S LITRE X
Les roqnets en grognant leur cédèrent la place ;
Et rentrèrent dam leur chenil.
Résister dans ce cas n'était pas sans péril; Caries deax survenants étaient d'humeur rapace.
Fort redoutés de leurs voisins.
Fort peu d'accord entre eux, si ce n'est pour mal foire. Pour tomber sans pitié sur un faible adversaire
El se partager des larcins.
Déjà d'un vol infâme et d'un honteux partage
Les accusait tout le pays; Et telle était l'horreur de ce premier pillage, Qu'i l'égal des voleurs étaient presque flétris
Les voisins qui l'avaient permis.
Ce souvenir n'était d'un bon augure;
Et bientàt des deux, loups éclata l'imposture;
Ces prétendus vengeurs étaient de faux amis.
Le malheureux laoutoo ne gagnait point au change. Il ne pouvait lutier contre ces deux pandogr^, Et, battu, gémissant de leur attaque étrange. Des dieux et des humains implorait le secours. On accourut enfin à ses cris de détresse.
De tous les points de l'horizon.
Vinrent en jappant au larron Des chiens divers de taille et de poil et d'espèce. D'abord un chien courant, grand cha.'seur de renards, Et portant sur le dos une rfihe tigrée
A la façon des léopards.
n criait fièrement d'ane vtùs steottirée :
D,niz=rtNGoi.)«^lc
FABLE XXI. ■ Tout beau, messieurs les loups, laissez ce malhe
Qne vous a-t-il Tait pour le battre?
Il e&t seul et vous êtes deux;
Et chacun de vous en vaut quatre.
El vous osez encor vanter votre valeur,
Eatonner des cbanis de victoire!
C'est à votre ennemi de parler de sa gloire.
La honte eu ce combat est la part du vainqueur. Tout beau, de ce mouKm j'embrasse la querelle,
N'oubliez pas qu'il est sous ma tutelle; Que mes crocs acérés sont prêts à vous broyer, Et soyez bien certains qu'ils feront leur office, Partout où le bon droit, l'honneur et la justice
Me diront de les employer. *
A ces mots, qui des loups suspendaient la furie, Mon rodomont interrogeait de l'œil Deux antres chiens que son orgueil Pensait mettre de la partie.
L'un d'eux était un chien de Sibérie, An poil épais et rude, au museau refrogné.
Des méfaits des deux loups il était indigné, Mais une lutte domestique, Où son poitrail avait un peu saigné.
L'avait pour le moment rendu très-pacifique.
Et pois, s'il faut tout révéler, Je crois que dans son for intime.
Bien loin de s'échiner pour sauver |a victime. Il eût mieux aimé l'avaler.
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L'autre cbien n'avait pas de coupable pensée. C'éuit UD lévrier à la taille élancée.
Leste, souple, fringant, assez {jrand bataillenr; Biais après U victoire il était le meilleur
De tous les chiens de notre sphère.
Le vaincu qui le cajolait En faisait tout ce qu'il voulait.
■ Hon bon ami, je n'aime plus la guerre.
Dit-il au chien courant, j'ai besoin de repos. Ce laurier ne me tente guère : »
Et s' accroupissant à ces mots.
Léchant nonchalamment ses pattes et son dos.
Se rappelant, avec quelque rancune.
Qu'en un conflit à peine terminé, Le chien courant l'avait abandonné, ■ Va sans moi, pensait-il, va tenter la fortune. Si tu te mets dans l'emlurras.
Tire-t'en comme ta pourras. >
Les deux loups aisément comprirent ce mystère. Ils virent que le cbien courant.
Malgré ses airs de conquérant, Ne ferait plus que de l'eau claire.
Mais ils avaient aussi compris Que, mécontent de leurs façons de faire,
L'auditoire en secret les traitait de bandits.
Il leur prit un remords, une honte, un scrupule.
Cest rare chez les loups ; et d'un air patelin, Sans ambage ni préambule.
Ils tinrent au mouton ce langage anodin :
D,niz=rtNGoOylt'
« Mon pauvre ami, c'est en vain qu'on le flatte. De ces grands protecteurs n'attends aucun secours. Mais nous nescMumespas des tigres ni des ours;
Laisse-toi conper une patte , Et le reste du corps est h toi pour toujours.
— Une patte I grands dieux I s'écria la victime. N'est-ce rien qu'une palte? et pensez-vous ainsi
M'oGTrir an pacte magnanime?
Le reste, dites-vous, mesera garanti?
Par quoi? par qnels traités? en est-il qui vous lient? Le faible seul les tient, les puissants les oublient; Et j'en atteste ici les chiens comme les loups. Dix ans déjà passés, dans une même affaire.
Vous en ave* fait un avec mon pauvre frère.
Vous l'avez tous juré, vous le violez tous. *
Le chien courant alors ressaisit la parole :
c Ce n'est pas moi qui le viole.
Dit-il, mais je suis seul. J'ai fait le fanfaron,
C'est un peu mon péché mignon.
Et tu dus compter sur mon zélé.
Mais quand mon grand ami, mon allié fidèle.
Quand le puissant, l'honnête lévrier
Refuse de nous appnyér, Je ne peux plus sans lui soutenir ta querelle. Snrcette patte hélas I je reconnais tes droits. Par de sottes raisons l'ennemi le conteste.
Hais la nécessité nous soumet k ses luis.
Qu'est une patte, enfin, quand tu sauves le reste?
L'oiseau n'en a que deux et n'en est pas moins leste i Tu marcheras bien avec trois.
— Mon cher tuteur, ce conseil est indigne, ■ Répond en gémissant le malheureux mouton.
Mais après ton lâche abandon,
Il faut bien que je me résigne.
Viennent les loups, me voilà jirét.
Je leur donne jusqu'au jarret.
— Ils n'iront pas plus loiu, Goddem, ou je me fâche, Poursuit le chien courant qui retombe en arrêt,
Et reprend ses airs de bravache.
Mais voilà qu'en jappant sortent de leurs chenils Vingt ou trente roqnets, grandj, moyens et petits. Criant : « Nous réclamons la ]iatte font entière. Cette patie n'est pas de race moutonnière :
C'est une patte de roquet A ce corps de mouton assez mal ajustée.
TarleiRle, qu'à l'épaule elle soit amputée; Ou qu'on le mette à mort, et que dans un banquet Ses membres dépecés DOu:i servent de pdtée. >
Le mouton, dont la peur bouleversait les traits, À perdu cette fois sa dei'oière espérance.
Il s'esquive, il s'enfuit à travers les marais, Les lies, les canaux, où vécut son enfance; Mais il fuit vainement. Les loups courent après. On le reprend, on le bat, on le blesse.
Les roquets jappent d'allégresse;
Dinlz-MNGoOylc
Les chiens regardent et s'en vont,
Sans trop savoir ce qn'ils feront.
Quand les voleurs partageront.
Le chien conrant, l'oreille plate,
Hais le front haut comme devant^ Jette, en gagnant son lit, ces paroles an vent : < II a tort, le mouton, de tenir à sa palte.
Mais si les lotips vont jusqu'à l'omoplale.
S'ils menacent la tête, ohl pour lors..,. ■ A ces mots
Le ciel, la terre et leurs échos
Répondent à ce qu'il va dire
Par un immense éclat de rire.
Et moi, je dis à ce grand prometteur,
A ce terrible pourfendeur :
On ne croit plus à tes promesses.
On ne vent plus de tes caresses,
On n'a plus penr de les défis; Et qui trompe toujours reçoit enfin le prix
De ses bravades et finesses.
Je dis au plus jeune des lonps :
Tu fais nnsot métier dans cette triste aCTaire;
Tn travailles pour ton compère.
Il aura les profits, [u n'auras que les coups. Hais vous donnez au monde un odieux scandale, Qui fait calomnier la justice du ciel.
Et ce crime nouveau de la force brutale Sera pour l'un et l'autre un opprobre étemel. '
Aux roquets dont la jalousie
A causé cette guerre impie,
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