OBSERVATION II
(De MM. ACHARD et POUMAILLOUX devant faire l’objet d’une communication à la Société d’hématologie.)
M. C.... Auguste, 52 ans, imprimeur de son état, salle Dieulafoy, n° 1, entre dans le service, le 5 janvier 1932, pour des troubles digestifs apparus assez récemment, et bientôt accompagnés d’un état anémique prononcé et d’une asthénie marquée.
On est en présence d’un malade extrêmement pâle, aux lèvres et aux conjonctives décolorées, mais ne paraissant pas très amaigri. Cet aspect ne semble pas très ancien, aux dires du malade, ou, tout au moins se serait accusé récemment : on retrouve, en effet, l’histoire typique d’une gastrorragie très abondante et durant encore.
C’est brusquement, il y a six semaines, que le malade a souffert, pour la première fois, de douleurs dans la région épigastrique. Le malade affirme, de la manière la plus catégorique, qu’à aucun moment de son existence, il n’a souffert de l’estomac.
Ces douleurs surviennent environ deux à trois heures après les repas; après le dîner, le malade s'endort et est réveillé vers 10 ou 11 heures. Elles sont vives, tout en restant supportables, et ne paraissent avoir aucun caractère rappelant une sensation de brûlure ou de déchirure; elles atteignent d'emblée leur maximum, ne présentent pas de paroxysme et durent, tantôt pendant une heure, tantôt jusqu’au repas suivant. Siégeant à gauche de la ligne médiane, elles irradient
vers les deux épaules et vers le dos. Elles sont calmées par la prise d’aliments, ainsi que par la position couchée.
En dehors de ces douleurs, pendant deux à trois semaines, il n’existait presque pas d’autres symptômes digestifs. L’appétit était conservé et ce n’est qu’en raison des douleurs que le malade a restreint son alimentation. Diverses prescriptions médicales (pilules belladonnées, .… bismuth) ne calment pas les douleurs; mais pendant quelque jours s’installe une constipation apiniâtre. À aucun moment n’est survenu de vomissements.
Brusquement, vers le 20 décembre, une diarrhée noirâtre fait son apparition, en même temps que sont rejetés par la bouche deux petits caillots de sang rouge émis sans effort de toux ni de vomissements. Le moelena, qui se présente sous l’aspect caractéristique de selles couleur de goudron, se prolonge pendant une dizaine de jours et paraît avoir cessé deux jours avant son entrée dans le service. Ce sont ces hémorragies et l’asthénie consécutive qui lui font cesser son travail. .
L’Examen clinique fournit peu de renseignements.
La région épigastrique est sensible, mais n'indique aucun point douloureux précis, ni contracture; il n’y a ni péristaltisme, ni clapotage.
La langue est décolorée, l’haleine est désagréable.
Le foie déborde le rebord costal d’un travers de doigt; il n’y a ni ascite, ni réaction abdominale douloureuse.
L’examen des poumons est négatif,
Le cœur est normal, bat à 66. La tension artérielle est faible, à 9-5,
et ie
Les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine.
Les réflexes tendineux et oculaires sont normaux.
L’anémie ne semble s'accompagner d’aucune réaction des organes hématopoïétiques : la rate, percutable sur une largeur de trois travers de doigts le long de la dixième côte, non accessible à la palpation, n’est pas augmentée de volume. Les ganglions sont normaux; il n’y a pas de douleurs osseuses.
Une numération globulaire faite le 6 janvier 1932 donne les chiffres suivants :
Globules rouges ......... 1.860.000 par mme.
Hémoglobine . PR STORE Globules Dies: . 7.200 par mme.
Pourcentage des Pile Poe Polynucléaires neutrophiles ... 78 %
Polynucléaires éosinophiles ... 2 % Moyens mononucléaires. . 6 % Gros mononucléaires ......... 2 % Lymphocytes . SAR PMR EC Myélocytes PE Honhiles ARE 2 % ROME lOCNICN "tr eiomegse 2 Formes de transition......... 4 %
: La recherche du sang dans les selles a été positive une seule fois, le 6 janvier 1932. Ultérieurement, elle s’est montrée négative.
Un examen radiologique de l’estomac est fait le 8 janvier. A la radioscopie déjà, une énorme niche arrondie, correspondant au siège de la douleur, est visible sur la partie verticale de la petite courbure. Des radiographies en séries sont faites lors d’un second examen, quelques jours plus tard. Toutes montrent cette niche de la largeur et de la profondeur d’un pouce, aux contours parfaitement définis. Le pylore fonctionne normalement; le bas-fond gastrique n’est pas dilaté; il n’existe aucune image maréca-
geuse; mais la partie supérieure de l’estomac donne l'impression d’être rétrécie, comme s’il existait des adhérences, sans que l’on puisse parler de biloculation.
Un tubage gastrique pratiqué le 22 janvier indique une diminution de la sécrétion chlorhydrique.
Acidité totale en HCI.......:. 0,29 & Acidité organiques et ere Négligeable Acidité active Gunsbourg...... 0
Acidité de fermentation....... 0
Chlore” totale 22 ere 1 gr. 70
A partir du 13 janvier, on donne journellement au malade, par voie buccale, 2 cuillerées à potage d’extraits gastriques. Puis cette quantité est portée à 3 cuillerées, à partir du 6 février.
Sous l'effet de cette administration, nous avons constaté une amélioration rapide de son anémie, marquée par une reglobulisation intense.
Voici les numérations successives :
Le 15 janvier 1932 :
Globules rouges ......... 2.360.000 par mmc.
Hémoglobine ......... 15 % Globules'blancs 7... 200 par mme.
Poïkilocytose. Anisocytose.
Polynucléaires neutrophiles ... 79 Polynucléaires éosinophiles .. L © Moyens mononucléaires. . .... 10 % Gros mononucléaires ......... 1 % Lymphocytes ......... 2 % Métamyÿéloovtes SNS een Myélocytes, neutres 5.14%: 2 %
Le 19 janvier 1932 :
Globules rouges ......... 3.060.000 par mme.
Hémoglobine ............ 80 %
Globules blancs ......... 7.800 par mme.
Poïkilocytose. Anisocytose.
Polynucléaires neutrophiles ... 83 % Polynucléaires éosinophiles ... 2 €; Moyens mononucléaires. . .... 13 % MOMHINÉIOGNIES I US deu ir D 1/0 Myélocytes neutres. ...... 1 % Puis ie 22 janvier 1932 :
Globules rouges ......... 3.200.000 par mme.
Hémioglobine. 24 Tr. 81 Globules blancs . 7. ...... 15.000 par mme.
Polynucléaires neutrophiles ... 77 %
Polynucléaires basophiles . .... 12% Moyens mononucléaires. . .... 19 % Gros mononucléaires ......... 2 % ÉXOMYÉIOCYIES te 4 1 % 27 janvier 1932 :
Globules rouges ......... 3.300.000 par mme.
Hémoglobine",.…..... 60 & Globulés blancs : .”....... 12.400 par mme.
Polynucléaires neutrophiles ... 84 % Moyens mononucléaires. . .... 8 % Gros mononucléaires ........, 1 LTD OOENIOS ERA RE eo ESC Formes de transition......... 3 %
Le malade prend 30 grammes par jour d'extraits de muqueuse de porc.
29 janvier 1932 :
Globules rouges ......... 3.540.000 par mme.
Hémorloninesr. rs. 6007 Globules blancs ......... 9.200 par mmc.
ie
Poïkilocytose. Anisocytose.
Polynucléaires neutrophiles ...
Moyens mononucléaires. . ..
Gros mononucléaires.........
AYMHNOCVIES.- 202. re Formes de transition..... RE Métamyélocytes .......
Une numération du 4 février montre une légère chute; c’est alors qu’on augmente la quantité des extraits, que l’on porte à 3 cuillerées à soupe. On cons-
tate le beau résultat suivant :
Alors que la numération du 4 février donne :
Globules rouges ......
Globules blancs .. Æ Polynucléaires neutrophiles .….
Polynucléaires basophiles , ....
Polynucléaires éosinophiles ...
Moyens mononucléaires. . ..
Formes de transition.........