‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 103 sur 200 · L'HYGIÈNE ET .LES USINES · texte numérisé non relu

L'HYGIÈNE ET .LES USINES

plus s'accroît aussi le nombre des conscrits réformés. A Berlin, les bons pour le service, sur 100 conscrits, s'élèvent à 41, tandis qu'ils sont au nombre de^GS à la campagne. Ces chiffres démontrent que la constitution de Thomme ne s'est pas encore adaptée aux conditions de la vie telle que la font les villes et les fabriques. 11 incombe aux législateurs et aux médecins d'étudier par où l'organisation du travail est défectueuse. Il incombe aussi aux hygiénistes et aux éducateurs d'amender le milieu matériel et social de telle façon que le travail ne soit pas préjudiciable au développement des jeunes gens. De tous les êtres organisés, l'homme est celui qui s'adapte le plus vite aux conditions des milieux où il se trouve. Le rapport harmonique des fonctions, la puissance des habitudes et leur progrès s'imposent à lui si fortement que bientôt un accord s'établira entre les besoins de l'industrie et ceux de la vie sociale. Hâter l'établissement de cet équilibre sera faire œuvre humanitaire. L'intelligence, de plus en plus éveillée, et le bon sens pratique des ouvriers nous aideront à établir cet accord.

L'éducation physique a pour objet de fortifier l'organisme et de le rendre plus résistant, de lui infuser le courage, de donner au corps la beauté et l'eurythmie que tendent sans cesse à détruire les métiers trop fatigants ; enfin d'accroître son adresse et son agilité. L'éducation physique a aussi pour but de conserver la santé et, plus que tout, de prolonger la jeunesse en dirigeant d'une façon raisonnée le développe-

ment du corps, et en perfectionnant, autant qu'il est possible, la nature physique de Thomme.

Les ouvriers se figurent qu'il y a gain à faire entrer leurs enfants de bonne heure dans les boutiques ou les usines, et il y a désavantage au contraire ; les riches aussi devraient se rendre compte du mal qu'ils font en chauffant trop leurs enfants dans les écoles. La précocité chatouille agréablement Tamour-propre des parents, mais elle est préjudiciable au parfait développement de la puissance du cerveau.

Les trois plus vastes esprits qui aient illustré la science dans le dernier siècle, Alexandre de Humbold, Charles Darwin et Hermann Helmholtz, se développèrent lentement dans leur enfance du côté de l'intelligence. .

Lors d'un récent congrès international d'ouvriers tenu à Londres, on émit le vœu que les jeunes gens ne fussent employés dans les industries mécaniques qu'à seize ans révolus. Et encore, jeunes gens et jeunes filles ne devraient-ils fournir que vingt-quatre heures de travail par semaine, c'està-dire quatre heures par jour, tant qu'ils n'auraient pas accompli leur dix-septième année. Quelle utilité peuvent avoir ces innovations pour la richesse et l'industrie d'un peuple; quels préjudices peuvent-elles leur causer? la discussion est ouverte, mais au point de vue biologique, elles renferment le remède aux maux signalés dans nos précédents paragraphes.

Un accord toujours plus étroit entre les besoins instinctifs, le désir du bien-être et toutes les autres- conditions de la vie, voilà ce qui constitue le progrès dans la société.

1. L. Le Garde : Public school gymnastics, American physical Review» YoL IL juin 1897, p. 95.

LES OUVRIERS DE LAVExNIR 197

L'industrialisme s'appuyant sur la coopération volontaire des citoyens ne pourra fleurir que lorsque ^seront satisfaites les aspirations des travailleurs, que lorsque Tœuvre qui réclame leurs mains ne sera plus nocive à l'éducation et au développement de la jeunesse. Les sociétés qui produiront dans Tavenir les meilleurs ouvriers, au moral et au physique, seront aussi celles qui deviendront prépondérantes et qui vaincront sur le terrain commercial et économique toutes les nations. Il est difficile de prédire ce que Tavenir doit nous apporter ; cependant une chose est certaine, c'est que le respect pour les droits personnels de chacun ira grandissant, et que la société s'intéressera plus qu'elle ne Ta fait jusqu'à ce jour, à l'éducation physique de la jeunesse et surtout au sort des ouvriers.

Les horaires des écoles font une part si large à cette éducation, dans l'Amérique du Nord, que beaucoup trouveraient chez nous que c'est folie ! Mais j'ai vu combien l'enseignement de ces écoles est efficace et cela me rassure pour l'avenir de nos écoles.

Je tiens à rappeler ceci comme exemple : la cité de Brooklyn publiait en 1897 un règlement qui arrêtait, — le comité des études et de l'hygiène étant d'accord avec le surintendant de l'instruction publique — qui arrêtait, dis-je, que, dans les écoles, deux heures par jour au moins seraient consacrées aux jeux à l'air libre !

Dans nos villes modernes, le terrain devient sans cesse plus cher et les maisons toujours plus hautes. Le temps

viendra bientôt où, en bas, dans la rue, on manquera de soleil et de bon air. Nous devons donc considérer les jardins et les places, non comme des créations de luxe, mais comme les poumons au moyen desquels respirent les grandes cités. En aucun pays les champs de jeux situés a Tintérieur des villes, ne sont aussi jvastes qu'aux Etats-Unis d'Amérique. Comme preuve je vais énumérer seulement ceux que possède la ville de Boston, dont la population s'élève environ à 500.000 âmes * .

A Cambridge, ville universitaire voisine de Boston, le terrain affecté aux jeux est plus considérable encore. Et lorsqu'on voit les étudiants courir par troupes et jouer au soleil dans ces champs'pleins de verdure, on éprouve un sentiment d'humiliation à la pensée de nos collégiens qui vaguent deux à deux par les rues, ou qui se flétrissent à l'ombre de nos préaux.

La lumière du soleil, les prairies et les champs de jeux, voilà des biens indispensables à la jeunesse et plus Qpcore

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