes, en détail et par hottes, pour les revendre en gros, après un triage minutieux et intelligent. Ordinairement, on ne devient ogre qu'après avoir passé par tous les degrés de l'état de chiffonnier. Il fut un temps, il est vrai, où ce nom était synonyme d'exploiteur et même de receleur. Dans ce but, Y ogre possédait à côté de son établissement d'achat de chiffons un débit de liqueurs qu'il faisait gérer par un affidé

2iG LES EXCENTRICITÉS

ou un compère ; il y recevait clandestinement des malfaiteurs qui apportaient là les produits de leurs rapines. » — Castillon.

Oignon : Montre (Vidocq). — Allusion de forme. — Aux petits oignons : Très-bien. — On sait combien le peuple aime ce légume. — On dit par abréviation : Aux petits oignes ! — Y. Aux pommes. — Il y a de V oignon : Il y a du grabuge. — Allusion aux pleurs que l'oignon fait verser. — « S' prend' de bec c'est la mode, Et souvent il y a de l'oignon. — Dnpeuty.

Oiseaux (Aux) : Très-bien. — s Il est meublé aux oiseaux. » — Balzac. — « Pour exprimer qu'un homme est très-bien fait, qu'une femme est très-belle, on dit qu'ils sont aux oiseaux. » — 1808, Dfrautel.

Oiseau : Triste personnage. Y. Dhautel. — « Minute! quel est c't oiseau-là? » — Léonard, parodie, 1863.

— Oiseau fatal : Corbeau (Yidocq). — On sait que le corbeau est pour le peuple un mauvais présage.

Ombre (Mettre à 1') : Tuer. — « Ici Yautrin se leva, se mit en garde et fit le mouvement d'un maître d'armes qui se fend. — Et à l'ombre! ajouta-t-il. » — Baizac.

A V ombre : En prison. — Le soleil n'y donne guère.

— « Quand on aura mis à l'ombre tous les Jeanfoutres. » — 1793, Hébert. — Y. Brûler.

Omelette : Mystification militaire en usage à Saint- Cyr. — « Yoici en quoi consiste le supplice de l'omelette : Au milieu de votre sommeil quatre vigoureux anciens saisissent votre -lit et le retournent comme une omelette. » — R. de la Barre. — L omelette de sac consiste à bouleverser le havre-sac de celui qu'on veut ennuyer.

Omnibus : Prostituée, femme se donnant à tous. — « On y remarque aussi quelques femmes jeunes encore, pauvres beautés omnibus. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

Omnibus de coni : Corbillard (Vidocq). — Mot à mot : voiture de mort. — Omnibus rappelle que tous doivent faire un jour le voyage.

Oncle : « Où prendras-tu de l'argent? dit- elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l'oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l'usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » — Balzac.

Orange : « La pomme de terre est aussitôt saluée par l'argot d'orange à cochons. » — Balzac.

Oreillard : Ane (Yidocq). — Allusion d'oreilles.

Orléans : Yinaigre (kl.)- — Orléans est la patrie du vinaigre.

Ornie : Poule (id.). — Du grec omis. — Ornichon : Poulet. — Ornion : Chapon. — Ornie de balle : Poule d'Inde.

Orphelin ■ Orfèvre (Vidocq). — Corruption du même mot.

Les Orphelins de muraille sont des factionnaires. Y. ce mot. — L'abandon de leurs auteurs leur a fait donner ce nom. — Orphelins : « C'est sous ce nom que l'on veut dire en argot : ,une bande de voleurs. » — A. Durantin.

Orteil (Chelinguer de 1') : Sentir mauvais des pieds.

Os : « Dans la langue populaire parisienne, on appelle os le numéraire. » — Mornand. — « Il faut

2iS LES EXCENTRICITES

cependant que je lui donne de l'os. » — Lynol. — Pourquoi ne dirait-on pas au figuré, de Vos, comme on dit du nerf, pour désigner aussi l'argent?

Ouiche : Oui, pris dans un sens ironique. — « Croyezvous qu'il viendra me chercher? — Ah bien! ouiche ! »

— About.

Ours : Homme d'humeur brusque et sauvage.

Ours ; k Ancien compagnon pressier que, dans leur argot typographique, les ouvriers chargés d'assembler les lettres appellent un Ours. Le mouvement de va-etvient qui ressemble assez à celui d'un ours en cage, par lequel les pressiers se portent de l'encrier à la presse, leur a valu sans doute ce sobriquet. » — Balzac.

— Richelct et Dhautel ont donné ce mot.

Ours : Salle de police. — « Je fus passer deux jours dans un lieu ténébreux qu'on appelle l'Ours. »

— Souvenirs de Saint-Cyr.

Ours : « Tout le monde se souvient de cette farce désopilante appelée VOurs et le Pacha. Le père Brunet représentait le pacha blasé qui veut qu'on l'amuse; Odry jouait le montreur de bêtes, répétant à tout propos « Prenez mon ours! » Ces trois mots obtinrent une telle vogue au théâtre, que les directeurs, à l'aspect d'un auteur qui tenait un manuscrit, lui disaient de loin : Vous voulez m'amuser, vous m'apportez votre ours. — C'est une pièce charmante faite pour votre théâtre, répondait l'auteur. — C'est bien ce que je pensais, prenez mon ours! — Depuis ce temps, Tours est un vaudeville ou un mélodrame qui a vieilli dans les cartons. » — J. Duflot.

Envoyer à Vours ; Envoyer promener. — Mot à mot :

envoyer voir l'ours du Jardin des Plantes, où se rendent d'ordinaire beaucoup de flâneurs.

Ourson : Bonnet à poil d'ours. — « J'allais me coiffer de l'ourson dévoulu aux voltigeurs. » — L. Reybaud.

Outils : Instruments de voleur. Y. Vague. Outil de besoin : Mauvais souteneur (Bailly). Ouvrage : Vol. — Ouvrier : Voleur (Yidocq).

P (il y a du) : Il y a du danger, la police est proche fDict. d'argot, 1844). — On a probablement pris la première lettre du mot Police. — Faire le P : Faire mauvaise mine (Grandval, 1827).

Pacquelix. lixage, lixeur, lixer : Ces quatre mots répondent en argot à Pays, Voyage, Voyageur et Voyager (Yidocq). — On trouve dans Bailly les formes Paclin, Patelin, Pasquelin.

Paf : Ivre. Abréviation de Paffé. — « Yous avez été joliment paf hier. » — Balzac.

Paffer, empaffer .-.Enivrer. — «Au milieu de cette plèbe bariolée qui se paffe de vin bleu. » — Delvau.

— « Nous allons à la Courtille nous fourrer du vin sous le nez, quand nous sommes bien empaffés. »

— Vidal, 1833. — Viennent de Paf qui représentait au dix-huitième siècle la goutte d'aujourd'hui; comme elle, paf s'appliquait surtout à l'eau-de-vie. En voici de nombreux exemples. — « Viens plutôt d'amitié boire nous trois un coup de paffe. » — Yadé, 1758. — « Voulez-vous boire eune goutte de paf. — J' voulons bien. — Saint-Jean, va nous chercher d'misequier d' rogome. » — 1756, l'Écluse. — « Il m' proposit le paf. Ça me partit au cœur si bien, que j'y allis...

dans une tabagie de la rue des Boucheries, où que j' hure du ratafia après le coco, » — Rétif, 177e Con* tcmp., 1783. — Il doit y avoir parenté entre le paf du dix -huitième siècle et Veau d'aff de l'argot moderne.

— « Tu vas me paver l'eau d'aff ou je te fais danser. »

— E. Sue.

Paffe : Soulier. Y. Gouêpeur, Empaffe. — Dans le dictionnaire du Cartouche de 1827, nous trouvons : Passans, passifs : Souliers. — Le second mot est un diminutif. Le premier semble faire allusion à la mission voyageuse du soulier. Paffe ne serait-il pas une abréviation de passif?

Pagne : Secours envoyé à un détenu par un ami. (Vidocq).

Paillasse : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass', mon ami, N' saut' pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

Paillasse : Ventre. — La paille s'en échappe comme les intestins. — « Il s'est fait crever la paillasse, il s'est fait tuer. » — Dhautel, 1808.

Paillasse de corps- de-garde : Prostituée de dernier ordre. Comme les paillasses de corps-de garde, elle changent continuellement de coucheurs.

De là, le nom de Paillasson donné aux hommes qui fréquentent les filles publiques, sans néanmoins être leurs souteneurs. — « Chaque soir sur 1' boul'vart, Ma p'tite femm' fait son trimar ; Mais, si el' s' porte s' 1' paillasson, J' lui coup' la respiration. J' suis poisson. » — Ancienne chanson d'argot.

Paille : Dentelle (Vidocq). — Allusion à sa légèreté.

Paille au cul (Avoir la) : Être mis à la réforme. On sait qu'on expose, après y avoir attaché un bouchon de paille, les objets dont on veut se défaire isolément.— « La paille au cul, repassez la frontière, Cafards Bourbons. » — La Paille au cul, ch., 1832.

Paille de fer : Dans le récit d'un combat, H. Monnier fait dire à un vieux sergent : « A toi, à moi la paille de fer. » — Allusion singulièrement pittoresque au hasard qui expose chaque combattant à un coup mortel. N'est-ce pas un vrai jeu de courte-paille? — Seulement, les fétus sont des pointes meurtrières.

Homme de paille : Homme étranger aux choses accomplies sous la responsabilité de son nom.

Paillon : Cuivre (Vidocq). — Allusion de couleur.

Paix? (Et du) : As-tu ou Ai-je de quoi manger? — Donnez des conseils à un malheureux affamé, il vous ramène à la question par ces mots qui en résument toute Yimmédiativité : Et du pain? — Gavarni montre un masque abordant avec ces mots un domino femelle, qui l'attend, binocle sur les yeux : « Pus qu' ça de lorgnon... Et du pain? » — La question déchire d'un seul coup les faux dehors de cette femme élégante qui n'a peut-être pas dîné pour acheter des gants.

Faire passer le goût du pain : Tuer. On trouva Perdre le goût du pain (Mourir) dans le Dictionnaire comique de Leroux. Y. Claquer. — « Tous les jean-f

qui voulaient faire perdre le goût du pain aux braves montagnards. » — 1793, Hébert. — « Via la guillotine qui se met à jouer. On enlève le goût du pain au monde. » — H. Monnier.

Pallas (Faire) : Faire des façons, des embarras. —

L'argot paraît s'être piqué là de certaines connaissances mythologiques, car Minerve faisait parfois la renchérie. — « Au pré finira ton histoire, et là l'on n'y fait plus pallas. » — Vidocq.

Pallot : Paysan (Vidocq). — Au moyen âge, pâlot signifiait bêche. V. Roquefort.

Palper : Toucher de l'argent (Dhautel, 1808).

Palpitant : Cœur ému. V. Coquer, Battant.

Pana, Panailleux : « Vieux pana se dit d'un homme avare, laid et âgé, qui se laisse difficilement ruiner par les lorettes. Les panas s'emploient dans le Dictionnaire de la Curiosité comme exemple de tessons, de loques, de débris de toutes sortes, et ceux qui les vendent sont des panailleux. » — Champfleury. — Pana est une forme de panne. — Panailleux viendrait plutôt du vieux mot penaille : guenille.

Panade : Sans consistance. — Allusion à la soupe de ce nom. — « Notre gouvernement est joliment panade l » — Ricard.

Panade : Chose sans valeur (Vidocq). — De Panne.

Panama : Chapeau tressé avec des joncs que nos fabriques vont chercher à Panama. — « J'ai dû chanter contre la crinoline et m'égayer aux frais du panama. » — J. Choux. — De 1858 à 1860, le panama fut à la mode. Une société dite des Moyabambincs se forma pour l'exploiter, ce qu'il faut savoir pour comprendre cet exemple : « Que de coquins coiffés de moyambines (sic). » — Id.

Panier : Voiture basse en osier, à la mode vers 1860. — «Ange! tu m'as transporté. Si une calvitie invétérée ne te fait pas peur, je suis homme à mettre

à tes pieds un panier en pur osier. » — Les Pieds qui r muent, 1864.

Panier à salade : « Geôle roulante appelée par le peuple dans son langage énergique des paniers à salade... Voiture à caisse jaune montée sur deux roues et divisée en deux compartiments séparés par une grille en fer treillissé... Ce surnom de panier à salade vient de ce que primitivement la voiture étant à claire-voie de tous les côtés, les prisonniers devaient y être secoués absolument comme des salades. » — Balzac.

Panier à deux anses : Y. Anses.

Panne : Misère. — « Il est dans la panne et la maladie. » — Ricard.

Panne ; Misérable. — « Ça marche sur ses tiges, ben sûr! Pas pus de braise que dans mon œil. Ohé! panne! panne! » — Ricard. — Du vieux verbe pannir : priver, retrancher, voler. Y. Roquefort.

Panoufle : Perruque (Yidocq). — Du vieux mot panufle : guenille. Y. Du Cange.

Pante, Pantre, Pantinois : Bourgeois bon à exploiter ou à voler. — Pante et Pantre sont des formes abrégées de Pantinois et Pantruchois, c'est-à-dire : bourgeois de Pantin ou Pantruchc (Paris). On sait que la grande ville est pour les voleurs un séjour de prédilection. — « J'ai reniflé des pantes rupins. » — Paillet. — Y. Lever.

Pantin : « Pantin, c'est le Paris obscur, quelquesuns disaient le Paris canaille, mais ce dernier s'appelle en argot, Pantruche. » — G. de Nerval. — Cette définition manque de justesse. Pantin est Paris tout entier, laid ou beau, riche ou obscur. — Étymologie incer-

23i LES EXCENTRICITES

taine. Peut-être le peuple a-t-il donné à Paris, par un caprice ironique, le nom d'un village de sa banlieue (Pantin). — V. Pré.

Dans le goût de Pantin : A la mode de Paris, et, par extension, très-bien. — « Là! v'ià qu'est arrangé dans le goût de Pantin. » — Zombach, Chansons.

Pantoufle (Et cœtera) : Injure peu traduisible. Pour la comprendre, il faut savoir qu'on appelle aussi c-n pantoufle un homme nul, sans énergie, qui n'a rien de viril. — « L'animal le traitait alors de fainéant, de poule mouillée et d'et cœtera pantoufle. » — L. Desnoyer. — « Et cœtera pantoufle : Quolibet dont on se sert lorsqu'un ouvrage pénible et ennuyeux vient à être terminé. » — Dhautel, 1808.

Paxturne : Fille de mauvaises mœurs. — Grandval.

Papa (à la) : Supérieurement. — Le père est maître au logis. — « On nous aura requinqués à la papa... Tu riras là, mais j" dis à la papa... Ou sinon d' ça j' te brosse à la papa... » — Le Casse-Gueule, ch., 1841. — « Il va nous juger ça à la papa. » — Désaugiers»

Pape (Soldat du) : Mauvais soldat. — « Soldais du pape, méchantes troupes. Machiavel a dit que les compagnies de l'église sont le déshonneur de la gendarmerie. » — Le Duchat, 1738. — Le terme remonterait donc au seizième siècle. — « Vous êtes bien des soldats du pape. Est-ce .que par hasard un jupon vous ferait peur? » — L. Reybaud.

Papelard : Papier (Vidocq). Corruption de mot.

Papillon : Blanchisseur (id.).— Comme le papillon, il arrive de la campagne, et ses ailes blanches sont

représentées par les paquets de linge qu'il porte sur le dos.

Papillonneur : Voleur exploitant les voitures des blanchisseurs qui apportent le linge à Paris (id.).

Paquecin: « Ne faut-il pas que baluchons et pacquecins (paquets) disparaissent subitement comme dans une féerie? Personne n'égale le cambrioleur dans l'art de déménager sans bruit. » — A. Monnier.

Paquets (Faire des) : Médire, Tricher en interpolant des cartes préparées dans son jeu.

Parade (Défiler la) : Mourir. — « Alors tout Y monde défile à c'te parade d'où Ton ne revient pas sur ses pieds. » — Balzac.

Paradis (Porter en) : « Vous voulez parler du coup de poing. — Oui; oh! le beau jeune homme ne portera pas cela en paradis, allez ! » — Ricard. -— C'està-dire : Il me le paiera avant sa mort.

Paralance : Parapluie. Y. Lance.

Parisien : Matelot indiscipliné et négligent. — «Ah! mille noms ! faut-il être Parisien! j'ai oublié l'ampoulette! » — Phys. du Matelot, 1843.

Parler papier : Écrire. — « C'est lui qui parle papier pour moi à mon oncle. » — Vidal, 1833.

Parlotte : Lieu où l'on commère. — « La Chambre des députés n'est plus qu'une buvetle, un cercle> une parlotte. » — Alph. Karr.

Paroissien : Individu. — « Que de paroissiens fameux dont il ne serait plus question par ici, si un homme de talent n'était là pour leur y tailler une couronne de n'importe quoi sur la mémoire! » — Gavarni.

Parrain : Témoin. — Allusion à la fonction du parrainage qui consiste à donner votre nom, à faire constater votre identité. — Parrain fargueur : Témoin à charge. — Parrain d'altèquc : Témoin à décharge. — « Des parrains aboulés dans le burlin du quart d'œil ont bonni qu'ils reconobraient ma frime pour l'avoir allumée sur la placarde du fourmilion, au momoment du grinchissage. » — Vidocq. — V. Estourbir.

Parterre (Prendre un billet de) : Tomber. — Calembour.

Parti : Ivre, endormi. — «Allons, les voilàpartis. dit Vautrin en remuant la tête du père Goriot et celle d'Eugène. » — Balzac.

Particulier : Individu. Pris souvent en mauvaise part. — « Ah ça! mais vous êtes donc un particulier dépourvu de toute espèce de délicatesse. » — L. Reybaud.

Particulière : Fille suspecte. — « Les mauvaises têtes du quartier qui tiraient la savate pour les particulières de la rue d'Angoulême. » — Ricard. — « Voilà qu'un mouchard m'amène une particulière assez gentille. » — Vidal, 1833.

Particulière : Maîtresse. — « Ce terme, si trivial en apparence, appartient à la galanterie la plus raffinée et remonte aux bergers du Lignon. On lit à chaque instant daus VAstrée : Particulariser une dame, en faire sa particulière dame, pour lui adresser ses hommages. Ces locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des amants à nos soldats, qui n'ont fait que les abréger, fi — Laveaux.

Dans l'armée, particulier et particulière sont synonymes de bourgeois et bourgeoise.

Parties : « La fille à parties n'est qu'une prostituée en carte ou isolée, mais avec plus de formes... Si elle se fait suivre par sa tournure élégante ou par un coup d'œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s'arrête à la porte d'une maison ordinairement de belle apparence ; là, e'ie attend son monsieur, elle s'explique ouvertement avec lui, et s'il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l'on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison. » — F. Bérand. — Le théâtre de celte rencontre se nomme maison à parties ou maison de passe. — L'acte des clientes est qualifié de passe ou passade. — C'est un terme qui remonte au dix -huitième siècle.

Pas (Ne), Ne rien : Négation est ironiquement prise pour une affirmation dans le peuple de Paris. — « Ernest : Avec qui que tu veux que je soye donc? — Eugène : Merci, tu n'es pas rageur. » — Monselet. — On dit de même : 77 n'est pas cliien i-our il est avare ; il n'est rien dégoûté pour il est difficile.

Pas (Sauter le) : Mourir (Dhautel, 1808). — «Un étudiant dans sa mansarde, Disposait de sa dernière barde, Puis après, voulait sauter le pas. » — Chanson. — Y. Amant.

Pas Graxd'chose : Personne de médiocre vertu. — « Tu as filé avec ta pas grand'chose.» — P. de Kock.

Passacailler : Supplanter (Vidocq).

Passe : Guillotine. \ . Gerber. — Allusion à la passe

de la fatale lunette.— Passe-crick: Passe-port (Vidocq). — Passe-lance : Bateau (id.) V. Lance. — Passe-singe : Roué (id.), homme dépassant un singe en malice.

Passer au bleu : Disparaître. — « Plus d'un jaunet passe au bleu. » — Jouvet, Chansons. — Équivoque basée sur un procédé de blanchissage. V. Laver, Nettoyer, L,essiver. — La passer douce : Vivre à Taise. — On sous-entend wc. — Se passer de belle : Ne pas recevoir sa part de vol (Vidocq).

Passer la jambe : Donner un croc-en-jambes, et par extension, supplanter. — Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la jambe. » — Vidal. 1833. — Passer la jambe àThomas (V. ce mot), c'est, dans l'armée, être de corvée pour l'enlèvement des goguenots. — Allusion à l'action de les renverser dans les latrines.

Passant, Passif, Passifle : Soulier. — Passifleur : Cordonnier. — Le soulier sert à faire des pas.

Passions (A) : « Vous êtes trop jeune pour bien connaître Paris; vous saurez plus tard qu'il s'y rencontre ce que nous nommons des hommes à passions. Ces gens-là n'ont soif que d'une certaine eau prise à une certaine fontaine, et souvent croupie. » — Balzac, Père Goriot.

Pastiquer : Passer. — Corruption de mott V. Abadis.

Patafioler : Confondre. -— « Aux gardes du commerce!... Que le bon Dieu les patafiole!... » — Gavarni. — V. pour l'étymologie de ce mot le Magasin pittoresque, t. II, p. 247.

Patapouf : Gros homme soufflant plus qu'il ne respire. — Onomatopée.

Patard : Monnaie de billon — En 1808, on donnait ce nom à un gros sou double. V. DhauteL — Le patar était une monnaie flamande qui valait un sou au quinzième siècle. Y. Du Cange.

Pâtée : Correction. — « Il avait voulu manger un grand gaillard. Aussi a-t-il reçu une pâtée. » — Delagny, les Souteneurs, 1861.

Pâtissier (Sale) : Homme malpropre. Y. Boulette,

Patraque : Patrouille (Yidoeq). — Jeu de mots ironique. — On sait que les anciennes patrouilles étaient peu redoutables; elles marchaient aussi mal qu'une patraque. Y. Moucharde.

Patraque : Montre bonne ou mauvaise. — Patraque : En mauvais état de santé.

Patte : Main. — « Et toujours de ma patte Frisé comme un bichon. » — Yadé, 1788.

Patte : Habileté de main. — « Mal dessiné, mais beaucoup de chic. — Oui, il a de la patte. » — L. de Neuville.

Patte : Pied. — Le testament de Yillon parle déjà de « Soy soutenir sur les pattes. » — « On en voit qui se faufilent dans des omnibus. Le reste s'en retourW h pattes, honteusement. » — Alb. Second.

Pattes de mouche : Caractères très-fins. — « Et l'écriture, il était avec des petites pattes de mouche bien agréables. » — Festeau.

Patte d'oie : Triple ride qui imprime au coin de chcque œil, trois sillons d'apparence palmipède. — « Aux tempes la patte d'oie caractéristique et au front les

marches du palais montraient des rides élégantes, bien prisées à la cour de Cythère. » — Balzac. Coup de patte : Propos méchant.

Patrouille (En) : « Quatre jours en patrouille, pour dire en folies bachiques. » — Çaoarets de Paris,

Patrouiller : Faire patrouille. — « En ma qualité de caporal postiche de voltigeurs, j'ai passé la nuit à patrouiller. » — Festeau.

Patrouiller : Manier, patiner. — Mot à mot : rouler dans ses pattes. — « Mais c'est vrai, tiens! ça vous patrouille c'te marchandise, et puis ça part. » — Yadé,

Paturon :Pied, pas. — Terme hippique. — Y. Flacul. Rebâtir.

Paumer : Perdre. — « Je ne roupille que poitou; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien. » — Vidocq.

Paumer : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — « Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume. » — Le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle. — V. Cigogne.

Paupière (Se battre la) : Y. OEil

Pavé : Éloge maladroit. — Allusion au pavé de la Fontaine. — « C'était un journal pavé de bonnes intentions; mais on y rencontrait pus de pavés encore que de bonnes intentions. » — Alb. Second.

Gosier pavé : Gosier supportant des boissons trèsfortes ou très-chaudes.

C'est tout pavé ; Ironiquement pour dire : C'est trèsloin d'ici, mais la route est si bonne !

Pavillon : Fou, homme dont les idées flottent à tous Jes vents comme un pavillon. — Pavillonner : Deviser joyeusement, plaisanter, déraisonner. — « On renquillera dans la taule a mesigue pour refaiter gourdement, et cbenument pavillonner, etpicter du pivois sans lance. » — Yidocq.

Pavois : « Êlre pavois, c'est être dans la vi^ne du Seigneur, dans toute la joie de Bac-hus, atteindre le parfait bonheur, c'est enfin être au pavois. » — Gh. Goiigny.

Pavoiser (Se) : Faire toilette. Y. Astiquer.

Pave (Bonne) : Débiteur solvable. — « Une lorette très-mauvaise paye. » — Ed. Lemoine.

Pavs : Compatriote. Y. Dhautel, 1808. — « Falleix

trouvait son vieux pays trop cher. » — Balzac. — o Ces primeurs exposées pour le plaisir des caporaux et de leurs payses. » — Id. — Y. Coterie.

Peau : Laide ou vieille prostituée.

Être dans la peau : Être à la place. — « Je ne voudrais pas être dans la peau du suborneur. » — Gavarni.

Porter à la peau : Exciter le désir.

Peausser (Se) : Se déguiser. — Mot à mot : se cacher dans la peau de. — « Je vais me peausser en gendarme. » — Balzac.

Pécune : Argent. — Vieux mot. Y. Roqilefort.

Pédéro, Pédé : Pédéraste (Yidocq).

Pègre (Haute) : « Association des voleurs les plus anciens et les plus exercés; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègre à

marteau, ou blaviniste, par un pègre de la haute.» — Vidocq. — La première catégorie de voleurs se compose de la haute pègre, c'est-à-dire le vol en hottes vernies et en gants jaunes. C'est un homme jeune, élégant, distingué; vous ne le rencontrerez qu'en coupé... Deux ou trois fois par an, il travaille, mais ses expéditions sont toujours fructueuses. » — Canler.

Pègre : Voleur. — Un jour à la Croix-Rouge, nous étions dix à douze, tous pègres de renom. » — Vidocq.

— Pégrcnne : Faim, misère. — Pégrcnncr : Faire maigre chère. V. Bâchasse.

Pegriot : Apprenti voleur se faisant la main aux étalages. » — Canler. — V. Boucannicr.

Peignée, coup de peigne : Lutte dans laquelle on sempoigne aux cheveux, et, par extension, combat.

— « Les enfants des sans-culottes qui vont se f un

coup de peigne avec les brigands de la Vendée. » — 1703, Hébert. — « Là-dessus elles commencent à se repasser une peignée des mieux administrées, criant, jurant, se rossant comme deux enragées. » — Vidal, J833.

Se peigner : Se battre. — « Pais nous nous peignons... On s' poche les yeux. » — Le Gamin de Paris, chanson.

Peintre* Balayeur. V. Pinceau.

Peinture (Ne pouvoir voir en) : Détester quelqu'un au point de ne pouvoir souffrir son image.

Récompenser en peinture : Payer de belles promesses.

— « Henri IV ayant envoyé d'Aubigné en plusieurs provinces, ne lui donna pour récompense que son

portrait. D'Aubigné y ajouta ce quatrain : — « Ce prince est d'étrange nature. Je ne sais qui diable l'a fait! Il récompense en peinture Ceux qui le servent en effet. »

Brave et riche en peinture : « Se dit d'un fanfaron qui parle de son courage qui est suspect et de sa fortune qui est problématique. » — Dhautel. 1808.

Peixturllreur : Mauvais peintre. — On emploie le verbe Peinturlurer.

Pekix : « On nomme Pékin tout ce qui n'est pas militaire, comme nous appelons militaire tout ce qui n'est pas civil. * — Talleyrand. — « De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mol piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny depékin; un autre est intitulé les Pékins de Montauban. » — Ambert. Constitutionnel du 25 juin 1854.

Pellard : Foin Yidoeq ). — Diminutif du vieux mot pel : poil. L'herbe est le poil de la terre. On dit pelouse.

Pelle : Chemin (Id.). — Pelle au cul Recevoir la] : Etre mis violemment à la porte. — « Mon rival, J'en suis convaincu. Va recevoir la pelle au eu. » — De Longchamps, 1809.

Pelote (Faire sa) : Arrondir sa bourse. — « J' fais, comme on dit, ma p'tite p'iote Tout en élevant mes bambins. » — -Daiès, Chansons.

Peloter : Caresser des charmes arrondis en pelote. — Pelotteur : Flatteur. — « Se montrer rampant, pelotteur et bêta. » — Wado: Chansons,

Pelure : Vêtement. — C'est en effet une pelure pour le corps. V. Épates.

Pendante : Boucle d'oreilles, chaîne (Vidocq).

Pendu glacé : Réverbère (IcL). — Allusion à la suspension et au vitrage du réverbère.

Penne, Peigne : Clé (Vidocq).

Pente (Avoir une) : Être ivre à trébucher sur un terrain plat comme si on rencontrait une pente brusque.

Pépin : Vieux parapluie. — « De vilains noms qu'on l'apostrophe, Qu'on l'appelle pépin, ril'flard, Le parapluie est philosophe. » — V. Mabille.

Perdre (Le) : Perdre son pucelage. — « Je l'ai perdu, s'écriait la jeune Perrette. De mon hymen c'était le gage. » — Gustave, Ch., 1836.

Père frappart : Marteau (Vidocq). — Calembour.

Pérou : « Ce n'est pas le Pérou que ces bougreslà. » — Hébert, 1793. — C'est-à-dire : Ce sont de pauvres bougres. —Allusion aux richesses naturelles du Pérou.

Perroquet (Étouffer un) : « Cette locution signifie, dans le langage des ateliers, prendre un verre d'absinthe. » —M. Baveux. — Allusion à la couleur verte du verre à pattes dont la main du buveur semble en effet étrangler le cou.

Perruque : Suranné. — « Le mot perruque était le dernier mot Irouvé par le journalisme romantique qui en avait affable les classiques. » — Balzac. — V. Mâchoire.

Perruque : Détournement, abus de confiance. — C'est un superlatif de faire la queue.

Persiller. C eillir du persil, Faire son pet.sil : Raccrocher. — « Elles explorent les boulevarts, persillent dans les squares nouveaux, dans l'espoir d'y rencontrer des miches sérieux. » — Lynol. — Le miche représente ici le persil indispensable au pot-aufeu de la prostitution. V. Tante.

Pescïller : Prendre. — Du vieux mot peschier : pêcher. — Y. Servir, Criblage.

Pétard, Péteux : Derrière. — On entend de reste l'étymologie de ce bruyant synonyme. — « Sur son péteux, v'iàqueje l'étalé. » — Le Casse-Gueule, ch., 1841. — Pétard : Haricot [Vidocq). — Effet pris pour la cause.

Péter dans la main : Pousser trop loin la familiarité. Faire défaut au moment nécessaire. — Dans ce dernier sens, allusion au levier qui éclate entre les mains. (V. Dhautel, 1808.)

Péter : Se plaindre en justice (Vidocq- .

Petit caporal* : Napoléon Ier. — Allusion au grade imaginaire que lui décerna l'enthousiasme de ses soldats, au lendemain d'une victoire. — « Le souhait de S. M. Prussienne elles appréciations du petit caporal. » — M. Saint-Hilaire.

Petit manteau bleu : Homme bienfaisant. — L'usage de ce mot est la plus belle récompense qu'ait pu ambitionner un philanthrope bien connu. — « On parlerait de toi comme d'un petit manteau bleu. » — Balzac.

Petit-moxde : Lentille Vidocq;. — Allusion de forme.

Peu (Excusez du) : Terme ironique pour dire : Ex-

Wm - LES EXCENTRICITÉS

cusez l'apparente énormité du chiffre. — « Il y avait 25,000 Français par terre... Excusez du peu! » Balzac.

Peuple, du public (Se moquer du) : Insulter à l'opinion. — « Grande colère du père Duchesne contre M. Veto qui se fout du peuple. » — 1793, Hébert. — Encore fort usité.

Peze : Argent (Vidocq ). — De pesos, monnaie espagnole.

Pharamixeux : Éblouissant comme un phare.

Philanthrope : Filou (Vidocq). — Jeu de mots.

Philippe : Écu à l'effigie de Louis-Philippe. — « On dit que lu as poissé nos philipp\ » — Balzac.

Philistin : « A propos, qu'est-ce qu'un Philistin? — Autrefois, en Grèce, il s'appelait béotien; on le nomme cokney en Angleterre; épicier ou Joseph Prud'homme à Paris, et les étudiants d'Allemagne lui ont conféré l'appellation de Philistin. » — Neuville.

Piaf : Vanité, orgueil (Vidocq). — vAu moyen âge. l'homme fastueux était un piafart. V. Roquefort. — Mot expressif. — Le vaniteux piaffe comme un cheval de luxe.

Pianoter : Jouer médiocrement du piano. — « On ne devait pas pianoter pendant la nuit. » — Balzac.

Piaule, pïolle : Taverne. — Du vieux mot piot : vin. V. Roquefort. Ce dernier donne piollcr . s'enivrer. V. Àrtie.

Philosophe : Pauvre. — Philosophie : Misère (Vidocq). — Allusion ironique à la nécessité de la sagesse. — Philosophe : Savate, vieux soulier revenu des vanités de ce monde. V. Arpion.-

Pic (Tomber à) : Tomber à point.

Picailloxs : Éeus. — « Je lui pinçais ses picaillons. »

— Robert Macaire. cli., 1836. — « J' leur donnerons des picalions. Vive la paix! Vive la nation! » — Chanson poissarde du Consulat, Tourneur fils.

Picorage : Vol commis sur la grande route (Vidoeq .

— Allusion ornithologique.

Picouse : Haie d'épines. V. Défleurir.

Picter : Boire. — De piquette : petit vin. Y. Pavillonner.

Piéton, Piqueton : Vin supérieur à la piquette. — L'un et l'autre mot font allusion à l'effet produit par le vin commun qui picote le palais. — « Si l'ancien piéton n'est que de la piquette. Espérons et' année en fair de meilleur. » — Layale, cb., 1855. — V. Biture.

Pièce de boeuf : « Grand article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de Paris. On l'appelle aussi la pièce de résistance. Un excellent journal qui ne servirait pas tous les jours à ses abonnés la pièce de bœuf ne serait pas sûr de réussir. » — 1826. Biog. des Journalistes. — On dit aujourd'hui tartine.

Pïed (Donner un coup de) : Marcher vivement. — « Je vais donner un coup de pied jusque dans les salons. » — About. —Y. DhauteL 1808.

Ne pas se moueher du pied ; Y. Moucher. — En 1808, on disait dans le même sens : Ne pas se moucher sur sa manche.

Ne pas se donner de coups de pied : Se vanter.

Mise à pied : Mise en non activité. — « Une mise à pied enseigna à notre inspecteur à faire plus exactement son service. » — Canler.

Pied bleu : Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan. — « Le pied bleu ne prête pas longtemps à rire par sa gaucherie. » — : La Bédollière.

Pied de cochon : Pistolet. — Allusion de forme.

Jouer un pied de cochon : Tromper, décamper. — « Vous avez donc voulu nous jouer un pied de cochon. » — Canler.

Pierreuse : « Prostituée qui, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l'abjection... elle cherche toujours les ténèbres... Derrière des monceaux de démolition, des tas de pierres, des restes d'édifices en ruines, elle traque l'homme que le hasard amène. » — F. Béraud. — V. Dhautol, 1808.

Pierrot : Collerette à grands plis comme celle du pierrot des Funambules. — « Mme Pochard a vu les doigts mignons d'Anne aplatir sur son corsage les mille plis d'un pierrot taillé dans le dernier goût, m — Ricard, 1820.

Pierrot : Niais. — Même allusion funambulesque. — « Le valet de cantine se fait rincer Y bec par les pierrots. » — Wado, Çyhansons.

Asphyxier le pierrot : Boire un verre de vin blanc

— Allusion de couleur. — « J'étais-t-allé à la barrière des Deux-Moulins, histoire d'asphyxier le pierrot. » — La Correctionnelle.

Pieu : Lit. — Allusion à la dureté des lits de bagne, de prison et de corps -de-garde. — « On peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n'y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze.»

— Yidocq).

Pif, Pivase : Nez. — Ce dernier mot donne à penser que pif vient de pivois. Ce serait alors un nez de

buveur. — « L'autre jour, rue Saint-Martin, Voilà qu'un plaisant gamin Me dit, riant aux éclats : C cadet-là quel pif qu'il a! » — Guinad, Ch., 1839.

Pige : Année (Vidocq). — Mot à mot : mesure de temps. Y. Piger.

Pigeo:*ner : Duper. Le mot est vieux; la chose est toujours nouvelle.— « Un de ceux qui se laissent si facilement pigeonner. » — Dialogues de Tahurcau, J585.

Piger : Mesurer. — La pige est chez les ouvriers un morceau de bois donnant la longueur indiquée par le plan. — Au moyen âge on appelait pigours les fabricants de certaines mesures de capacité?

Piger: Considérer, mesurer de l'œil. — « Pige-moi ça, regarde-moi un peu ce chique! » — La Bédollière.

Piger : Saisir. V. Dhautel, 1808.

Piget : Château (Vidocq' .

Pigxard .-Postérieur [id). — Ancien. V. Roquefort, Pigné.

Pignouf : Chez les cordonniers, le maître s'appelle pontif, l'ouvrier gniaf. el l'apprenti pignouf.

Pignouf : Homme grossier, mal élevé. — « Cet animal d'Amédée n'a pas le sou. — Prends-en un autre. — Où ça! tous des pignoufs ici. » — 1860, A bas le quartier latin.

Piler du poivre : Marcher avec la piaule des pieds écorchées, en souffrant à chaque pas comme si .du poivre pilé brûlait la chair.

Faire piler du poivre : Terrasser quelqu'un plusieurs fois en le laissant retomber aussi lourdement qu'un pilon. — Poivre indique la cuisson qu'en ressent la partie contuse.

£S9 F-ES EXCENTRICITES

Pilier : Habitué dont la présence soutient un établissement comme un pilier soutient un plafond.

Pilier du creux : Maître du logis. — Même allusion. Pilier nous paraît plutôt une forme de pilleur, pillard, dans Pilier deboutanchc : Commis de boutique, et Pilier dcpacquelin: Commis voyageur. Ces deux derniers volent leurs patrons et leurs hôteliers.

PniPELOTTER (Se) : Se régaler. — « Elle n'haït pas de gobichonner et de se pimpelotter. » — La Correctionnelle.

Piwpions : Espèces monnayées. — Au moyen âgeT on appelait Pipion une petite monnaie espagnole. Du Cange.

Pince-cul : Bal public de dernier ordre. — « Ce bai inouï que l'argot téméraire de ses habitués avait surnommé le pince... » — P. Féval. — V. Casse-Gueule.

Pince sans rire : Homme sévère.

Pince (Chaud de la) : Débauché. — Corruption de mot. — « C'était un chaud de la pince, Qui peuplait dans chaqu' province L'hospice d's enfants trouvés. »

— Festeau.

Pixceac : Balai. — Allusion de forme. — « Les hommes de corvée sont tous là prêts le pinceau en main, je veux dire le balai en joue. » — Vidal. 1833,

— Y. Giberne.

Pixcer : Arrêter. -— - « Nomme Y coupable, qu on P pince. » — 1813. Désaugiers. — En pincer : Avoir du goût.— « Comnr j'en pince pour le spectacle, j" vas souvent z'à laGaîté. » —1809, Brazier. — On dit par extension en pincer pour M^ X : Aimer Mme X.

Pincer : Exécuter. — « Eu revenant, je pinçais la

DU LANGAGE 25i

chansonnette. » — Ricard. — « Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite. »

— L. Revbaud.

Pioche : Travail opiniâtre. X Bûche. — « Les cours cessent au mois de juillet : le temps de pioche commence. » — La Bédollière.

Piocher: Travailler assidûment. A". Dhautel, 1808.

— « Tu peux piocher douze heures par jour... une colonne de feuilleton par heure. » — L. Revbaud.

Piocher : Battre. — « Je te pioche, je te fais danser la malaisée. » — Paillet.

Piochent : « Les professeurs établissent deux catégories, celle des élèves forts dans leurs classes, des travailleurs, et celle des faibles qu'on flétrit du nom de paresseux (en style technique, les piocheurs et les cancres'. » — H. Rolland.

Pi'jclicur : Homme travailleur et judicieux. — « Le Piocheur. Celui-ci a pris la carrière au sérieux, il étudie les choses, les hommes, les affaires. » — Balzac.

Pioxcer : Dormir. — De pieu : lit. — « Nous nous sommes mis à pioncer, nous ne pensions plus à l'appel. » — Vidai, 1833. —A". Boc.

Pioi\ Pioupiou : Soldat du centre. — Corruption du vieux moi pion : fantassin. X. Roquefort. — «Militairement parlant, le piou-piou. comme l'euphonie de ce nom semble l'indiquer, est au jean-jean et au tourlourou ce que musicalement parlant le demi-ton est à deux tons naturels qui se suivent dans l'ordre de Ja gamme. » — AI. Saint-Hilaire, 184J. — « Hier, la cuisinière de mon propriétaire a fait tourner son lait et la tête d'un pioupiou. » — Commerson.

Pipe (Casser sa) : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus. — « Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment. » — Méry.

Pipelet : Portier. Du nom d'un portier ridicule des Mystères de Paris. — « Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets. » —P. d'Anglemont. — Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

Piper : Fumer la pipe. — « 11 me semble qu'on a pipé ici. h — Gavarni.

Piquante : Épingle (Vidocq). — Effet pour la cause.

Pique-en-terre : Volaille. — Mot imagé. On sait que les poules piquent toujours la terre du bec.

Piquer un chien : Dormir. — Rabelais écrit dormir en chien dans son livre IV, page 159. C'est, dit Le Duchat, son annotateur, Dormir indifféremment à toute heure et en tous lieux. — «Lorsque la nuit est sombre, que les voyageurs pioncent ou piquent leur chien. » — - Paillet.

Piquer un renard : Vomir. — V. Renard. — Piquer un soleil : Rougir subitement. — Piquer l'étrangère : V. ce mot. — Piquer une tête : S'élancer ou tomber la tête la première. — Piquer un laïus : V. ce mot. — Piquer une carte : « Lui imprimer certaines marques imperceptibles, et susceptibles de ne les faire connaître à d'autres qu'à vous. » — Mornand. — Piquer sur quatre : Gagner une partie d'écarté presque perdue, lorsque votre adversaire a sur vous quatre points d'avance. — Se piquer le nez : V. ce mot. — Pas piqué des vers, des hannetons : Vigoureux, intact, frais, sain.

— « C'est qu'il fait un froid qui n'est pas piqué des vers ici! » — Gavarni. — « Une jeunesse entre quinze et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose. » — Montépin. — « C'est qu'elle n'était pas piquée des vers. Et oui, morbleu! C'est ce qu'il faut à Mahieu. » — Les Amours de Malueu, ch., 183-2.

Pisser ou Ciiier (Envoyer) : Renvoyer au loin. — Ce terme injurieux remonte à une haute antiquité. — Au mot Pissare, Du Cange cite une lettre de rémission de 1465, où, entre autres injures et grandes parollcs reprochées au délinquant, on rapporte qu'il envoya pisser son adversaire. Y. Foirer.

Pisser sa côtelette : Accoucher, mettre au monde un enfant. — Dhautel (1808) emploie dans le môme sens pisser des os.

Faire pisser des lames de rasoir en travers : Ennuyer.

Pistolet : Demi-bouteille de Champagne. Double allusion au petit calibre de la fiole et à l'explosion de son contenu. — C'est aussi un homme singulier. — « On rit avec toi et tu te faciles... En voilà un drôle de pistolet! » — Gavarni.

Piston : Importun. — On connaît l'agaçante régularité du coup de piston. — On use du verbe pistonner. — Piston : Préparateur d'un cours de physique.

Piton : Nez saillant comme un piton vissé dans une planche. — « Ah! quel nez, quel beau piton! Chacun dit : Venez donc voir, C'est un marchand d'éteignoirs. »

— Pecquet, Chansons.

Pitre : « Qui ça, Giroflée! — Notre pitre donc, notre paillasse. » — E. Sue,

Pitroux : Pistolet (Vidocq). — - Allusion à la déto-

loi LES EXCENTRICITES

nation. Au moyen âge, on appelait pciercau de petites bouches à feu.

Pituiter : Déblatérer. — Allusion au caractère pernicieux de la pituite. — « On en a déjà assez pituite sur notre compte. » — Lynol.

Pi ver : Ressort de montre ou de pendule servant à couper les barreaux. — Il revient à la charge contre le fer, comme le piver contre l'arbre qu'il perce de son bec.

Pivois : Vin. — Allusion à la couleur rouge de la pivoine. V. Pavillonner, Solir, Tremblant, Artie. —

— « On s' pousse du pivois à six ronds dans Y battant. » — Chansonnier, impr. Stahl, 1836. — « Avonsje du vin? — Non. — Apportez du pivois, hé vite! —

^Yadé; 1788. — Peut-être aussi est-ce un diminutif du 'vieux mot piot : vin?— Pivoiner : Rougir (Yidocq).

Pivot : Plume. Y. Servir. — Le bec d'une plume figure assez bien un petit pivot.

Placarde : Place. — Diminutif. Y. Parrain.

Plan (Mettre en) : Engager. — « Pour faire à sa belle Un don digne d'elle, L'employé met sa montre en plan. » — Désaugiers, 1815.

Être en plan : Rester en gage chez un restaurateur jusqu'à Facquittement.de sa note.

Laisser en plan : Abandonner. — « Et cet animal de barbier qui me laisse en pian. » — Cormon.

Tomber au plan : Être mis en prison. — « Tu voudrais que je grinehisse sans tracquer de tomber au plan. » Yidocq. —Y. Manger.

Planche (Faire sa) : Montrer une froideur excessive.

— Sans planche : Sans façon. — « L'écaillère de ses

propos poissards vous entretient sans planche. » — Cabarets de F avis, 1821. — Planche au pain : Banc des prévenus.

Plancher : Moquer. — « Est-ce que tu planches? pour : Te moques-tu de moi? » — 1808, Dhautel. — Plancherie : Mauvaise plaisanterie. — « I' me propose le bâton. Moi. j* lui dis : Allons donc! Tu planches. »

— Ch.. Avignon, 1813. — Planché : Condamné.

Plancher des vaches : « La terre était sa vraie patrie; la terre, le plancher des vaches. » — J. Janin.

Planque : Cachette. Y. Baijafe. — Planquer : Cacher. V. Déplanquer, Enplanquer.

Planque : Observation. — On se cache pour bien observer. — « J'allai en compagnie de H., et le laissant en planque (en observation), je montai chez Chardon. » — Canler.

Platine : « Il a une bonne platine, se dit d'un grand babillard. » — 1808, Dhautel.

Plâtre : Argent (Vidocq). — Il bouche plus d'un trou. Malgré la possibilité de cette image, on doit y voir une allusion à la blancheur de l'argent.

Fille de plâtre : Lorette. — Vient du roman écrit sous ce nom par M. de Montépm. pour servir de contre-partie à la pièce des Filles de Marbre. — « Ces femmes ne sont que des filles de plâtre. » — 1860, les Étudiants du quartier latin.

Plein , Plein comme un œuf, comme un sac : Saoul.

— « Un homme plein comme un œuf. pour avoir trop mangé.» — Le Duchat, 1738.

Pleurant : Oignon (Vidocq). — Il fait pleurer. Plect (II; : « Ces mots il pleut signifient, en langue

de francmaçonnerie : Taisons-nous, parce qu'on nous écoute. » Aventures de J. Sharp, 1789.

Plomb : « Gaz caché clans les fentes des pierres, et qui tue comme la foudre le vidangeur qui en est atteint. » — Berthaud. — Plomb : Vérole. — Plomber ; Infecter, donner la vérole.

Plombe : Heure. — Onomatopée. — Plombe imite le bruit grave d'une sonnerie de grosse horloge. V. Momir, Crosser. — Plomber : Sonner.

Plongeur : Misérable, déguenillé (Vidocq). — Allusion au costume primitif du plongeur. V. Paffe.

Ployant : Portefeuille. — Un portefeuille se ploie.

— « Lt*s dimanches tu grinchiras dans les tôles bogues et ployants. » — Vidocq.

Plume : Pince à effraction. V. Çaroubleur. — Plume de Beaucc : Paille. — On sait combien la Beauce est riche en céréales. On appelle Chartres la ville des p ailleux. — « Quelle poésie! la paille est la plume de Beauce. » — Balzac.

Plumet (Avoir son) : S'enivrer. — Comparaison de la trogne à la couleur rouge d'un plumet d'uniforme.

— « N'est-ce pas que j" dois vous faire l'effet D'avoir e' qui s'appelle un plumet. Messieurs, c'est le picton! » — Ch. Voizo, Ch. — M. Alphonse Duchesne a fait une chanson intitulée : J'ai mon plumet. (Paris, Roger, 11863.)

Plus souvent : Jamais. — « Ma sainte te ressemble, Nini. — plus souvent que j'ai un air chose comme ça! » — Gavarni.

Pochàrd, Poche : Ivrogne (Vidocq, 1837). — Mot à

DU LANGAGE . 2o7

mot : Ivre, ivrogne, homme qui remplit ou qui a rempli de vin l&poche de son estomac. — « Je ne sais pas ce que j'ai... je crois que je suis un peu pochard. » — M. Michel.

Pocharder : Enivrer. — « Pisque tu soldes ma dépense, J' n' me pochardrai qu'avec toi. » — Festeau.

— Pochardcrie : Ivrognerie (Vidocq, 1837).

Pochon : Coup de poing. — « Suivant qu'un pochon bien appliqué vient nuancer un œil ou froisser un nez. »

— H. Rolland.

Poigne, Pogne : Main (Vidocq, 1837). — Mot à mot : Main qui empoigne. — « J'ai Ja poigne solide, ça me suffit, et je vous étrangle. » — E. Lemoine. — Pognon : Argent.

Poil : Réprimande.

Faire le poil: Surpasser. — Mot à mot : raser. — « Personne n'a fait le poil à Gaudissart. » — Ralzac.

— « Il n'y a pas moyen de me faire le poil. » — Vidal, 1833.

Avoir un poil dans la main : V. Main.

A poils : Un homme à poils est un homme résolu. C'est le brave à trois poils de Molière. — « Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir. »

— 1793, Hébert. — « M'est avis qu'il faut z'etre un artiste à poil (de mérite) pour ça.» — Désaugiers.

Être à poils : Êlre nu. — Monter à poils : Monter un cheval sans selle.

Pointe (Pousser sa) : Conter fleurette. — « Que de projets ma tête avorte tour à tour, Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Poire (Faire sa) : Jouer le dédain. — Allusion à une moue prononcée qui allonge les lèvres en gonflant légèrement les joues. — « Je pourrais m'en targuer et faire ma poire. » — L. Pollet.

Poison : Méchante femme. — * Poison est aussi un sobriquet outrageant que Ton donne aux courtisanes les plus viles. » — 1808, Dhautel.

Poisser : Voler. — Allusion aux propriétés de la poix. — Une main poissée garde volontiers ce qu'elle touche. — V. Balte, Billon, Philippe.

Se Poisser : S'enivrer, boire trop de poissons. — « Je ne voulais pas boire... mais quand j'ai vu qu'il allait se poisser, je l'ai aidé à vider les bouteilles: c'était pour îe sauver. » — La Correctionnelle.

Poisson : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des fiiles d'amour qui font le trottoir. » — Gauler. — Y. Mac, Paillasson.

Poisson : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse. coupe. V. Roquefort. — « J' n* suis pas trop pompette. Viens, je régale d'un poisson. » — Les Amours de Jeannette, ch., 1813. —V. Camphre.

Poitou : Nulle chose. — Mot à mot : point du tout. — Jeu de mots analogue à celui de Niort. — « Tout est à notre usage, N'épargnons le poitou. » — V. Paumer.

Poivre : Ivre. — Du vieux mot poipre : pourpre. Y. Roquefort. — Une trogne de buveur s'empourpre volontiers. — « Je voyais bien qu'il était poivre. » — Monselet.

Poivrier : « Voleur dévalisant les hommes ivres aux barrières. » — Canler.

DT LANGAGE ^o9

Poivrement : Paiement. — Poivre pris dans ce sens, doit remonter au temps reculé où les épices étaient assez chères pour faire de ce mot un synonyme de Argent.

Poivrer : Vendre trop cher. On dit aussi : Saler (1808, Dhautel).

Poivrer : Donner la vérole. — « Pour se venger d'un homme, elle prit du mal exprès afin de le poivrer. » — Tailemant des Réaux.

Poivrière : Femme malade. — « Va, poivrière de Saint-Côme, je me fiche de ton Jérôme. » — Yadé.

Polichinelle : Canon d'eau-de-vie. — « Polichinel... C'est ainsi que les fiacres nomment une chopine en deux verres. >; — Cabarets de Paris, 1821 .

Avoir un polichinelle dans le tiroir : Être enceinte. — « Sais- tu? lui dit sa femme, je crois avoir un polichinelle dans le tiroir. Le mari comprend, la femme est intéressante . » — Figaro.

les oui, ertaWes

pour suppléer au manque de rondeur de ce parties, portent ce que Mme de Genlis appelle tout crûment un polisson et que nous appelons une tournure. » — Th. Gautier, 1833.

Polka : « Disons quelques mots de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, qui fait sautiller aujourd'hui les Parisiens comme autant de coqs d'Inde sur une plaque brûlante. » — E. Arago, 1844.

Faire danser la polka : Battre. — « Ce grand empereur, On lui fera danser la polka. » — Layale, Ch-

On a dit un moment à la polka, pour dire très-bien .

Un petit polka ; Jeune homme tiré à quatre épingles,

et tellement satisfait d'être invité à un bal, qu'il y danse sans relâche jusqu'au matin. — « Les jolies femmes dédaignent les petits polka. » — Figaro.

Pommes (Aux) : Très-bien. Y. Ognons. — Nous ne savons si ce superlatif est causé par la folle passion des voyous parisiens pour les chaussons aux pommes, ou s'il faut y voir une locution plus âgée. — « Le feu duc de Brissac (mort en 1651) aimoit tant les pommes de reinette que, pour bien louer quelque cho-e, il ajoutait toujours de reinette au bout, tellement qu'on lui ouït dire quelquefois : C'étoit un honnête homme de reinette. » — Tallematit des Réaux. — Bath aux pommes : Bien (Lem. de Neuville). — « J'ai mijoté pour ce numéro un petit éreintement aux pommes. » — J. Rousseau.

Pompadour : Coquet, galant. — « C'est Régence, justaucorps bleu, Pompadour, dix-huitième siècle, tout ce qu'il y a de plus maréchal de Richelieu, rocaille. »

— Balzac.

^dmper : Boire copieusement. — « À la Courtille, je fais des bêtises quand j'ai pompé le sirop. » — 1830, Mélesville.

Cest un pompier : C'est un fort buveur.

Pompette : Ivre Du vieux mot pompette : pompon.

— Cette allusion à la trogne rouge des buveurs se retrouve dans plumet ci cocarde. — « Lupolde, à tout (avec) son rouge nez à pompette, conclud tous ses contes par vin. » — Contes iïEutrapcl, seizième siècle. — « L'amant lui-même a perdu la raison, et Vénus est entièrement pompette. » — Cabarets de Paris.

Pompier : Ouvrier tailleur travaillant à la journée.

— « Les pompiers réunis forment la pompe. Il y a la grande et la petite pompe : la grande, pour les habits et redingotes; la petite, pour les pantalons et gilets. «

— Roger de Beauvoir.

Pompon : Tête. — « Il vous y envoie des pavés que ça brise les pompons. » — H. Monnier. — Y. Cacarde,

— Avoir le pompon : Être au premier rang. — Allusion au pompon qui distingue les compagnies d'élite.

— « A moi le pompon de la fidélité. » — M. Saint- Hilaire.

Ponante, Pomsse : Fille publique (Yidocq, 1837), Du vieux mot ponant : Derrière. Y. Fr. Michel. — Le Ponant est le Couchant, en termes de marine. Peutêtre est-on parti de la pour appeler ponante une fille qu'on voit toujours au coucher? — Y. ÇaJège.

Poncif : « Le poncif c'est la formule de style, de sentiment, d'idée ou d'image qui. fanée par l'abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet. — Exemples : C'est plus qu'un bon livre, c'est une bonne action. — On ne remplace pas une mère. — Un homme d'esprit et de cœur. — L'horizon politique se rembrunit, etc. » — Aubryet. — « Si chacun de nous racontait ses bonnes fortunes? — Allons donc, poncif 1 Pompadour! A bas la motion! » — Th. Gautier,

Pont : Y. Couper.

Ponter : Payer. — Pont eu r : Y. Miche.

Pontife : Maître cordonnier. Y. Pignouf.

Pontonnière : « Fille publique fréquentant le dessous des ponts. » — Canler.

Popote : Table d'hôte, gâchis, ratatouille.

Porte-Maillot : Figurante bonne à porter des maillots, mais incapable de jour un rôle. — « Je vous demande un peu! une porte-maillot comme ça.» — Gavarni.

Porte -mince : Portefeuille (Vidocq). — Mot à mot : porte-papier.

Porte-pipe : Bouche. — « Si je lui payais la goutte, car il aime furieusement à se rincer le porte-pipe. » — Yidal, 1833.

Porte de prison : Personne revêche.» — 1808, D h autel.

Forletrcjle : Culotte (Vidocq). Y. Trèfle.

Porter (En) : Être trompé. — Mot à mot : porter des cornes. — « Dis donc, Miroux..., de quoi donc que 3Ime Miroux te fait porter? » — Gavarni.

Pose : Exhibition mensongère d'un défaut, d'une qualité, d'un sentiment ou d'un avantage qu'on ne possède pas. — « L'amour platonique!... en voiîà une pose! » — Gavarni.

Poser : Chercher à paraître ce qu'on n'est pas. — « Que cherches-tu sous les meubles? — Le naïf pour qui tu poses. » — E. Augier. — « Pose et Poser sont donc substantif et verbe d'un sens vif et prompt, mais d'acceptation nouvelle, laquelle nous vient des arts, et a bientôt passé dans le torrent du discours. Poser, c'est ne point vouloir être soi. Pendant le sombre procès de Tulle, toutes les femmes ont posé Mme Lafarge. Hélas ! des êtres sans méchanceté pour deux liards avaient posé Lacenaire quelque temps auparavant, etc., etc. » — Luchet. — «L'homme qui pose se place généralement dans la situation qu'il sait la plus favorable

aux avantages physiques que lui a ou que ne lui a pas donné la nature. » — Ed. Lemoine.

Poser ; Mettre en évidence. « Voilà un ménage qui pose une femme. » — Balzac. — « C'est une manière ingénieuse... ça pose un homme. » — L. Reybaud.

Poser : Se laisser mystifier. — « Il croyait toujours qu'on allait ce qui s'appelle le faire poser et se moquer de lui. » — Méry.

Poser sa chique : Garder le silence. — « Le roi régne sans gouverner. Si le nôtre un jour s'en écarte, Qu'il aille interroger la Charte! Elle lui répondra d'abord : Pos' ta chique et fais Y mort. » — Paris chantant, Jules Leroy. — Y. Chique.

Postérieur : Derrière. — On dit aussi, par pure délicatesse, le bas du dos, ou Je bas de V épine dnrsale, ou les parties charnues, ou Je bienséant, etc.

Postiche : Rassemblement sur la voie publique.

Postillon : « Un postillon est une boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et renfermant un avis adressé à un détenu. » — Cailler.

Envoyer deé postillons : Crachotter sans le vouloir au nez d'un interlocuteur.

Potachiex. Potache : Collégien. Allusion au chapeau de soie 'pot à chien, qui était d'uniforme dans les collèges avant le képi. Y. Bahut.

Pot-ae-feu : Entreteneur fournissant de quoi faire aller le pot-au-feu. — « L'Anglais : Lorsque nous aimons, Nous finançons, Afin de plaire. D'où vient qu'en tout lieu on dit : Un milord pot-au-feu. » — Désaugiers.

Pot-au-feu : Casanier, arriéré. — « Ce n'est pas cei

imbécile qui m'aurait éclairée... il est d'ailleurs bien trop pot-au-feu. » Balzac.

Potard : Apprenti pbarmacien. — Allusion aux innombrables pots dont il est gardien.

Potasse, seur : Élève de Sainl-Cyr, très-bien coté à son cours et très- mal quant aux aptitudes militaires. » — De la Barre. — « Ce mot désigne aussi un piocheur malheureux, candidat très-laborieux, mais échouant aux examens. » — De Van vineux. — Potasser : Travailler assidûment. — Faire de la potasse : Attendre. — « Voilà une heure que vous nous faites faire de la potasse. » — La Correctionnelle.

Pot-Bouillasser (Se) : Se mettre en ménage. — Mot à mot : faire bouillir à deux le pot-au-feu. — « Les pontonniers s'organisent aux environs de la caserne un ménage légitime ou illégitime; ils se potbouillassent, comme disent les soldats. » — La Bédollière.

Poteaux : Grosses jambes. — Gavarni définit ainsi celles d'une danseuse qui ruine ses amants : « Deux poteaux qui montrent la route de Cfichy. ». — V. Dhautel.

Potins : Embarras, commérages. — «De quoi! on a ses potins comme tout le monde. » — Monselet.

Et le pouce! Terme ironique pour dire : Il y a beaucoup plus que vous ne dites, le pouce dont vous parlez vaut plusieurs pieds.

Le coup de pouce du détaillant est une manœuvre qui permet de vendre à faux poids avec des balances exactes.

Donner le coup de pouce : Étrangler.

Poudre d'escampette (Prendre la) : Décamper. — Jadis, on disait escamper pour Décamper.

Pouf : Catastrophe financière, fauteuil bas largement capitonné. Y. Puff. — « Les pertes que vos trous dans la lune ou vos poufs, pour parler le style du local, lui occasionnent. » — Yidal, 1833.

Pouffiace : Femme sale, avachie.

Poulailler : C'est la partie du théâtre la plus voisine du lustre. Les spectateurs y sont juchés par gradins comme sur un perchoir. — On dit aussi Paradis, parce que ces places sont au ciel, dont le soleil est le lustre.

Poulet d'Inde : Cheval. — « Trois poulets d'Inde et puis monsieur feraient un fringant attelage. » — Yadé, 17o5.

Poupard : « Un petit poupard (vol préparé de longue main) que nous nourrissons depuis deux mois. »

— E. Sue. — V. Nourrir.

Poupée : Soldat (Vidocq). — Allusion à la raideur militaire.

Poupée : Prostituée. — « Je m'en fus rue Salnt- Honoré pour y trouver ma poupée.» — Vidal, 1833. — En 1808, on disait une poupée à ressorts. Y. Dhautel.

Poupoule : Moi d'amitié. Il va sans dire qu'un coq est censé le prononcer. — « Reste avec ta poupoule. »

— E. Lemoine.

Pourri : Vénal, corrompu. — « Or, dans le cas où M. de la Baudraye serait acquis au gouvernement. Sancerre devenait, plus que jamais, le bourg pourri de la doctrine. » — Balza<\

Pourri de chic : Rempli d'élégance.

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ïm LES EXCENTRICITES

Pousse : Gendarmerie. — Mot ancien. V. Roquefort. Il confirme le sens que nous avons donné à son synonyme Cogne. — « Archers, recors, exempts Et tout ce que la pousse a nourri de vaillants. » — Grandval, 1723.

Pousse-cailloux : Fantassin. — Allusion àla marche du piéton. — «Votre frère était dans les dragons, moi, j'étais dans les pousse-cailloux. » — Balzac. — « Cavalier... tu arriveras au grade de maréchal des logis à force de trotter... Parole d'honneur! vautmieux pousser les cailloux et devenir capitaine. » — Vidal,

Pousse-café : Petit verre de cognac pris après le café. — « Ensuite nous avons pris le café, le pousse-café, le repousse-café. » — Voizo, Chansons.

Ce qui se pousse : Ifeasme. — Allusion à l'acte de compter des écus.

Poussée -.Réprimande, charge victorieuse. —Connu dès 1808.

Pousser dans le battant (Se) : Boire. V. Pivois.

Poussier : Poussière. — Poussier : Lit. — La poussière n'y manque pas. — « Je lui paie son garni de la rue Ménilmontant, un poussier de quinze balles par mois. » — Monselet. — Poussier : Monnaie (Vidocq).

Pratique : Soldat indiscipliné, homme débauché, pratique de mauvais lieux. — « C'était une pratique qui se démenait comme un enragé entre les mains de la garde. » — Vidal, 1833. — « Tout cela n'est que de la pratique; ils t'ont fait voir le tour comme des gueux. » — Monselet.

Pratique : Instrument servant à imiter la voix de

Polichinelle. — « Polichinelle le cynique Doit renfermer sa pratique. » — Complainte sur les jours grasy Paris, 1826, impr. Stahl.

Pré, Grand pré : Travaux forcés. — « Ne crains pas le pré que je brave. » — Vidocq. — On dit aussi îe grand pré. — « Du grand pré tu te e rampe ras pour rabattre à Pantin lestement. » — (Id.). — Aller fauche* au pré quinze ans: Avoir quinze ans de galères. — Le mot est imagé et doit être fort ancien, carie grand pré est ici la mer dont les anciens galériens coupaient en cadmce de leurs longs avirons les ondes verdatres, comme des faucheurs rangés dans une prairie. On sait qu'autrefois tous les condamnés ramaient sur les galères du roi.

Prédestiné : Mari trompé. — « Prédestiné signifie destiné par avance au bonheur ou au malheur... Nous donnons à ce terme une signification fatale à nos élus. » — Balzac.

Premier-Paris : « Un grand article, appelé Premier- Paris, contenant des réflexions sur la situation. C'est une série de longues phrases, de grands mots qui, semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont creux. » — Alph. Karr.

Presse (Met re sous) : Mettre en gages. — En 1808, on disait me tire empresse. — Dans le monde galant) être sous presse signifie Etre en conférence intime. — « C'est parce que nous avons été mises trop de fois sous presse, qu aujourd'hui nous sommes tant dépréciées. » — Lvnol.

Preu : Premier. — Diminutif ancien déjà donné dans la Farce de Pathelin. — e Tiens, v'ia le bijoutier

du n° 10 qui vous a loué loul son preu (premier étage). » — H. Monnier.

Prise de bec : Engueulera en t. — « Entendez-vous son organe. Elle a une prise de bec avec Angelina. » — 1860, tes Étudiants.

Profonde : Poche. — « Ils se désignent entre eux sous Je nom de fouilleurs de profondes. » — Paillet.

Profonde : Cave. — « Je vais à la profonde vous chercher du frais. » — Vidocq.

Dans les deux mots, même allusion de cavité.

Promont : Procès (Vidocq). — Corruption de mot.

Propre : « Il est propre, se dit d'un homme qui s'est mis dans de mauvaises affaires. » — 1808. Dhautel.

Protéger : Entretenir. — « Votre monstre d'homme prot'ge Jenny. » — Balzac. — Protecteur : Entreteneur.

Proute : Plainte. — Allusion facile à saisir si on se reporte au sens de péter.

Prune, neau : Projectile. — Allusion de forme. — « Cest tout de même vexant d'avoir échappé si souvent aux primes pour être tué comme un chien enragé. » — E. Sue. — « Quand j'ai reçu le pruneau, j'ai dit : Bien, c'est le bon! .>> — L. Reybaud.

Presse (Pour le roi de; : « Manière fort en usage de parler pour dire que l'on a fait quelque chose en pure perte. » —Dhautel, 1808. — « S'ils viennent, ce sera pour le roi de Prusse. » — Cogniard, 1831.

Prussien : Derrière. V. Canibolcr. — Les déroutes d'Auerstadt et dléna, où les Prussiens n'ont pas lardé

à tourner le dos, ont pu naturaliser dans nos troupes cette plaisanterie. — En 1825, on a publié un Guide du Prussien ou Manuel de VartiUeur sournois. — « Le général Kléber A la barrière d'Enfer Rencontre un Prussien Qui lui montra le sien. » — Chanson populaire.

Puant : Homme aux manières irritantes, quon ne peut pas sentir. Se dit surtout de ceux qui affectent des allures fashionables. — « Ce petit puant... un petitmaître, toujours sans conséquence. » — Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle.

Public (Se ficbe du) : V. Peuple.

Puces (Trouver des) : Trouver motif de querelle.

— « Et pourtant la Giraudeau a trouvé moyen de me trouver djs puces. » — La Correctionnelle. — Celui qui cherche querelle saute sur le moindre motif comme celui qui essaie de prendre une puce au bond.

Puff : Réclame effrontée. — Mot anglais. — « Le Lafavette du puff qui en matière de réclames est le héros des deux mondes. » — Heine.

Puffiste : Faiseur de puffs. — « Ne laissant nulle trêve à l'essaim des puftistes. » — Commerson.

Puff : Banqueroute — « Il serait homme à décamper gratis. Ce serait un puff abominable. » — Balzac.

— V. Pouf.

Pur-sang : Cheval de race. — « Célestine hochait la tête comme un pur-sang- avant la course. » — Balzac.

Putain (Fils de) : Injure à laquell le peuple n'attache la plupart du temps aucune idée fixe. — « J'ai entendu une poissarde dire à son fils : Petit polisson!

iTO l-ES EXCI^TiiïCITKS

attends, fils de putain, je te ferai voir que je suis ta mère. » — 1808, DhauteL (Note manuscrite J

Miroir à putains : Garçon dépourvu de distinction,, mais riche de cette beauté banale qui séduit le commun des femmes..

Putipharder : Violer sans plus de façons que la femme de Putiphar. — « Ces diables de gens il faut vraiment les putipharder pour avoir l'honneur de peindre leurs silhouettes. » — Champfleury.

Quant»]* : Caisse, somme d'argent. — Latinisme..

— « Encore cent mille francs! il est allé faire une saignée nouvelle à son quantum. » — Ricard.

Quarante -Cinq : « Bon! quarante-cinq à quinze! »

— H. Monnier. — Exclamation proverbiale, toutes les fois qu'on voit briser beaucoup de verre ou de vaisselle. Signifie sans doute : quarante-cinq pièces a quinze sou*. Y. Dhautel, 1808.

Quart : Station d'une fille sur la voie publique: tolérée par la police de sept à onze heures du soir, elle équivaut en effet au quart des marins. — « Je n'ai plus besoin de faire mon quart. » — Montépin.

Quart d'agent * Propriétaire du quart de la valeur d'une charge d'agent de change. — « Une bourrasque fit sombrer son quart d'agent dans l'océan de la Bourse.» — Acharcl. — Il va des cinquièmes, sixièmes^ voire des dixièmes d'agents. — On dit de même : Un quart d'auteur dramatique.

Quart d'oeil : « Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris, comme quarante-huit providences au petit pied; de là vient le nom de quart d'œiï

que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu'ils sont quatre par arrondissement. » — Balzac. — Comme le mot est antérieur à l'organisation susdite. nous y voyons plutôt une allusion à l'ancienne robe noire des commissaires, dite cardeuil. Y. Fr. Michel.

— Y. Parrain.

Quasimodo : Homme hideusement contrefait. Du nom d'un type de la Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.

Quelque part : Derrière. — « Je vais aller lui mettre un grain de sel quelque part. » — P. de Kock.

Avoir quelque part: Etre ennuyé au suprême degré. Synonyme d'en avoir plein le dos. Seulement cela se prolonge un peu plus bas. — « Pour ce qui est de la rousse et du guet, Je les ai queuqu part. » — Ça- Lassoî.

Quelqu'un (Faire son) : Trancher du personnage.

— « Si madame fait un peu sa quelqu'une. » — Balzac.

Quenotte : Petite dent. Y. Dhautel, 1808. — « Ouvre la gargoine. Prends le bout de ce foulard dans tes quenottes. » — E. Sue. — Y. Domino.

Queue (Faire la) : Escroquer. Y. Perruque. — a Giromont finissait de compter son argent et disait : Le scélérat m'a fait la queue. » — E. Sue.

Faire la queue : Tromper. — « Il faut se contraindre, et vous avez un fameux toupet si vous parvenez à lui faire la queue. » — Phys. de la Chaumière, 18-11.

Queue : Infidélité galante. — « Je connais un général à qui on a fait des queues avec pas mal de parti» culiers. » — Gavarni.

Queue romantique : Jeu de mots altérant le sens raisonnable de la phrase. Murger a ridiculisé cet exercice dans sa Vie de Bohème. Dès 17M, paraissait une Histoire du prince Camouflet qui peut passer pour un « recueil complet de ces stériles tours de force. C'est de là que datent « je le crains de cheval, — sous un beau ciel de lit bassiné, » etc.

Ruban de queue : « Comme ces grandes routes, ruban de queue de quatre ou cinq lieues de long qui, rien qu'à les voir toujours toutes droites, vous cassent les jambes. » — E. Sue.

Queue-rouge : Paillasse grotesque dont la perruque est nouée par un ruban rouge. — « Le public préfère généralement le lazzi au mot et la queue- rouge au comed en. » — De la Fizelière.

Queue de rat : Tabat ère dont le couvercle de bois était soulevé par une longue et étroite lanière de cuir. — « Une de ces ignobles tabat ères de bois vulgairement appelées queues de rat. » — Ch. Hugo.

Queue de renard : Trace de vomissement. V. Renard.

Qcibl's : « Il a du quibus, c'est-à-dire des écus, de quibus fiunt omnia. » — LeDuchat, 1738.

Quille : Jambe. En 1455, les gueux ou coquillards de Dijon se servaient déjà du mot quilles dans le même sens. La chose nous est prouvée par un texte curieux qu'a publié l'arc uvistede la Côte-d'Or, M. Garnier. — « La madame du pavillon qui met ses bas! — - Plus que ça de quilles! » — Gavarni.

Qcinquet : Œil brillant (Vidocq, 1837) comme la lampe Qu in quel qui passa en son temps pour un phé-

nix de lumière. On dit : Quelle paire de quinquets! V. Esbrouffer.

Quinze ans et pas de corset : Se dit en parlant d'une femme dont les appas ont la fermeté de la jeunesse. Employé souvent avec ironie.

Quinze-vingt : Aveugle ainsi nommé à cause de l'établissement qui lui sert d'asile à Paris. — « Je suis obligé de demander mon chemin, comme un quinze-vingt. » — La Correctionnelle.

Rabibocher : Raccommoder. V. Collant. — « N'en parlons plus! Il faut que je me rabiboche avec vous. » — E. Sue.

Rabiot : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps, après sa libération. 11 y eut plus d'un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

Raboin : Diable (Yidocq). Y.Âbadis.

Raclée : Rossée. C'est plus qu'une frottée. — « Ça lui procura de leur pari quelques bonnes raclées. » — L. Desnoyer.

Raclette : Ronde de police. — Elle racle les gens sans aveu sur son passage. V. Balai.

Raccourcir : Guillotiner. — La perte de la tète raccourcit. Mot de création républicaine ainsi que les synonymes ci-joints : — « La louve autrichienne va être à la fin raccourcie... — Jusqu'à ce qu'ils aient tous craché dans le sac... — Pour faire mettre promptement la tête à la fenêtre à la louve autrichienne... — Ses bons avisa la Convention pour qu'elle fasse promptement jouer le général Moustache à la main-chaude...

— Qu'il fasse promptement passer sous le rasoir national le traître Bailly. » — 1793, Hébert.

Le rasoir national est le fatal couperet. — ■ Cracher dans le sac montre la tête coupée sautant avec un jet de sang dans le sac de son.

Mettre la tête à la fenêtre et jouer à la main-chaude font allusion à l'attitude du supplicié. — La fenêtre, c'est la lunette où passe la tête du supplicié qui, à genoux, mains liées derrière le dos, attend le coup comme à la main- chaude.

Rade, Radeau : Comptoir, Tiroir. — Allusion aux radis qu'on y met. — « La rade est le comptoir du marchand de vin. Le radin c'est l'argent du comptoir, par abréviation le radi ; on dit n'avoir pas un radi pour n'avoir pas un sou. — A. Monnier.

Radin, Radis : Argent monnayé. — Corruption de maravédis. — « En vain je cherchai dans ma poche. Il ne m' restait plus un radis. » — Hardy, Chansons.

— Faire un radin : Voler l'argent du comptoir. V. Fête, Demi-Aune.

Raffale : Misère. — Mot expressif. — Raffolé : Misérable, dépouillé par la raffale de la mauvaise fortune. — « Tous les hommes sont des raffalés, des pingres. » — Lynol.

Rafiaïj : Bâtiment léger. — « J' vas joliment gréer notre rafiau, tu verras. » — Phys. du Matelot, 1843.

Ra-fla : Notes rudimentaires de la batterie du tambour. — « Le tambour-major bat la mesure des m et des fia. » — M. Saint-ïlilaire.

Rafraîchir d'un coup de sabre (Se) : Se battre. — Allusion à la sensation du froid qu'on éprouve en sen-

tant la lame pénétrer dans les chairs. — « Un officier lui demanda s'il voulait se rafraîchir d'un coup de sabre. » — Ed. Lemoine.

Raide, Rude : Eau-de-vie qui gratte le gosier. On dit par analogie : C'est un peu raide, c'est d'une exigence difficile à supporter. — « Comme dit le proverbe, un peu de raide fait grand bien. » — L. BarJas.

Être raide, Raide comme la justice : Être ivre, sans vouloir le paraître, se redresser avec affectation. — « Dis donc, Jules, tu as bien dîné. — Il est raide. » — Monselet.

Raide comme halle : Rapide comme un projectile. — « Il a filé son chemin, raide comme une balle. » — Vidal, 1833.

Raille : Police, agent de police. — Du mot égraiUcr: racler. Le raille vous engraille, comme la raclette vous racle. — « La raille maron te servira pour un deuxième gerbement. » — Yidocq. — V. Cigogne.

Raisjxé : Sang. — Allusion de couleur. — « Tu es sans raisiné dans les vermïchéls. » — Balzac. — V. Bariole.

Raleir : Les bouquinistes de Paris appellent ainsi ceux qui ont l'habitude de lire à leurs étalages sans rien acheter.

Râleuses : Les râleuses sont des racoleuses ou courtières lâchées par les marchands (du Temple) sur le gonze pour le forcer à acheter. » — Mornand.

Rama : « Des riens constituent chez certaines classes parisiennes un esprit drolatique dans lequel la bêtise entre comme un élément principal et dont le mérite consiste particulièrement dans le geste et la pronon-

dation. Cette espèce d'argot varie continuellement. La plaisanterie qui en est le principe n'a jamais un mois d'existence. Un procès en cour d'assises, une chanson des rues, les farces d'un acteur, tout sert à entretenir ce jeu d'esprit. La récente invention du Diorama, qui portait l'illusion de l'optique à un plus haut degré que dans les panoramas, avait amené dans quelques ateliers de peinture la plaisanterie de parler en rama. » — Balzac. — « Eh bien! monsieur Poiret, dit l'employé, comment va cette petite santérama? » — Id.

Ramasser : Arrêter. — « Ce qu'elles craignent par dessus tout, c'est d'être ramassées, sous Je cruel prétexte de vagabondage. » — M. Waldor.

Se ramasser : Se relever après une chule.

Ramastiqleur : Filou ramassant à terre des bijoux faux perdus par un compère et les cédant à un passant moyennant une prime qui dépasse leur valeur réelle.

Rambuteau : Guérite-urinoir. — Du préfet qui en a doté la voie publique.

Rampe (Lâcher la) : Mourir. — Mot à mot : dégringoler l'escalier de la vie. — « Ton oncle s'est laissé mourir? — Le pauvre cher homme! Il vient de lâcher la rampe. » — Tintamarre.

Rapiat : Auvergnat, avide, avare. — Dhautei (1808( fait venir ce mot de Rapiamus. — V. Flanelle.

Rapin : « Ce joyaux élève en peinture qu'en style d'atelier on appelle un rapin. » — Balzac.

Rapioter * Rapiécer. — « Monsieur, faites donc rapioter les trous de votre habit. » — Mornand.

Rapliquer : Revenir (V. Flacul), Répliquer (V. Suage.

Raser : Railler. Jadis, on disait faire la larbe. — « Pour aviser au moyen de faire la barbe à la municipalité de Paris.» — 1793, Hébert. — «On a commencé à dire des blagueurs. Aujourd'hui, on dit des raseurs. »

— Gazette de Paris.

Raseur : « Le raseur est l'individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses, dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu'il tient voire bras, le raseur ne vous quitte plus. » — A. Scholl, 18o3.

Raspail : Liqueur de Raspail, eau-de-vie. — « Ami, prends un sou de raspail, Pour rincer de tes dents l'émail. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

Rat : « Le rat est un des éléments de l'Opéra, car

il est à la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire... — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n'y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses péris et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu'à dix-huit ans, uuiquement par spéculation et de se flanquer d'une horrible vieille, comme vous mettez du fumier autour d'une jolie fleur... — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60,000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane » — Roqueplan. 1841.

Rat : Bougeoir, bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat. — « Je vous demanderai la permission d'allumer mon rat. » H. Monnier.

Rat : Avare, pauvre. — « Je vous dénonce moi* propriétaire, qui est un rat fini. » — Bertall.

Rat : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir, afin d'ouvrir, la nuit la porte du magasin à leurs collègues. ïl paraît qu'on ne fermait qu'au pêne les boutiques dans ce temps-là. Aujourd'hui, le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.

Rat : « Cette expression s'applique à tout retardataire de l'École polytechnique. Quiconque, après son examen de sortie, est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts; le rai de soupe est celui qui arrive trop tard à table. » — La Bédollière.

Rat de prison : Avocat. — Allusion aux visites qu'il rend aux prisonniers.

Mon rat : Terme d'amitié.

Rat : Caprice, fantaisie trottant, comme un rat, dans la cervelle. Y. Dhautel, 1808.

Courir le rat : Yoler la nuit à l'auberge (Yidocq).

Rata : Abréviation de ratatouilie. — « Pour le rata : faites bouillir de l'eau, prenez des pommes de terre, jetez le légume choisi dans la bassine, ajoutez 3 kiîogr. de lard par cent hommes, remuez et servez. » — La Bédollière.

Ratichon, Rasé, Raze, Razi : Prêtre. — Mot à mot : ratissé, rasé. — Allusion à sa tonsure et à sa figure rosée. Y. Momir.

Ravageurs : «Ils travaillent un instant après la pluie. Alors l'eau a charrié dans les rigoles ménagées par le pavé tous les morceaux de clous et de ferraille qu'elle a pu emporter en passant... La besogne faite, ils ven-

dent un sou la livre leur misérable butin. » — Berthaud, 1846. — La police a fait cesser cette exploitation. — Les Mystères de Paris montrent cette industrie s'exerçant en grand sur les ports de la Seine : S'avançant dans l'eau aussi loin qu'il peut aller, le ravageur puise à l'aide d'une longue drague le sable de rivière sous la vase, puis il le lave comme un minerai et en retire une grande quantité de parcelles métalliques. » — E. Sue.

Ravigxolé : Récidive. — « Je n*ai pas coque mon centre de tafîe du ravignolé; ainsi si vouzailles brodez l\ mezigue. il faut balancer la lazagne au centre de Jean- Louis Laurant, au castuc de Canelle (Caen). »

Razzia : Rafle rasant tout sur son passage. — Le mot date de notre guerre d'Afrique. En France, au quinzième siècle on disait dans le môme sens reize. — « Il exerçait de véritables razzias à l'endroit des tasses de chocolat. » — A. Second.

Réac : Réactionnaire. — Date de J 848. — « Il s'agira seulement d'applaudir nos orateurs — et d'aplatir les réacs. » — Chenu.

Réaliste : Artiste ou romancier s'appli quant à reproduire, dans toute leur vérité, les scènes de la vie réelle sans rien idéaliser. Bien qu'employé à la fin du dix-huitième siècle, par Rétif, le mot est nouveau, mais l'école est de haute antiquité.

Rebâtir : Tuer. — Équivoque. — Pour rebâtir, il faut démolir. Y. ce mot. — « Si tu consens à nous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine, nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs. » — Yidocq.

Réchauffer : Ennuyer (Vidocq). — On trouve une analogie clans l'acception de bassinoire. — C'est du réchauffé : Cela ne vaut plus rien.

Reconnorler : Reconnaître (id.). V. Parrain.

Refaire : Tromper. Y. Faire. — « Dindonné, ce que nous appelons refait au même. » — Balzac.

Refaiter : Prendre un repas. — Vieux mot. — Y. Pavil'onner. — Refaite du matois .-Repas du matin.

— Refaite de coni : Viatique, repas de mourant.

Refiler : Donner un vol nourri, suivre.

Refroidir : Tuer. — On dit glacé par la mort. — V. Suage.

Régence : Digne des roueries galantes de la cour du régent. — « C'est régence, c'est Louis XV, Œilde-bœuf ! c'est très-bien. » — Balzac.

Regox : Dette. — Rcgonser : Devoir (Bailly).

Regout (Faire du) : Être arrêté. — « Poissons avec adresse mezières et gonzesses sans faire de regout. »

— Yidocq.

Réjouissance : Os glissé par les boucliers dans la viande pesée à leurs pratiques. — (< Pour mieux les embêter dans le poids et la réjouissance. » — Calarets de Paris, 1821.

Reluit : Jour, œil. Y. Coquer, Luisant, Chasse.

Reluquer, Rembroquer, Remoucher, Remouquer * Remarquer, examiner. V. Chasse, Temps, Moucharde, Bonne, Abadis, Béquille, Bayafe. — Rembrocage de parrains : Confrontation.

Renard (Piquer un) : Vomir. — On a commencé par

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dire écorcher le renard. — Le renard est une bête si puante, qu'on s'expose à vomir de dégoût en voulant l'écorcher. — « Et tous ces bonnes gens rendaient leurs gorges devant tout le monde, comme s'ils eussent escorcbé le regnard. » — Rabela s. — Le voyageur Jacques Lesaige dit en faisant allusion aux effets du mal de mer : « Loué soit Dieu! J avo's bon apétit, car je n'avois fait que escorchier le regnart (1518). »

— V. Gaz.

Queue de renard : Longue trace de vomissement. — « Un homme sans éducation qui a fait une queue de renard dans le plat de son voisin. » — Cabaret de Paris, 1811.

Renarder : Vomir. — « Je suis gris... Vous me permettrez de renarder dans le kiosque. » — Balzac. — On disait autrefois renauder. V. Roquefort.

Renard : « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti, plus tard tu passeras renard ou aspirant. »

— Biéville. — V. Chien.

Renauder : Renâcler ( Vidocq). — Signifiait jadis vomir. V. Roquefort. — «Quand elle quête, merci! Chacun renaude ou détale. » — Léonard, parodie,

Rencontre (Vol à la) : « Variété du vol à la tire. Il est opéré par deux compères : le premier heurte un passant dont il détache la chaîne qui est aussitôt remise au second; puis il s'éloigne en s'excusant et se laissant fouiller, si on découvre le vol. » — Canler.

Rêne (Saisir la troisième) : S'accrocher à la crinière d'un cheval sur iequel on ne peut se maintenir.

Renfoncement : Forte bourrée. — « On l'accabla

de renfoncements, il lui fut impossible de s'expliquer. »

— Chenu.

Rengracier : Devenir honnête, rentrer en grâce de la société. — « Jamais tu ne rengracieras. Plutôt caner en goupinant. » — Yidocq.

Renifler : Sentir, deviner (Yidocq). Y. Vante. Renifler : Refuser d'aller plus avant. — « Si ce n'avait pas été l'heure, j'aurais reniflé. » — Monselet.

Renquiller : Rentrer. De quille. Y. Pavillonner.

Repiger : Rattraper. — « Attends, toi! si je peux te repiger un jour. » — Moinaux.

Repiquer : Recommencer, reprendre le dessus, se tirer d'une mauvaise passe. — « On repique son chaste cancan. » — 1846, P. d'Anglemont.

Reporter : Y. Llquid.

Repoussant : Fusil. — Il repousse l'épaule.

Retourne (De quoi il) : Ce qui se produit de nouveau. Terme de jeu de cartes où la retourne de l'atout indique en effet l'apparition d'une couleur inattendue.

— « Yoici de quoi il retourne pour le quart d'heure. »

— E. Texier.

Revenir sur l'eau : Sortir d'un mauvais pas. — « Le voilà qui revient sur l'eau, cet agneau adoré. »

— L. Reybaud.

Reste (Donner son) : Accabler, tuer quelqu'un. — «Mais, zeste! Lowendal leur ficha son reste. » — Yadé, 1750. — Ne <pas demander son reste : Rester anéanti.

Retapé : Mis proprement. — « Elle est joliment retapée et requinquée le dimanche. » — Yidal.

Retappe (Faire sa' : Raccrocher. — « C'est moi qui lui ai donné l'idée de faire sa retappe, avec un costume décent et un carton à chapeau à la maiu. »

— Cinquante mille Voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — Vient de l'argot des voleurs qui disaient aller à la retape, pour : s'embusquer sur le grand chemin.

— Mot à mot : attendre l'occasion de retaper sur les passants.

Richelieu : Aussi roué que le galant maréchal de ce nom. — * Tout Je benjoin d'une galanterie à 80 degrés Richelieu. » — Murger.

Richement "laid : Aussi laid que possible.

Riflard : Parapluie. — D'une pièce de Picard, la Petite Tille (1801;, où l'acteur chargé du rôle de Riflard paraît armé d'un énorme parapluie. — « Il pleuvait à verse; elle était sous son riflard. » — Lubize.

Riffauder : Brûler. Y. Flacul. — Rifle : Feu, flamme. — « Je remouche au coin du rifle un sinve qui roupillait. J'ai sondé dans ses profondes. » — Yidocq.

— Y. Coque r.

Rigolbociie : Amusant, drôle. — Diminutif de rigollot. — « C'était au Prado... La querelle allait son train... les agents s'approchèrent... Laissez -les donc! m'écriai-je, sans doute inspirée, c'est bien plus rigolboche! — Le mot fut sur-le-champ acclamé. — Marguerite, me dit C, tu viens de créer un mot qui fera fortune. » — 1860, Mémoires de Rigolbociie.

Rijolbocher : Cancaner à la façon de Rigolbociie, danseuse dont les lignes précédentes expliquant le

nom et la vogue. — « Nous rigolbochons parfois à Bullier. » — 1860, les Étudiants.

Rigoler : Rire, se divertir. — Vieux mot. — Dès 1373, Du Cange en cite des exemples au mot Rigolamentum. * Et frère J ?an de rieouller, jamais homme ne feut tant courtois ny gracieux » — Rabelais. — « Qu'est-ce qui chante? je veux de quoi rigoler! moi. »

— Champfleury. — Y. Hariadan, Lansquiner. Rigolot, rigolctte : Homme ou femme de gai naturel.

— « Rigolos et vous rigolettes, Gais enfants d' l'atelier. » — A. Joly, Ch. — On dit aussi dans le même sens : Rigolot pain de sucre. — Ccst rigolot : C'est amusant.

Rincée : « Il a reçu une bonne rincée, il a été battu, étrillé comme il faut. » — 1808, Dhautél.

Rincer : Dévaliser. — «Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif. » — Balzac.

Rincer : Battre. — « Un général, fût-il un prince, Fond sur l'ennemi et vous le rince. » — Favart, — 1750.

— « Tu m'as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête. » — E. Sue.

Rincer le gosier, le cornet, le sifflet, l'avaloir, la dalle : Faire boire. Y. Sifflet. — « S'il cajole la cantinière, elle lui rince le gosier. » — Wado, Chansons.

— « Tu peux te rincer le cornet, ça rend toujours un homme aimable. » — Cabassol.— «Quand vous rincez votre avaloir, Vous êtes prié de quitter le comptoir. »

— La Maison du Lapin blanc, typ. Appert. — « Avec ces messieurs j' bois. Oui, nous nous rinçons la dalle. »

— Léonard, parodie.

Il a été bien rincé : « Il a été bien mouillé. » — 1808, Dh autel.

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Riolle : Divertissement. — De rigoler. — « Pitanebons. faisons riolle Jusqu'au jugement. » — Grandval, 1723.

Ripatonner : Raccommoder. — Mot à mot : réparationner. — « On ripa ton ne un livre en pub.iant une édition revue et corrigée; on r.patonne un édifice en le récrépissant. » — La Bédollière.

Riquiqui : Eau-de-yie. — « Tiens! pour te guérir, je t'apporte une goutte de riquiqui. » — La Femme comme on en voit peu, cb., 1789.

Rivaxcher : Y. Tremblant. — Rivette : Y. Tante.

Riz-pain-sel : « A l'armée, où les agents du service des subsistances distribuent les vivres aux compagnies, on leur donne le sobriquet de riz-pain-sel. » — La Bédollière.

Rober : Dérober (Vidocq). — Vieux mot.

Robert Macaire ; Variété du cancan. — Allusion à la danse de Robert Macaire au prem.er acte de l'Auberge des Adrets. — « Magistrats et docteurs Commencent leur carrière, En se faisant danseurs De la Robert Macaire. » — 1841, Phys. de la Chaumière. — V. Macaire.

Robixson : Parapluie. — Usité depuis la représentation d'une pièce de Pixérécourt, où Robinson apparaissait avec son grand parasol.

Rocaille, Rococo : Dans le goût de l'époque de Louis XV. — « L'amour des rocailies, mot qui caractérise l'ameublement du règne de Louis XV. » — Roquepl m. — « La cambre ch madame était meublée dans le genre rococo. » — Balzac.

m LES EXCENTRICITÉS

Rococo : Suranné. — « Ce mot nouveau est celui de rococo, et me semble êire appliqué, par la jeunesse innovatrice, à tout ce qui porte l'empreinte du goût, des principes ou des sentiments des temps passés. » — Trollope, 1835.

Rochet : Prêtre (Vidocq). — Allusion au rocbet ou camail qui couvre ses épaules. Y. Suage.

Rogneur : Fourrier. — Mot à mot : rogneur de portions. — Allusion aux vins et aux vivres de campagne sur lesquels un fourrier peu délicat prélève parfois une dîme indue. — « Gratte-papier, rogneur, traîne paillasse, Hardi pillard aux deux galons d'argent, De vingt surnoms que sur lui l'on entasse, Le fourrier rit, et se moque en chantant. » — Wado, Chansons.

Romain : Claqueur. — Allusion aux Romains qui applaudissaient Néron. — « Sous le lustre avec les romains du parterre. » — P. Bore!, 1833. — Romain : Fantassin. — Allusion à la forme romaine du poignard d'infanterie.

Romanichels : « Voleurs exploitant l'Europe entière sous les allures de marchands forains. Ils se marient entre eux, voyagent constamment et se prêtent assistance en cas d'arrestation. » — Canler.

Rond : Saoul. — « Descendant d' la guinguette, Un soir que j'étais rond. » — Les Amours de Jeannette, chanson, 1813.

Rond : Sou. — Le sou est rond. — « Aboule tes vingt ronds, bêta! » — Montépin. — Y. Balle, Roue.

Rondine : Bague. — Même allusion. V. Vague.

Rondiner : Battre à coups de bâton. — Mot à mot v de rondin. — « Qu'il est doux de pouvoir rondiner un'

DU LANGAGE Wl

ingrat.)) — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Rondiner des yeux : Faire les yeux ronds à quelqu'un.

Rosse, Rossard : Homme mou, lâche. — « QuelF rosse qu' tu fais! T'es mon ami tout <T même. » — Protat.

Rossée : Grêle de coups.

Rossignol : « Ce sobriquet de rossignol était donné par les libraires aux ouvrages qui restent perchés sur les casiers dans les profondes solitudes de leur magasin. » — Balzac. — Les marchands de nouveautés donnent le môme nom aux étoffes passées de mode.

Rossignol : Fausse clé. — « Après, j' ne manquerai pas de raisons Pour rossignoler les maisons.» — Fesleau, 1832.

Rotin : Sou. — Diminutif de rond. — « Si par hasard ils se lâchent d'un déjeuner de vingt-cinq rotins. )> — Lyno!.

Roublard : Richard. — Mot à mot : homme à roubles. — S'il faut en croire le Figaro du 27 novembre 1858, on appelle aussi rouhlart un chevalier d'industrie extorquant des directeurs de jeux une somme qui lui permette de regagner son pays, après une perte dont il exagère la valeur.

Roue de derrière, de devant : « Pièces de cinq, de deux francs. » — Yidocq, 1837. — Allusion au dia-

I' Rouchi : Personne méprisable. — « Veux-tu te cacher, vilain rouchi. Tu reviendras quand tu seras blanchi.)) — 1844, Cat. poissard. — Du vieux mot rouchi : mauvais cheval. Y. Roquefort.

mètre respectif des roues de voiture. — « Roues de derrière... expression des cochers pour dire pièces de cinq francs.» — Cabarets de Paris, 1821. — « Je peux solir pour une roue de derrière ce qui m'a coûté cinquante ronds, c'est-à-dire vendre pour six francs ce qui m'a coûté cinquante sous. » — Avent. de J. Sharp, 1789.

Roué : Juge d'instruction (Vidocq). — Il doit l'être.

Rouge : Révolutionnaire acceptant le drapeau rouge.

Rouget : Cuivre (Vidocq). C'est le cuivre rouge. Le cuivre jaune est le paillon.

Rouillarde : Bouteille (Vidocq). — Motàmot : chose qui se roule.

Roulance : « Roulement général que font les ouvriers typographes à coups de composteurs sur leurs casses, à ia rentrée d'un confrère qu'ils viennent de mystifier. » — Ladimir.

Roulant, Roulotte : Voiture. V. Dhautel, 1808. — « Tout ce maquillage ne te fera pas démarger en roulotte (aller en voiture). » — Paillet. — V. Garçon. — Roulant vif : « La science change la face de la civilisation par le chemin de fer, l'argot l'a déjà nommé le roulant vif. » — Balzac. — V. Chineur.

Rouler : Battre, vaincre. — Mot à mot : rouler à terre. — « Enfin je suis seul contre le gouvernement avec son las de tribunaux et je les roule. » — Balzac. — Roulée : Vigoureuse correction.

Rouler : Voyager. — Routier est classique.

Ça roule : Je me porte bien, je fais de bonnes affaires. — Ça roule se dit aussi d'une manœuvre exécutée *ans ensemble.

Rouleur : Trompeur. — « Cela ne serait pas bien: nos courtiers passeraient pour des routeurs. » — Lynol.

— De rouler : vaincre.

Rouleur : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C'est lui qui accompagne les partants jusqu'à la sortie des villes. » — G. Sand.

— De rouler : voyager,

Roulottier : « Il est, en quelque sorte, le cam- Irioleur de la rue. Au lieu de travailler en chambre, il travaille en voiture. Il saisit une malle, un colis sur un camion de roulage et s'éloigne avec sa proie. » — A. Monnier. — Roulottin : Charretier (Vidocq).

Roupie : Punaise (Vidocq). — Elle a en effet la forme et la couleur d'une roupie de tabac.

Roupie de singe : Rien. — Roupie a ici le sens de monnaie. On dit monnaie de singe pour grimace.

Roupiller : Dormir. — « Il est bien temps de roupiller. » — 1750, Monbron, Henriade travestie. — Y. Paumer, Pieu, Rifle.

Rouscailler bigorne : Parler argot. — Rouscailleur : Débauché, luxurieux.

Rousse, Roussins : Police, agents de police. — Du vieux mot rouchin : rosse, mauvais cheval. Y. Roquefort. — Rousse est une abréviation. — « C'était l'agent de change que suivaient les roussins. » — Vidocq. — « Ils croient voir partout la rousse. » — Pail- ]et. — « A quoi penses-tu? tu bois avec des rousses. »

— Chenu. — Y. Butter, Agrafer, Camorouse. Roussiner : Péter sans façon, comme un rouchin.

Roustir : « La plupart des banquistes, pour me

servir de leurs expressions, ont un truc pour roustir les gonzes, c'est-à-dire une supercherie pour attraper les bonnes gens. » — Àvent. deJ. Sharp, 1789.

Roustisseur : Voleur. — « On accuse donc c'te pauvre fille d'être une roustisseuse et d'avoir fait sauter l'argenterie. » — Yoizo, Chanson.

Royale : « Louis XIII rasait bien, et un jour il coupa la barbe à ses officiers et ne leur laissa qu'un petit toupet au menton. » — Tallemant des Réaux. — De là sans doute ce mot, dit Monmerqué.

Rude : Remarquable. — « Eh! mon vieux sabre, tu peux te vanter d'appartenir à un rude lapin. » — About. — V. Raide, Balle, Doux. — Rudement : Remarquablement.

Ruette au pain : Gorge. — « Au souper, je ne pus avaler une goulée, à croire que j'avais la ruette au pain barrée par quelque accident. » — Delvau.

Rup, Rupart, Rupin : Seigneur, élégant, riche. — « Madame, en v'ià un rup ! il m'a dit de garder la monnaie pour moi. » — Jaime. — « Pour enfoncer un rupine, Je sers d'exemple. Malheur à qui contemple Mon petit minois chiffonné. » — Mouret, Ch., 1846.- — Y. Rebâtir, Bigorne, Caloquet.

Se prend adjectivement. — « Tu étais dans une société assez rup. » — Montépin. — « Faisons un petit bout de toilette! que chacun soit rupin.» — Chenu.

Rustique : Greffier. -— Rustu : Greffe (Bailly).

Sabot : Navire. — « Aller dans le sabot : S'embarquer. » — Yidocq. — Y. Sapin. — Allusion de forme.

Sabot : Yiolon. — « Jeune homme! emparez-vous de ce sabot. » — Dumersan et Yarin.

Sàbouler : Battre, cogner. — Vieux mot. V. Roquefort. — « Vous me saboulez la tête avec vos mains pesantes. » — Molière, Comtesse cTEscarbagnas. — « Je te tanne le casaquin, je te saboule. » — PailleL

Sàbouler : Décrotter. — Sabouîeur ; Décrotteur (Yidocq).

Sabreur, TraIxeur de sabre : Militaire bruyant, fanfaron. — « Yous me faites pitié, tout sabreur que vous êtes. » — P. Borel, 1833.

Sabre : Bâton. — Sabri : Foret. — Y. Rebâtir.

Sac (Avoir le) : Avoir de l'argent. — « A-t-e:ie le sac? — Cela veut dire en langage des halles : A- 1- elle de l'argent? » — G. de Nerval.

Donner le sac : Mettre à la porte. — Mot à mot : forcer quelqu'un à faire sa malle, son sac.

En avoir plein le sac : Être complètement ivre. — « Laissons-le reposer, il en a plein son sac. » — Chenu.

Mettre dans son sac : Dévorer un affront sans pouvoir le venger. — « Le montreur de bêtes fut donc obligé de mettre les calottes dans son sac.» — H. Suc. — Y. Raccourcir.

Sac-à-papier : « A l'ouvrage, messieurs! Sac-àpapier! on ne fait rien ici. » — Balzac.

Juron bon pour exprimer l'ennui d'être dans une situation embrouillée. Un sac<i-papier se disait autrefois de la réunion de toutes les pièces d'un procès : ceiles-ci se plaçaient dans un sac de toile.

Sacré chien : Eau-de-vie. — « Vous nous râperez le gosier avec le trois-six et le sacré chien dans toute sa pureté. » — Th. Gautier, 1833. — « Les voilà parties chez Caplaine où elles demandent un demi-septier de sacré chien. » — Yadé, 1788.

Avoir le sacré chien : Avoir le génie, Y esprit de son art. — Équivoque sur le mot précédent. — Y. Chien.

Sacrement : Sacrement du mariage. — « Oscar m'offrit le sacrement. » — Festeau.

Sacristain : Mari de maquerelle (Vidocq). Y. Marlou.

Safran (Accommoder au) : Faire une infidélité conjugale. Le safran est jaune et cette couleur passe pour celle du cocuage. — « Je ne suis pas fâché qu'elle ait accommodé au safran ce voltigeur de Louis XIV. » — E. Augier. — Y. Rebâtir.

Salade * Réponse. — Calembour. — La réponse est une espèce de salade. — « Yoilà notre dernier mot. Nous attendons ta salade. » — Yidocq.

Saler : Tancer vertement, faire payer trop cher.

Salières : Cavités pectorales. On dit d'une femme maigre trop décolletée qu'elle montre ses salières. — Usité dès 1808.

Sanglier : Prêtre. — Calembour. — C'est le sansglier, le sans-diable {Glier représente le diable dans le vieil argot. Y. Yidocq). Allusion à la mission divine du prêtre qui est de réconcilier les condamnés avec le ciel. Y .* Hariadan, Cuisinier.

Sans chasses : Aveugle. — Sans condé : Clandestinement, sans permission du condé. — Sans-cœur : Usurier.

Sans-culotte : Républicain de 1793, dont les jambes dédaignaient les culottes courtes pour se perdre dans un large pantalon. — « Allez-vous encore me traiter de sans-culotte? » — H. Monnier. — « Vous voyez comme il méprise la sans-culotterie. » — C. Desmoulins, 1790.

Sans-dos : Tabouret. — Sans-gêne : Indiscret. — « Malvina trouva d'abord que ce monsieur était un sans-gêne. » — L. Reybaud. — Sans-loches : Sourd.

— Sans-le-sou : Pauvre. — « Farnèse fit un mouvement de rien, elle avait senti le sans-le-sou. » — Jaime.

Sardines : Galons du grade de sous-officier. — A lusion de forme et d'éclat. — « L'un portait la sardine blanche, L'autre le jaune baudrier. » — Nadaud.

Sapin : Fiacre. — Sa caisse est en bois. — Le mot n'est pas nouveau. Nous le trouvons dans un pamphlet légitimiste de la révolution de 89 (V Apocalypse] . — « M. Desmoulins, l'abbé Noël, MM. de Beaumont et Keralio avaient loué pour toute la soirée un sapin national pour se faire voir dans la promenade. »

Sapin, sap : Cercueil de sapin. — « Avant d'être mis dans le sap, Vous voulez, orné de lunettes, Me décalquer de pied en cap. » — Festeau.

Sentir le sapin : Faire pressentir une mort prochaine. On dit : Yoilà une toux qui sent le sapin. — Usité dès 1808. — V. Claquer.

Sauter : Cacher un produit de vol à ses complices.

— Sauter à la cap ah ut : Assassiner un complice pour enlever sa part (Vidocq). V. Capahuter, Pas,

Sauterelle : Puce (ici.). — Ses sauts sont connus.

£0i LES EXCENTRICITES

Satisfait : Députe conservateur, satisfait de l'ordrede choses.

Satou : Bois. — Satousier : Menuisier (Yidocq). Du vieux mot Satou : Bâton. Y. Roquefort.

Saucé : Mouillé jusqu'aux os. — Donner une sauce : Gronder. — Connus dès 1808.

Sauteur : Y. Paillasse. — Sauteuse : Danseuse de théâlre. — Pris en mauvaise part.

Sauvage : Nu. — « Tu ne sais pas encore que s'habiller en sauvage, c'est vendre sa chemise. » — Vidal, 1833.

Savate : « La savate, que l'on appelle aujourd'hui chausson par euphémisme, est la boxe française, avec cette différence que la savate se travaille avec les pieds, et la boxe avec les poings. » — Th. Gautier; 184o.— Y. Àr souille.

Savate : « Correction militaire appliquée par les soldats entre eux pour certains délits non justiciables d'un conseil. Le patient est étendu sur un banc, la chemise retroussée, et chaque soldat de la compagnie lui applique trois coups d'un soulier neuf et bien, ferré. » — La Caserne, par Yidal et Delmare, 1833.

Savoir lire : Connaître toutes les ruses (Yidocq).

Savon : Réprimande sévère. On dit de même laver la tête pour réprimander quelqu'un.

Savonné : Blanc. — Ce qui est savonné est blanchi. — Pivots savonné : Yin blanc. Y. Douille, Larton.

Savoyard : Rustre. — «En 1813, avec ces savoyardsd'alliés. » — Ricard.

Savoyarde : Malle (Yidocq). — Le commissionnaire chargé de la porter est ordinairement Savoyard.

Schnapps : Eau-de-vie. — Germanisme.

Scie : Tourment, mystification répétée d'autant plus de fois qu'elle paraît agacer l'auditeur. — Allusion à la scie qui revient toujours en grinçant sur elle-même.

— « Les femmes, c'est la scie pour les domestiques. »

— Ricard. — « Les scies les plus farouches l'avaient trouvé inébranlable. » — Murger.

Scier, Scier le dos : Tourmenter. — « Pourquoi boire? — Pour s'étourdir, pour oublier ce qui vous scie. » — E. Sue. — « Laisse -moi, Cadet, tu me scies. » — Rousseliana, 1805.

Scionneur. V. Escarpe.

Sécot : Maigre. — « L'une est grasse, l'autre est sécot. » — Pecquet, Chansons.

Seigneurs (Jeunes) : « Aujourd'hui, 1er mars 1840, c'est le titre de bon goût qui a remplacé ceux de petitmaître, beaux fils, muscadins, etc., qui se sont succédé rapidement dans les fastes de la belle jeunesse française. » — E. Foa.

Sentinelle : Excrément isolé aux abords d'un édifice. V. Factionnaire.

Sentir : Aimer (Yidocq). — Ne pas sentir : Détester. — On dit de même : Avoir dans le nez (quelqu'un qu'on ne peut sentir).

Ser : signal (Yidocq). — De serpent qui signifie crachat en argot. Y. Arçon.

Sergolle : Ceinture (id.). — Mot à mot : serre gole. — Du vieux mot gole : ouverture de tunique. — Y. Roquefort.

Sérieux (Être) : Pour les artistes et les lettres,

c'est s'être acquis une valeur personnelle. — Pour les bourgeois, c'est avoir une position dans le monde. — Pour les lorettes, c'est être capable de leur donner de largent.

Serin : Naïf comme un serin. — « Tu ne sais pas ce que c'est que d'être l'amant d'une femme... Es-tu serin à ton âge! » — E. Sue.

Seriner : Loger dans la mémoire certaine chose à force de la répéter. — Allusion à l'influence quotidienne de la serinette sur l'éducation du canari. — « Nucingen avait seriné Rastignac. » — Balzac.

Serinette : Enfant ayant plus de mémoire que d'intelligence. — Cet exemple donne un dernier sens.

« On appelle serinette les infâmes qui font contribuer un passant en le menaçant de divulguer (seriner) au public ou même à l'autorité de coupables dépravations. » — Paillet.

Seringue (Chanter comme une) : « Avoir la voix fausse et discordante. » — 1808, Dhautel.

Serrante : Serrure (Vidocq).

Serré : Avare, peu fortuné. — « Il paraît même qu'il est très -serré. » — H. Monnier.

Serrer : Mettre en prison. — On n'y est pas au large. — « La plus cruelle injure qu'une fille puisse jeter à une autre fille, c'est de l'accuser d'infidélité envers un amant serré. » — Balzac.

Servir : Prendre, arrêter. — Mot à mot : asservir. — La personne servie n'a plus sa liberté. — « Frangin et frangine, je pesigue le pivot pour vous bonnir que mezigue viens d'être servi maron à la lègre de Canelle (Gaen). » — Vidocq. — Servir de belle ; Dénon-

eer à faux. — Servir le trepe : Faire ranger la foule. V. Curieux.

Sévère : Digne de réflexions sérieuses et sévères. — « Ah! je vous raconterai ma vie. Je vous en dirai des sévères, mon bon ami. » — Ricard. — « Ouvrez ou j'enfonce la porle. — En voilà une sévère. » — L. Reybaud.

Sic nomen : Argent. — Latinisme dont la traduction libre est : Cest ainsi que je m'appelle. C'est-àdire : Je n'ai pas besoin de nom, il me suffit de paraître pour être reconnu par tous.

Siffler : Boire. — « Il a sifflé pour dire : il a bu, parce que les lèvres ont à peu près le même mouve • ment. » — Le Duchat, 1738. — « Tiens, vieux chéri, siffle-moi ça, ça va te remettre. » — E. Sue.

Sifflet : Gosier. — Comparaison facile à deviner. Vidocq donne aussi siffle pour voix. — «Qu'en te couppant le sifflet, quelqu'un délivre le royaume. » — La Nouvelle Mazarinade, 1652.

Se rincer, s'affûter le sifflet : Boire. — « Là, plus d'un buveur bon apôtre, Venait se rincer le sifflet. » — Colmance, Ch. — « Faut pas aller chez Paul Niquet Six fois l' jour s'affûter le sifflet. » — P. Durand, Ch.,

Sigue, Sigle : Pièce d'or (Vidocq). — Abrév. de cigale.

Simon : « La maison où les vidangeurs travaillent est appelée par eux atelier et le propriétaire de cette maison est appelé par eux Simon. » — Berthaud.

Sine qua non : La chose indispensable. — Sine quâ non possnmus s'entend ordinairement de l'argent.

— « L'entretien est le sine quâ non de l'élégance. »

Balzac.

Singe : « En revanche, les ours ont nommé les compositeurs des singes à cause du continuel exercice qu'ils font pour attraper les lettres dans les cinquantedeux petites cases où elles sont contenues. * — Balzac.

Monnaie de singe : Grimace. — « Il ta payait, comme dit le peuple en son langage énergique, en monnaie de singe. » — Balzac. — V. Roupie.

SinVe : Dupe. — Corruption du mot simple. — Y. Affranchir, Rifle.

Siroter : Boire — « Son bonheur était d'aller siroter le vin à dix de la Courtiiie. » — Ricard.

Six : Chandelle de six à la livre. — « Yoyons que j'allume ce bout... Tiens, vous usez des six, Plumet, c'est comme moi. » — Ricard.

Soiffer : Boire outre mesure comme si on avait grand' soif. — « Là, j' soiffons, Je n' sais comme, Chacun nos trois poissons. *> — Les Amours de Jeannette, eh., 1813. — « T'as soïiTé, malheureux, Que c'en est désastreux. » — Moineaux.

Soiffard, soiffeur : Grand buveur.- — « Le franc soiffeur Offre son cœur, Avec un sou d' galette. — Daîès.

— « Soiffard de Nini Moulin. » — E. Sue.

Soignée : « Oh ! en vTà une soignée! » — La Bédollière. — Voilà un fait à noter soigneusement.

Soissonné : Haricot (Yidocq, 1837). — Soissons est la patrie des haricots.

Soldat du pape : T. Pape.

Soleil (Avoir un coup de) : S'enivrer. — Piquer un soleil : Rougir.

Solitaire : Spectateur qui, pour payer moins cher sa place, entre au théâtre dans les rangs de la claque. Son nom indique qu'il ne se croit pas obligé de faire chorus avec ses bruyants compagnons. — « Grâce à une pièce de cinquante centimes, j'entrai en qualité de solitaire. » — À. Second.

Solir : Vendre. — « J'ai rencontré marcandière qui du pivois solisait.» — Yidocq. — V. Fourgat, Roue. — Solliceur: Marchand. — Solliceur delacets: Gendarme.

Sxoboye : Très-bien. V. Chocnoso.

Sœur : Maîtresse. — Terme ironique inventé pour railler ceux qui dissimulent leurs bonnes fortunes sous des liens de parenté fictifs. — « Au quinzième siècle, on disait d'une fille débauchée qu'elle était de nos cousines. » — Ducatiana, 1738. — Il règne entre ces termes de sœur et de cousine une analogie qui confirme notre étymologie. — « Sais-tu ce qu'il me répond? « Et ta sœur? » — Je l'aurais cogné. » — Monselet. — « J' nai pas de sœur, et voilà pourquoi J' trouve étonnant qu' chaq'jour on m' dise : Et ta sœur? » — Ch. Blondelet, Chanson.

Smalah : Ménage, réunion de la femme, des enfants et du mobilier. Le mot vient d'Algérie.

Sonde : Médecin (Yidocq). — Il sonde l'état de votre santé.

Sondeur : Commis d'octroi (id.). — Il sonde les voitures qui passent.

Sonnettes : Pièces d'argent. — Connu dès 1808. — m Et les sonnett's en poche, J'accours à l'Opéra. » —

Désaugiers. — Sonnette : Jeune sodomite (Vidocq.)

Sonnette de bois (Déménager à la) : Emporter ses effets sans avoir payé sa chambre, en tamponnant la sonnette d'éveil qui signale la sortie d'un hôtel garni.

— « Car il était réduit à déménager à la sonnette de bois (sans bruit et clandestinement). » — Chenu.

Sophie (Faire sa) : Se donner des airs de sagesse.

— Sophie et sagesse sont synonymes. — « A quoi ça m'aurait avancé de faire ma sophie? » — Monselet.

Sorbonne : Cerveau. Y. Dhautel, 1808. — « La sorbonne est la tête de l'homme vivant, son conseil, sa pensée. » — Balzac. — Date du temps où les décisions de la Sorbonne faisaient plus de bruit dans le monde intellectuel. — V. Paumer.

Sorgue * Soirée, nuit. — Roquefort donne sorne avec la même signification. Y. Baïte, Chenu, Billon.

Sorguer : Passer la nuit. — « Content de sorguer sur la dure, va, de la bride (chaîne) je n'ai pas peur. »

— Yidocq.

Sort (Il me) : Se dit de quelqu'un dont on ne peut supporter la vue.

Sortir les pieds devant : « Le bruit courut que la jolie fille était séquestrée dans un cabinet noir et qu'elle n'en sortirait que les pieds devant. » — About.

— C'est-à-dire qu'elle n'en sortirait que morte, emboîtée dans un cercueil.

Soudrillard : Libertin (Yidocq, 1837). — Soufflant: Pistolet.

Soulographe : Homme qui a fait de l'ivrognerie un métier. — Soulographie : Ivrognerie (Vidocq, 1837).

— « Ils feront de la soûl o graphie, et adieu voire typographie, plus de journal! » — Balzac.

Soupçon : Quantité si minime, qu'on se demande si elle existe. De là le terme de soupçon. — « Rien que de l'eau chaude avec un soupçon de thé et un nuage de lait. » — A. de Musset.

Soupe (Tremper une) : Battre. — Mot à mot : faire avaler une correction. — « Où qu' tu vas, Polite? — Je vas tremper une soupe à ma femme. » — Gavarni.

Soupe au lait : Homme colère. — On sait que le lait bouillant déborde avec rapidité.

Soupelr, Soupeuse : Yiveur passant les nuits à souper. — « Est-ce que les soupeurs savent jamais ce qu'ils boivent et ce qu'ils mangent. » — Frémy.

Souricière : « Tout en ayant soin de placer ma giberne ou, comme on dit, ma souricière. » — Vidal, 1833. — Allusion de forme.

Souricière : Piège tendu par la police : « Tendre une souricière pour le faire pincer par la police. » — E. Sue.

Souricière : Lieu visité souvent par la police. — '< C'est une vraie souricière que votre tapis-franc. Voilà trois assassins que j'y prends. » — Id.

Speech : Allocution. — Mot anglais. — « En terminant mon speech ministériel. » — E. Sue.

Sterling : Grand, considérable. — Allusion à la valeur relative de la livre anglaise qui est très-forte.

— On parle des galanteries sterling d'un entreteneur dans un roman de Rutlidge (Vice et Faiblesse, 1786).

— « Il y a là-dessus un tas de vieilles drogues qui font un sabbat sterling. » — Vidal, 1833. — On dit de même s'ennuyer à vingt-cinq francs par tête.

Suage : Assassinat. — « Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n'y a que les refroidis qui ne rapliquent ntbergue. » — Yidoeq.

Faire suer : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — Y. Chêne.

Sublimer (Se) : Se raffiner. — « Les jeunes biches se sont sublimées au contact des anciennes. » — Lynol.

Sublimer : Travailler pendant la nuit. — « Afin de tromper la surveillance des adjudants (de l'École polytechnique), celui qui sublime place son lit renversé sur quatre tabourets, rabat la couverture par dessus, et étendu sous cet abri, rumine en paix les problèmes ardus des mathématiques transcendantes. » — La Bédollière.

Suçon : « Faire une consommation fanatique de croquets et de sucres d'orge, dits suçons. » — Rolland. — On les suce très-longtemps.

Suçon : Trace rouge laissée sur la peau par la succion des lèvres.

Suer (Faire) : Accabler d'ennui quelqu'un. — « J'ai beau m'évertuer, j' crains qu'après moi z' on n' répète : Ah! comme ça fait suer. » — Francis, 1825. — Y. Suage.

Suif (Donner un) : Réprimander.

Suifard, Suifé : Chic, élégant. Y. Astiquer.

Suisse (Faire) : « Le soldat a le point d'honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée, que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire, et on dirait de lui :

Il boit avec son suisse, et le mot est une proscription. » — Vidal, 1833. — «Un soldat français ne doit pas faire suisse, ne boit jamais seul. » — La Bédollière. — Le premier exemple donne la clé du mot. Le soldat, n'ayant pas de suisse, ne peut boire avec lui. donc il boit seul. Cette ironie a dû être inventée pour rappeler quelque engagé de bonne compagnie aux règles de la fraternité.

Suiveur : « Le suiveur est très-drôle à observer et à suivre. Une femme passe devant lui et réjouit sa vue par une tournure quelconque; le suiveur accélère son pas, dépasse sa victime, et se retourne bientôt pour juger de la beauté de l'objet de sa poursuite. » — Roqueplan.

SUPERLIFICO, CoQUEXTIEL, COQUENTIEUX : Merveil-

leux. — De superlatif. — Rabelais a employé dans son livre III le mot Supercoqueliçantieux.

Surbine : Surveillance (Yidocq).

Surgeber : Condamner en appel (Vidocq). — De gerber.

Sirin : Couteau. — « Les artistes en surin commencent à s'expatrier. » — Delvau. — V. Chemin.

Tabac (Être dans le) : Être dans une position critique. — Mot à mot : être dans le à las. — Jeu de mots.

Donner du tabac : Battre. — « Si tu m'échauffes la bile, je te f... du tabac pour la semaine! » — Vidai, 1833. — Y. Esbrovffe.

Ouvrir sa tabatière : Yesser.

Tabar : Manteau (Yidocq).

Tafe : Peur. — De l'ancienne locution les fesses lui font tiftaf : Il a peur (Oudin, seizième siècle). — Y. Chenu, Bayafe. — « Ce n'est pas toi ni tes paysans

qui nous f le tafe. » — Vidal, 1833. — Ce mot a

pour diminutifs tafferie et taffetas. — Taffeur : Poltron.

Tailbin : Billet de complaisance (Vidocq).

Talon rouge : Aristocrate. Le droit de porter des talons rouges était un signe de noblesse. — « Tous les talons rouges de l'ancien régime qui trahissent le peuple. » — 1793, Hébert.

Tambour : Chien (Yidocq). — Allusion à son grondement.

Tampon : Poing. — « Je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle. » — Th. Gautier, 1845.

Tanner : Ennuyer, assommer. — On sait combien il faut fatiguer une peau pour.la tanner. — Un poète du treizième siècle, Rutebeuf, dit déjà : « Quar le resveil Me tanne assez quand je m'esveil. » — « Les communes de Flandre, qui déjà commençaient à tanner, et désiraient fort de retourner en leur pays, lui demandèrent congé.» — 1411, Monstrelet. — «C'est insupportable. — Hein ! est-ce tannant. » — E. Sue.

Tanner le cuir : Rosser. — « Si vous vous permettez, je connais une personne qui vous tannera le cuir. » — Gavarni.

Tangente, Tangente au point q : Épée. — Jeu de mots. — « Le conscrit de l'École polytechnique est souvent absorbé avant d'avoir endossé l'uniforme et senti battre sur sa cuisse gauche l'arme que les élè-

ves nomment une tangente au point q. » — La Bédollière.

Prendre la tangente : S'échapper. V. Absorption, Colle.

Tante : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu'elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C'est, comme oncle, un terme ironique à l'adresse de ceux qui croient déguiser la source d'un emprunt en disant qu'ils ont eu recours à leur famille.

Tante : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d'hommes. » — 1837, Yidocq. — « Pour donner une vague idée du personnage qu'on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d'une maison centrale à feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes. — Hao! fit lord Durham, et qu'est-ce? — C'est le troisième sexe, milord. » — Balzac. — « Enfants, on les appelle mômes ou go$selins; adolescents, ce sont des cousines; plus âgés, ce sont des tantes.» — Moreau Christophe. — Dans le chapitre détaillé qu'il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.

Tapé, retapé, tapé dans le nœud : Émouvant, frappant, réussi. — « Aussi a-t-on fait plusieurs couplets sur tous les ministres dont le portrait est bien

tapé. » — 1742, Journal de Barbier. — « C'est un peu tapé dans le nœud. » — La Bédollière. — « Une manière de sentiment bien r'tapé. » — Yadé, 1755.

Taper de l'œil : Dormir. — « Il y avait plus d'une heure que je tapais de l'œil quand je m'entends réveiller. » — Œuvres badines de Caylus, 1750. — Taper dans l'œil : Séduire.

Taper sur laboule : Enivrer, battre. — « Dans V gosier comme ça coule, Comme ça tape sur la boule. » — J. Moinaux, Ch. — « Ce scélérat de vin de Champagne avait joliment tapé ces messieurs. » — Festeau.

Taper sur les vivres, sur la boisson : Manger et boire avidement. — «D'avoir trop tapé sur Y pichet, Qu'en avaient plein la gargamelle. » — Chansonnier, 1836.

Tape-cul : Toiture non suspendue. — « Font-ils des embarras avec leur mauvais tape-cul! » — Ricard.

Tapedur : Serrurier (Yidocq).

Tapée : Grosse réunion. — Usité des 1808.

Tapin : Tambour. — Mot à mot : petit tapeur (de caisse). — Usité dès 1808. — « Le tapin qui tambourinait en tête de l'escouade. » — La Bédollière.

Tapis franc : Cabaret. — Franc fait allusion à la clientèle qui est composée d'affranchis ou voleurs. — Tapis est un abréviation du vieux mot tapinet : lieu caché. Y. Roquefort. — Y. Empoivrcr, Crosser. — Tapis de refaite : Table d'hôte. — Tapis de malades : Cantine de prison. — Tapis de grives : Cantine de caserne. — Tapis vert ; Prairie. — Tapissier : Cabaretier. Y. Baptême, Ogre.

Tapisserie (Faire) : « Se dit par raillerie des femmes âgées qui au bal ne font plus que regarder dan-

ser. » — Dhautel. — Rangées sur la banquette, le long du mur, elles font corps avec la tapisserie.

Taroque : Marque. Y. Bétaroquer.

Tarte : Qualité bonne ou mauvaise (Yidocq).

Tartine : « Elle avait le défaut d'employer de ces immenses phrases lardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l'argot du journalisme. » — Balzac. — « Pardonne-moi la longue tartine que je viens de te faire avaler, et sur laquelle j'étale depuis une heure les confitures de mon éloquence. » — Th. Gautier.

Tartiner : « Tu n'as pas assez de style pour tartiner des brochures. » — Balzac.

Tasse (La grande) : La mer. — « C'est vrai qu'un peu plus vous buviez à la grande tasse. » — Ricard.

Taudiox : Petit logement. — « J'ai vendu ce que j'avais pour payer le taudion où nous couchons, n — Lynol.

Taule, Tôle : Maison. — « Dans une tôle enquille en brave, fais-toi voleur. » — Yidocq. — Au moyen âge, taule signifiait table. — Y. Pavillonner.

Taupage : Égoïsme. — Tauper : Travailler. — Tau pter : Égoïste (Yidocq). — Allusion à la nature active et solitaire de la taupe. — Le travail des malfaiteurs n'est-il pas un vrai travail de taupe?

Le royaume des taupes : La terre. — « Il est au royaulme des taupes, il est mort. » — Oudin, 1640.

Taupix : « Le simple taupin, le candidat qui se présente à la eolle d'admission à l'École polytechnique, possède déjà des connaissances supérieures. » — La Bédollière.

Teinté : Enluminé par l'ivresse.

Teinturier : « Tous les hommes politiques ont besoin d'avoir auprès d'eux des sous-hommes politiques ou des supérieurs qu'ils consultent, qu'ils laissent écrire ou qu'ils s'assimilent... Dans le style des affaires publiques, ceux qui exercent cette influence s'appelent des teinturiers, parce qu'en effet ils se chargent de donner de l'étoffe à des hommes d'État des couleurs différentes. » — Roqueplan.

Il y a aussi des teinturiers littéraires. On lit clans les Mémoires secrets (25 sept. 1775) : « La comtesse de Beauharnais a fait présenter une comédie. Elle a été reçue : on ne doute pas que le sieur Dorât ne soit son teinturier. »

Temps (Voir le coup de) : Prévoir à temps pour parer. — Terme d'escrime. — V. Dhautel, 1808.

En deux temps : En un instant. — Terme d'escrime. — « En deux temps, j? remouque et j' débride. » — Bailly. — « En deux temps sa lessive est faite, » — Le Casse-Gueule, eh., 1841.

Prendre des temps de Paris signifie, au théâtre, préparer ce que l'on a à dire par une pantomime pour augmenter l'effet. Le mot a été inventé par des comédiens de province (Couailhac).

Tenir (En) : Aimer d'amour. — «Est-ce de l'amour? Alors, il faut qu'elle en tienne furieusement, puisqu'elle fait de tels sacrifices. » — Ricard.

Ternaux : Châle de la fabrique Ternaux. — « Elle prit un schal de coton; — le ternaux était au... Mont de Piété. » — Ricard.

Terrer : Tuer. — Mot à mot : enterrer. — « Dans

dix ans je reviendrai pour te terrer, dussé-je être fauché. » — Balzac.

Tète (Faire sa) : Prendre de grands airs. — « Tu y gagnes d'avoir l'exercice une fois de plus par jour pour apprendre à faire ta tête. » — Vidal, 1833.

Tête carrée, tête de choucroute ; Allemand.

Thomas : Pot de chambre. Y. Goguenot. — « Parmi les consignés occupés & passer la jambe à Thomas (vider les baquets d'urine). » — La Bédollière. — Équivoque sur les mots vide Thoma de l'hymne populaire de Pâques.

Tezigue : Toi. Y. Bonne, Coquer.

Thune : Argent. Y. Bille.

Tigne, Tignasse : Chevelure en désordre. — Du vieux mot ligne : teigne. Y. Aplomb.

Tigre : Groom. — « Leur chapeau à cocarde noire, leurs bottes à retroussis, leur veste bleue et leur gilet bariolé, couvrent des gamins arrachés au plaisir de la pipoche. » — A. Deriège. — Tigre : « Le rat débute et danse un pas seul ; son nom a été sur l'affiche en toutes lettres ; il passe tigre et devient premier, second, troisième sujet. » — Th. Gautier.

Tirage (Il y a du) : C'est long, c'est difficile. — Terme de cocher. Plus le chemin est rude, plus le cheval tire.

Tirant : Bas. — On le tire pour le mettre. — « Ses tirans et sa montante et son combre galuché, son frusque, aussi sa lisette. » — Yidocq.

Tire-jus : Mouchoir. — Mot imagé. Usité dès 1808.

Tirer aux grenadiers : Carroter le service, mili-

tairement parlant. Comme les compagnies d'élite sont exemptes de corvées, tirer aux grenadiers, c'est s'attri- Î3uer indûment leurs privilèges. — Tirer une dent : Escroquer (Yidocq). — V. Carotte.

Tirecr : Voleur à la tire, dont la spécialité est de tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des voisins.

Titi : Gamin de Paris. — « Mousqueton est le titi par excellence, c'est le vrai gamin de Paris avec sa gaîté, sa souplesse, ses bons mots. » — M. Alhoy.

Toc : Cuivre, bijou faux. — Onomatopée. — Allusion à la différence de sonorité qui existe entre une pièce de cuivre et une pièce d'or. — « Bagues, boutons de manchette et croix de ma mère en toc, 6 fr. 50. » — Les Cocottes, 1864.

Toc, Tocard, Tocassé, Tocasson : Laid, mauvais. — - C'est toujours du cuivre en supposant que l'or représente la beauté et la bonté. — « L'article de Cascaret est toc. » — J. Rousseau. — « Croiriez-vous qu'en parlant d'une femme laide, on dit : Elle est toc, elle est tocarde... C'est un vieux tocard, c'est un vieux tocasson. » — N. Vanecke, Ch., 1855. — « Il goûta le pain dont les prisonnières se plaignaient : Chouette! ditil, j'en ai mangé déplus toc que ça. » — Chenu, 4 850.

Tocasse : Méchant, — Tocasserie ; Méchanceté (Vidocq).

Toile (Déchirer la) : Faire un feu de peloton. — Comparaison du bruit de la fusillade à celui d'une toile qu'on déchire. Elle est assez juste. — « Tout à l'heure les feux de deux rangs déchireront la toile, et nous verrons si vos clarinettes ont de la voix. » — Ricard.

Tomber : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré,

— « Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l'humanité. » — Les Cocottes, 1864.

Tomber dessus : Maltraiter en paroles ou en actions.

— « Que demain je lâche ma place! on me tomberait fièrement dessus. » — De Goncourt.

Tombeur.: Acteur trop mauvais pour être accepté nulle part. » — Ch. Friès.

Tondu (Le petit) : L'empereur Napoléon. — « L'Empereur lui-même, le petit Tondu, comme disait mon père, m — L. Reybaud.

Tonneau : Degré. Y. Bouchon. — « Tu lui aurais rendu sa politesse. — Plus souvent! à un daim de ce tonneau ! » — Monselet.

Toper : « Chaque fois qu'un dévorant rencontre un autre ouvrier, il doit lui demander de quelle société il est. — Ça s'appelle toper. » — Biéville.

Topo : Officier d'état-major, plan topographique.

Toquade : Manie. — « Prémary a une toquade. On le débine, on le nie, on veut le tuer. » — A. Scholl.

Toquade ; Inclination assez forte pour en faire négliger d'autres. Y. Toqué. — « Hortense est sur le chemin de la fortune... Une simple toquade, et elle est perdue. » — Les Pieds qui r' muent, 1864. — Y. Toqué.

Toquante : Montre. Allusion au tic-toc de la montre. — «.Un monsieur qui me trouva gentille m'offrit un jour une toquante d'or... La montre me tentait. » — Rétif, 177e Contemporaine. — V. Billemont.

Toqué : A moitié fou. On dit de même : Il a reçu

un coup de marteau. C'est-à-dire : Son cerveau est bien près de se fêler. — « Les collectionneurs sont toqués, disent leurs voisins. » — Balzac. — Y. Folichonnette.

Toqué : Épris. — « Ma chère, les hommes c'est farce! toujours la même chanson-: Une femme à soi seul! Toqués! » — Gavarni.

En avoir dans le toquet ; Être ivre. — Ce terme correspond exactement à celui de Casquette. — Même étymologie. — « Chez Dénoyer j'entre, Un peu dans le toquet. » — Decourcelle, Ch., 1839.

Torcher le nez (Se) : Se passer. On dit de même qu'une chose passe devant le nez. — «Tout cela vient de Pitt envoyé par les alliés, mais ils s'en sont torchez le nez. » — Mauricault, Ctfi.,179..

Se torcher le c-l. — Faire peu de cas.

Torchon (Se donner un coup de), Se Torcher : Se battre. — Même allusion que dans frotter. — Se dit aussi pour faire toilette. — «Allons jusqu'aux chouans, leur donner un coup de torchon. » — Henry, Ch., 1836.

Le torchon orûle à la maison se dit pour annoncer une querelle domestique. — « Je ne suis plus son Ju~ jule, Son chou, son rat, son trognon, L' torchon brûle, L'torchon brûle à la maison. » — Dalès.

Tord-boyaux : Mauvaise eau-de-vie. — « Avaler un verre de tord-boyaux, comme l'appelait notre amphitryon. » —Vidal, 4833.

Torniquet : Moulin (Vidocq). — Sa roue tourne.

Torse : Estomac. — « Un verre de fil en quatre... Histoire de se velouter le torse. » — Th. Gautier. — « Il s'était, outre mesure, bourré le torse ; langage d'atelier. » — P.Borel, 1833.

Poser pour le torse : « Le torseur emprunte tous ses effets à son torse, toujours bardé d'une cravate à gros nœuds et d'un gilet bien étudié. Le torseur projette sa poitrine sur le devant d'une loge ou dans l'embrasure de portes d'un salon, ou dans l'intervalle de deux rideaux de croisées. » — Roqueplan.

Tortillaud : Boiteux, qui tortille en marchant (VIdocq) .

Tortiller : Manger. — « En trois jours nous aurons tout tortillé. » — Vidal, 1833. — « Voyez-vous, j'avais tortillé une gibelotte et trois litres. » — Ricard. — V. Bec. — Allusion au mouvement des mâchoires.

Tortiller : Faire des façons. — « L'ordre est formel. Il n'y a pas à tortiller. » — L. Des noyer. — Tortiller de Vœil : V. Œil — Tortiller : Avouer (Vidocq). V. Bayafe.

Tortue : Vin (Vidocq). V. Faire la tortue.

Touche : Physionomie grotesque.

Toucher : Frapper fort. — Ironie. V. Aplomb.

Article touché : Article vtgoureusement fait. — Terme de peinture. — « Comme c'est écrit! comme c'est touché ! » — L. Reybaud.

Toupet : Grande effronterie. — Jeu de mots. — Le toupet est supérieur au front. — « Et dire qu'avec du toupet et de la mémoire tout le monde en Trait autant. » — H. Monnier. — Se payer de toupet : Payer d'audace. V Crêper. — « Que de gens font étalage, S' payant de toupet, N'ont rien dans leur ménage. » — Chanson, 1832.

Se mettre dans le toupet : S'entêter à croire. — « Et

mosieu se fichera dans le toupet que tout sera dit. » — Gavarni.

Toupie : Femme de peu, tournant en toutes mains, comme une toupie. — Usité dès 1808. — « L'insolent traite sa grande sœur de toupie. — Colmance. »

Tour (Faire voir le) : Tromper. — « Pour parvenir dans le commerce, Chacun s'exerce A qui fera voirie tour aux pauvres chalands. » — Chansonnier, 1836. — Connaître le tour : Connaître toutes les ruses.

Tourlourou : Soldat du centre. — Forme du vieux mot turelureau, soldat de garnison. V. Du Cange. — Au quatorzième siècle, la turelure (prononcez toureloure) était une porte fortifiée, une sorte de château flanqué de tourelles. — « Si le tourlourou est solide sur l'école de peloton, il n'est pas moins ferré sur l'école de la séduction. » — M. Saint-Hilaire.

Tourmente : Colique (Vidocq).

Tournante : Clé (Vidocq). — Elle tourne dans la serrure. — V. Tremblant.

Tourne-autour : Tonnelier (Vidocq).— Allusion au mouvement habituel imposé^ar son métier.

Tournée : Pile, correction faisant tourner et retourner la victime. — « Après, je donne une tournée à la Chouette. Je tiens à ça. » — E. Sue. — Dame et Walse offrent la même image.

Tournée .: Rasade offerte à l'assistance devant le comptoir du marchand de vins. — La tournée est une rasade qui fait le tour de la compagnie assemblée. On a voulu y voir une allusion à la petite roue qui offre aux buveurs le moyen de jouer leur consommation sans quitter le comptoir du marchand de vins.

Mais alors le terme offrir ou payer une prochaine tournée, qui est fort usité, serait un non sens, (le qui se joue ne peut s'offrir. — « Il offre une tournée au café Robert. » — 3Ionselet.

Tourner de l'oeil : S'assoupir, mourir. — « Trois ou quatre méchantes chopines... et ça tourne l'œil. »

— Gavarni. — « Du poison!... Allons, bois... tu vas tourner de l'œil tout de suite. » — Chenu.

Tourtouse, Tortouse : Cordes à menottes. — Tourtouser : Lier, garrotter iTidocq). — Mot expressif indiquant l'action de lier tout au tour. — Y. Criblage, Coltiger.

Tousse Non, c'est que je) : V. Mouche.

Tout de ce : Très-bien (Viiocq)-

Trac : Peur. — Onomatopée. — Nos paysans donnent encore le nom de frac à une maladie qui cause un frisson perpétuel. — V. Bœuf. — « Bien, voilà mon trac qui me reprend. » — Marc Michel. — Tracqueur : Poltron. — Tracqucr : Craindre. Y. Plan.

Tractis : Doux (YidocgJ. — Mot de langue romane.

Train (Du) : Vite. — Mot à mot : Menez-moi grand train. — « Asie prit un fiacre et dit au cocher : Au Temple! et du train! il y a gras. » — Balzac.

En train : En train de se griser. — « Ce sera fort heureux si votre ami reste, car je le crois un peu en train. » — P. de Kock.

Traîne-Paillasse : Fourrier. — Il règle avec remployé des lits militaires le prix de chaque dégradation.

— V. Rogneur.

Trait : Infidélité. — On dit, sans abréger, trait d'inconstance. — « Savez-vous ce que c'est qu'un trait?... Eli bien! c'est que quand une femme est avec un marlou (souteneur) ; si elle a un caprice pour un autre et le passe, voilà un trait! » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in- 8. — « Son mari lui avait fait tant de traits, qu'elle l'avait quitté. » — Champfleury.

Tralala : Appareil. — « La fougue, l'audace et tout le grand tralala de l'excentricité féminine? » — Monseïet.

Travailler : Voler. — « X. était prudent : il travaillait toujours seul, et son discret receleur était un des plus fins. » — A. Monnier. — V. Butter.

Trèfle : Tabac. — Allusion à la couleur brune de ce fourrage, quand il est sec.

Trèfle : Anus. — Corruption de trou. — Y. trèpe. — Vise au trèfle : Apothicaire (Yidocq).

Treizième arrondissement (Marié au) : Se disait à Paris de celui qui vivait avec une maîtresse, car, avant 1859, cet arrondissement rt^xistait point. Lurine a fait un livre sur le Treizième arrondissement. — « Jamais elle n'a été ma femme, pas même au treizième arrondissement. » — Bertall.

Tremrlant : Lit. — On comprend le mot en voyant cet exemple. — « J'ai du bon pivois sans lance et du larton savonné, une lourde, une tournante, un tremblant pour rivancher (faire l'amour).» — Vidocq.

Tremrlement : Réunion imposante. — « A l'union de l'infanterie, de la cavalerie, de tout le tremblement. » — La Barre. — Bataille : « Mais la veille du

tremblement , fallait voir les feux des postes avancés. » — Chansons, 1854.

Trempée : Correction. — « Si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée ! » — Gavarni. — De Tremper une soupe. V. Soupe.

Trente et un, trente-six (Se mettre sur son) : Mettre sa plus belle toilette. — « Elle s'était mise sur son trente et un, et je puis vous assurer qu'elle était bien ficelée. » — Vidal, 1833.

Trente-sixième dessous (dans le) : Même sens que Troisième dessous. — « Le pauvre vicomte a été enfoncé dans le trente-sixième dessous. » — Montépin.

Trèpe : Foule. — Corruption de Troupe. Y. Garçon, Trèfle .

Trépigner : Battre. — Mot à mot : trépigner sur le <?orps. — Trépignée : Rossée.

Tricoter : Battre. — Du vieux mot Tricote : gros bâton. V. Roquefort. — * « Prends vite un bâton; Tricote cet homme sans cœur. » — Chanson carnavalesque, 1851, impr. Chassaignon.

Tricoter : Danser. — Comparaison du jeu des jambes à celui des aiguilles.

Trimar : Grande route, où triment les voyageurs. V. Butter. — « Travailler sur le grand trimar, c'est voler sur le grand chemin. » — Cinquante mille voleurs déplus à Paris, in-8, 1830. — Trime : Rue. — Trimin : Chemin. — « Sur mon trimin rencontre Un pègre du quartier. » — Vidocq. — Diminutif de Trimar.

Faire son trimar se dit des filles qui se promènent la nuit pour raccrocher. V. Paillasson.

Trimballer : Marcher. — Mot à mot : haller sur la trime : se remuer dans la rue. Y. Momir. — Trimballeur de coni, de refroidi : Croque-morls (YTidocq).

Tringlos : Soldat du train. — Diminutif de train. — « Ce que les tringlos, soldats du train des équipages militaires, ne pourront nous apporter. » — A. Camus.

Tripotée : Correction. — Du vieux mot tripeter : fouler aux pieds. V. Roquefort. — «Oh! quelle tripotée je vous ficherais, ma poule! » — Gavarni.

Trognon : Petite femme. — « En lorgnant la h ru nette, j' lui dis : Mon petit trognon. » — Les Amours de Jeannette, ch., 1813.

Trois-étoiles : Se dit d'une personne dont on cachele nom. — « Le célèbre monsieur Trots-Étoiles. » — J. Janin. — « La femme légitime de ce peintre est la maîtresse du gros trois-étoiles. » — A. Second.

Troisième dessous : « Dans le troisième dessous des sociétés,, pour emprunter à l'art dramatique une expression vive et saisissante, le monde n'est-il pasun théâtre? Le troisième dessous est la dernière cave pratiquée sous les planches de l'Opéra, pour en receler la rampe, les apparitions, les diables bleus que vomit l'enfer. » — Balzac.

Trois-six : Eau-de-vie. — « Au moins, moi, j' dis pas que j'aime pas le trois-six! » — Gavarni.

Tromrine : Physionomie ridicule.

Trompe -chasse:: Art(Vidocq). —L'art trompe l'œil, .

Trompette : Colporteur de nouvelles. — Allusion à la trompette allégorique de la Renommée.

Trompette : Nez trop bruyant. — Nez en trompette ■. Nez relevé.

Troxche : « La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l'a séparée du tronc. » — Yidocq, 1837. — « Gare la tronche! prends garde à la tête. » — Dhautel, 1808.

Trottante : Souris. — Trotteur : rat (Yidocq). Trotte : Course pénible. — « J'étais sortie pour éviter ces troltes-là à Alfred. » — E. Sue.

Trottins : Pieds. — Les pieds trottent. Trottin : « Le trottin. toujours choisi parmi les grisettes les plus jeunes et les plus espiègles du magasin, était le véritable petit clerc de tout magasin de modes. » — L. Huart. — « Et de trotin toujours crotté, on en fit un petit commis. » — Troisième suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652.

Trottoir (Faire le) : Se dit des filles inscrites qui, le soir, se promènent sur le trottoir voisin de leur logis. —Grand trottoir, en termes d'argot comique, veut dire : haut répertoire.

Trou (Faire son) : Arrivera une bonne position. — Mot à mot : faire sa trouée dans la foule.

Faire un trou : Prendre un verre d'eau- de-vie au milieu du repas, pour précipiter la digestion, faire un trou destiné à l'ingestion de nouveaux aliments.

Faire un trou à la lune : Décamper par un trou à la clarté de la lune. — « Mazarin a fait un trou à la lune, comme font ordinairement les larrons. » — E* Ministre fugitif, Paris. 1651.

Troubade, Troubadour : Fantassin. — Comme le troubadour, le fantassin fait en tous pays résonner sa clarinette. — Ch. Rousselot a fait le Troubade, chansonnette (1860). — « Je suis Manon la cantinière Et verse à boire aux troubadours. » — J. Choux.

Trou d'aix, Trou de balle : Anus.

Trouée : Dentelle (Vidocq). La broderie fait trou.

Troi ssequin : Derrière. — De la partie de la selle que frotte la plus noble partie du cavalier.

Trouvée (Elle est) : Cette histoire est neuve, originale.

Truc : Manière de voler (Vidocq). — Du vieux mot truche (V. Roquefort). — La truche était l'art d'exploiter la pitié des gens charitables. — « Grand Coësre, dabusche des argotiers et des trucheurs le grand maître, vivent les enfants de la truche! vivent les enfants de l'argot! » — Vidocq. — Cette juxtaposition de truche et de argot confirme notre pensée sur l'origine de ce dernier mot... Argot n'est qu'une forme d'arme : ruse, subtilité. — Au moyen âge, les mots truffe, trulle et trut avaient le même sens de finesse et d'imposture. Ce dernier, qui ne diffère pas beaucoup de truc, se trouve, dès le quatorzième siècle, dans une chronique rimée du duc de Bretagne, Jean IV (Lobineau, t. II, col. 730) : «François prenoient trop divers noms Pour faire paour aux Bretons, Mais ils avoient plus de viel Trut Que vueille truie qui est en rut. » — V. Roustir, Lem.

Notre société a adapté ie mot Truc. Au théâtre c'est la machine destinée à produire un changement à vue. Les féeries sont des pièces à trucs.

Pour un auteur dramatique, le truc est la science des détails. On dit d'un écrivain qui file la scène avec difficulté, qu'il manque de truc.

C'est aussi un moyen d'existence. — « Il daigna nous donner quelques renseignements sur son truc, c'est-à-dire le métier qui le fait vivre. » — P. d'Anglemont.

Enfin c'est une ruse, un dehors trompeur. — « La vertu qu'on fait voir pour mieux cacher le vice, voilà le truc d'un sesque trompeur. » — Rousseliana, 1805.

Truc de la morganeet de la lance : Baptême. — Mot à mot : manœuvre du sel et de l'eau. V. Momir.

Connaître le truc : Connaître le secret. Y. Cloporte.

Avoir du truc: Avoir un caractère ingénieux.

Truqueur: « On appelle ainsi tous ces gens qui passent leur vie à courir de foire en foire, n'ayant pour toute industrie qu'un petit peu de hasard. » — P. d'Angiemont. — C'est aussi un homme usant de Crues, dans toutes les acceptions susdites.

Truffes (Aux) : Soigné. — La truffe est un aliment de luxe. — « Tu me feras un compte rendu aux truffes! » — E. Augier.

Tuile : Accident. — Allusion à la tuile qui tombe d'un toit sur la tête du premier passant venu. — « La tuile est forte, mais on peut s'en relever. » — L. Reybaud.

Tuiler : Toiser, dévisager. — Terme maçonnique.

Tulipe orageuse : Cancan. — « Tous quatre frétillant des tulipes déplus en plus orageuses. » — E. Sue. — Allusion aux jupes plus ou moins ballotées des caneaneuses.

Tune : Prison de Blcêtre. C'est un dépôt de mendicité. De tuner : mendier. — Twicur : Mendiant. — Tuneçon ; Maison d'arrêt.

Turrinement : Jour de travail. — « Pourgrincînr

tu préféreras les fêtes aux turbinements. » — Vidocq.

— Turbiner : Travailler. — TurMncur : Ouvrier.

Turco : Tirailleur indigène de l'armée d'Afrique. — « Un carré d'infanterie de ligne et de turcos vint se former sous nos pieds. » — Mornand.

Turf : Champ de course, arène quelconque. — « Un vigoureux coup de jarret a remis Pitt debout sur le turf. » — A. Deriège. — « Voilà de quoi faire envahir désormais par toutes les fashions le turf littéraire. » — Aubryet.

Tirne : Logis malpropre. Du vieux mot toum : petite tour, et par extension Prison, comme castuc. — « L'immeuble!... je me suis tout de suite souvenu de cette turne. » — Montépin.

Tuyau de poêle : Chapeau rond, botte à l'écuyère.

— Allusion de forme. — « Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue. » — Th. Gautier, 1833.

Typo : Ouvrier typographe.

Ultra : Homme voulant au delà fultràj de ce que désire son parti. — « Ces royalistes surnommés ultras par l'opposition. » — Balzac. — « Je crois qu'il faut user d'indulgence pour les ultras. » — G. Desmoulins, 1790. — Ultra est souvent une abréviation de

Ultramon tain et signifie dévoué au parti papal, dont le siège est hors de la France, au delà des Apennins, ultra montes.

Tache : Prostituée avachie. V. Blagueur.

Manger la vache enragée : Endurer des privations.

— « Sans l'illusion, où irions-nous, elle donne la puissance de manger la vache enragée des arts. » — Balzac. — « Son père dit qu'il veut lui faire manger de la vache enragée. » — E. Sue.

Va de la BocèHE : Goinfre. — « A ces va de la bouche tu faisais l'œil et te trouvais heureux. » — Monselet.

Va donc! Va donc te promener! — « Eh! va donc, grand fade. » — Ricard. — V. Allez donc.

Vague (Coup de) : Vol à la flan. Son auteur est dans le vague sur le butin qu'il en pourra tirer. — « Un soir que j'étais dans la débine. Un coup de vague if me fallut donner. Pour travailler j' mis au plan ma rondine, Et mes outils nous fûmes les déplanquer. »

— Bailly.

Vaisselle de poche : Argent. — On ne peut pas manger sans celle-là. — « L'amour sans vaisselle de poche, C'est du caca. » — Debraux, 1832.

Valade : Poche de derrière d'un habit (Vidocq). — Du vieux mot avaler, descendre. La main descend dans la poche. V. Litrer.

Vannage (Faire un) : « Allécher par un petit profit l'homme qu'on se réserve de dépouiller. » — Vidocq.

— Comparaison de l'escroc au meunier qui lâche un peu d'eau de sa vanne pour faire tourner le moulin.

Valser : Courir. V. Cheval.

Faire valser : Accabler de coups. — « Nous ferons valser les Prussiens. » — Henry, Cft,, 1838.

Valtreuse : Valise. — Valtreusier ; Voleur de valise.

Vase nocti rne : Pot de nuit. — «Mais un vieux taciturne Verse le contenu d'un vase nocturne. » — Bailly, CT„ 1836.

Vautour : Propriétaire exigeant et dur. — Dès 1587, ori trouve dans les Contes d'Eutrapel: « Vaultours que signifient ils autres que les avaricieux qui comme ces animaux sont aspres et désordonnément actifs à posséder les biens de ce monde per fas et nefas. »

Veau : Jeune fille de joie, condamnée au rôle futur de vache. V. ce mot, — « Je rencontre à la barrière Un \eau (bis). » — Chanson populaire.

Vécu (Avoir) : Avoir expérimenté la vie. — « Il savait tant de choses, il avait vécu. » — La Cassagne.

Vedette : « Qu'est-ce que la vedette? C'est la faveur toute spéciale de voir son nom imprimé en caractères trois fois plus gros que celui de ses camarades. Les administrations théâtrales n'accordent cette faveur qu'aux acteurs et actrices qui font recettes. » — Montépin.

Veine : Heureuse chance. — « Une chose qui invite surtout les grisettes à descendre dans la rue, ce sont les histoires de veines étonnantes que leur narren t les vieilles femmes. » — Les Pieds qui r muent, 1864.

Vénard : Ayant la veine. — « C'est un trésor que celte fille-là. Est-il assez vénard! » — 1860, A bas le Quartier latin! — On doit écrire veinard.

Vêler : Accoucher. — « Un beau jour la mère s'aperçut quelle était grosse... elle ne fut pas mal habile; elle trouva à qui donner la vache et le veau. » — Tai. des Réaux.

Vélo : Postillon. — Velose ; Poste aux chevaux •; Tidocq). — Du vieux mot Veloce : Vite. V. Roquefort.

Venette : Peur. — Vient du vieux mot venne, vesse. — « Dire que j'ai vendu à 61 fr. 25. Ah! j'ai eu lavenette. » — De Leuven. — « Il a eu une fière venette; il a eu terriblement peur. » — 1808, Dhautel.

Du Vent! de la Mousse! : Rien pour toi! — Vent signifie ici vesse. — V. Mousse.

Venterne : Fenêtre. — Elle donne accès au vent. — Venternier : Voleur s'introduisant par les fenêtres d'une maison (Vidocq). — V. Pieu.

Ventre (Avoir dans le) : Être capable de. — « Ce petit Lucien n'avait que son roman et ses premiers articles dans le ventre. » — Balzac. — On retrouve cette locution en Orient avec le sens de Penser. — « Personne, même son ministre le plus intime, ne sait « ce que le maître a dans le ventre, » pour me servir d'une locution habituelle à Harar. » — Revue britannique, Premiers Pas dans V Afrique Orientale, par . Burton, année 1856.

Ver (Tuer le) : « Boire de l'eau-de-vie ou du vin blanc; libation matinale, désignée par le dicton tuerie ver. » — Murger. — V. Brouillard. — Ver rongeur : Voiture prise à l'heure pour faire des visites qu'on

abrège dans le but d'avoir moins à payer au cocher. « La lorette arrive en cabriolet et dit en entrant : Docteur, prêtez-moi donc de quoi renvoyer mon ver rongeur. » — M. Alhoy. 1840.

Verbe (Solir sur le) : Achètera crédit (Yidocq). — Mot à mot : acheter sur parole.

Vergne : Pays. — « J'ai roulé de vergne en verguepour apprendre à goupiner. » — Yidocq. — Y. Bigorne^

Yermichel : Yeine. — Allusion de forme. — Y. Raisiné'.

Vermine : Avocat (Yidocq). — Mot à mot : vivant sur le corps des prévenus.

Yersionxaire : Personnage composant en version latine, pour les candidats bacheliers plus riches que savants. C'était un métier dont plusieurs condamnations ont dû dégoûter les amateurs.

Yespasienne : Chaise percée couverte qu'on pro-: menait vers 1840 dans les rues de Paris. — « La Yespasienne Parisienne A l'observateur arrêté Offre asile et commodité. » — Festeau.

Yesse : Peur. On connaît son action sur les intestins. — Connu en 1808.

Teste : « Je crois que le filou qui compterait trop sur cette robe ne remporterait qu'une veste. Yous savez queveste est synonyme d'insuccès. » — A. Monnier-

Yeuve : Guillotine. — Elle voit mourir tous les hommes couchés sur sa planchette. — « Dis-moi, menin de monseigneur le bourreau, gouverneur de la veuve (nom plein de terrible poésie que les forçats donnent à la guillotine)...» — Balzac. — « On appelle

encore Ja guillotine de toutes sortes de petits noms : Fin de la soupe. Grognon, la Mère au bleu {au ciel,, la dernière bouchée, etc., etc. » — Y. Hugo.

Viande (Montrer sa) : Se décolleter. — Usité dè>

Vice (Avoir du; : Être ingénieux. — a A-t-il du vice, ce mâtin de Couturat. » — De Concourt. — « Nonore. un petit avorton de femme qui a la réputation d'avoir du vice. » — Ces Dames.

Yictoïre : Quant à la chemise, c'est au marché Saint-Jacques, chez M4*" Victoire, qu'ils (les chiffonniers) vont la chercher. Ils l'appellent du nom de la marchande, une victoire. Elle leur coûte dix sous: quelquefois moins, jamais plus. » — Berthaud.

Yie (Faire une) : Faire tapage. — Faire la vie : « Mener une vie débauchée. » — Dhautel.

Yieille : Vieille eau-de-vie. — Vieux de la vieille : « Vieux soldat de la vieille garde; le vieux de la vieille, comme on dit. » — Balzac. — Ma vieille : Mon vieil ami. — « Eh bien! Raoul, ma vieille, comment que ça va. » — Jaime. — L'emploi de ce féminin a sans doute paru plus tendre. On dit aussi vieux. Y. Ému, Cocarde. — Vieux : Amant d'un âge mûr. Y. Monsieur.

Viens (Être dans lesv : — « On dit d'un homme ivre : « Il est dans les vignes du Seigneur. » — 1808, Dhautel. — « C'est pas être un homme que d'être toujours dans les vignes. » — Balzac.

Yillois : Village (Yidocq). — Vieux mot. — V. Rebâtir.

YioLoy : « On appelle violon à Paris une prison que

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chaque section a dans son enceinte, pour enfermer ceux qu'on arrête la nuit et qui sont le lendemain transférés dans une maison d'arrêt.» — Almanacli des Prisons, 1793.

Sentir le violon : Devenir misérable (Vidocq). — On met au violon les vagabonds.

Vioque : Vieux. — Corruption de mot. — V. FlacuL — Vioque : Vie. — << Quelle vioque je ferais avec mon fade de carie. » — Balzac.

Virgule : Cicatrice. — Allusion de forme. — « Un' balle m' rase le front. Ça m'a fait une virgule. » — Le Gamin de Paris, ch., 184..

Vis-a-vis : Un des deux couples nécessaires pour danser le quadrille. — « Le vis-à-vis de ces deux danseurs était non moins ignoble. » — E. Sue.

Visage de bois : Porte fermée. — « Fontenay Coup-d'Épée n'en fit que rire, et il retourne, mais il trouve, comme on dit, visage de bois.» — Tallemant des Réaux.

Vitriers : Chasseurs de Vincennes. — Ils portèrent d'abord des sacs en cuir verni reluisant au soleil comme les pièces de verre que les vitriers portent sur leur dos.

Vivres (Taper sur les) : Manger avec avidité. — Couper les vivres : Supprimer l'envoi d'une pension alimentaire.

Vole au vent : Plume (Vidocq).

Volé (Etre) : Être trompé ou mystifié sans être pour cela victime d'un vol. Capelle, dans ses Contes (1818), faire dire à Richelieu, près duquel une fille

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d'opéra s'est fait passer pour une paysanne : « Grands dieux ! je suis volé. » — « On dit qu'un homme vole une femme galante lorsqu'il ne lui donne pas une somme promise. L'homme est au contraire vote' lorsque la femme ne lui a laissé que du désanchantement. » — Cadol. — Un voleur se dira volé s'il trouve peu de hutin. — « Nicolas n'est pas volé ! s'écria Calebasse. — Non, répondit le brigand, j'ai fait mes frais. » — E. Sue.

Voltigeur de Louis XIV : Émigré rétabli par la Restauration sur les cadres de l'armée. — « Cet ennemi personnel de l'égalité, ce détracteur narquois de notre révolution..., ce voltigeur de Louis N1V. » — E. Augier.

Vouzailles : Vous. V. Ravignolé.

Vrille (Voleur à la) : Voleur pénétrant dans les maisons en pratiquant aux volets une ouverture carrée à l'aide de quatre trous de vrille entre lesquels il fait jouer une scie très-fine. » — Canler.

X : Secret. — En mathématiques, X représente l'inconnu. — « On cherche l'X du cœur. » — Texier. — X : Calcul. — « Depuis l'année 1840, le fort en X est en proportion constante. » — Les Institutions de Paris. — Tête à X : Tête organisée pour le calcul. — Calembour sur la formule (thêta X) employée en mathématiques. — « L'ancien est évidemment une tête à X. » — La Bédollière. — Un X : Un polytechnicien.

Zéphir : « L'infanterie légère d'Afrique dont les hommes sont généralement désignés sous le nom de zéphyrs. » — Gandon.

Zig, bon zigue : Bon compagnon. — « Entrez, entrez, nous sommes tous ici de bons zigues.» — Monselet. — « Je suis un bon zig, il a l'air d'un bon enfant, nous nous entendrons. » — Montépin. — V. Taf, Coller. — On parle aussi en zigue. Paillet donne, entre autres, l'exemple suivant, p. 75, de ses Voleurs et voies ; Cavale tezigue vers mesigue (accours vers moi) .

Zouzou : Zouave. — « Ils ne ressemblent en rien aux zouzous qu'on voit sur les boulevarts. » — J. Noriac

Zut : Non. — « Zut et bran pour les Prussiens. » — P. Borel, 1833. — « Ah ben! non, zutl... du fiant Je ne veux pas rester à côté d'Adolphe. » — Jaime-

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