DAPHNE JULIA
ANAGNOS
Je me suis permis ces citations pour convaincre le lecteur que dans ce prominent rôle of the American new woman^ comme disent les féministes, il n'y a rien de nouveau.
1. Guglielmo Ferrero : Grandezza et décadenza di Roma, vol. 1, p. 238.
HISTOIRE DE L'ART 27i
On connaît la peinture faite par Bourget de la femme américaine dans son livre : Outre-mer. Les types de femmes et de jeunes filles qu'il a copiés en s'arrêtant à Newport, le pays des banquiers et des parvenus^ ne représentaient point la vraie femme américaine, mais un type corrompu par Tinfluence du cosmopolitisme. Dans le milieu universitaire, où j'ai vécu, je n'ai pas trouvé le raffinement et la dépravation décrites par Técrivain français tant chez la femme que chez l'homme. Les faits que j'ai observés me conduisent à des conclusions différentes et opposées à celles de Bourget.. Les paroles célèbres de Virgile sont devenues, je crois, la devise du peuple d'Amérique :
... Labor omnia vieil Improbus.
L'histoire de l'art et l'étude de l'esthétique sont considérés aux Etats-Unis comme le couronnement de la culture féminine ; et certes, en aucun pays, on ne fait autant de conférences, sur l'école préraphaélite, sur Botticelli et sur la Renaissance, qu'en Amérique. Cette orientation, adoptée par l'enseignement supérieur aux Etats-Unis, doit attirer grandement notre attention à nous autres Italiens. Car parmi les peuples civilisés nous sommes celui où l'histoire de l'art est la plus négligée.
En cette branche, comme en toutes celles de l'enseignement du reste, il y a plus de femmes que d'hommes.
Par exemple, au collège des Beaux-Arts de Syracuse, pour
i72 L'ÉDUCATION MODERNE DE LA FEMME
S5 hommes on compte 342 femmes. On travaille avec tant d'activité dans cette école des Beaux-Arts, elle est si importante que Ton y compte 23 enseignants.
Ce qui m'a le plus frappé d'admiration dans réducation de la femme, en Amérique, c'est la liberté qu'on laisse aux enfants de choisir la carrière pour laquelle elles ont le plus d'inclination ; c'est aussi l'unanimité avec laquelle on reconnaît la noblesse du travail quelle que soit la forme qu'il emprunte. La fille d'un médecin, d'un avocat ou d'un professeur d'université ne trouve pas, comme chez nous, qu'elle déroge, en se faisant professeur d'école élémentaire. Je me suis souvent arrêté devant les vitrines des libraires et des lithographes pour lire des cartes de visite, qu'ils exposent comme modèle, et j'ai toujours vu les noms de femmes suivis d'une longue nomenclature hétérogène, de professions et de métiers les plus contraires et que cependant elles exerçaient concurremment.
J'ai voulu connaître au Wellesley Collège la statistique des professions embrassées par les élèves femmes. Sur 734 brevetées, 340 sont dans l'enseignement, 134 se sont mariées, 12 sont doctoresses en médecine, 13 bibliothécaires, 9 missionnaires. Il en est qui se consacrèrent à d'autres emplois, enfin une partie sont mortes. Je crois important de faire remarquer que le fait pour les jeunes filles de rester closes dans un collège, pendant les meilleures années de leur vie, n'empêche point la fréquence des mariages. Les Américaines se marient en général plus tard que les jeunes filles d'Europe. Mais elles considèrent plutôt le mari comme un camarade et un compagnon de travail, que comme un époux, elles s'amourachent moins facilement que leurs sœurs lati-
■ '^lîryar -rg=*g««