APERÇU GENERAL DU PAYS
Le coquet villag-e des Eyzies-de-Tayac (l) (Dordogne), si connu des touristes et des savants, est situé à 40 kilomètres environ au sud-est de Périgueux, sur la voie ferrée de Paris à Ag-en, et sur les botds charmants et pittoresques de la Vézère. (Voir planche i.)
Le voyageur, qui arrive dans cette localité, se croit brusquement transporté dans un pays de montagnes. Des rochers, d'une hauteur variant entre 50 et 100 mètres, dominent la vallée, et offrent à la vue leurs flancs, tantôt nus et érodés anciennement par les eaux ou les agents atmosphériques, tantôt couverts de chênes verts, de genièvres, ds lycopodes, de mousses, etc., cachant quelque caverne préhistorique, des repaires de renards, ou bien encore l'asile des corneilles et des oiseaux de proie.
Ce ne sont certainement pas, ici, les montagnes majestueuses et imposantes des Alpes et des Pyrénéee, qui semblent écraser par leur masse : ce sont des collines qui rappellent nos belles chaînes, mais avec plus de grâce et d'élégance, plus de variété dans la forme, plus de beauté dans les sites, plus de mystérieux dans l'ensemble.
(1) Nous devons à l'extrême bienveillance du professeur Longnon les renseignements suivants sur les noms de notre localité: Les Eyzies est un vocable d'origine romane datant seulement de la seconde moitié du Moven Age ; tand/s que Tayac est un nom de lieu datant de l'époque roniaine; Taiacus dérivé, à l'aide du suffixe gaulois acoa, latinisé en acus, du gentilice (nom de famille romain) Taius que portaient notamment des citoyens romains établis en Gaule (à Vienne et dans l'ancien pays des Allobroges).
C'est, comme se plaisent à le répéter les visiteurs, un pays merveilleux que personne ne connaît à fond, et qui présente à chaque instant des surprises.
Il est une source de découvertes pour le savant ; il offre au touriste un ensemble et une variété de sites qu'il ne rencontre nulle autre part; le peintre y trouve des paysages admirables et des coins exquis dont les formes et les tons varient à l'infini ; le penseur peut se livrer à la rêverie dans la solitude des bois ; le chasseur trouve de quoi se satisfaire ; le pêcheur peut tendre à son aise nasses et filets.
Il semble que la nature ait particulièrement favorisé ce petit coin de France, qui a été habité dès la plus haute antiquité, et qui a conservé précieusement les restes de l'industrie et de l'art de nos ancêtres les plus reculés.
Nous n'avons, dans les pages suivantes, donné que des indications précises et concises, permettant de bien visiter notre belle localité et ses curiosités jusqu'ici uniques. Les personnes qui voudraient avoir des renseignements techniques et détaillés, pourront les trouver pour tout ce qui touche au préhistorique dans la très importante et classique revue Les Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme, dans les Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, dans la Revue de l'Ecole d' anthropologie de Paris et dans les nombreux mémoires originaux, surtout de MM. Lartet et Christy, de Vibraye, Massénat, Girod, etc.
Pour ce qui se rap])orte à l'Histoire générale consulter Tardes (chroniqueur sarladais du XVH" siècle).
Nous avons pensé aussi qu'il pourrait y avoir intérêt, pour nos lecteurs, à avoir devant les yeux quelques-uns des principaux types d'armes et d'instruments préhistoriques en pierre, tels qu'on peut en trouver aux Eyzies.
Grâce à l'extrême bienveillance de l'Ecole d'anthropologie de Paris qui a bien voulu nous prêter les clichés
suivants, nous pouvons les présenter. Leur lég-ende nous dispensera d'entrer dans des détails qu'on trouvera dans les ouvrages techniques.
On peut voir sur la première planche les principaux types des armes et instruments caractéristiques des époques anciennes : acheuléenne, moustérienne et aurig-nacienne.
Sur la seconde, les époques solutréenne et magdalénienne sont représentées par la feuille de laurier, la pointe à cran et le burin typiques.
La hache polie et la pointe de flèche à pédoncule et ailerons caractérisent l'époque néolithique.
Les pièces que l'on trouve le plus fréquemment aux Eyzies et que l'on peut s'y procurer toujours, sont le grattoir et le burin magdaléniens et la pointe solutréenne, mais celie-ci la plupart du temps brisée.
Les cinq planches en photogravure, d'après les belles photographies de M. Belvès, permettront aussi de se rendre compte des divers aspects que présente notre beau pays et ses environs.
Nous tenons à remercier très vivement ici notre très distingué maître et ami, le professeur Capitan ; notre ami Belvès; MM. Eyboulet et Fils, imprimeurs; Wuhrer, graveur, et Ruckert, photograveur, pour le si amical concours qu'ils ont bien voulu nous donner.