EXPLOSION DUE -A UNE POUDRE CHLORATÉE
J. Ogier, docteur es sciences, commis par M. Doptfer, juge d'inslruclion près le tribunal de première instance du déparlement de la Seine, en vertu de quatre ordonnances en date du 6 juillet 1888, ainsi conçues :
«Vu l'information suivie contre H..., inculpé de blessures par imprudence et d'homicide par imprudence, le 5 juillet 1888, à Paris, rue Saint-Médard, 21 .
« Ordonnons que par M. Vieille, serment préalablement prêté devant nous, il sera procédé à une expertise au sujet de l'incendie et de l'explosion qui ont eu lieu à la date et à l'endroit ci-dessus indiqués, pour déterminer quelles en sont les causes et à qui en incombe la responsabilité.
« M. Vieille voudra bien se concerter avec MM. Ogier, docteur Descoust et Georges Duval, lesquels ont été commis par nous par ordonnance en date de ce jour. »
(Les trois autres ordonnances sont rédigées dans les mêmes termes et commettent l'une M. le D"" Descoust, l'autre, M. Georges Duval, la dernière M. Ogier.)
Serment préalablement prêté, nous avons rempli ainsi qu'il suit la mission qui nous a été confiée :
État des lieux. — Nous nous sommes rendus rue Saint-Médard, n° 21, dans l'immeuble où l'explosion a eu lieu, et au quatrième étage ; nous avons pénétré dans le logement occupé par le sieur Bréchard. Ce logement, situé à gauche du palier d'escalier, n'existe pour ainsi dire plus. 11 se composait avant l'explosion d'une entrée, une chambre et une cuisine éclairées sur la rue ; seule l'huisserie de la porte d'entrée est encore en place, les cloisons séparant la cuisine de la chambre et du palier ont été démolies et les matériaux ont été projetés surtout dans le fond delà chambre, sur le lit et l'armoire placée à côté. Le fourneau a été arraché de la muraille et le tuyau construit dans l'angle près de la cheminée est démoli, il n'en reste que des amorces. Le plafond audessus de la cuisine est effondré et laisse voir les solives du faux plancher ainsi que les chevrons et le dessous de la couverture.
Dans la chambre, tout est bouleversé et brisé.
La feuille de plans qui est jointe au présent rapport montre le logement du sieur Bréchard avant et après l'explosion. Les deux vues du logement après l'explosion complètent la description des
lieux. L'une a été prise, les experts placés sur le palier de l'escalier; l'autre, les experts placés dans la chambre.
C'est dans un des coins de la cuisine, au niveau de planches placées non loin du plafond, que paraît s'être produit le principal effort de l'explosion.
Description et examen des objets mis sous scellés. — Divers objets ont été mis sous scellés parles soins de M. Thuillerie, commissaire de police du quartier du Jardin-des-Plantes. Nous passerons rapidement en revue la liste de ces divers objets et nous nous arrêterons ultérieurement sur ceux dont l'examen nous a paru présenter quelque intérêt.
Les divers scellés portent des cachets intacts.
gcellé i. — ce Une marmite en fer trouée et bossuée, un plat de métal troué et déformé, un plat émaillé déformé et bossue, deux casseroles de métal mises hors de service, le tout saisi dans le logement de Bréchard après l'explosion. Signé : Thuillerie, commissaire de police. »
Ces divers objets sont conformes à la description reproduite cidessus : le scellé comprend en outre un débris de cafetière. L'examen détaillé de ces ustensiles nous semble inutile.
Scellé 2. — « Divers fragments de métal trouvés par nous dans les décombres provenant de l'explosion. »
Ces fragments de métal proviennent évidemment de boîtes ayant contenu des amorces de l'avertisseur Raphaël, dont nous parlerons plus loin. Nous réunissons ces fragments de boites d'amorces à d'autres fragments identiques, qui font partie de quelques-uns des scellés suivants.
Scellé 3. — « Un certain nombre de petits carrés de papier rose paraissant être du papier d'amorces explosives, trouvés par nous dans les décombres provenant de l'explosion. »
Ces carrés de papier rose représentent 8 à 10 amorces entières : d'après l'état des papiers, on peut voir que les amorces n'ont pas faitexplosion : dans la boîte quiles contient, on trouve des parcelles du mélange explosif inaltéré . La plupart de ces amorces se sont décollées en deux fragments, sous l'influence de l'humidité. Elles portent des taches blanchâtres provenant des plâtras des décombres.
Scellé 4. — « Une boîte de métal contenant un certain nombre d'amorces trouvée par un sieur Morin dans les décombres provenant de l'explosion. »