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6. Tels sont : la Bourgeoise d' Orléans, Berengier, les Braies au Cordelier, Gomhert et les deux clercs, les Tresses, la Housse partie, la Maie honte, la Longue nuit, etc.
compilés au liùsard, mais de véritables collections d'amateurs, à la formation desquelles un certain choix a présidé. Il convient pourtant de faire cette importante réserve : ces collections représentent excellemment le genre, mais à un moment déjà tardif de son développement. On n'a songé qu'assez tard à réunir des fabliaux, tout comme les contes qui couraient sur Renart et Ysengrin : les plus archaïques ont péri presque tous.
A quelle époque a fleuri le genre littéraire des fabliaux? Il est très facile de le déterminer.
Le plus ancien fabliau qui nous soit parvenu est celui de Richeut\ il est daté de 1159 i. Les plus récents sont de Jean de Condé, qui mourut vers 1340.
Ce sont, bien probablement, les dates extrêmes qui marquent la naissance et la mort de ce genre.
En effet, Richeut est, sans doute, l'un des plus anciens fabliaux qui aient été rimes. Non que le haut moyen âge ait ignoré les contes; mais ils vivaient de l'obscure vie populaire, comme les contes de fées qui, eux, ne parvinrent que rarement alors à la littérature. La mode de les rimer ne vint qu'au xu^ siècle, et le genre devait être, en 1159, très voisin de sa naissance. Il n'est pas encore asservi à des normes : Richeut est écrit dans un mètre difficile; le genre n'a pas adopté jusqu'alors ces petits octosyllabes à rimes plates, ce vers familier à tous nos conteurs légers, de Rutebeuf à La Fontaine et à Musset, si cher aux poètes médiocres. De plus, l'auteur de Richeut ne semble pas encore avoir de mot pour nommer son poème : tel Joachim du Bellay, rêvant aux Franciades futures et qui ne savait encore désigner l'épopée que par cette maladroite périphrase : « le long poème français. » A cette date, le nom de fabliau n'est pas encore affecté à ce genre de poèmes, et les plus anciens exemples du mot se trouvent, je crois, vers 1180, dans les fables de Marie de France.
De même, la date de la mort de Jean de Condé, 1340, est bien
1. V. une petite monographie du fabliau de Richeut, que j'ai publiée dans les Etudes romanes dédiées à M. G. Paris par ses élèves français^
aussi celle où meurent les fabliaux. Le genre entre en décadence dès le début du xiv^ siècle et le mot lui-même tombe en désuétude chez Jean de Condé, qui intitule ses fabliaux des dits. Après lui, le mot disparaît. Tandis que d'autres termes voisins, le mot lai^ par exemple, survivent en dépouillant leur sens primitif, fabliau ne se retrouverait nulle part, je crois, du xiv^ au xvii*' siècle. Il n'a jamais été qu'un terme technique, destiné à représenter un genre littéraire. Le genre une fois mort, il est^mort, lui aussi, et n'a plus revécu que dans les livres. Mot de poète, jadis; aujourd'hui, mot de lettré.
Entre ces deux dates extrêmes — 1159-1340 — est-il possible de préciser? Peut-on savoir à quelles époques plus spécialement on a rimé des fabliaux? Les manuscrits, qui sont tous du xiii^ ou des premières années du xiv^ siècle, ne nous renseignent pas 1. Les allusions historiques sont infiniment rares, comme il est naturel, dans ces petits contes, et le fabliau de la Planté est, avec Richeut^ le seul qu'il nous soit possible de dater exactement : il y est, en effet, question, comme d'un événement récent, de la prise de Saint-Jean-d'Acre en 1191, et le poète introduit dans son récit, comme un personnage alors vivant, le roi Henri de Champagne, mort en 1197. L'étude de la langue des fabliaux ne nous fournit que d'assez vagues approximations. Je ne crois pas qu'on puisse préciser plus que ne fait M. G. Paris : « la plupart sont de la fin du xii^ et du commencement du xiii*' siècle -. » Mais les noms de Philippe de Beaumanoir, d'Henri d'Andeli, de Rutebeuf, de Watriquet de Gouvin nous prouvent que la vogue des fabliaux ne s'est pas un instant démentie pendant tout le cours du xiii*^ siècle.
En somme, les fabliaux se répartissent indistinctement sur toute cette période qu'on peut appeler Vàge des jongleurs. Aussitôt que la poésie du mo^^en âge cesse d'être exclusivement épique et sacrée, le genre apparaît. Il vit près de deux siècles, aussi longtemps et de la même vie que les différents genres narratifs ou lyriques, colportés par les jongleurs. Il meurt, avec tant d'autres genres Jongleresques, à cette date critique de notre
1. V., à l'appendice I, l'énumération de ces manuscrits, tous maintes fois décrits.