LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR (V
D'im pescheup et cVunc Suite, poisson 7narin.
« Ung jour ontro les autres advint queungpescheur alla en la mer en son basteau pour pescher, et après qu'il eust getté ses instrumens et les raiz et engins en la mer, il pescha une petite suite ou alose marine, laquelle dist au dict pescheur : «Mon amy, je te prie et requiers, laisse moy aller; considère que je suis petite et jeune encores et que tu ne peus pas avoir grant argent de moy, quant tu me auras vendue. Laisse-moy encore vivre jusques a ce que je soye plus grande et devenue beau saulmon, duquel tu pourras avoir grant argent et grand prouffit » . Et le pescheur luy respondit : « Ma mye,ton parler ne te peultsaulver en quelque façon que ce soit, car penses-tu que je soye si fol ne si sot que je laisse aller le gain et prouffit, tant soit-il petit, lequel je tiens entre mes mains et en ma possession, soubs couleur et espérance du gaing ou prouffit advenir, tant soit-il grant et duquel ne suis pas seur ! Certes je te responds que nenny et de ce n'en fay aucune double et ne t'y attends point ».
(Guill. Tardif, Aj^ol. de Laurent Valla, 195, Marchessou.)
V. 2't. — « Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras. »
Les éditeurs ont cité plusieurs exemples de l'emploi de ce proverbe ; celui-ci leur a échappé :
J'aymeroie, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu l'auras, ung tien.
(Ch. d'Orléans, Poés., 11,246, Ch. d'Héricault.)
I)K I.A lONTAlNF. 79