‹ Les ExilésChapitre 41 sur 65 · L'ATTRAIT DU GOUFFRE · texte numérisé non relu

L'ATTRAIT DU GOUFFRE

Oh! que me voulez-vous, lueurs vertigineuses? Divin silence, attrait du néant, laisse-moi! Ainsi la mer, songeant par les nuits lumineuses, Me faisait tressaillir de tendresse et d'' effroi.

Ces yeux où les chansons des sirènes soupirent. Océans éperdus, gouffres inapaisés.

Bleus firmaments où rien ne doit vivre, m^inspirent La haine de la joie et Voubli des baisers.

Les yeux pensifs, les yeux de cette charmeresse Sont faits dhm pur aimant, dont le pouvoir fatal Communique une chaste et merveilleuse ivresse Et ce mal effréné, la soif de V Idéal.

Ils ne s^ abritent pas, solitudes sans voiles, Sous des cils baignés d'or et sous devers sourcils ; Ondes ok vont mourir les /lèches des étoiles, Rien ne cache au regard leur mirage indécis.

Ce sont les lacs sans borne oit s'égare mon âme ; Leur a^ur éthéré, vaste et silencieux, Saphir terrible et doux, sans lumière et sans Jlamme, Vole sa transparence à d'ineffables deux.

Je sais que ce désert plein de mélancolie Engloutit mon courage en vain ressuscité, Et que je ne peux pas, sans trouver la folie. Chercher ta perle, Amour! dans cette immensité.

L' éblouissement clair de ces froides prunelles Oii le féroce Ennui voudrait à son loisir Savourer le poison des langueurs éternelles, AP enchante et me ravit dans un vague désir.

Il n''est plus temps de fuir, laisse toute espérance .' Ils m'ont appris, ces flots aux cruelles pâleurs, Les voluptés du calme et de V indifférence , Et Vextase a tari la source de mes pleurs.

LATTRAIT DU GOUFFRE. I47

L^abhne où, sans retour, mon rêve s^embarrasse, Semble immobile ; mais je le sens tournoyer. Comme une lèvre humide, il m'attire et m^embrasse, Et ma lâche raison frémit de s'y noyer.

Eh bien, je poursuivrai mon destin misérable : Par delà le fini, par delà le réel, Je veux boire à longs traits cette angoisse adorable Et souff'rir les ennuis de ce bonheur mortel.

Bellevue, avril 1858.

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