‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 105 sur 200 · LES OUVRIERS SUPÉRIEURS AUX RICHES · texte numérisé non relu

LES OUVRIERS SUPÉRIEURS AUX RICHES

aux ouvriers, qui ne peuvent jouir, ni du repos de la campagne, ni de l'ombre des forêts comme les riches. Le grand air et les jeux gymniques nous libèrent des germes morbides, et la saine fatigue des excercices physiques tue les germes de Timmoralilé.

Le mouvement socialiste, j'en ai la conviction, rendra service à la classe bourgeoise, surtout dans ses fils.

La paresse, tel est le plus grave défaut de la jeunesse des écoles. Ceux qui deviendront un jour la classe dirigeante n'ont aucune conscience de leurs forces et de leurs devoirs. ,C'est qu'ils sont pleins d'indolence moralement, et bornés intellectuellement. Un grand nombre d'étudiants ne fréquentent pas les cours de nos universités ; ils négligent même les études qui ont pour eux un intérêt direct. C'est comme s'ils déclaraient qu'ils ne veulent rien savoir de la profession qu'ils ont spontanément choisie et qui doit être Toccupalion de leur vie entière. Ceci est de la démoralisation au premier chef, et nous espérons bien que la démocratie en fera justice. Nous devons considérer les ouvriers et les paysans comme possédant une éducation bien supérieure à celle des riches. La vraie éducation ne consistet-elle pas, en effet, à devenir utile, bienfaisant et laborieux? La démocratie en mettant aux mains des ouvriers une puissance qui grandit de jour en jour, exercera sur les oisifs de nos écoles, une salutaire influence.

Il existe à Londres, dans Régent Street, une institution polytechnique fondée par Quantin Hoggs. Dans l'édifice où

elle fonctionne, édifice dont la construction a coûté huit millions de livres, dix-huit mille ouvriers trouvent, moyennant un shilling mensuel de cotisation, tous les éléments nécessaires à l'éducation physique et intellectuelle et à presque tous les besoins de la vie : une riche bibliothèque, des salles de lecture regorgeant de revues et de journaux, un restaurant à prix réduit, un gymnase, une piscine, etc. Trois autres institutions ont été fondées sur ce modèle dans les quartiers pauvres de Londres. L'État accorde quatre millions à ces œuvres, et quatre autres sont recueillis par souscription *. L'Angleterre ne connaît ni controverses sérieuses en religion, ni divisions profondes en politique ; l'esprit de tolérance, qui unit chez elle les classes sociales, a permis l'accroissement rapide de très utiles institutions qui manquent à la France et à l'Italie. Quand nous voyons que l'Angleterre, un pays profondément religieux cependant, réussit à maintenir dans ses écoles une orientation exclusivement laïque et patriotique, les conditions où vivent les peuples latins nous apparaissent plus difficultueuscs. Chez eux, les luttes civiles revêtent un caractère de plus intense acuité, et si des institutions semblables à celles qui nous occupent venaient à surgir tout à coup, nous courrions grand risque de les voir bientôt dégénérer en patronages catholiques ou en externats socialistes.

Une institution qui porte le nom de : Soirées d'études après le travail a été cependant inaugurée à Paris.

Mais c'est en Belgique, spécialement, que le parti socialiste se passionne le plus pour la culture intellectuelle. Sa

1. Henry Béranger : « L'Education du peuple en Finance et en Angleterre. » Revue de Paris, 15 sept. 1897.

Page 1